Le château de Valençay se trouve à Valençay (Indre). De 1451 à 1747, il est la propriété de la famille d'Estampes puis de la famille du prince de Talleyrand, à partir de 1803.
Bien que situé dans le Berry, sa construction l'apparente aux châteaux de la Loire, en particulier au château de Chambord.
Le parc est inscrit au titre des monuments historiques depuis le . Le château ainsi que divers éléments du domaine sont classés au titre des monuments historiques depuis le . La totalité du pavillon dit de la Garenne et de ses dépendances sont inscrits par arrêté du Liste des immeubles protégés au titre des monuments historiques en 2013 (JORF du 8 mai 2014 page 7804) sur Légifrance, consulté le 20 juin 2014..
Historique Il semble que le domaine gallo-romain du nom de Valens soit à l'origine du site de Valençay. Une villa est construite sur les lieux vers les , puis des ateliers et bâtiments se groupent progressivement autour. À la fin du , un important donjon est érigé.
Seigneurie locale Le premier seigneur connu par une charte de donation datable entre 1026 et 1047 est Bertrand.
En 1220, Gauthier, dit seigneur de Valençay, passe pour avoir été le constructeur du premier château féodal. À cette époque, la terre de Valençay, comprenant , est dans la mouvance des comtes de Blois mais morcelée entre plusieurs seigneurs. Cette division ne prend fin qu'au . À la suite d'un mariage, le château devient alors propriété des Chalon-Tonnerre qui le remanient, l'agrandissent et en améliorent le système défensif..
Seigneurie principale Comme Saint-Aignan et Selles en partie, Valençay relève des seigneurs de Donzy : Geoffroy et son fils Hervé de Donzy ont reçu ces fiefs des comtes de Blois, vers l'an mil. Leur descendante Alix/Alice de Bourgogne transmet cette très importante seigneurie en 1268 aux Chalon, par son mariage avec (), de .
La seigneurie éminente ou suzeraineté appartient toujours aux comtes de Blois : Valençay devient donc un fief du duc d'Orléans Louis quand il acquiert le comté de Blois en 1397. En 1410, Charles d'Orléans, le futur poète, fils de Louis d'Orléans, .
, comtesse de Tonnerre en 1424-1440, dame de Saint-Aignan et de Valençay en Berry, donne le ce dernier fief à son neveu Jean bâtard de Chalon ou de Tonnerre (1397-1453), fils naturel de son frère le comte (elle lui donne aussi Ligny-le-Châtel en 1439). Le , le bâtard de Tonnerre cède Valençay à la maison d'Estampes en la vendant à Robert II/Robinet d'Estampes (+ 1453 ou 1456), chambellan de Charles VII, maréchal et sénéchal de Bourbonnais.
Un château de la maison d'Estampes Louis d'Estampes (né vers 1470 et mort vers 1530), petit-fils de Robert II, gouverneur et bailli de Blois (1519), chevalier de l'ordre du Roi, débute en 1520 la transformation du manoir féodal de Valençay datant du en château moderne. Ces travaux d’embellissement et d’agrandissement se poursuivent, de génération en génération, jusqu’en 1650. Vers 1540, son fils Jacques d'Estampes (1518-1574), engage des travaux plus ambitieux que ceux de son père, faisant raser le vieux manoir pour le remplacer par une nouvelle résidence dont les plans sont attribuables à l'architecte Jehan de l'Espine. À la mort de ce seigneur de Valençay, seuls sont achevés la façade nord, le pavillon d'entrée et les tours d'angle.
