vignette|Le Déluge par Gustave Doré. vignette|Le Déluge par Léon Comerre. vignette|Le Déluge par Francis Danby (1840), Tate Gallery.

Le Déluge est le nom donné aux mythes d'une inondation cataclysmique préhistorique. Surtout connu dans la civilisation occidentale par le récit de l'Arche de Noé dans la Bible, ce mythe est présent dans de nombreuses autres cultures. La catastrophe est décrite comme étant causée par Dieu ou les dieux pour détruire l'humanité, certains humains échappant toutefois au châtiment divin. Tout au long des siècles, la pluralité des mythes du Déluge (plus de six cents répertoriés) et des théories catastrophistes qui en découlent, a .

Les mythes du déluge décelés dans la pensée religieuse archaïque, , c'est-à-dire justifier l'identité ethnique ou clanique des civilisations et cultures antiques.

Le terme antédiluvien fait référence aux époques antérieures au Déluge et plus spécifiquement à l'homme antédiluvien.. Dans ce dernier cas, le terme est popularisé par l'ouvrage majeur Antiquités celtiques et antédiluviennes de Boucher de Perthes, qui reste imprégné d'une conception romantique de la science et du mythe biblique du Déluge. Cependant, s'appuyant sur des arguments géologiques, paléontologiques et archéologiques, le savant réfute l’idée d'une apparition récente de l'humanité, imposée par les sciences de la Terre de son époque et qui s'appuyait sur la chronologie biblique la plus généralement acceptée, celle d'Ussher. Ses travaux sont reconnus internationalement en 1859 par les communautés scientifiques britannique et française qui affirment la très grande ancienneté de la Terre et de l'humanité. La notion scientifique d'homme antédiluvien disparaît progressivement au au profit de l'homme des ères géologiques.

Textes mésopotamiens

vignette|Un déluge, dessin à la plume et au crayon par Léonard de Vinci, 1517-1518, Royal Collection. vignette|George Smith, qui a découvert et traduit la tablette du déluge en 1872.

La mention la plus ancienne du déluge se trouve dans des textes sumériens découverts à Babylone au . Bien avant la découverte de ces tablettes, le récit en était déjà connu grâce à l'ouvrage de Bérose, un historien du , dont des fragments nous sont parvenus par la Chronique d'EusèbeEusèbe n'avait pas en main le texte de Bérose, mais s'est basé sur Julius Africanus, qui se basait sur Alexandre Polyhistor, qui lui-même se basait sur le Pseudo-Apollodore (voir ). Selon ce récit, le sage Xisuthrus est averti en rêve d'un déluge imminent et enjoint de construire un bateau dans lequel il embarquerait toutes les choses vivantes pour les protéger de l'extinction. Lorsque les eaux commencent à se retirer après sept jours de pluie, le bateau finit par échouer sur le mont Ararat, où ses restes auraient encore été visibles à l'époque d'Auguste, selon la légende.

En 1872, lors de fouilles menées dans les ruines de la bibliothèque d'Assurbanipal à Ninive, George Smith du British Museum découvre et déchiffre les douze tablettes de l'épopée de Gilgamesh. La tablette XI contient le récit du déluge, sans que ce dernier ait le moindre rapport avec l'intrigue de l'épopée. Cette découverte a permis d'établir que le récit biblique du déluge n'est pas une création hébraïque, mais bien plus ancienne, combinant plusieurs traditions. Le récit remonte à lÉpopée d'Atrahasis ou Poème du Supersage du , repris vers le dans la version assyro-babylonienne « standard » de l’Épopée de Gilgamesh, . Ce récit offre des parallèles nombreux et précis avec le mythe biblique.

Dans cette version, la cause de la destruction est attribuée au vacarme des humains, mais le plus souvent la cause n'est pas clairement établie, le déluge affectant des personnages réputés pour leur vertu, sans épargner le dieu de la Lune Nanna/Sîn, et détruisant même à Nippur le temple d'Enlil, instigateur de la catastrophe. Le vacarme est provoqué par , elle-même amplifiée par la surpopulation : le déluge est un moyen de réduire celle-ci.

