Séville (en ) est une ville du Sud de l'Espagne, capitale de la province de Séville et de la communauté autonome d'AndalousieLa capital de Andalucía es la ciudad de Sevilla, sede del Parlamento, de la Presidencia de la Junta y del Consejo de Gobierno (…) « La capitale de l'Andalousie est Séville, siège du Parlement, de la présidence de la Junta et du Conseil de gouvernement… » - Article 4 du titre préliminaire du statut d'autonomie de l'Andalousie, approuvé par référendum le , consultable sur le site consacré au statut d'autonomie..
Quatrième ville du pays, elle accueille une population de en 2023, sur un total de dans son unité urbaine. Située au centre d'une riche région agricole, traversée par le fleuve Guadalquivir et connectée à un important réseau de communication, la cité est le cœur économique, politique et culturel de l’Andalousie, et constitue l’une des plus importantes villes du pays ainsi que de l'Europe du Sud.
C’est également une ville au passé prestigieux, dotée d'un patrimoine artistique d’une grande richesse, ce qui en fait une des destinations touristiques les plus prisées d’Europe. Ses monuments, les nombreux artistes qui y sont nés ou y ont œuvré, son histoire glorieuse, ses fêtes traditionnelles, ainsi que son climat et sa gastronomie, contribuent à sa renommée.
Géographie
Situation Située dans le Sud-Ouest de l'Espagne, au cœur d'une dépression qui s'étend de Cordoue à l'océan Atlantique, Séville bénéficie d'un emplacement privilégié, largement ouvert vers l'extérieur et qui s'appuie sur deux caractéristiques géographiques majeures. D'une part, la cité est traversée par le Guadalquivir, navigable jusqu’à la capitale andalouse. Le fleuve offre aux navires de commerces une liaison directe entre l'océan, distant de , et le port de Séville, le seul port fluvial espagnol majeur. La ville s'est construite autour du fleuve, et a connu son apogée au moment de la constitution de l'Empire espagnol. Depuis 1948, le Guadalquivir contourne la ville par l'ouest pour éviter les inondations. Le cours d'eau qui traverse Séville, et sur lequel se trouve le port fluvial, est une darse, appelée canal Alphonse-XIII..
D'autre part, Séville domine la vega (plaine) du Guadalquivir, la Campiña sevillana. Cette vaste étendue de plaines légèrement ondulées est exploitée depuis des siècles pour sa fertilité qui a contribué à la richesse de la ville. Cultures céréalières, maraîchères, oléicoles, ou encore élevage de bétail (toros bravos notamment), n'ont cessé d'être développés sur ces terres qui continuent à faire vivre la région.
Cette position enviable offre à Séville une franche ouverture vers les régions limitrophes, sur lesquelles s'étend son influence : l’Aljarafe, lAlcor et les sierras nord et sud de la province.
La ville, desservie par un réseau de communications dense, se trouve à de Cadix, de Cordoue, de Malaga, de Grenade, de Madrid et de Barcelone.
Climat vignette|Climat de Séville. Située dans le Sud de l'Espagne, non loin du continent africain, Séville bénéficie d'un climat très nettement méditerranéen, tout en subissant des influences continentales..
Sa position modérément éloignée des côtes, dans la vaste plaine du Guadalquivir, lui permet de jouir d'un climat relativement doux et clément tout au long de l'année. La température moyenne annuelle s'établit à (minimales : ; maximales :+). Néanmoins, Séville connaît des étés particulièrement longs et torrides, avec des températures maximales moyennes atteignant ou dépassant les de mai à octobre.
Séville est l'une des villes les plus chaudes et sèches du pays, suivie par Murcie, Saragosse et Madrid.
Les pics de températures sont atteints entre juin et septembre, à une période où le mercure dépasse ou atteint constamment la barre des , voire plus avec une température minimale de . Le maximum enregistré est de ., tandis que le minimum est de .
L’ensoleillement est l’un des plus élevés du pays, avec une durée de plus de par an. Les gelées sont très rares par rapport à Grenade, à plus de d'altitude.
