Les Wei du Nord (Bei Wei, ; ou Tuoba Wei ) sont une dynastie des périodes des Seize Royaumes (316-439) et des dynasties du Sud et du Nord (420-589), qui régna en Chine du Nord de 386 à 534.
Elle fut fondée par un peuple turc, les Tabghatch, appelés encore Tuoba en pinyinT'o-pa dans l'ancienne transcription EFEO., qui faisaient eux-mêmes partie du peuple appelé Xianbei par les sources chinoises médiévales, comprenant également d'autres groupes (comme les Murong). Dominant au départ le nord du Shanxi actuel, jouant un rôle secondaire dans le contexte des premiers royaumes guerriers fondés par des dynasties non-chinoises en Chine du Nord à partir du début du , ils réunifièrent toute la Chine du Nord entre 424 et 439 sous la direction de Tuoba Tao (l'empereur Taiwu). Ils s'étendirent également en direction de l'Asie centrale et luttèrent au Nord contre les Ruanruan. Progressivement, cette dynastie d'origine « barbare » se sinisa en adoptant les institutions traditionnelles de la Chine impériale, notamment à la suite d'importantes réformes à la fin du sous le règne de l'empereur Xiaowen, qui virent la dynastie changer de capitale en 494, délaissant Pingcheng (Datong) au Nord pour Luoyang dans la plaine Centrale chinoise, qui fut ,l'espace de trois décennies, une métropole gigantesque. En 523, éclata une guerre civile entre l'aristocratie sinisée de la nouvelle capitale et les troupes frontalières du Nord restées fidèles à la culture des steppes. Ce conflit plongea la dynastie dans une série de troubles qui se soldèrent par la mise à sac de sa capitale en 528, et la division de l'empire en deux branches dans les années 532-534 : les Wei de l'Ouest (Xi Wei), en Chine du Nord-Ouest (trois empereurs) et les Wei de l'Est (Dong Wei), en Chine du Nord-Est (un seul empereur).
Du point de vue culturel, la période des Wei du Nord fut marquée par une floraison sans précédent du bouddhisme, malgré une période de répression sous Tuoba Tao qui était plutôt favorable au taoïsme. Les deux capitales dynastiques furent dotées de monastères grandioses, et des sanctuaires rupestres furent construits dans leurs alentours, à Yungang et Longmen, qui témoignent de nos jours de la richesse de l'art bouddhiste de cette époque, grâce au patronage de la famille impériale et des élites aristocratiques. Par ailleurs, la prospérité de ces groupes est également connue par les trouvailles effectuées dans des tombes qui ont livré un important matériel archéologique.
L'histoire des Wei du Nord est essentiellement connue par les histoires dynastiques rédigées par des historiens de l'époque médiévale. Le Livre des Wei (du Nord) (Wei Shu), consacré à cette dynastie, fut rédigé par le lettré Wei Shou (506-572) vivant sous les Qi du Nord.. Des pans de cette œuvre furent néanmoins perdus, dès l'époque des Song, les manques sont comblés par l'Histoire des dynasties du Nord (Bei Shi) couvrant les multiples dynasties septentrionales de la période, compilée par l'historien Li Yanshou vivant aux débuts de la dynastie Tang., et le Zizhi Tongjian de Sima Guang (1019-1086), plus tardif mais reprenant des travaux antérieurs..
Histoire +La période des Six dynasties / Haut Moyen-Âge chinois « Trois Royaumes » 220-280 : 60 ans Chine du Nord : Wei à Luoyang Chine du Sud-Ouest: Shu, Chine du Sud-Est : Wu brève unification : Jin occidentaux à Luoyang 265-316 : 51 ans nouvelles fragmentations au Nord : « Seize Royaumes » : 304-439 : 135 ans au Sud : Jin orientaux 317-420 : 103 ans « Dynasties du Nord » « Dynasties du Sud »Wei du Nord 386-534 : 148 ans Song du Sud 420-479 : 59 ans Wei de l'Est 534-550 : 16 ans Qi du Sud 479-502 : 23 ansWei de l'Ouest 535-556 : 21 ans Liang 502-557 : 55 ansQi du Nord 550-577 : 27 ans Liang postérieurs, ou Liang du Sud 555-587 : 32 ansZhou du Nord 557-581 : 24 ans Chen 557-589 : 32 ans
Origines et conquêtes thumb|Les royaumes se partageant la Chine du Nord en 395-400, après la chute des Qin antérieurs, au moment de la formation des Wei du Nord. thumb|Les royaumes se partageant la Chine du Nord en 409, après les premières conquêtes des Wei du Nord sous Tuoba Gui. thumb|L'extension approximative de l'empire des Wei du Nord vers 450, avec la localisation des principales villes de l'époque et des royaumes vaincus par Tuoba Tao.