Pour l'assyriologue Jean-Jacques Glassner, . Ce bateau a la forme d'un cube dont les dimensions coïncident avec celles de la ziggurat de l’Etemenanki, à Babylone, qui a servi de prototype à la tour de Babel, avec 90 mètres de côté, une hauteur équivalente, et le même nombre de compartiments.

Textes grecs et romains vignette|redresse=1.5|Le Déluge par Michel-Ange (plafond de la Chapelle Sixtine, vers 1508-1509).

Le déluge d'Ogygès, dans la mythologie grecque, termine la période primordiale de la création. Le déluge de Deucalion est provoqué par Zeus et laisse deux survivants, Deucalion et Pyrrha, qui repeuplent ensuite la Terre (Pindare Les Odes olympiques, IX-157-158). Selon le mythe de Philémon et Baucis, ce couple de justes est sauvé des eaux par Jupiter (Les Métamorphoses d’Ovide, Livre VIII, 616 sq.). Le mythe de l'Atlantide relaté par Platon dans le Timée et le Critias raconte la submersion brutale d'une île sous la mer. Platon relate aussi un déluge dans son livre III des Lois, auquel seuls ont survécu les habitants des montagnes. Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle mentionne un déluge à propos d'un peuple de l'Italie : Histoire naturelle, III, 112-113.

Récits du Déluge Récit biblique

vignette|Construction de l'arche. Cathédrale de Monreale (début ). vignette|Sortie de l'arche. Chapelle palatine de Palerme (fin ).

Livre de la Genèse, chapitre 7, versets 1 à 12 : Le Seigneur dit à Noé : Entre dans l'arche, toi et toute ta maison ; car je t'ai vu juste devant moi parmi cette génération. Tu prendras auprès de toi sept couples de tous les animaux purs, le mâle et sa femelle ; une paire des animaux qui ne sont pas purs, le mâle et sa femelle ; Sept couples aussi des oiseaux du ciel, mâle et femelle, afin de conserver leur race en vie sur la face de toute la terre. Car, encore sept jours, et je ferai pleuvoir sur la terre quarante jours et quarante nuits, et j'exterminerai de la face de la terre tous les êtres que j'ai faits. Noé exécuta tout ce que le Seigneur lui avait ordonné. Noé avait six cents ans, lorsque le déluge d'eaux fut sur la terre. Et Noé entra dans l'arche avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, pour échapper aux eaux du déluge. D'entre les animaux purs et les animaux qui ne sont pas purs, les oiseaux et tout ce qui se meut sur la terre, Il entra dans l'arche auprès de Noé, deux à deux, un mâle et une femelle, comme Dieu l'avait ordonné à Noé. Sept jours après, les eaux du déluge furent sur la terre. L'an six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, en ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s'ouvrirent. La pluie tomba sur la terre quarante jours et quarante nuits..

Récit coranique

vignette|droite|Le prophète Noé et son arche. Miniature anonyme alentours du .

Contrairement à la tradition juive qui désigne l'arche par des termes vagues signifiant ou , la sourate 29 verset 15 parle d'une safina (), et on trouve huit fois le mot fulk () autrement dit une embarcation ordinaire, et la sourate 54 verset 13 évoque quant à elle . La notion de Déluge est étrangère au Coran, qui décrit plutôt une inondation (en ), un mot d'origine araméenne, et non un déluge (en Heidi Toelle, Dictionnaire du Coran, édition Robert Laffont, .). Il faut cependant remarquer que toutes les langues de traduction de la Bible n'utilisent pas les mêmes concepts, le Déluge correspondant en anglais à une grande inondation (Great Flood).

