est un homme d'État japonais. Il était , et Premier ministre du Japon, respectivement du au , du au et du au . Issu d'une famille présente sur la scène politique japonaise depuis 1892, il est l'une des principales figures de l'après-guerre, dans les années 1950 tout particulièrement. D'abord rival au sein de la droite conservatrice libérale de Shigeru Yoshida, il a participé avec ce dernier à la création du Parti libéral-démocrate (PLD) dont il a été le premier président de 1955 à 1956.

Famille

thumb|300px|Ichirō Hatoyama ( à dr.) en compagnie de son épouse Kaoru (à g.), de son fils Iichirō Hatoyama (au centre, debout) et de son petit-fils Yukio (à dr.) en 1953

Ichirō Hatoyama est le fils aîné de Kazuo Hatoyama et de son épouse Haruko, née Taga. Son père, né Ogawa, a été adopté comme héritier de la famille de samouraïs des Hatoyama, dépendant à l'époque féodale du clan Miura, daimyō du domaine de Katsuyama dans la province de Mimasaka (correspondant plus ou moins à la ville actuelle de Maniwa dans la préfecture d'Okayama). Les Hatoyama sont tout particulièrement , c'est-à-dire les gardiens de la résidence des seigneurs Miura à Edo en leur absence et donc leurs représentants auprès des autorités du bakufu des Tokugawa durant cette période. Kazuo Hatoyama, avocat (bâtonnier du barreau de Tokyo à la fin de sa vie) et professeur à l'université impériale de Tokyo puis principal de la Tokyo Senmon Gakko (actuelle université Waseda), a été député pour le de la capitale (qui comprend les trois anciens arrondissements de Koishikawa, aujourd'hui partie de celui de Bunkyō, Ushigome et Yotsuya, de nos jours inclus dans Shinjuku) de 1892 à 1902 puis, après une réforme de la carte législative, pour l'unique circonscription urbaine, réunissant les villes et arrondissements spéciaux, de Tokyo, au scrutin majoritaire plurinominal, de 1902 à son décès en 1911. Il a été le de la Chambre des représentants du Japon de 1896 à 1897, ainsi que l'une des figures du mouvement libéral et parlementariste de la fin de l'ère Meiji, partisan de Shigenobu Ōkuma qu'il a suivi au Parti de la réforme constitutionnelle (Rikken Kaishintō) de 1892 à 1896, au Parti progressiste (Shinpotō) de 1896-1898, au Parti constitutionnel (Kenseitō) en 1898 et au Vrai parti constitutionnel (Kensei Hontō) de 1898 à 1907 avant de rejoindre la Fraternité du gouvernement constitutionnel (Rikken Seiyūkai) d'Hirobumi Itō, plus conservateur, de 1907 à 1911. Pro-occidental, il a activement milité durant toute sa carrière pour la création d'une diplomatie parlementaire sur le modèle du système de Westminster et se montre hostile au hanbatsu ou partage tacite des principales responsabilités militaires et civiles entre les héritiers des deux anciens grands domaines féodaux rivaux de Chōshū et de Satsuma durant l'ère Meiji. La mère d'Ichirō Hatoyama, Haruko, a fondé l'université pour femmes Kyōritsu.

Ichirō Hatoyama est aussi le beau-frère de Suzuki Kisaburō (époux de sa sœur aînée Kazuko) qui fut président du Rikken Seiyūkai de 1932 à 1937, ministre de la Justice en 1924 et de 1931 à 1932 et de l'Intérieur de 1927 à 1928 et en 1932. Son frère cadet, Hideo Hatoyama, va lui aussi connaître une carrière politique en tant que député pour le de la préfecture de Chiba (à savoir les quatre districts ruraux d'Inba, de Kaijō, de Sōsa et de Katori) au scrutin majoritaire plurinominal de 1932 à 1936 sous les couleurs du Rikken Seiyūkai également de 1932 à 1936.