Les premières traces des Tabghach, Tuoba dans les sources chinoises remontent au milieu du dans la région des monts Xing'an, dans l'actuel nord-est de la Chine (Mongolie Intérieure et Heilongjiang), à proximité des autres groupes composant la vaste nébuleuse des Xianbei. Leur chef, Tuoba Liwei (v. 220-277) s'établit dans la cité de Shengle en 258.. C'est là que les Tuoba forment un embryon d’État, reconnu par l'empereur des Jin occidentaux en 315, qui octroie au chef Tuoba le titre de « Prince de Dai » ; ; ..
Tuoba Liwei est assassiné en 321 par la femme d'un membre du clan Tuoba qu'il avait fait assassiner, laquelle dirige l'État de Dai jusqu'à ce qu'elle soit renversée par le fils de Liwei, Tuoba Shiyijian (338-376). L'époque des Seize Royaumes qui succède alors à celle des Jin occidentaux est une ère marquée par une forte instabilité politique et des conflits militaires récurrents entre généraux issus pour la plupart des peuples venus du Nord. En 376, Dai est vaincu et annexé par Fu Jian, le souverain des Qin antérieurs ; .. Mais ce dernier s'effondre dès 383, permettant à Tuoba Gui (383-409), petit-fils de Shiyijian, de recouvrer l'indépendance pour son peuple et refonder Dai, dont il change rapidement le nom pour celui de Wei, que l'historiographie désigne comme « Wei du Nord ». Tuoba Gui s'émancipe ensuite par rapport aux autres groupes tribaux qui l'avaient aidé par le passé et avec lesquels il avait noué des liens, en particulier les souverains d'un autre groupe issu des Xianbei, les Murong des Yan postérieurs, avant de les défaire et d'annexer leur royaume dans les années 390. Il établit sa capitale à Pingcheng (aujourd'hui Datong dans le Shanxi) vers 398-399 ; .. À sa mort en 409, assassiné à l'instigation de son fils Tuoba Shao, le successeur désigné, son autre fils Tuoba Si (409-423), parvient à prendre le pouvoir. Il joue un rôle effacé sur le plan militaire. Néanmoins ces années sont déterminantes pour le devenir des Wei du Nord, puisqu'elles voient les armées de l’État méridional des Jin orientaux, dirigées par Liu Yu, vaincre la plupart des dynasties du Nord de la Chine, sans jamais tenter quoi que ce soit contre les Wei qui sont hors de sa portée en raison de leur situation excentrée..
Une fois les troupes du Sud reparties après 420, le nouveau souverain des Wei, Tuoba Tao (423-452) profite de la stabilité et de la relative prospérité dont son État a joui dans les décennies précédentes et de la mort de la plupart des généraux de valeur des dynasties ennemies pour les soumettre chacune à leur tour : les Xia entre 427 et 431 (le coup de grâce leur étant porté par une autre tribu xianbei alliée des Wei, les Tuyuhun), les Yan du Nord en 436, les Liang du Nord en 439 ; .. Dans la foulée, ils s'étendirent en direction de l'Asie centrale, soumettant plusieurs royaumes du bassin du Tarim (Karashahr, Kucha). Débuta alors de la domination des Wei sur la Chine du Nord, ne laissant face à eux que la dynastie des Song du Sud, d'origine chinoise, qui occupait la moitié méridionale de la Chine. Dans les années 450-451, Tuoba Tao lance ses troupes vers le Sud, et réussit à investir la vallée de la Huai qui est ravagée, mais bat ensuite en retraite.. Il est assassiné en 452 à l'instigation de l'eunuque Zong Ai, qui a été impliqué dans de fausses accusations contre l'héritier présomptif Tuoba Huang, qui avaient sans doute causé indirectement la mort de ce dernier de maladie en 451. Zong Ai met sur le trône un autre prince, Tuoba Yu, qu'il fait rapidement exécuter, avant d'être mis à mort par des hauts dignitaires du royaume qui installent Tuoba Jun (Wenchengdi, 452-465) au pouvoir.