La version coranique du déluge diffère sensiblement de celle de l'Ancien Testament. D'une part, il ne s'agit pas d'un déluge universel (seule la communauté de Noé est visée), il a pu être local comme le soutiennent certains exégètes selon Tabari, ou mondial mais pas au point de recouvrir les montagnesLe Déluge avec Noé : universel ou régional ?.Chronologiquement, notre plus récent ancêtre commun remonte à , une période où le niveau des eaux s'élevait rapidement et provoquait des inondations de plus en plus dévastatrices. L'apparition de l'homme moderne correspond en effet à la fin de la glaciation de Riss.. De plus, Noé, ancêtre de toute l'humanité, est un prophète dans le Coran. Enfin, les personnes croyantes ont embarqué avec lui et sa famille. Le Déluge est présenté comme une catastrophe parmi d'autres. Le Coran qualifie le récit du Déluge comme un événement que les oreilles fidèles conservent (Coran, LXXIX:11-12).

Autres traces culturelles faisant penser au Déluge

Avesta, texte sacré zoroastrien

Ce texte sacré des Iraniens zoroastriens est une transcription de récits oraux très anciens, d'origine médique. Ce texte ne décrit pas spécifiquement un déluge, mais un épisode de , d'un . Il partage avec les récits du déluge la vision d'un homme juste, le héros avestique Yima, prévenu par le dieu Ahura Mazda de l'imminence d'une catastrophe climatique, et sauvant de la mort une poignée d'hommes, ainsi que les différentes espèces végétales et animales ; toutefois, il est question dans ce récit, non pas d'une arche, mais d'une gigantesque caverne aménagée par Yima, sur les conseils d'Ahura Mazda. La tribu des Mèdes était initialement établie au nord-ouest de l'actuel Iran, aux confins de l'Arménie et du Caucase.

On ne peut exclure qu'il s'agisse ici d'un lointain souvenir de la dernière glaciation (glaciation de Würm), qui s'était terminée à environ 8000 av. J.-C. pour laisser place à la période interglaciaire actuelle, l'Holocène. Par ailleurs, si (le début comme) la fin d'une glaciation correspond bien à une transition de phase (passage d'une phase glaciaire à une phase interglaciaire) dont le paramètre de tension est l'albédo de la Terre — énergie solaire réfléchie par la surface de la Terre, rapportée à l'énergie solaire incidente, paramètre en particulier fonction du pourcentage de la surface de la Terre recouverte par les glaces —, et s'il s'agit donc bien d'un phénomène catastrophique au sens de René Thom, pouvant s'étendre sur un laps de temps relativement court comme certains modèles physiques récents semblent le montrer, la fin de la dernière glaciation a pu être, pendant quelques siècles ou même seulement quelques décennies, une période de pluies diluviennes, accompagnées de gigantesques inondations dans de nombreuses régions du monde.

Dans la tradition indienne Dans plusieurs textes indiens antiques dont le et le Mahabharata, Manu le premier homme est sauvé par le premier avatar de Vishnou, MatsyaB. M. Sullivan, The A to Z of Hinduism, Vision Books, pages 131 et 132 .. Lui aussi échappe au déluge en construisant un bateau. Manu deviendra par la suite le premier législateur de l'hindouisme.

Popol Vuh, texte sacré de la civilisation maya Le Déluge maya anéantit en punition de leur impiété la deuxième des trois races d'hommes successives, les hommes de bois, entre le premier homme de glaise, détruit pour sa stupidité, et les hommes de maïs dont descend l'humanité actuelle. Il prend la forme d'une pluie de feu suivie d'un obscurcissement du ciel et d'une « pluie ténébreuse » (dont la nature n'est pas précisée). Cette pluie se double d'une révolte des arbres, des pierres, des animaux et des objets domestiques, de sorte que les hommes de bois ne peuvent trouver refuge chez eux, ni sur leurs toits, ni dans les arbres, ni dans les cavernesPop Wuh, Paris, Gallimard, collection « À l'aube des peuples », 1990..

Mort d'Ymir (mythologie scandinave)

Dans le mythe de la création, Odin, exaspéré par la brutalité d'Ymir, le tua et le jeta dans le Ginnungagap (« le gouffre béant »). Le déluge causé par son sang fut si grand qu'il tua tous les géants, à part le petit-fils de Ymir (Bergelmir, fils de Thrudgelmir) et sa femme. Ces derniers repeuplèrent le monde.

Lone Man, mythologie amérindienne

vignette|Le Kon-Tiki au musée d'Oslo.