(en français Tristan et Isolde) est un opéra (action en trois actes) de Richard Wagner créé le au théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich sous la direction de Hans von Bülow.
Cette « action en trois actes »« Handlung in drei Aufzügen » est la mise en musique d'un poème que Wagner avait lui-même écrit d'après la légende médiévale celtique de Tristan et Iseut, principalement la version germanisée qu'en a donné Godefroi de Strasbourg. Composée entre 1857 et 1859, l'œuvre est souvent considérée comme l'une des plus importantes du théâtre lyrique occidental. Selon les interprétations, sa durée peut varier entre 3 heures 40 minutes et 4 heures 30 minutes.
Inspiré en partie par l'amour de Richard Wagner pour la poétesse Mathilde Wesendonck (mariée à Otto Wesendonck, qui héberge à cette période gratuitement Wagner), Tristan et Isolde est la première œuvre créée sous le patronage du roi Louis II de Bavière. En se tournant vers l'ouest et ses mers déchirées, Wagner offre un drame qui, fondé sur une idée unique, se contorsionne sur lui-même en une passion d'une telle intensité qu'elle ne peut qu'aboutir à une fin tragique. Mais celle-ci, plus qu'un renoncement, est une délivrance.
Tristan et Isolde est un des meilleurs exemples du projet wagnérien de transformer l'opéra en drame musical. L'audace harmonique de la musique y commence à faire éclater le cadre de la tonalité. Le prélude du premier acte est devenu une pièce orchestrale à part entière, aussi célèbre que prestigieuse.
Présentation
Personnages vignette|Ludwig et Malwine Schnorr von Carolsfeld dans les rôles de Tristan et Isolde lors de la première en 1865, photographie de Joseph Albert. Tristan, neveu du roi Marke (ténor) Isolde, princesse d'Irlande (soprano dramatique) Marke, roi de Cornouailles (basse) Kurwenal, écuyer de Tristan (baryton) Brangäne, suivante d'Isolde (mezzo-soprano) Melot, ami de Tristan (ténor) Un jeune marin (ténor) Un berger (ténor) Un pilote (baryton) Un timonier (basse) Les marins, les écuyers et les chevaliers de Cornouailles (chœurs : ténors et basses)
Argument L'argument est inspiré de la légende celtique de Tristan et Iseut devenu un grand thème de la littérature française et plus généralement de l'art occidental. Mais Tristan et Isolde a aussi été perçu souvent comme le symbole de l'amour impossible entre Richard Wagner et Mathilde Wesendonck.
Depuis longtemps, la Cornouaille tentait de s'affranchir de la suzeraineté du roi d'Irlande qui, afin de mater la révolte, avait dépêché sur place une expédition militaire qu'il confia à Morold, fiancé de sa fille Isolde. Armé de l'épée qu'Isolde, instruite de l'art de la magie, avait enduite de poison, Morold franchit la mer, mais au cours d'un furieux combat fut tué par Tristan, le neveu du roi de Cornouaille. Pourtant, avant de mourir, Morold, dont la tête tranchée et l'épée ébréchée avaient été envoyées au pays d'Érin au titre de seul tribut consenti, était parvenu à blesser son adversaire, qui sut dès lors que seule Isolde disposait de l'antidote contre le poison qui le rongeait. Ainsi, arrivant comme un naufragé sur les rivages d'Irlande sous le nom de Tantris, Tristan fut recueilli par Isolde qui, n'étant pas dupe du mensonge et ayant découvert dans la plaie du guerrier un morceau de la lame de Morold, prit la résolution de se venger de l'homme qui lui avait ravi son amour. Tandis qu'il dormait, Isolde brandit l'épée, s'apprêtant à terrasser Tristan qui soudainement s'éveilla : le jeune homme regarda non le glaive qui le menaçait, mais uniquement les yeux d'Isolde qui, bouleversée, lâcha l'arme et soigna son ennemi afin que, guéri, elle n'eût plus jamais à croiser ce regard qui lui avait inspiré la pitié et l'avait détournée de son but. Quelques années plus tard, la paix fut scellée par le mariage du roi Marke de Cornouaille avec Isolde, événement qui, lorsque Tristan lui-même fut envoyé en ambassade pour venir chercher la jeune promise, s'accompagna d'un serment d'oubli concernant les événements passés. Pourtant, la fille d'Irlande, ne voulant imaginer qu'elle pût apporter en dot son pays à ceux qui en étaient autrefois les vassaux, n'était nullement disposée à se joindre à ce grand pardon et à se résoudre à ce mariage arrangé.
