Léon François Goupy (Mayenne, - Mayenne, ) est un homme politique et journaliste républicain français. Journaliste, homme politique, déporté, il incarne la lutte pour la liberté, la justice sociale et la laïcité. Son parcours, marqué par l’opposition au Coup d’État du 2 décembre 1851, la déportation en Algérie, et une vie de combats, en fait un symbole du combat républicain au Le Coup d'État dans la Mayenne. Paris, L. Goupy, juin 1870, in-18°..

Biographie Origines et engagement républicain Léon GoupySon nom de famille est orthographié Goupy, une version qu'il choisit de conserver, bien que les autres membres de sa famille aient généralement opté pour la forme Goupil. naît dans une famille modeste de Mayenne, fils de Victor Goupil, hôtelier à Mayenne et capitaine de la Garde nationale, et de Victoire Adélaïde Loison, fille d'un aubergistehttps://maitron.fr/goupy-leon-francois/, notice GOUPY Léon, François par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 7 octobre 2024.. Son père, conseiller municipal en 1848, lui transmet très tôt les valeurs républicaines. Son père, décédé en 1868, fut enterré civilement, ce qui provoqua la stupeur des autorités.

Léon Goupy devient horloger, puis commissionnaire en vin, mais c’est dans le journalisme et la politique qu’il s’épanouit, défendant avec passion la République et la laïcité. Il a trois frères : Auguste, cabaretier à Mayenne, reprenant le métier de ses parents ; Victor, imprimeur à Paris ; Edmond, médecin connu pour avoir mis au point l'uroscopie.

Résistance au coup d’État du 2 décembre 1851 Le , Louis-Napoléon Bonaparte dissout l’Assemblée nationale et instaure le Second Empire. Depuis les années 1850-1851, le préfet de la Mayenne dresse les listes des socialistes du département en prenant toutes les précautions.

Léon Goupy, républicain convaincu, s’oppose immédiatement à ce coup de force. A la nouvelle du coup d’État du 2 décembre 1851, les mesures policières sont mises en vigueur. Dans l'ensemble du département de la Mayenne, les meneurs sont arrêtés, emprisonnés, jugés et condamnés avant d'avoir eu la possibilité de se connecter avec les départements voisins, où le mouvement s'est intensifié. L'accusation portée contre eux est la même : avoir fait partie d'une société secrète.

Le , il est arrêté à Mayenne pour avoir affiché un appel à la résistance et rappelé les citoyens de Mayenne à leurs devoirs constitutionnels, appel signé par vingt-deux membres de gauche, qui, en citant des extraits de la Constitution française du 4 novembre 1848 (articles 48, 68 et 110), rappelaient au président de la République, aux autorités constituées et au peuple français leurs devoirs respectifs.

Léon Goupy est considéré comme le principal meneur des socialistes dans le département de la Mayenne. Il est accusé "d'excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres et d'excitation à la haine et au mépris du Gouvernement" ; son dossier judiciaire le présente comme un "homme violent et exalté, propagandiste habile". Son père est révoqué de la Garde Nationale. Son frère Auguste figure sur la liste des suspects et sera fréquemment inquiété par la suite.

Léon Goupy est brièvement détenu au château de Mayenne qui faisait alors office de prison. Dans ses écrit, Léon Goupy décrit avec force les conditions de son arrestation, son incarcération, et les traitements indignes subis par les républicains. Il dénonce l’arbitraire des autorités avec le préfet Napoléon Legendre de Luçay, l’hypocrisie des magistrats, par exemple Théophile Grosbois, procureur à Laval, qui avait aussi condamné précédemment le journaliste monarchiste Charles-François-Xavier Müller, et l’injustice des commissions mixtes. Il y exprime sa haine du despotisme, son mépris du parjure, et son attachement indéfectible à la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Arrestation et transfert à Laval Il est incarcéré avec d’autres républicains, puis transféré à Laval le où les prisonniers politiques se trouvaient au nombre de 23. Dans la prison de Laval, il partage la vie des détenus politiques, mais aussi des condamnés de droit commun. Il y a apprend aussi le suicide de son ami Étienne Angot, franc-maçon, percepteur à Montenay qui avait été arrêté dernièrement comme prévenu d'opinions démocratique par pendaison dans la prison de LavalVictor Schoelcher, Histoire des crimes du 2 décembre, vol. 3, , 1853 dans la nuit du 9 au . Il exprime sa solidarité avec plusieurs républicains condamnés comme lui, comme Jean-Julien Godard-Beauchêne, l'ancien maire de Mayenne. Il indique aussi qu'on voulait faire remonter l'instruction en cours, jusqu'au mois d' et lui demander compte d'un article qu'il avait publié dans l'Indicateur de Mayenne, en réponse aux attaques du rédacteur du Moniteur de la Mayenne, dont la cause provenait de Berrier-Fontaine, docteur, frère de l'avocat qui sera maire d'Argentan.