La seigneurie est érigée en marquisat (vers 1620, non enregistré) en faveur de son petit-fils Jacques II d'Estampes (1579 + 1639), seigneur de Valençay, grand maréchal des logis de la maison du Roi (1618), chevalier de l'ordre du Saint-Esprit (1619, reçu à la place de son père), maréchal de camp (1622), gouverneur de Montpellier (1622) et de Calais (1626),
Dominique (1601-mai 1691), marquis d'Happlaincourt puis de Valençay, marquis de Fiennes (1643), marié en 1641 à Marie-Louise de Montmorency, sœur aînée du Maréchal duc de Luxembourg et de la duchesse de Châtillon puis de Mecklembourg-Schwerin ; Henry Dominique (vers 1645-1680), marquis de Fiennes, appelé aussi « le jeune marquis de Valençay », enseigne des gendarmes du Roi, d'où 2 fils : Jacques-Dominique, de Valençay (novembre 1673-février 1700), capitaine de cavalerie, sans alliance ; François-Henri (vers 1650-1711), comte puis 4e marquis de Valençay, chevalier de l'ordre de Saint-Lazare (mai 1675), exempt des Gardes-du-Corps du Roi, puis colonel d’un régiment de dragons, mort laissant une fille unique (Angélique, 1709 + 1728, dame de Valençay, mariée en 1728 au marquis de Mauny, aîné des d'Estampes). Henry-Hubert (décembre 1684-juin 1734), marquis du Gué-Péan puis de Valençay (fils de Jean Hippolyte, marquis de Bellebrune (vers 1652-mars 1697), page de la Grande-Écurie du Roi (1667), puis capitaine au régiment du Roi, infanterie), marié en septembre 1715, à Philiberte Amelot de Chaillou (1692 + 17..), d'où : Dominique Jacques Henry (novembre 1718-juin 1742), de Valençay, mousquetaire (janvier 1735), puis lieutenant au régiment du Roi, infanterie.
Les travaux ne sont repris à grande échelle que dans la première moitié du , de 1640 à 1650, par le de Valençay Dominique d'Estampes (1600-1691), fils de Jacques II (petit-fils de Jacques ). L'aile ouest a été détruite, il n'en reste que l'aile est ; la décoration en aurait été confiée à Pierre de Cortone et au peintre Jean Mosnier. La demeure avait un beau vestibule et un escalier en marbre qui conduisait à une grande salle ornée de chefs-d'œuvre de la Renaissance, dont une magnifique tapisserie à fond de paysage offerte à Henri-Dominique d'Estampes (fils aîné de Dominique, et père du Jacques-Dominique) et une Vierge italienne donnée par le pape Innocent X à Henri d'Estampes (frère cadet de Dominique, ambassadeur de France à Rome puis Grand Prieur de France de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem).
Une visiteuse du soir En 1653, mademoiselle de Montpensier, dite « la Grande Mademoiselle », y passe et l'évoque ainsi dans ses mémoires :
Le château de Valençay, fierté de la maison d'Estampes, est source d'importantes dépenses qui engloutissent la fortune de ses propriétaires.
Au commencement du , le grand domaine se trouve divisé par les successions familiales et la veuve presque ruinée de François-Henri d'Estampes ( de Valençay et fils cadet de Dominique), en cède la moitié en 1719 au banquier John Law, vente qui est annulée par arrêt du Conseil du roi en 1722. Les et de Valençay (Henri-Hubert, 1684-1734, neveu de François-Henri, et son fils Dominique-Jacques-Henry, 1718-1742) ne parviennent pas à enrayer la ruine de cette branche des d'Estampes.
Les grands travaux du fermier général Le , Valençay est cédé par la famille d'Estampes (Philiberte Amelot du Chaillou, veuve d'Henri-Hubert), avec vingt mille hectares, à Jacques-Louis Chaumont, frère d'Antoine Chaumont et père d'Antoine-Louis Chaumont, pour quatre cent mille livres, somme sans rapport avec une telle propriété ; il acquiert aussi le domaine voisin de Luçay.
Vingt ans plus tard, le , le tout est revendu à Philippe-Charles Legendre de Villemorien (1717-1789), fermier général, gendre du grand financier et promoteur immobilier Étienne-Michel Bouret (1708-1777), qui y fait réaliser d'importants travaux : réparation, construction de la Tour neuve au sud, démolition des communs fermant la cour d'honneur à l'est, suppression des fenêtres à la française et du toit à la Mansard. Legendre de Villemorien y crée une filature, plusieurs forges à Luçay, fait rétablir les ponts sur le Nahon et refaire la route de Selles-sur-Cher. Annexe de la seigneurie de Valençay, le château de Luçay paraît être de la même époque que celui de Valençay : sa position est très belle, il domine la forge, l'étang qui l'alimente, le bourg de Luçay et des ravins pittoresquesnote à la lettre de la duchesse de Dino écrite de Valençay le 15 juillet 1837, op.cit., . Vers 1766 l'aile de la galerie de Valençay, rythmée d'une suite de pilastres d'ordre dit colossal (« embrassant » les deux niveaux du bâtiment) cannelés et à chapiteaux ioniques enguirlandés, est créée par l'architecte Joseph-Abel Couture, auteur entre autres du pavillon Bouret en forêt de Sénart.
