Le duché de Lorraine (en allemand : ) est un ancien État de type monarchie héréditaire qui existe pendant huit siècles. Il est issu du partage de la Lotharingie en 959 qui scinde ce vaste royaume en deux duchés distincts : la Basse-Lotharingie et la Haute-Lotharingie. À la suite de nombreux remaniements de son territoire mi-roman mi-germanique, le second duché, qui s'étendait encore jusqu'à Coblence à la confluence du Rhin et de la Moselle, actuellement en Allemagne, ainsi que jusque Bouillon en Belgique aujourd'hui, donne progressivement naissance à un duché qui sera le seul et dernier à garder le nom ancestral de Lorraine. Le qualificatif « Haute » sera très vite abandonné car l'État jumeau au nord n'aura qu'une durée de vie éphémèreLa Basse-Lotharingie n'existe plus à partir de 1190 ; elle éclate en de multiples entités territoriales aujourd'hui au Luxembourg, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en France. et la distinction entre les deux duchés de l'axe lotharingien ne s'imposait plus.
Ancien État du Saint-Empire romain germanique pendant 804 ans, puis souverain dès 1542 sans être statutairement sorti du Saint-Empire, le duché lorrain dure jusqu'en 1766, date de son intégration dans le royaume de France après une phase transitoire de tutelle française pendant le règne du duc Stanislas Leszczynski (à partir de 1737) et sous le contrôle de l'intendant Antoine-Martin Chaumont de La Galaizière.
Clarification sémantique Les actes et documents officiels du Moyen Âge en vieux français régional désignent le duché par le terme « Lohereigne »Par exemple . et les habitants par le gentilé « Loherainc ». Les graphies divergentes sont nombreuses pour ces deux mots mais, dans les faits, tous les termes utilisés pour parler de cette région d’Europe signifient la même chose : « le royaume de Lothaire ». En conséquence, la tentation de penser que Lotharingie et Lorraine représentent des territoires différents est très grande. En réalité, les deux appellations se croisent sans cesse suivant les sources et les actes officiels en fonction de la langue dans laquelle ils sont rédigés; si c'est en latin Lotharii Regnum, si c'est en francique Lotharingen et si c'est en lorrain Loherreine en pensant à prononcer le /H/ aspiré (). Comme l'administration lorraine ducale adopta très rapidement la langue française pour la rédaction de ses chartes et édits officiels : ., le terme français s'inspire de la forme romane lorraine qui ne peut inclure une aspiration. Lothaire devient « Loher », puis « Lor » et le royaume, « rèyne » ou « rèïgne » devient « raine ». Le même phénomène s'est produit en langue haut-allemande qui s'est inspirée du francique puisque la partie septentrionale de la Lotharingie coïncide totalement avec les terres franciques et bas franciques : Lothaire est « Lothar » et le royaume se dit « ring ». On notera donc que l'allemand n'a pas rendu le « Ring » par « Reich » comme dans Frankreich (France) ou Österreich (Autriche). Une nouvelle forme latine s'est imposée dans les manuscrits à partir de la forme francique : Lotharingia.
En résumé, eu égard au fait que la Lotharingie était une terre avec deux familles de langues différentes, chaque habitant utilise la forme de sa propre région voire de son patois encore plus localisé. La forme latine était forcément plus représentée à l'écrit. Alta Lotharingia, Haute-Lorraine et Oberlothringen ne sont que trois formes phonétiques du même territoire. Toutefois, la recherche historique a introduit un nouveau concept sur la base du mot latin : la « Lotharingie ». Le but consiste à éviter d'utiliser le mot « Lorraine » quand il s'agit de parler du grand duché souche antérieur au duché de Haute-Lorraine. Pour éviter le télescopage avec le nom d'une région que chacun identifie aujourd'hui avec la région française, les historiens ont choisi d'utiliser le terme francisé « Lotharingie » car non seulement la superficie de ce duché mais aussi sa structure bigarrée et son fonctionnement divergeaient clairement de ceux du duché lorrain après l'an 1000.