Une température de a été relevée le à la station de Sevilla San Pablo, ce qui constitue un nouveau record mensuel, l'ancien record de ayant été pulvérisé de plus de ..
Le régime pluviométrique de la capitale andalouse correspond également à celui d'un climat méditerranéen, avec en moyenne par an. Néanmoins on compte de pluie par an. Les précipitations se concentrent sur la période d'octobre à avril avec en décembre de pluie. Les chutes de pluie sont en revanche quasiment nulles au cœur de l'été : on compte de pluie en juillet et 0,5 en août.
La neige est un phénomène exceptionnel en ville. Le , après sans chutes de neige, elle recouvre la ville et ses alentours, avec moins d’intensité qu’à l’occasion précédente, le ..
Étymologie, devise, blason
Le nom de Sevilla provient du toponyme ibère I-Spal (Isfân en carthaginois a donné l'Hispania romaine, l'Isfâniya arabe, Espana médiévale) romanisé sous la forme Hispalis, devenu ichbillia Isbaliya/Isbiliya/Ishbalyia/Isbilyia au .
La devise de Séville est « NO 8 DO ». Le 8 représente ici un écheveau de laine, madeja en espagnol. La phrase se lit donc : no madeja do, contraction de No me ha dejado (« elle ne m’a pas laissé »). Cette formule fait référence au roi le Sage, lequel, chassé du pouvoir par son fils Sanche, futur , en 1282, se réfugie à Séville, l’une des très rares villes de sa couronne à lui être restées fidèles face à son fils rebelle. Il y meurt en 1284. Cette devise figure sur le drapeau municipal.
Le blason, quant à lui, représente le roi , conquérant de la ville en 1248, entouré de saint Isidore et de son frère saint Léandre qui furent tous deux archevêques de Séville aux . La devise de la cité figure au bas du blasonPour l'ensemble de ce chapitre, voir : http://www.timenet.org/, le site du quotidien espagnol ABC et site de la Mairie de Séville..
Histoire
Antiquité vignette|Trésor du Carambolo, appartenant à la civilisation indigène tartessienne. Selon la légende, Séville est fondée par les Tartessiens autour du , sous le nom de Ispal ou Spal (selon les sources latines). Le premier site de peuplement stable a été localisé au bord du Guadalquivir, sur un petit promontoire, aujourd’hui connu sous le nom de Cuesta del Rosario. C’est à cet endroit que le fleuve cesse d’être navigable pour les grandes embarcations.
La ville est ensuite peuplée par les Phéniciens et les Grecs.
Séville se retrouve au cœur de la deuxième guerre punique : les Carthaginois s'en emparent en -216. La bataille d'Ilipa permet aux Romains de la conquérir en -206.
La ville est rebaptisée Hispalis et est reconstruite. Son tempérament mouvant amène les Romains à fonder une autre cité à proximité : Itálica, qui devient la ville résidentielle, tandis qu'Hispalis conserve ses fonctions commerciales.
Jules César la dote d'une nouvelle enceinte en -49, puis l'élève en -45 au rang de colonie romaine. Elle devient alors une cité importante, dominant toute la Bétique.
Au moment des Grandes invasions, Séville est conquise successivement par les Vandales en 426, puis par les Suèves en 441.
Ces derniers sont chassés par les Wisigoths après la bataille de la rivière Órbigo en 456.
Moyen Âge La Séville wisigothique vignette | Le Patio de Banderas (la « cour des Drapeaux »), où il y a des vestiges des époques romaine, wisigothe, musulmane et chrétienne. Au fond, la Giralda. Les Wisigoths sont chassés de Gaule par les Francs en 507. Commence alors une lente et déterminante conquête de la péninsule Ibérique, sur laquelle les Goths avaient commencé à prendre leurs marques au siècle précédent.
