La sociologie est une discipline des sciences sociales qui a pour objectif de rechercher des explications et des compréhensions sociales, et non pas mentales ou biophysiques, à des phénomènes observables.
La sociologie étudie les relations sociales qui produisent par exemple, selon les approches : des pratiques, des faits sociaux, des interactions, des identités sociales, des institutions sociales, des organisations, des réseaux, des cultures, des classes sociales, des normes sociales, des conflits ou des controverses ainsi que de toutes ces entités qui n'ont pas d'explications purement biophysiques et qui sont produites par les individus et groupes sociaux. Une explication sociologique est vue comme le produit d'une démarche scientifique, afin de rendre compte, expliquer ou comprendre un phénomène social. Le savoir sociologique, par sa méthodologie, se distingue du sens commun.
L'analyse sociologique peut se placer à différentes échelles et contextes : échelle macrosociale, méso ou micro mais aussi à différentes époques.
La recherche sociologique informe les personnalités politiques et les autorités publiques, les éducateurs, les travailleurs sociaux, les législateurs, et de nombreux autres organismes et décideurs ainsi que tous ceux intéressés par la résolution de problèmes sociaux. De nombreux sociologues sont aujourd'hui employés par des institutions publiques, des collectivités territoriales ou des entreprises privées pour une fin d'expertise ou de consultance.
Origine du terme Le terme de sociologie est forgé dans les années 1780 par Emmanuel-Joseph Sieyès.Jacques Guilhaumou, « Sieyès et le non-dit de la sociologie : du mot à la chose », Revue d’histoire des sciences humaines, Publications de la Sorbonne, 2006 , . à partir du latin socius signifiant « compagnon, associé » et du grec ancien , signifiant « discours, parole »La concaténation de deux racines grecque et latine fut longtemps considéré comme une entorse aux règles de formation des néologismes.. Il s'agit donc étymologiquement d'une science des relations.
Le terme est popularisé par Auguste Comte dans le sens d'une à partir de 1839.. L'emploi du mot sociologie serait né d'une petite querelle : Auguste Comte, secrétaire de Saint-Simon de 1817 à 1823, veut reprendre l'idée de création d'une science de la société. Il la nomme d'abord ; mais ce terme est déjà utilisé par d'autres, notamment par le Belge Adolphe Quetelet. Ce dernier l'utilise pour désigner des travaux statistiques portant sur les phénomènes sociaux. Quetelet sera plus tard considéré comme un précurseur de la démographie, discipline sœur de la sociologie.
S'il est possible de dater avec une relative précision l'invention du mot sociologie, la production du premier cours de sociologie ou encore la constitution du premier département universitaire de sociologie, il est également toujours possible de reconnaître chez des auteurs antérieurs des formes de réflexion ou d'imagination sociologiqueL'imagination sociologique est une expression du sociologue américain Charles Wright Mills qu'il utilisa comme titre d'un ouvrage de méthodologie sociologique..
Histoire
Précurseurs droite|vignette|Statue d'Ibn Khaldoun en face de la cathédrale Saint-Vincent-de-Paul, avenue Habib-Bourguiba, Tunis vignette|Auguste Comte, père de la sociologie moderne Dès l'Antiquité, le raisonnement sociologique se retrouve chez certains auteurs, comme Confucius ou Cicéron. Les sophistes inaugurent dans le domaine social l'essentiel de la méthode scientifique, c'est-à-dire l'observation, la comparaison et la critique. Encore aujourd'hui, des ouvrages comme le Ménon de Platon ou Éthique à Nicomaque d'Aristote constituent des sources dans lesquelles puise la sociologie.
Les origines de l'enquête statistique remontent au , lorsque Guillaume le Conquérant ordonne en 1086 l'organisation d'un recensement sur son territoire, publié sous le nom de Domesday BookA. H. Halsey (2004), A history of sociology in Britain: science, literature, and society, .Geoffrey Duncan Mitchell (1970), A new dictionary of sociology, . Au , un historien chinois, Ma Duanlin, relève dans son encyclopédie l'existence de dynamiques sociales sous-jacentes à l'évolution historique, Wenxian Tongkao..
Selon Lilia Ben Salem, en rupture avec ses prédécesseurs, Ibn Khaldoun marque au un tournant en sociologie.. Sa façon d'analyser les changements sociaux et politiques qu'il a observés dans le Maghreb, l'Espagne et l’Egypte de son époque a conduit à le considérer comme un précurseur de la sociologie et démographie moderne bien qu'il fût inconnu des principaux fondateurs de ces disciplines.... Son ouvrage majeur, la Muqaddima, où il expose sa vision de la façon dont naissent et meurent les empires, est peut-être le premier à avoir un raisonnement scientifique et sociologique sur la cohésion sociale et le conflit social, effectivement les Romains pensaient ces concepts en termes politique, même si la distinction est ténue..... Il conçoit une théorie dynamique de l'histoire et développe les concepts de changements et conflits sociaux. Il élabore également une dichotomie entre vie nomade et vie sédentaire. La Muqaddima peut être considérée comme un ouvrage de sociologie générale, où sont développés des thèmes aussi variés que la vie urbaine, la politique, l'économie et la connaissance. Son travail se base sur un concept central, celui de 'asabiyyah, traduit en français par « cohésion sociale », « solidarité de groupe » ou « tribalisme ». Cette cohésion sociale survient spontanément dans des communautés et peut-être intensifiée par la religion. Il analyse la manière dont ce qui fait la cohésion politique, économique, psychologique, sociologique du groupe est aussi à l'origine de sa ruine, et sera alors remplacé par un autre groupe lié de manière plus étroite.
