Shiva (sanskrit IAST : ; devanagari : ; transcrit parfois par Çiva, « le bon, celui qui porte bonheur ») est un dieu hindou, l'un des trois dieux primordiaux, membre de la Trimūrti avec Brahmā et Vishnou. Shiva est quelquefois considéré comme le dieu du yoga, et il est représenté en tant que yogi qui possède la connaissance universelle, suprême et absolue, voire dans un état « au-delà de la connaissance ». Doté d'un grand pouvoir, il mène une vie de sage sur le mont Kailash .
La tradition shivaïte de l'hindouisme est centrée sur Shiva, considéré dans cinq grandes fonctions : il est le créateur, le préservateur, le transformateur, le dissimulateur et le révélateur (par la bénédiction). Dans la tradition smārta, il est considéré comme l'une des cinq formes primordiales du DieuFlood (1996), p. 17.. Les hindous qui vénèrent principalement Shiva sont appelés shivaïtes ou shaïvas (sanskrit : Śaiva)Tattwananda, p. 45.. Le shivaïsme est l'une des plus influentes variantes de l'hindouisme, avec la tradition vishnouïte (vaiṣṇava), qui est centrée sur Vishnou, et la tradition shakta (śākta), centrée sur la déesse Shakti.
Shiva est souvent vénéré sous la forme abstraite de Shiva linga. Il est aussi représenté plongé dans une profonde méditation, ou bien dansant le tandava sous la forme Nataraja ou encore représenté uni à Parvati avec un corps mi-masculin, mi-féminin Ardhanãrīśhvara symbolisant ainsi l’ambivalence de la nature divine, à la fois active et passiveLouis Frédéric & Dave Dewnarain : Le Nouveau Dictionnaire de la civilisation indienne, 2018, Édi: Robert Laffont, coll. Bouquins, 2 vol. . Shiva est aussi le père des divinités Ganesha, Murugan (KarttikeyaLouis Renou : Lhindouisme, 2012, p.35, Éd. PUF-Que sais-je, ) et Ayyappan (Dharma Sastha).
Cadre historique et origine Shiva, le dieu des shivaïtes, assume les fonctions de RudraN. Ramacandra Bhatt : La religion de Siva, 2000, Agama le terrible, ancien dieu védique. Cette transformation est considérée comme étant l'une des marques de la fin de l'Âge védique..
En effet, le théonyme Shiva provient d'une épithète de Rudra, l'adjectif shiva (« gentil, aimable »), utilisé par euphémisme pour ce dieu qui, dans le Rig-Véda, porte également l'épithète ghora (« terrible »). L'utilisation de l'épithète a fini par dépasser le théonyme d'origine, et dans la période post-védique (dans les épopées sanskrites), le nom de Rudra a fini par être considéré comme un synonyme du dieu Shiva et les deux noms ont été utilisés de façon interchangeable.
Du point de vue des sources, Shiva est, selon Philippe Swennen, encore .
Shiva et Dionysos
L'indianiste Alain Daniélou, après d'autres chercheurs, a voulu voir de nombreux points communs qui uniraient Shiva et Dionysos. Selon lui, ces parallèles ont pour origine un culte commun dont la croyance aurait décliné en Europe et se serait poursuivie en Inde.
Daniélou oppose deux types de religions (l'une agricole et l'autre urbaine) en se basant sur les travaux de Mircea Eliade. Dans cette logique, il avance que le culte d'un dieu naturiste et phallique, assimilé au taureau, serait un modèle universel mais que cette croyance aurait été marginalisée par l'expansion de la culture urbaine monothéiste. D'après Daniélou toujours, non seulement les deux divinités, grecque et indienne, partagent bien des mythes en commun, mais en plus leurs épithètes ont des significations comparables.
Ces deux dieux de la fureur rassemblent autour d'eux des fidèles qui les imitent. Ils sont à l'origine du théâtre, qui est un rite avant d'être un spectacle.. Cependant, à l'inverse de Daniélou, les auteurs plus récents ne voient pas dans ces concordances « un shivaïsme primitif, religion de la Nature et de l'Eros », mais davantage un héritage indo-européen.