Il a épousé en 1908 Kaoru Terada, fille adoptive de l'ancien samouraï Sakae Terada, devenu une figure du groupe nationaliste pan-asiatique de la Société de l'Océan noir et membre nommé par l'empereur de la Chambre des pairs de 1923 à son décès en 1926, ancienne étudiante de l'université pour femmes Kyōritsu dont elle a pris la direction à la suite de Haruko Hatoyama. Ils ont eu six enfants : Yuriko (1909-2000) qui a épousé le président de la Japan bank for international cooperation, Jun'ichi Furusawa. Reiko (1912-) qui a épousé son cousin germain Michio Hatoyama. Setsuko (1916-). Iichirō Hatoyama (1918-1993), membre PLD de la Chambre des conseillers au scrutin majoritaire plurinominal national de 1974 à 1992 et ministre des Affaires étrangères de 1976 à 1977, il est le gendre du fondateur de Bridgestone Shōjirō Ishibashi, dont il a épousé l'héritière. Keiko (1921-), épouse du président de l'Association japonaise des producteurs de charbon Shigeru Yamanaka. Nobuko (1924-), artiste-peintre, épouse du chef d'orchestre Akeo Watanabe.

Yukio Hatoyama, ancien président du Parti démocrate du Japon (PDJ), et Premier ministre de 2009 à 2010, et Kunio Hatoyama, membre du PLD et ministre de la Justice du Japon de 2007 à 2008, sont ses petits-fils. L'importance de la famille Hatoyama dans la vie politique japonaise depuis le , sa richesse et la carrière quasiment simultanée des deux frères Yukio et Kunio ont valu à ces derniers d'être régulièrement comparés aux Kennedy « New Japan opposition Chief Hatoyama dreams of a “Country full of Love” », Asian Gazette, 17/05/2009..

Formation et carrière d'avocat

Il fait sa scolarité à Tokyo, d'abord au sein de l'école élémentaire puis du collège Kōtō Shihan (actuelle école élémentaire et collège-lycée d'Otsuka de l'université de Tsukuba) dans l'ancien arrondissement de Kanda (aujourd'hui dans Chiyoda) jusqu'en 1900, et dans l'ancien premier lycée du Japon dans l'ancien arrondissement de Hongō (aujourd'hui dans Bunkyō) dont il sort en . Comme son père avant lui, il est diplômé en droit britannique de la faculté de droit de l'université impériale de Tokyo en , et devient avocat. Toutefois, le décès de son père (atteint du cancer de l'œsophage et de la malaria) en 1911 fait de lui le nouveau chef de famille et le pousse à prendre sa succession en politique.

Une première carrière au Seiyūkai avant-guerre

Ascension politique

Il est d'abord élu au siège que détenait Kazuo Hatoyama au conseil municipal de la ville de Tokyo depuis 1908, lors d'une élection partielle en 1912. Puis, lors des élections législatives générales du , il est élu pour la première fois à sa place à la Chambre des représentants au scrutin majoritaire plurinominal dans l'ancienne circonscription urbaine de Tokyo, sous les couleurs du parti parlementariste mais conservateur du Rikken Seiyūkai désormais dirigé par Takashi Hara (le premier roturier à avoir accédé à ce poste, il est le du scrutin avec 108 sièges sur 381, derrière le Rikken Dōshikai ou Association des amis constitutionnels de Takaaki Katō, plus progressiste et partisan du suffrage universel masculin). Il est réélu au même mode de scrutin aux législatives suivantes du , qui voient le Rikken Seiyūkai arriver en tête (et former l'année suivante le premier gouvernement entièrement constitué par un seul parti). Par la suite, en raison de réformes électorales ou de découpages des circonscriptions, Ichirō Hatoyama est élu dans l'ancien de Tokyo (limité à l'ancien arrondissement de Koishikawa) au scrutin uninominal majoritaire à un tour de 1920 à 1928, puis de l'ancien de Tokyo (soit les anciens arrondissements de Kanda, aujourd'hui partie de Chiyoda, Koishikawa, Hongō désormais quartier de Bunkyō et Shitaya réuni de nos jours à Taitō) au scrutin majoritaire plurinominal de 1928 à 1946.