C'est à partir du que se constitue le terreau fertile d'un mode d'interrogation de la société, qui donnera par la suite lieu à la sociologie. Les bouleversements scientifiques qui s'opèrent grâce aux découvertes de Copernic, Kepler et Galilée, entre autres, conduisent, aux côtés du mouvement humaniste qui place l'Homme au centre des débats, à renverser l'ordre établi et à enclencher une « révolution qui modifia les fondements et les cadres mêmes de notre pensée et dont la science moderne est à la fois la racine et le fruit. ». La remise en cause de l'ordre divin va donc, au , ouvrir le champ à de nombreuses théories tâchant de comprendre les fondements des sociétés.
C'est le cas de tous les théoriciens du contrat social, que ce soit John Locke, Jean-Jacques Rousseau ou Thomas Hobbes. Ils pensent alors l'origine de la société et de l'État comme un contrat originaire entre les hommes, par lequel ceux-ci acceptent une limitation de leur liberté en échange de lois garantissant la perpétuation du corps social. Les premières tentatives d'étudier la société — et sa diversité — comme un objet d'analyse à part entière, se retrouvent chez Montesquieu dans De l'esprit des lois et chez Giambattista Vico dans La Science nouvelle. Ces auteurs posent les bases théoriques et problématiques de la science de la société humaine, et de la relation entre l'action individuelle, les structures sociales et le contexte historique. Peu à peu se développe une démarche qui vise à expliquer les phénomènes sociaux en se détachant d'une vision fataliste, qui décrète l'accomplissement inéluctable d'une destinée. Le siècle des Lumières voit l'émergence de théories qui cherchent à expliquer et comprendre les actions individuelles et leurs conséquences, comme dans le Traité de la nature humaine de David Hume ou les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith.
C'est en 1780 que le terme sociologie naît. à propos de Pierre-Yves Quiviger, Le principe d’immanence. Métaphysique et droit administratif chez Sieyès, Honoré Champion., sous la plume de l'essayiste français Emmanuel-Joseph Sieyès. Dérivé du latin socius (compagnon, associé), accompagné du suffixe -(o)logie (l'étude de), provenant du grec , « parole, discours », utilisé pour former le nom de l'étude scientifique d'un sujet) "Sociology" dans Dictionary of the Social Sciences, Craig Calhoun (ed), Oxford University Press, 2002, , . "Comte, Auguste" A Dictionary of Sociology ( Ed), John Scott & Gordon Marshall (eds), Oxford University Press, 2005, , . L'ecclésiastique voit la sociologie non pas comme elle peut être définie aujourd'hui mais comme une « science des mœurs pensant la dynamique entre les besoins de chacun et la superstructure institutionnelle à construire », suivant la vision d'un ordre social de l'Ancien Régime parfait et immuable car créé par Dieu. En 1838, Auguste Comte donnera au terme le sens qu'on lui attribue aujourd'hui. Harriet Martineau traduisit certaines des œuvres d'Auguste Comte en anglais et publia le premier traité de méthodologie en sciences sociales. En parallèle des héritiers du saint-simonisme, les fouriéristes également utilisent le terme de sociologie, si bien qu'en 1867 François-Marguerite Barrier dote le mouvement phalanstérien d’une revue, La Science sociale, dont il est avec Charles Pellarin le principal rédacteur, et publie, la même année, Principes de sociologie, qui expose la théorie fouriériste en s’efforçant d’en démontrer le caractère scientifique et en l’adaptant aux acquis les plus récents des sciences.
Institutionnalisation École française de sociologie En 1903, Henri Hauser affirmait que « les sciences sociales sont terriblement à la mode. C'est la tarte à la crème de toutes les réunions mondaines, de tous les discours, de tous les journaux, et nul n'a d'esprit s'il n'est sociologue. » En effet, en quelques années seulement, la sociologie a su se faire une place dans le champ intellectuel français, avec des figures comme Émile Durkheim, René Worms ou Gabriel Tarde. Pour Charles-Henry Cuin et François Gresle, l'institutionnalisation de la sociologie en France tient de plusieurs facteurs : d'un côté, la refonte de l'enseignement supérieur dans les années 1880 ouvre la voie aux sciences sociales ; de l'autre, les initiatives d'acteurs privés. Dans les années 1880 et jusqu'au début des années 1890, il n'existe encore aucun organe de diffusion strictement destinée aux théories sociologiques.
C'est René Worms, normalien réputé, tenant de la théorie organiciste, qui constituera les premières institutions de la sociologie : il crée en 1893 la Revue internationale de sociologie, en 1894, l'Institut international de sociologie et la collection d'ouvrages « Bibliothèque sociologique internationale » chez l'éditeur Giard & Brière, et en 1895, la Société de sociologie de Paris. Malgré cela, René Worms ne contribuera que très peu à l'ancrage de la sociologie : en s'assurant le concours d'universitaires confirmés — provenant donc d'horizons variés —, il ne tient pas compte des récentes avancées dans le domaine, et ses sociétés s'en retrouvent peu pertinentes, d'autant plus que se constituent au même moment dans les universités des équipes nationales de recherche aux perspectives théoriques plus abouties que les siennes. En France, c'est Émile Durkheim, notamment via la revue L'Année sociologique, qui devient la figure de proue de la discipline.
Émile Durkheim
vignette|Émile Durkheim est le premier sociologue à avoir voulu faire de la sociologie une science qui étudie les faits sociaux.