Dans la prison du Château de Laval, il rencontre la sœur Boisgontier, Sœur de la charité de Notre-Dame d'Évron, qui lui apporte des soins, et le gardien Ricou, dont l’humanité contraste avec la rapacité du geôlier-chef et la brutalité de l’aumônier Martin Foucault, suite par exemple à la réponse effectuée par les prisonniers à un courrier de Jean-Baptiste Heslot. Léon Goupy décrit la promiscuité, les humiliations, et la solidarité entre détenus.

Le , la Commission mixte, composée du préfet De Luçay, du procureur Grosbois, du Général d'O..., de Le Segrétain, conseiller de préfecture condamna sept des prisonniers à la Surveillance de la Police. 15 jours après, la commission-mixte envoyait en interement en Vendée cinq prisonniers, et en envoyant les deux autres en Belgique. Jusqu'au , Léon Goupy reste en prison à Laval.

Le voyage vers Brest et l’embarquement Le , Léon Goupy et sept autres prisonniersDont la plupart ne sont pas des condamnés politiques. sont dirigés vers Brest, sous bonne escorte. Le voyage est une épreuve : menottes, chaînes, et traitements humiliants. Les détenus s'arrêtèrent d'abord à la prison du Château de Vitré jusqu'au ; puis à la maison d'arrêt Richelot de Rennes ; à Plélan-le-Grand une nuit le . il quitte Plélan-le-Grand, enchaîné avec d’autres détenus, en direction de Ploërmel.

À Ploërmel, Goupy et ses compagnons découvrent, grâce au chef d’escorte, que leurs codétenus ne sont pas tous des « transportés politiques » comme annoncé, mais des condamnés pour faux, vol ou récidive. Cette révélation provoque une vive indignation : les républicains, convaincus de partager leur sort avec des militants, réalisent avoir été délibérément mélangés à des criminels, une tactique visant à les discréditer et à les humilier. Léon Goupy refuse dès lors de partager son repas avec eux, préférant leur faire l’aumône, et obtient d’être enchaîné seul. Le chef d’escorte, un vieux gendarme, exprime lui-même son mépris pour ces pratiques, tout en continuant à les appliquer. Il fournit à Léon Goupy des informations sur chacun de ses compagnons, confirmant leurs antécédents judiciaires. Léon Goupy dénonce cette manipulation, qu’il attribue à l’administration préfectorale, notamment à Napoléon Legendre de Luçay, préfet de la Mayenne.

À Josselin, Léon Goupy et ses compagnons passent deux nuits dans des conditions précaires. Avant de quitter la région, Léon Goupy confie une carte à un brigadier de gendarmerie, destinée à Paul Delahante, alors sous-préfet de Lorient, et ancien sous-préfet de Mayenne. Goupy affirme que Delahante, qu’il qualifie d’ami, serait sensible à ce geste, rappelant ainsi leur commune appartenance à l’idéal républicain. Delahante avait, avant le , juré de démissionner si Louis-Napoléon Bonaparte était élu président, mais ce dernier se ralliera finalement au régime après le coup d’État, recevant même la Légion d’honneur pour son zèle répressif contre les républicains.Léon Goupy est à Pontivy jusqu'au . Il part ensuite vers Rostrenen ; Carhaix ; La Feuillée ; Landerneau et enfin Brest.