Acte I Lieu : un navire voguant d'Irlande vers la Cornouaille - Tristan, accompagné de son fidèle écuyer Kurwenal, a été chargé par son oncle le roi Marke de faire venir d'Irlande sa future épouse, la princesse Isolde. Comme le voyage touche à sa fin, celle-ci sort du mutisme dans lequel elle s'est cloîtrée (scène 1) pour confier à sa suivante Brangäne un terrible secret (scène 3). Tristan, le valeureux héros admiré de tous, n'est autre que le meurtrier de son fiancé Morold, tué pour affranchir le roi de Cornouaille du tribut qu'il payait au roi d'Irlande. Blessé, il avait naguère été recueilli et soigné par Isolde qui ne l'avait pas reconnu, jusqu'à ce qu'elle extraie de la plaie de Tristan un éclat qui s'adaptait exactement à une brèche de l'épée de Morold : elle découvrit alors sa véritable identité. Sur le point de se venger, elle fut arrêtée in extremis par l'ardent regard d'amour de Tristan.
Partagée entre la haine, la honte d'être ainsi livrée au vassal de son père par celui qui tua son fiancé, et l'amour inavoué et refoulé qu'elle porte à Tristan, Isolde choisit de s'unir à Tristan dans la mort (scène 4). Elle ordonne à sa suivante de préparer un breuvage empoisonné, que Tristan accepte en toute connaissance de cause (scène 5). Mais Brangäne, qui a tout deviné de l'amour que porte sa maîtresse à Tristan, n'a pu se résoudre à exécuter l'ordre d'Isolde, et a remplacé sans rien dire le philtre de mort par un philtre d'amour. Tristan boit, persuadé qu'il va périr ; Isolde lui arrache la coupe avant qu'il ne l'ait finie et boit aussi pour partager sa mort : ils tombent en extase l'un devant l'autre, Isolde défaille, tandis que le vaisseau accoste et que le roi Marke s'avance sous les vivats pour accueillir sa fiancée (scène 5).
Acte II Lieu : la demeure d'Isolde - le roi est parti pour une chasse nocturne. Tristan vient rejoindre Isolde en secret malgré les avertissements de Brangäne. Suit alors un immense duo d'amour d'un romantisme exacerbé. De suprêmement amour, il devient peu à peu mystique : Tristan et Isolde chantent leur désir de consacrer leur amour par une mort qui serait le triomphe définitif de la Nuit sincère et douce sur le Jour vain, perfide et mensonger. Voici un extrait célèbre du livret, point final culminant du duo :
So stürben wir, um ungetrennt, ewig einig ohne End', ohn' Erwachen, ohn' Erbangen, namenlos in Lieb' umfangen, ganz uns selbst gegeben, der Liebe nur zu leben !Ainsi nous mourrions pour n'être plus séparés, éternellement unis, sans fin, sans réveils, sans crainte, oubliant nos noms, embrassés dans l'amour, donnés entièrement l'un à l'autre pour ne plus vivre que l'amour !
Ce duo entre Tristan et Isolde est le plus long (trois quarts d'heure) de l'histoire de la musique. Le tête-à-tête est soudainement interrompu par l'arrivée de Marke et de ses hommes. C'est le chevalier Melot, soi-disant ami de Tristan, lui aussi amoureux secret et transi d'Isolde, qui par jalousie a manigancé la chasse nocturne et le retour précipité du roi, pour surprendre les amants. Le roi, dans un long monologue, exprime alors toute l'affliction qu'il ressent en se voyant trahi par celui qu'il aimait plus que tout au monde, à qui il avait légué pouvoir et biens. Tristan, déconnecté du monde qui l'entoure, invite Isolde à le suivre dans le pays où il se rend maintenant, le pays de la mort. Puis il défie Melot et se jette sur lui l'épée haute, mais ce n'est pour lui qu'un simulacre, il laisse Melot le frapper.
