Une est une inflammation du péricarde, le sac fibro-séreux translucide qui entoure le cœur. Elle peut s'accompagner ou non d'un épanchement péricardique et en cas de fibrose et calcifications (avec alors épaississement du péricarde) évoluer vers une péricardite constrictive qui gêne le fonctionnement du cœur (insuffisance cardiaque droite, qui aura aussi des effets négatifs collatéraux sur le foie).
Elle est dite « chronique » si elle n'a pas disparu après 6 moisBrian D. Hoit, fiche Péricardite, Manuel MSD (Merck and Co.), consulté le ..
On la distingue d'un épanchement péricardique, qui correspond à la présence de liquide dans le péricarde, sans obligatoirement d'inflammation. Ces deux phénomènes restent cependant très proches.
Épidémiologie Dans les services d'urgence, une péricardite est trouvée chez environ 5 % des patients venus pour une douleur thoracique Lewinter MM, « » N Engl J Med. 2014;371:2410-2416.. Les 2/3 environ des victimes sont des hommes, pour un tiers de femmes Kytö V, Sipilä J, Rautava P, « » Circulation 2014;130:1601-6.. Un tiers des cas est associé à une myocardite.
Diagnostic Clinique Typiquement, la péricardite se manifeste par une douleur thoracique : d'apparition brutale ou subaigüe ; prolongée ; médiane, ou latéralisée à gauche ; irradiant parfois à l'épaule gauche ; augmentée à l'inspiration, rendant difficile cette dernière ; beaucoup plus importante lorsque le patient est sur le dos (décubitus dorsal), relativement calmée en position assise. Les caractères les plus constants sont la durée prolongée et la majoration à la respiration.
De façon inconstante, il peut également exister : une fièvre ; un syndrome viral actuel ou récent : rhume, angine, douleurs musculaires… L'examen du patient peut montrer de manière inconstante : un frottement péricardique à l'auscultation cardiaque : il s'agit d'un bruit superficiel perçu lors de la systole et de la diastole, évoquant une « feuille de papier froissée » ou un « craquement de cuir neuf ». Il persiste en apnée (ce qui permet de la différencier du frottement pleural).
Des signes pouvant évoquer une forme grave (dite « compliquée ») sont à rechercher : une baisse de la pression artérielle ; collapsus cardiovasculaire ; la présence d'un œdème des membres inférieurs prenant typiquement la marque du doigt (signe du godet) lorsqu'on appuie dessus (« œdème hémodynamique ») ; un gros foie (hépatomégalie) douloureux (hépatalgie) qui peut indiquer une péricardite constrictive ; des veines jugulaires externes particulièrement apparentes au niveau du cou (turgescence jugulaire).
Un signe clinique simple peut être recherché devant une douleur thoracique augmentée à l'inspiration profonde. Il n'est pas pathognomonique de la péricardite mais il peut servir d’élément d'orientation diagnostique. Il consiste à demander au patient d'effectuer une antéflexion du tronc (assis, il se penche en avant, la tête vers les genoux), en cas de péricardite, la douleur et la dyspnée diminuentPar Jacques Quevauvilliers, Alexandre Somogyi, Abe Fingerhut. « prière mahométane (signe de la) », Dictionnaire médical, Elsevier Masson, 2007 - ..
Examens complémentaires vignette|ECG avec susdécalage diffus du segment ST lors d'une péricardite sèche chez un homme tabagique de 32 ans.
L'ECG permet d'éliminer le diagnostic d'infarctus du myocarde, autre cause de douleurs thoraciques prolongées. Il peut être normal mais il est généralement perturbé. Cet examen est à réitérer.
Le premier signe, retrouvé dans 80 % des cas, montre un sous-décalage diffus du segment PQ.