Après l'assassinat de Takashi Hara le , il fait partie des réformistes sociaux et institutionnels qui veulent aller plus loin dans le sens d'une démocratie populaire et qui se regroupent autour du ministre de l'Intérieur Takejirō Tokonami, tandis que les plus conservateurs s'assemblent autour du vicomte et nouveau Premier ministre Korekiyo Takahashi. Cela aboutit à une scission le : partisans de Takejirō Tokonami (dont Hatoyama) quittent le parti et créent le . Mais il s'oppose fortement au rapprochement opéré en 1925 entre ce parti et l'Association constitutionnaliste (Kenseikai) de Reijirō Wakatsuki pour rejeter dans l'opposition le Seiyūkai, et finit donc par quitter le mouvement dès le . Avec 26 de ses partisans, il crée alors le son propre groupe à la Chambre des représentants, l', qui se dissout dès le suivant pour revenir dans le Seiyūkai désormais présidé par Giichi Tanaka, dont Hatoyama devient un proche.

Premières expériences ministérielles

thumb|Le ministre de l'Éducation Ichirō Hatoyama en 1932

Lorsque le Seiyūkai retrouve le pouvoir à la faveur de la crise financière Shōwa qui a fait chuté le gouvernement du Kenseikai le , Giichi Tanaka devient Premier ministre et nomme Hatoyama dans son gouvernement, en place du au , au poste stratégique de secrétaire général du Cabinet.

De retour dans l'opposition en 1929, il mène avec le nouveau président du parti Tsuyoshi Inukai les attaques contre le Premier ministre du Parti démocratique constitutionnel (Rikken Minseitō ou Minseitō, créé en 1927 par la fusion du Kenseikai et du Seiyū Hontō), Osachi Hamaguchi, concernant la signature du traité naval de Londres le avec le Royaume-Uni, la France, les États-Unis et l'Italie afin de limiter les navires de guerre de chaque marine. Hatoyama et Inukai reprochent à cette décision d'aller à l'encontre du commandement suprême de la force militaire par l'empereur « WAR RESPONSIBILITY--delving into the past (20) / Diet rubber-stamped military operations », Yomiuri Shimbun, 15/08/2006. Le , face aux attaques répétées du Rikken Seiyūkai, des militaires (surtout de la marine impériale) et de la Chambre des pairs, le Cabinet Minseitō de Reijirō Wakatsuki chute et l'empereur nomme pour le remplacer Tsuyoshi Inukai. Celui-ci, afin d'obtenir une majorité, décide de faire dissoudre la Chambre des représentants le . Et, aux législatives anticipées du , le Rikken Seiyūkai obtient une très nette majorité avec .

Tsuyoshi Inukai nomme le Ichirō Hatoyama au poste de ministre de l'Éducation. Après l'assassinat du Premier ministre et la tentative de coup d'État menée par des soldats radicaux lors de l'incident du 15 mai 1932, le Rikken Seiyūkai et le Minseitō s'unissent dans un gouvernement d'unité nationale tendant à s'opposer à l'influence croissante des factions militaires (ou gunbatsu) dans les affaires politiques. Ichirō Hatoyama conserva alors le poste de ministre de l'Éducation dans le Cabinet de l'amiral Makoto Saitō, un militaire partisan de la démocratie et hostile au gunbatsu. Il le reste du au . En , il menace d'interdire d'enseignement le professeur de droit de l'université impériale de Kyoto, Yukitori Takigawa, afin de condamner ses théories appelant la justice à comprendre les racines sociales de la déviance de certains individus, que Hatoyama juge comme des « pensées dangereuses » et estimant que « cela ne marchera pas d'avoir quelqu'un embrassant de telles théories donner des discours un peu partout et s'appeler un professeur d'université impériale ». Cette décision provoque une vive réaction de la part des confrères de Takigawa au sein de la faculté de droit, qui démissionnent tous en bloc, provoquant ainsi ce qui est appelé l'incident de Takigawa. Hatoyama décide finalement d'accepter formellement en la démission de Takigawa et de quelques autres professeurs, afin de ne pas donner l'image d'intervenir directement dans le processus de gestion du personnel des universités B. K. MARSHALL, Academic Freedom and the Japanese Imperial University, 1868-1939, éd. University of California Press, 1992, . Il doit démissionner le , étant l'une des premières victimes du scandale de Teijin qui finit par faire tomber le reste du gouvernement de Makoto Saitō le suivant.

Opposant au sein du Seiyūkai au « Nouveau système »