Acte III vignette|Maquette du décor d'Angelo Quaglio pour l'acte III lors de la première représentation à Munich le 10 juin 1865. Lieu : Karéol, le château de Tristan, en Bretagne - Tristan n'a pas été tué par Melot ; grièvement blessé, il a été ramené en son château par Kurwenal, et est plongé dans une mortelle torpeur. L'écuyer veille sur lui. Un berger est chargé de surveiller la mer, et de jouer sur son chalumeau un air gai si un navire approche portant le pavillon d'Isolde, la seule à pouvoir sauver Tristan. Mais pour l'instant, il ne peut que jouer une triste et ancienne mélopée. Cela réveille Tristan, qui revoit défiler toute sa vie, et s'exalte au souvenir de son amour pour Isolde qu'il veut revoir pour enfin pouvoir mourir, et il perd à nouveau connaissance. Kurwenal le ranime avec peine, et soudain retentit la joyeuse mélodie du pâtre. Isolde arrive ! Dans un état d'excitation extrême, Tristan arrache alors ses bandages, s'élance à la rencontre d'Isolde, qui le reçoit dans ses bras, et dans un dernier regard extatique faisant écho à leur premier regard d'autrefois, Tristan expire en murmurant le nom d'Isolde, qui tente en vain de le rappeler à la vie.Le pâtre annonce un autre navire : c'est Marke. Kurwenal saute sur ses armes et tente de s'opposer à l'escorte de Marke, il tue Melot, mais il succombe sous le nombre et est tué. Marke a été mis au courant par Brangäne du secret du philtre qui ne faisait que rendre possible l'amour de Tristan et Isolde, et plein de pardon il venait unir son parent le plus cher à Isolde, à qui il reproche doucement de n'avoir pas tout dit, le malheur eût ainsi été évité. Mais Isolde ne l'entend plus : en extase devant le cadavre de Tristan, son âme la quitte, elle meurt d'amour sur le corps de son amant. Marke, consterné, bénit les cadavres. L'air s'achève sur le Liebestod.
Exemples de leitmotive Voici, à titre d'illustration, quelques-uns des très nombreux motifs de l'opéra. Ceux qu'on peut entendre dans le prélude, d'importances inégales : Fichier:ti_aveudesir.png Fichier:ti_regard.png Fichier:ti_philtreamour.png Fichier:ti_poison.png Fichier:ti_philtremort.png Fichier:ti_delivrance.png Quelques autres motifs parmi les plus importants : Fichier:ti_morttristan.pngFichier:ti_jour.pngFichier:ti_liebestod.png
Orchestration <center> {| bgcolor="#f7f8ff" cellpadding="4" cellspacing="0" border="2" style="text-align: center; font-size: 95%; border: #cccccc solid 1px; border-collapse: collapse;" |- | bgcolor="#D9FFB2"|Instrumentation de Tristan und Isolde |- | bgcolor="#FFECB2"|Cordes|- | |premiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebasses, 1 harpe, |- | bgcolor="#FFECB2"|Bois|- | |3 flûtes, 1 flûte piccolo
2 hautbois, 1 cor anglais, 1 cor anglais (sur scène),
2 clarinettes en la, 1 clarinette basse en si bémol,
3 bassons,
| bgcolor="#FFECB2"|Cuivres|- | |4 cors en fa, 6 cors en do (sur scène),
2 trompettes, 3 trompette en ut (sur scène),
3 trombones, 3 trombones (sur scène), 1 tuba, |- | bgcolor="#FFECB2"|Percussions|- | | timbales, cymbales, triangle, |} </center>
Réception
Création Tristan und Isolde s'est avéré être un opéra difficile à mettre en scène : Wagner a longtemps envisagé diverses possibilités pour le lieu. En 1857, il est invité par un représentant de Pierre II, empereur du Brésil, à monter ses opéras à Rio de Janeiro (en italien, langue de l'Opéra impérial). Après avoir envoyé quelques exemplaires reliés de ses premiers opéras à l'empereur, le projet stagne et n'aboutit pas. Il propose alors que la première ait lieu à Strasbourg, à la suite de l'intérêt manifesté pour le projet par la grande-duchesse de Bade. Encore une fois, le projet n’aboutit pas. Ses pensées se tournent alors vers Paris, centre du monde lyrique au milieu du . Cependant, après les représentations désastreuses de Tannhäuser à l'Opéra de Paris, Wagner propose l'œuvre à l'opéra de Karlsruhe en 1861, c'est encore un refus.