On décèle classiquement des troubles de la repolarisation avec des anomalies du segment ST diffuses évoluant en 4 stades successifs : stade , dans les 24 premières heures : aspect de lésion sous-épicardique avec sus-décalage du ST concave en haut et sous-décalage du PR ; stade , entre la et la : retour du segment ST à la ligne isoélectrique ; diminution de l'amplitude des ondes T qui deviennent plates (aspect « en verre de montre ») ; stade , repéré avant la : aspect d'ischémie sous-épicardique avec des ondes T devenant négatives ; stade : retour à la normale, en deux mois maximum. Ces anomalies sont diffuses dans toutes les dérivations et concordantes, sans image en miroir. Il existe rarement un aspect de bas voltage diffus lorsque l'épanchement est important. Il y a parfois des troubles du rythme auriculaire, fibrillation et flutter auriculaire. « Affections du péricarde », 12 septembre 1998, www.med.univ-rennes1.fr.
L'échocardiographie peut retrouver un liseré sombre autour du cœur, liseré plus ou moins épais, signant la présence de liquide dans le péricarde, et donc, le diagnostic de péricardite. Si ce décollement péricarditique est visualisé, on peut en apprécier le volume et le retentissement sur les cavités cardiaques (essentiellement droites) et le septum avec la présence d'un Signe de Maurin à la recherche d'une forme sévère. Fréquemment, l'examen est strictement normal, ce qui n'élimine cependant pas le diagnostic.
L'IRM cardiaque, plus sensible que l'échographie, montre et situe une inflammation en hypersignal du péricarde. Il n'est pas cependant nécessaire en cas de péricardite banale.
Les examens biologiques montrent un syndrome inflammatoire plus ou moins important avec une augmentation de la CRP, de la vitesse de sédimentation ou des globules blancs (hyperleucocytose). Le taux de CRP peut être néanmoins normal dans un cas sur cinqCremer PC, Klein AL, Imazio M, Diagnosis, risk stratification, and treatment of pericarditis: A Review, JAMA, 2024;332:1090–1100. La recherche d'une augmentation de la troponine doit être systématique, signant une myocardite associée
La radiographie thoracique n'est anormale que s'il existe un épanchement abondant. Elle montre alors une augmentation de taille de la silhouette cardiaque (cardiomégalie) symétrique avec un aspect en « théière » ou en « carafe ».
Causes Dans près de huit cas sur dix, aucune cause n'est identifiée Zayas R, Anguita M, Torres F, Giménez D, Bergillos F, Ruiz M, Ciudad M, Gallardo A, Vallés F, « » Am J Cardiol. 1995;75:378–382. et l'évolution est simple. Sous réserve de l'absence de point d'appel, il est inutile de lancer alors une recherche exhaustive de la cause.
Un mécanisme auto-immun pourrait parfois être en cause et expliquer les récidives Brucato A, Maestroni S, Cumetti D « » Autoimmun Rev. 2008;8:44-47, certains anticorps ciblant le cœur étant retrouvés Caforio AL, Brucato A, Doria A « » . 2010;96:779-784.
En principe, on distingue les causes infectieuses et non infectieuses.
Péricardite infectieuse infection virale à l'un des virus coxsackie A, adénovirus, échovirus Une péricardite peut toucher des patients porteur du VIH. Beaucoup plus rarement une infection bactérienne (mycobactéries (tuberculose, infection dans le cadre d'une septicémie) peut causer une péricardite. Rarement une mycose (Candida, Aspergillus) en est la cause.
Péricardite non infectieuse Un infarctus du myocarde peut provoquer une péricardite (pericarditis epistenocardica), dès le début, ou plusieurs semaines après. Dans le premier cas, elle témoigne de l'atteinte de toute l'épaisseur de la paroi (nécrose transmurale) et peut (rarement) être évocatrice d'un risque de rupture du cœur. Dans le second cas, il s'agit d'un phénomène inflammatoire réactionnel, non péjoratif (syndrome de Dressler) ; La plupart des maladies auto-immunes systémiques (lupus erythematosus, polyarthrite rhumatoïde, sarcoïdose…) peuvent se compliquer d'une péricardite ; Elle peut se voir en cas de réaction allergique (maladie sérique, allergie médicamenteuse) ;
Épanchement péricardique
Il se voit : en cas d'insuffisance rénale chronique ; après un traumatisme de la poitrine (hémopéricarde où l'épanchement est sanguin) ; en cas de cancer, le plus souvent pulmonaire, sein ou hématologique. Dans certains cas, le bilan ne montre aucune explication. On parle alors de péricardite idiopathique.