Ainsi, Pierre Lévêque constate également des similitudes entre les deux divinités, mais il rappelle : Dionysos et Shiva représentent deux formes bien spécifiées d'un même archétype, remontant sans doute au début du Néolithique, quand les communautés humaines se sont organisées en agglomérations villageoises et que ville et territoire se sont donc séparés.
Bernard Sergent confirme que Shiva et Dionysos représentent un héritage religieux indo-européen car d'autres figures divines chez les Germains, les Baltes, les Anatoliens, les Thraces, les Phrygiens, les Celtes se rattachent à ces divinités..
Fonctions et attributs Le symbolisme de Shiva est d'une grande complexité du fait des nombreux courants qui l'ont vénéré au cours des siècles. Shiva est le dieu de la destruction de l'illusion et de l'ignorance. Il représente la destruction, mais celle-ci a pour but la création d'un monde nouveau : Shiva transforme et conduit la manifestation à travers le « courant des formes ». L'emblème de Shiva est le lingam (représentation phallique), symbole de la création. Il a les yeux mi-clos, car il les ouvre lors de la création du monde et les ferme pour mettre fin à l'univers et amorcer un nouveau cycle.
Il est représenté avec un troisième œil (jñāna-cakṣus) au milieu du front, symbole d'éternité et de sagesse, et avec un cobra autour du cou, symbole de puissance. Il porte un trident (trishula) et tient un tambour à boules fouettantes (damaru). Il est assis sur une peau de tigre, symbole de l'énergie potentielle. Shiva représente en effet la source créatrice en sommeil. Sur sa chevelureN. Ramacandra Bhatt : La religion de Siva, p. 108 & suiv., 2000, Ed. Agama, , dans laquelle se trouve un croissant de Lune, symbole du cycle du temps, se déverse le Gange, fleuve sacré de l'hindouisme, afin de protéger la Terre du choc induit par sa chute. Sa monture est le taureau Nandi, qui fait lui-même l'objet d'un culte.
Shiva est représenté sous différentes formes (l'ascète, le yogi, le mendiant) et possède, d'après les textes, distincts (Shambhu, Shankara, Pashupati). L'une de ses manifestations les plus célèbres est Shiva Nataraja, la danse cosmique qui rythme la destruction et la création du monde.
Shiva est uni à Shakti, L'énergie matricielle. Elle-même a plusieurs noms suivant la fonction qu'elle occupe (Parvati, Durga, Kâlî). Il a deux fils avec Parvati : Ganesha et Skanda. Le premier a la particularité d'avoir été conçu par Parvati seule, Shiva l'ayant seulement ramené à la vie en le dotant d'une tête d'éléphant sur l'injonction de Parvati, après que, furieux que celui-ci ait osé lui interdire l'entrée de son propre domicile, il l'a décapité. Quant au second, il est le fruit de la volonté des dieux que Shiva fasse naître un fils décisif. La famille vit au sommet du mont Kailash dans l'Himalaya.
Représentation ou mûrti Parmi les attributs de Shiva, on trouve : son chignon ─ jata-mukuta (jaṭāmukuṭa) ─ le siège du Gange, et de son pouvoir d'ascète ;
le trident, appelé Trishula (« trois pointes ») en sanskrit, qui symbolise la trinité ;
le croissant de lune accroché à sa chevelure ; le troisième œil ou jnana chakshus, entrouvert, qui perçoit au-delà de la réalité matérielle"The symbolism of hindu gods and rituals", de Swami A. Parthasarathy, aux éditions Vedanta Life Institute ; le cobra Kundalinî (kuṇḍalinī), l'énergie primordiale divine, comme collier. En sanskrit, Kundalini signifie « celle qui est entourée sur elle-même », d'où le symbole du serpent. Elle représente le principe féminin divin, Shiva étant le principe masculin ; une peau de tigre symbolisant sa maîtrise de la Nature.