L'époque des réformes thumb|left|L'empereur Xiaowen et sa cour, bas-relief provenant de Longmen (grotte Binyang centrale, ou grotte n°3), v. 522-523. Metropolitan Museum of Art.
En 465 monte sur le trône Tuoba Hong (Xianwendi, 465-471). Alors âgé de 11 ans, la régence fut assurée par sa belle-mère l'impératrice douairière Feng (ou Wenming), avant qu'il ne prenne lui-même les rênes du pouvoir. Personnalité atypique attiré par les études savantes, Xianwen choisit en 471 de laisser le pouvoir, devenant un empereur retiré, et le trône fut laissé à son fils de 4 ans lui aussi appelé Tuoba Hong (Xiaowendi, 471-499). L'empereur retiré continua à participer aux décisions majeures, mais l'influence de sa belle-mère Feng resta forte, et il entra en conflit avec elle depuis qu'il avait décidé la mise à mort de son amant. C'est à l'instigation de celle-ci qu'il fut empoisonné en 476, lui permettant de devenir une seconde fois régente de l'empire. Dirigeante capable et active tout autant qu'autoritaire, Feng poursuivit la consolidation des structures de l'empire des Wei, entamant une série d'importantes réformes auxquelles Xiaowendi (avec qui elle n'est semble-t-il jamais entrée en conflit) fut progressivement associé à partir de 483, puis seul à partir de 490 quand elle décède. Ces mesures semblent avoir eu pour vocation de transformer la dynastie des Wei en véritable État « chinois », à l'encontre de son héritage « barbare », et sont couramment présentées comme une politique de « sinisation » de l'empire. Cela reflèterait une vision dans laquelle le modèle étatique et culturel chinois serait vu comme un idéal à atteindre. Mais ces mesures pourraient avoir avant tout eu une finalité politique, et leurs conséquences culturelles n'être que secondaires : la domination sur le Nord et ses peuples étant assurée, il s'agirait de poursuivre la transformation de l'empire en État en mesure de réunifier la Chine en soumettant le Sud, en rapprochant son centre du pouvoir de ce dernier et faisant évoluer ses institutions suivant le modèle impérial afin d'attirer les élites chinoises J. Holmgren, « Race and Class in Fifth Century China: The Emperor Kao-tsu's Marriage Reform », dans Early Medieval China 1995:1, ..
Quoi qu'il en soit, les plus importantes mesures prises entre 480 et 499, date du décès de Xiaowendi, sont les suivantes ; : 480 : limitation du culte « indigène » xianbei (suppression de sanctuaires) et institution du culte impérial chinois (mingtang et taimiao) ; 483 : interdiction du mariage entre familles de même nom, ce qui reviendrait à favoriser les mariages mixtes (Chinois-Xianbei) ; 485 : réforme agraire ; 486 : institution du recensement de la population à l'aide d'une administration locale créée à cet effet ; 486-489 : adoption du régime chinois des robes, des voitures d'apparat, etc. ; 489 : mise en place d'un culte officiel à ConfuciusIl s'agit là d'une innovation, qui pousse donc la sinisation plus loin que ce qui était courant dans les traditions impériales chinoises antérieures. ; 491 : délibération du nouveau Code pénal, promulgué en 492 ; 494 : transfert de la capitale de l'extrême nord du Shanxi (résidence des Wei depuis 396) à Luoyang, ancienne capitale des Han (entre autres), en pays proprement chinois dans la plaine centrale ; interdiction des costumes barbares ; 495 : interdiction de la langue barbare (xianbei) à la cour sous peine de dégradation ; 496 : adoption de noms de famille chinois, la famille impériale Tuoba s'appelant désormais Yuan 499 : adoption d'un système de rangs sociaux caractéristique des États chinois.
S'il est du reste difficile de dire dans quelle mesure toutes ces lois furent appliquées, il apparaît qu'elles rencontrèrent des résistances dans l'élite Xianbei, puisque l'empereur fit traduire à leur intention le Classique de la piété filiale en langue xianbei, devant leur faible maîtrise du chinois. Cela alla jusqu'à l'opposition du prince héritier qui refusa de se conformer aux nouvelles lois de sinisation et fut mis à mort en 497..