À Brest, ils sont embarqués sur le Du Guesclin à partir du , un navire prison où règnent la promiscuité, la vermine et la faim. Léon Goupy décrit l’horreur des conditions de vie à bord : «Dans une mare d’ordures, qui répandaient une odeur infecte, grouillaient cinq à six cents malheureux, serrés les uns contre les autres, à ce point qu’il était impossible de s’asseoir ou de se coucher.». Il dénonce la cruauté du commandant S. Mallet, qui pousse le cynisme jusqu’à ses dernières limites, et la complicité des officiers de marine, qui acceptent le rôle infâme de geôliers.

La traversée vers l’Algérie Le , Léon Goupy et ses compagnons sont transbordés sur le Mogador avec 350 prisonniers, une frégate à vapeur en partance pour l’Algérie, dirigée par le Commandant Othon. La traversée est une nouvelle épreuve : entassement, vermine, et nourriture infecte. Léon Goupy décrit dans ses écrits la solidarité entre déportés, mais aussi les tensions et les désespoirs? Il décrit aussi la rencontre avec le capitaine d'armes du bateau, qui était originaire de Craon, et qui avait eu lors d'une traversée précédente vers l'Algérie, pris soin de son ami François Érasme Mercier.

À l’arrivée à Alger, le , les déportés sont internés à la prison du Lazaret, puis transférés au camp de Birkhadem, dans la banlieue, à 12 km d'Alger. Léon Goupy y subit les privations, les humiliations, et la promiscuité avec des condamnés de droit commun.

La vie en Algérie : résistance et solidarité À Birkadem, Léon Goupy est confronté à la dure réalité de la déportation : travaux forcés, privations, et arbitraire des autorités. Il organise avec d’autres déportés une résistance passive, une école mutuelle, et tente de maintenir la solidarité entre républicains. Il refuse de demander son internement, contrairement à d’autres déportés plus fortunés.

Goupy dénonce la cruauté du régime impérial, l’hypocrisie des autorités, et la souffrance des familles séparées par la répressionLa transportation en Afrique pour faire suite au Coup d'État dans la Mayenne, . Domfront, 1886, 60 p. in-16°.. Il y exprime aussi sa colère contre ceux qui, parmi les déportés, ont demandé leur internement pour échapper aux rigueurs du camp, abandonnant ainsi leurs camarades moins fortunés. Il cite par exemple le cas de Jean-Gabriel Capot de Feuillide.

La résistance aux travaux forcés Goupy refuse catégoriquement de se soumettre aux travaux forcés. Il organise avec d’autres déportés une résistance passive, et tente de maintenir la solidarité entre républicains. Il écrit : « Transporté sans jugement, au mépris de toute justice, on a pu, par la force, me priver de la liberté ; mais jamais on n’obtiendra ma soumission aux travaux forcés, contre lesquels je proteste de toutes mes forces. »

La solidarité entre déportés Malgré les conditions inhumaines, Léon Goupy et ses compagnons organisent une école mutuelle, où ils enseignent et apprennent les uns des autres. Léon Goupy, qui a des compétences en horlogerie, répare les montres des Arabes en échange de fruits. Il refuse de travailler pour les geôliers ou les gendarmes, affirmant que sa dignité ne peut être brisée par la force. Il décrit la solidarité entre déportés, mais aussi les tensions et les désespoirs.

Libération et retour à Mayenne 15 mois après, Léon Goupy qui s'était signalé par son dévouement dans un incendie près de Lambessa était libéré, sans aucune condition. Les notables algérois, plusieurs maires reconnaissants, avaient fait pression sur les autorités, aboutissant à la libération d'une vingtaine de prisonniers dont Leon Goupy et Auguste Claverie, avec l'aide d'une campagne de presse effectuée par le rédacteur de l'Abkar, et aussi par via le journal La Presse, d'Émile de Girardin. Léon Goupy est ensuite, et jusqu'à sa libération interné au camp de Douëra.