Géographie Haute-Lorraine thumb|Provinces ecclésiastiques dans le Saint-Empire au . La province de Trèves (ici Trier) indique le territoire du premier duché de Haute-Lorraine. Le territoire de Haute-Lorraine (ou Haute-Lotharingie) coïncide en 959 au moment de sa création à la province ecclésiastique de Trèves comprenant l'archidiocèse de Trèves et les diocèses suffragants de Metz, Toul et Verdun. Il inclut également trois sous-divisions du diocèse de Reims actuel (Mézières, Mouzon, Doulcon). La Lorraine initiale s'organise autour de la Moselle de sa source au pied du col de Bussang dans les Vosges à sa confluence avec le Rhin à Coblence.
La Haute-Lorraine originelle était donc plus germanophone que ne le sera le futur duché de Lorraine puisqu'il faut y ajouter les populations germanophones du Palatinat, de la Sarre, de la principauté épiscopale de Trèves, le Luxembourg, le pays d'Arlon et d'Eupen en Belgique. Il s'agit de régions appartenant à l'aire linguistique francique. Une partie de la Wallonie méridionale renforce l'aire francophone. Vu sous cet angle, on est moins surpris de constater la présence de Lorrains germanophones dans la partie septentrionale du futur duché, appelée alors Lorraine allemande ; le tracé des frontières ultérieur a coupé leur territoire d'une aire mosellane, sarroise et palatine initialement plus vaste. La parenté culturelle et linguistique ne fait du coup aucun doute et n'a rien à voir avec une quelconque invasion ou occupation des Allemands des siècles plus tard. La Lorraine a démarré son histoire clairement comme un État bilingue ou plutôt diglossique et l'est restée jusqu'à son annexion progressive à la France au même si la perte des terres germanophones au nord de la Haute-Lorraine a donné l'avantage numérique aux francophones par la suite. La plus grande cité médiévale lorraine était sans conteste Metz, ville romane, une fois qu'on avait enlevé Trèves la germanique.
L'évêché de Trèves devient une principauté archiépiscopale souveraine avec un statut d'électorat en 1198 ce qui lui permet de siéger à la diète impériale dans le collège des prélats princes-électeurs aux côtés des princes-archevêques de Mayence et de Cologne. Il a donc quitté le giron de Haute-Lorraine très tôt en l'amputant d'une partie non négligeable du territoire initial mais en gagnant en influence et en pouvoir au sein du Saint-Empire romain germanique comparé aux ducs de Lorraine qui devront patienter quelques siècles pour agrandir leur duché et gagner en pouvoir par rapport à leurs voisins et ennemis. En revanche l'archevêque de Trèves restera le métropolitain des diocèses lorrains jusqu'au concordat de 1801 qui les fait passer dans la province ecclésiastique de Besançon. Présentation en ligne : ..
Quand, en 1139, le comté de Luxembourg est inféodé par l'empereur à , comte de Namur, le territoire au nord-ouest de la Haute-Lorraine passe dans le giron de la Basse-Lotharingie. Cela inclut la région de Thionville, aujourd'hui en Lorraine, mais autrefois au Luxembourg et donc quelque temps aussi dans les Pays-Bas espagnols. Les frontières du futur duché de Lorraine et celles du duché de Bar voisin commencent par conséquent à se préciser voire se stabiliser pour quelque temps. Les conflits territoriaux se sont multipliés pendant des siècles depuis l'éclatement de l'empire carolingien entre la maison d'Ardenne., les évêchés de Metz, Trèves et Verdun, la ville libre de Metz, les comtes du Luxembourg, la maison de Nassau et la maison de Lorraine..