Hispalis est rebaptisée Spali, et se retrouve au centre des conflits qui déchirent le royaume : dans les années 549, Spali est le théâtre de l'élection d'. Un concurrent, Athanagild, lui fait face et retourne la situation en sa faveur, avec le soutien de Spali et l'aide des troupes de Justinien. Celles-ci en profitent pour occuper la Bétique et Spali, qui rechigne à se soumettre aux Wisigoths ; Léovigild nomme son fils Herménégilde duc de la Bétique. Herménégild s'établit à Séville et, profitant des conflits religieux entre tenants de l'arianisme et du catholicisme , il se proclame à Spali et déclenche une révolte contre son père. Celui-ci assiège la ville qui sert de base à Herménégild et le met en déroute, face à son refus d'abjurer le catholicisme, avant de le faire mettre à mort. Après ces événements, Spali reste à l'écart de la vie politique et militaire du royaume.
La cité s'exprime désormais à travers la culture, dont elle devient l'un des plus brillants foyers d'Occident, grâce à l'action de saint Léandre et saint Isidore, les deux plus illustres archevêques de Séville, qui développent notamment la bibliothèque. Jacques Fontaine parle même d'une « renaissance isidorienne »Jacques Fontaine, Isidore de Séville et la culture classique dans l'Espagne wisigothique, Paris, 1959, 3 vol. ; , Paris, Études augustiniennes, 1983.
La cité musulmane vignette|Architecture mudéjare dans le salon des Ambassadeurs, Alcazar de Séville. Lors de l'invasion musulmane de la Péninsule Ibérique, à partir d'avril 711, Moussa Ibn Noçaïr conquiert Séville en 712. La ville occupe le cœur de l'activité politique d'Al-Andalus avant que la capitale ne se fixe définitivement à Cordoue.
L'arrivée à Cordoue d', qui fonde l'émirat omeyyade en 756, marque le début d'une longue période de révoltes vis-à-vis du pouvoir central. Les entreprises successives de rébellions sont, à chaque fois, étouffées par les troupes émirales, de manière parfois violente. Ces soulèvements réguliers sont le signe de la difficulté pour le pouvoir cordouan d'imposer correctement son autorité. Le premier grand chantier entrepris, dans une cité qui se développe à un rythme soutenu, est celui de la construction de la grande mosquée, à partir de 829-830, à l'emplacement actuel de l'église du Salvador. Cette époque est également marquée par les incursions dévastatrices et répétées des Vikings, qui pénètrent jusqu'à Séville par le Guadalquivir. La première de ces incursions, en 844, est marquée par un bilan désastreux. Les autorités décident dès lors la construction de chantiers navals et la constitution d'une flotte, qui permet de repousser les tentatives d'incursion postérieures. Si Séville prospère économiquement et culturellement à la fin du , elle subit de plein fouet les conséquences d'une guerre ouverte opposant différents clans cherchant à accaparer le pouvoir dans la cité. Les vainqueurs de cette crise, les Banu Hadjdjadj, cherchent à se soustraire à la domination des émirs, avant de se soumettre en 902.
L'arrivée sur le trône d' en 912 signe le retour en force de Séville dans le giron cordouan. La fermeté de l'émir, autoproclamé calife en 929, permet d'affermir le pouvoir des omeyyades dans la ville, dont les velléités rebelles sont matées, et les murailles abattues en guise de châtiment. Elle conserve un rôle non négligeable dans le dispositif militaire de l'État cordouan et continue son développement. Les premières pierres de ce qui deviendra plus tard l'actuel alcazar sont posées au . La chute du Califat en 1031 libère Séville de sa tutelle musulmane. Surgissent alors dans tout Al Andalus des taïfas. Celle de Séville est l'une des plus puissantes qui absorbe peu à peu nombre de territoires voisins. Sous la dynastie des Abbadides, la cité connaît une période d'apogée culturelle. La cour des souverains sévillans est le lieu d'une intense activité artistique et littéraire, marquée par un raffinement dont la renommée traverse rapidement le Guadalquivir.
vignette|La Giralda, le monument le plus emblématique de la présence musulmane à Séville.