La maison de campagne de Talleyrand thumb|upright=0.8|La chambre de Madame de Staël. Le , le comte de Luçay, préfet du Palais sous le Consulat, à court d'argent, vend pour de francs un domaine de 19 472 hectares répartis sur vingt-trois communes à Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ministre des Relations extérieures du Consulat puis de l'Empire, obéissant ainsi à Bonaparte suivant cet ordre : .
Après y être venu avec son épouse Catherine Worlee, Talleyrand charge Jean-Augustin Renard de restaurer et d'embellir sa nouvelle propriété ; un pavillon de chasse fut alors aménagé et le parc transformé en jardin à l'anglaise. Le château est remeublé dans le style antiquisant alors en vogue ; le cabinet de travail abrite des meubles et objets appartenant au ministre, dont un curieux fauteuil à soufflets (poches latérales). Le mobilier de sa chambre provient de son hôtel parisien de la rue Saint-Florentin. Le lit de style Directoire acquis par Talleyrand en souvenir de donne son nom à une autre chambre.
Le , l'aquafortiste vendéen Octave de Rochebrune réalise une vue du château..
Une cage dorée pour princes déchus thumb|upright=0.8|La chambre du roi d'Espagne. À la suite de l'abdication de Bayonne, l'ex-roi d'Espagne Ferdinand VII, son frère don Carlos, son oncle don Antonio et une suite nombreuse y sont assignés à résidence de 1808 à , notamment sous la surveillance du chevalier Berthemy de 1810 à 1811.
Le traité de Valençay, qui y est signé dans la nuit du 10 au , lui rend alors la couronne d'Espagne et les trois princes retournent dans leur pays le .
Leur souvenir est évoqué par « la chambre du Roi d'Espagne », une allée couverte près du château et un acte de baptême daté du gardé dans les archives paroissiales qui porte leurs signatures et, jusqu'à une date imprécise du , dans l'église paroissiale par un Saint-Ferdinand de l'école espagnole dans un cadre aux armes de Castille et de Leon, donné par le roi au curé lors de son départ, mais qui, brûlé par un cierge placé trop près, fut ensuite remplacé par une copie du peintre Jobbé-Duval.
Le bienfaiteur de Valençay Talleyrand, qui revient y vivre à partir de 1816, est conseiller municipal puis maire de Valençay. Il reconstitue la filature , fait ériger le clocher de l'église en 1836, crée un nouveau cimetière et donne un terrain pour édifier la mairie.
Le , le préfet de l'Indre écrit au ministre de l'Intérieur .
En 1818, ayant morcelé une propriété dont une partie revint à la commune, il consacre l'autre à la fondation d'une école pour enfants pauvres et offre à Elisabeth Bichier des Ages, dont il connait l'œuvre par son oncle Talleyrand, cardinal-archevêque de Paris, d'y fonder une maison, achevée avec une chapelle en 1820. Celle-ci est ornée de lambris, d'un mobilier de chêne sculpté, de vitraux, d'une Fuite en Égypte attribuée à Le Sueur et d'un calice en vermeil ciselé et incrusté de lapis qui est rendu en 1905 au duc de Valençay et finalement transmis au musée du Louvre. Talleyrand, qui s'intéresse au travail des religieuses, visite souvent ce qu'on appelle "la Maison de charité" et y mène ses hôtes, dont Guillaume-Aubin de Villèle, archevêque de Bourges ou, le , le duc d'Orléans et une nombreuse suite. Par un codicille à son testament du , Talleyrand, qui meurt un an après, assure la perpétuité de l'établissement et exprima la volonté d'y être inhumé. À cet effet il fait creuser une grande crypte sous le chœur de la chapelle de l'.
En 1826 l'écrivain Prosper de Barante s'émerveille de Valençay, Cité par H. Grandsart dans Valençay, hors-série de "Connaissance des Arts", 2003, pp 24 et 25.
Des présents de Louis-Philippe
L'héritage transmis aux Talleyrand-Périgord