Géographiquement le territoire du duché de Lorraine déplace son centre de gravité vers le sud de l'ancienne Haute-Lorraine où les ducs devront créer une capitale au fur et à mesure que leurs pouvoirs régaliens croîtront pour diverses raisons géopolitiques. La résistance farouche de la cité messine et des évêques de Metz très possessionnés sur le sol lorrain conduit les futurs ducs de Lorraine à se résigner à ne pas avoir l'ancienne capitale austrasienne comme capitale de leur propre duché même si les souverains lorrains suivants feront encore de nombreuses tentatives d'incorporation de cette ville au potentiel symbolique fort. Amputée de la plupart de ses terres germanophones au nord, la Lorraine ducale devient majoritairement francophone et se positionne davantage dans une aire géographique et culturelle plutôt homogène entre la Champagne et la Franche-Comté. De fait, le comté de Bitche germanophone fut vendu au comté de Deux-Ponts-Bitche en 1297, le comté de Dabo avait sa propre histoire dans le giron alsacien et le pays sarrois resta encore quelque temps dans la sphère d'influence des Nassau-Sarrebruck. La superficie de l'ancien département de la Meurthe et de l'actuel département des Vosges forme dorénavant le gros du territoire lorrain historique sur des siècles.
Duché de Lorraine
La majeure partie du duché est comprise dans la région traditionnelle de Lorraine.
Les villes principales étaient Nancy, la capitale, la Mothe, Épinal, Lunéville, Sarreguemines, Commercy, Saint-Dié-des-Vosges, Château-Salins, Remiremont, Blâmont… Les frontières bordaient le duché de Bar (qui lui fut uni en 1419), la principauté épiscopale de Verdun, la principauté épiscopale de Metz, la principauté épiscopale de Toul, la Franche-Comté, l'Alsace, la Sarre, la principauté de Salm et le comté de Sarrewerden.
La frontière entre le duché et le comté de Bourgogne ne fut fixée qu'en 1704, par le traité de Besançon qui partagea les terres de surséance entre le duché et le royaume de France.
Le duché comprenait, en Alsace, la partie du val de Lièpvre située sur la rive gauche de la Lièpvrette : Bois-l'Abbesse, Grand-Rombach, Hingrie, Allemand-Rombach, Lièpvre, Montplaisir, Musloch, Petit-Rombach, Sainte-Croix-aux-Mines, Saint-Hippolyte, une partie de Sainte-Marie-aux-Mines, Stimbach et Vraie-Côte.
Le duché comprenait, en Sarre, Kastel, Buweiler, Rathen et Kostenbach ainsi que Freisen. vignette|Carte de 1712, avec le duché de Lorraine (en jaune), les Trois-Évêchés (en vert), ainsi que le duché du Bar (en rouge). Il comprenait aussi, en Rhénanie-Palatinat, Hoppstädten, Heimbach, Vertenstein, Weiersbach, Bleiderdingen et Leitzweiler.
thumb|upright=1.5|center|Le duché de Lorraine (sans le duché de Bar) dans ses limites du milieu du et les communes et départements actuels.
Histoire Formation du duché thumb|left|La Basse-Lotharingie et la Haute-Lotharingie vers l'an 1000.
Le territoire de la Lorraine s'est constitué à l'issue de plusieurs partages.
En 843, par le traité de Verdun, les fils de Louis le Pieux se partagèrent l'Empire carolingien. Le territoire de la future Lorraine revint à . En 855, à la mort de , ses fils se partagèrent son royaume et la partie nord revint à . Son royaume est désigné par Lotharii regnum, qui se déformera en Lotharingie. À la mort de (869), la Lotharingie fut partagée par ses deux oncles par le traité de Meerssen, mais Louis le Jeune en réunit les deux parties par le traité de Ribemont. À partir de 901, la Lotharingie fut confiée par le roi de Germanie puis l'empereur à des ducs, mais l'importance de ce duché, qui était l'un des cinq « duchés ethniques » de Germanie et une frontière face au royaume de France, ainsi que les fréquentes révoltes des ducs de Lotharingie, conduisirent en 959 Brunon de Cologne, duc de Lotharingie, et son frère l'empereur , à diviser la Lotharingie en deux : la Basse-Lotharingie, correspondant globalement à l'actuel Benelux, et la Haute-Lotharingie, qui deviendra le duché de Lorraine.
La Haute-Lotharingie correspondait à toute la partie de la province de Trèves située sur la rive gauche du Rhin, c'est-à-dire aux diocèses de Metz, Toul, Verdun et à la portion la plus considérable de celui de Trèves ; elle comprenait en outre la petite portion du diocèse propre de Reims qui embrassait les anciens pagi de Mouzon, de Castrice et du Dormois..