Comme ascète, mais aussi comme seigneur des lieux de crémation, il se couvre le corps de cendre. Shiva protège la terre de la force de Gangâ, la déesse du Gange (Gangā) ; il calme l'ardeur de ses flots en les filtrant dans les boucles de ses cheveux. Il possède un trident, symbole qui concentre, pour ses adorateurs, les pouvoirs de la Trimūrti, c'est-à-dire création, perpétuation et destruction. vignette|Forme d’Ardhanarishvara de Shiva D'après la légende, Shiva et Vishnou se rendirent dans une forêt pour combattre . Furieux, ceux-ci envoyèrent pour attaquer Shiva un tigre, un serpent et un nain noir et féroce armé d'une massue. Shiva tua le tigre ─ il est traditionnellement assis sur une peau de tigre, car maître de la nature Pashupati ─, apprivoisa le serpent qu'il mit autour de son cou en guise de collier (symbole de la maîtrise des passions), posa son pied sur le nain et réalisa une danse développant une telle puissance que le nain (voir illustration) et les hérétiques reconnurent en lui leur seigneur.
Shiva est parfois représenté mêlé avec sa Shakti formant un être hermaphrodite, Ardhanarishvara.
Le symbole du lingam
Shiva est habituellement représenté par un phallus, emblème du Feu divin dans le monde indo-européen. Ce phallus stylisé, appelé shiva lingam (ou linga), symbole de création associé au yoni, une dalle de pierre représentant l'organe féminin, la matrice du monde. Par l'union du linga et du yoni, l'Absolu qui se déploie dans le monde prouve qu'il surmonte l'antagonisme mâle-femelle ou spirituel-matériel.
Le linga représente également le cosmos, mais aussi le pouvoir de connaître, la conscience comme axe de la réalité. Non plus orienté vers la finalité naturelle de force de vie et d'incarnation, le phallus dressé vers le ciel représente le rassemblement des énergies du yogi sur le plan sensible et leur conversion vers un niveau subtil.
Dans le shivaïsme brahmanique, les caractères phalliques fondamentaux du linga se retrouvent toujours nettement, tant dans les légendes expliquant l'origine de ce culte que dans les qualités corporelles occasionnellement attribuées au dieu. C'est ainsi que Shiva, ayant trouvé toutes les créatures créées (par Brahma ?), s'irrita, arracha son organe génital et le cacha dans la terre pour se vouer à une vie ascétique.
À l'origine, raconte pour sa part le Linga Purana, lorsque l'univers était envahi par les eaux, Vishnou et Brahmâ se disputaient, affirmant chacun qu'il était le plus grand des dieux. Mais tout à coup, surgit une immense colonne de feu entre les eaux. Elle était si haute qu'elle semblait sans fin. Les deux dieux décidèrent de s'affronter en mesurant la hauteur de la colonne : Vishnou se transforma en sanglier et plongea au fond des eaux tandis que Brahmâ prit la forme d'une oie pour voler aussi haut que possible. Mais ni l'un, ni l'autre ne purent atteindre l'extrémité de la colonne incandescente. Shiva, apparaissant alors, expliqua qu'il s'agissait du lingam, symbole de son pouvoir mais aussi Shiva lui-même. Les dieux reconnurent alors la suprématie de Shiva, qui leur adressa un discours censé instituer les principales règles de son culte (Nuit Sainte de Shiva, processions, instaurations de statues, etc.).
Une autre légende raconte que Shiva apparut nu devant un groupe d'ascètes qui méditaient dans la forêt sans comprendre sa vraie grandeur. Pour les punir, Shiva décida de séduire leurs femmes. Pour se venger, les ascètes émasculèrent Shiva en invoquant un tigre, mais à l'instant où son lingam tombe à terre, l'univers fut plongé dans les ténèbres. Les yogi, enfin conscients de leur erreur, prièrent Shiva de restaurer la lumière dans le monde. Celui-ci accepta, à condition que les ascètes l'adorent sous la forme du lingam.
Ainsi, le lingam est une représentation religieuse tout à fait commune en Inde, sans que le caractère sexuel soit minimisé ou occulté. Pierres, galets ou fourmilières constituent les lieux d'érection de lingams « spontanés ». Les lingams svayambhû (« automanifestés ») sont les plus sacrés, à l'image de celui d'Amarnath, une formation de glace naturelle.
Le lingam est souvent oint de lait de buffle ou de lait de coco et de ghee (beurre clarifié) ou entouré de fruits, de sucreries, de feuilles et de fleurs.
Shiva Nataraja