Diagnostic différentiel ce sont les autres causes de douleur thoracique :
insuffisance coronarienne aiguë ; myocardite ; pleurésie aiguë ; embolie pulmonaire ; pancréatite aiguë, ulcère gastrique… maladie vibroacoustique.
Forme clinique
L'association d'une douleur de type péricardique avec une élévation du taux de la troponine sanguine est évocatrice d'une myopéricardite virale par atteinte simultanée du muscle cardiaque.
Traitement La prise en charge des péricardites aiguës a fait l'objet, en 2025 de recommandations par l'<ref>Schulz-Menger J, Collini V, Gröschel J et al. [https://academic.oup.com/eurheartj/article/46/40/3952/8234483 2025 ESC Guidelines for the management of myocarditis and pericarditis: Developed by the task force for the management of myocarditis and pericarditis of the European Society of Cardiology (ESC) Endorsed by the Association for European Paediatric and Congenital Cardiology (AEPC) and the European Association for Cardio-Thoracic Surgery (EACTS)], European Heart Journal, 2025;46:3952–4041</ref>.
Une péricardite virale est traitée par :
le repos ; l'aspirine (efficace dans près de 80 % des cas Imazio M, Demichelis B, Parrini I « » J Am Coll Cardiol. 2004;43:1042–1046.), la colchicine avec l'aspirine est le traitement le plus rapide et avec le moins de risque de récidive , des anti-inflammatoires non stéroïdiens, des corticoïdes. Le traitement doit être prolongé au minimum jusqu'à la normalisation du syndrome inflammatoire, en général un mois. Un traitement protecteur gastrique peut être donné pour pallier la possible mauvaise tolérance digestive des fortes doses ; les anti-inflammatoires non stéroïdiens constituent une alternative ; les corticoïdes sont réservés aux formes résistantes. Ils ont l'inconvénient d'avoir un risque de rechute élevé lorsqu'ils sont employés à doses importantes (prednisone 1mg/kg), ce fait préférer des doses moindres Lotrionte M, Biondi-Zoccai G, Imazio M « » Am Heart J. 2010;160:662–670. En cas d'échec, un traitement ciblant l'interleukine 1 peut être proposéImazio M, Lazaros G, Gattorno M et al. Anti-interleukin-1 agents for pericarditis: a primer for cardiologists, Europ Heart J, 2022;43: 2946–2957.
Dans les formes résistantes ou récidivants, on peut proposer un traitement immunomodulateur comme le rilonaceptKlein AL, Lin D, Cremer PC et al. Efficacy and safety of rilonacept for recurrent pericarditis: results from a phase II clinical trial, Heart, 2020;107:488-496, permettant un sevrage plus facile en corticoïdes.
Les péricardites purulentes sont traitées par :
un drainage chirurgical avec mise en place d'un gros drain ; une antibiothérapie prolongée par voie générale, adaptée au germe.
Les péricardites tuberculeuses sont traitées par :
un traitement anti-tuberculeux classique mais prolongé pendant un an ; une corticothérapie dans certains cas, ce qui pourrait diminuer le risque de constriction.
Sans caractère de gravité, une hospitalisation n'est pas nécessaire Imazio M, Spodick DH, Brucato A, Trinchero R, Adler Y, « » Circulation 2010;121:916-928.. De même, la recherche de la cause n'est pas systématique en l'absence de signe d'appel.
En cas de récidive, le même traitement peut être reconduit. Dans ces cas, la colchicine, donnée pendant trois mois en association avec l'aspirine, réduit significativement le risque de récidive Imazio M, Bobbio M, Cecchi E « » Arch Intern Med. 2005;165:1987–1991. Cette dernière molécule, donnée en plus du traitement habituel lors du premier épisode semble également améliorer les symptômes et diminuer le risque de récidive Imazio M, Brucato A, Cemin R « » N Engl J Med. 2013;369:1522-1528.
Évolution et complications L'évolution se fait, dans la majeure partie des cas, vers la guérison sans séquelles.