Le () est une espèce de passereaux appartenant à la famille des Icteridae. Son nom commun vient de deux taches rouges qui prennent la forme d'épaulettes quand l'oiseau prend une attitude d'intimidation.
Description et comportement
Les deux sexes ont un bec très pointu. La queue est de longueur moyenne et arrondieAgelaius phoeniceus ; All About Birds ; Ed : Cornell Lab of Ornithology ; 2003, consulté 2008-06-29. Les yeux, le bec, et les pattes sont noirs. Les jeunes oiseaux ressemblent aux femelles, mais plus pâles en dessous et avec les franges des plumes de couleur chamois.
Le carouge à épaulettes présente un net dimorphisme sexuel : le mâle est noir (y compris le bec et les pattes) avec des épaulettes d'un rouge vif généralement souligné de jaune pâle. On ne voit pas toujours ses épaulettes rouges lorsqu'il est perché, et alors seule la fine bordure jaune dépasse. L'appartenance de la femelle à l'une ou l'autre des sous-espèces de carouges bicolores ou tricolores est difficile à établir. Toutes sont brun foncé, se fondant mieux dans la nature, et plus discrètes sur leur nid.
Le Carouge à épaulettes est un animal très territorial, qui défend son territoire contre d'autres animaux et oiseaux. Il attaque et intimide des oiseaux beaucoup plus grands que lui tel que corbeaux, pies, et même certains rapaces et hérons s'ils entrent dans leur territoireJohn Kenneth Terres, The Audubon Society Encyclopedia of North American Birds ; Ed:Knopf, 1980, New York, NY, 938 pages, . Les mâles peuvent attaquer l'homme s'il envahit son territoire pendant la nidification..
La forme particulière du vol de cet oiseau permet de le distinguer d'autres espèces proches (les taches colorées ne sont pas visibles de dessous).
Chant vignette|gauche|redresse|Mâle en posture de chant sur perchoir L'appel du carouge à épaulettes mâle allie un chant de gorge contrôlé et des sifflements de type''terrr-eeee. Dans ses comportements sociaux, le mâle chante souvent avec un mouvement de présentation de ses épaulettes rougesPeterson, Roger Tory ; A Field Guide to the Birds: Eastern and Central North America, HMCo Field Guides, 1999, voir Google book, . Le chant de la femelle évoque un chit chit chit chit chit chit cheer teer teer teerrJaramillo, Alvaro; Burke, Peter (1999). New World Blackbirds: The Icterids. London: Christopher Helm. . ..
vignette|centre|Carouge à épaulettes chantant.
Alimentation Cet oiseau est omnivore. Les graines de nombreuses plantes et/ou les insectes constituent l'essentiel de son alimentation, selon l'époque et la disponibilité en nourriture. Il a appris à collecter les restes de récolte ou débris de blé, maïs ou riz après la moisson.
Un quart au moins de son régime alimentaire se compose d'insectes et autres invertébrés, et considérablement plus lors de la saison de reproductionSrygley, Robert B. & Kingsolver, Joel G. (1998): Red-wing blackbird reproductive behaviour and the palatability, flight performance, and morphology of temperate pierid butterflies (Colias, Pieris, and Pontia). HTML texte intégral Il montre une préférence pour les gros insectes tels que libellules, demoiselles, papillons et diptères, mais consomme également des escargots, amphibiens, œufs, charognes, vers, araignées et mollusques. Il fouille dans les feuillages et plantes pour trouver ses proies, ou les happe au vol.
En saison, il mange des bleuets (airelle voisine de la myrtille), des mûres et d'autres petits fruits.
Il peut aussi visiter les mangeoires à oiseaux et en fin d'été et d'automne, il se nourrit dans les zones d'openfield, avec d'autres espèces d'oiseaux (dont les étourneaux) en groupe qui peuvent atteindre plusieurs milliers d'oiseaux.
Confusion possible Le mâle adulte ressemble à l'Échenilleur à épaulettes rouges, une espèce africaine.
Habitat Le carouge à épaulettes apprécie les vastes zones herbeuses ouvertes (grande prairie, prairies humides, champs, jachères) mais plus encore les zones humides où il trouve de nombreux insectes. On le trouve sur les eaux douces, mais aussi sur les marais salés, notamment quand les Typha sont présents.
Répartition et sous-espèces thumb|alt=Coucher de soleil avec vol d'oiseaux serrés|Vol groupé Selon il se répartit en 22 sous-espèces :
Il peut hiverner au nord jusqu'en Pennsylvanie et en Colombie-Britannique, mais les populations nordiques sont généralement migratrices, se déplaçant vers le Mexique et le sud des États-Unis. La migration débute en septembre-octobre, mais occasionnellement plus tôt, en aout.
Dans l'ouest et le milieu de l'Amérique du Nord, les populations sont généralement sédentaires (non-migratrices)Rosenthal A, Agelaius phoeniceus ; Animal Diversity Web; University of Michigan Museum of Zoology ; 2004, consulté 2008-06-28.
Reproduction left|thumb|Nid et œufs Le comportement de ces oiseaux est colonial, les nids, en forme de panier bien creux, plus ou moins groupés, sont construits dans les roselières, les herbes, carex, ou dans les buissons d'aulne ou saule, uniquement par la femelle, en 3 à 6 jours. Il est constitué de graminées, de carex et mousses, éventuellement cimentés avec de la boue, et lié aux branches ou herbes environnantes.
Il est situé de à au-dessus de l'eauHarrison, Hal H. ; A Field Guide to Birds Western Nids ; Ed ; Houghton Mifflin terrain ; Année 1979, P 228, .
La portée compte trois ou quatre, rarement cinq, œufs. Les œufs sont ovales, lisses et légèrement brillants. Ils mesurent 24,8 x . Ils sont pâles, vert bleuâtre marqué de brun, violet, et/ou de noir, avec souvent des ponctuations autour de l'extrémité la plus large de l'œuf. Ces œufs sont couvés par la femelle seule, et éclosent au bout de 11 à 12 jours. Les Carouges à épaulettes éclosent aveugles et nus, mais grâce à une alimentation très riche en protéines (les parents s'alimentent presque exclusivement de gros insectes à cette époque) ils seront prêts à quitter le nid 11 à 14 jours après l'éclosionGough, Gregory (2003). "Agelaius phoeniceus". USGS Patuxent Wildlife Research Center. Information en ligne. Consulté 2008-06-29.
Les Carouges à épaulettes sont polygames, avec des mâles territoriaux défendant jusqu'à 10 femelles. Cependant, les femelles copulent fréquemment avec d'autres mâles que leur partenaire social, et les pontes peuvent provenir de plusieurs "pères". Deux, voire trois couvées sont possibles par saison, dans un nouveau nid à chaque fois.
La prédation des œufs et des oisillons est importante. Les prédateurs des nids sont des serpents (couleuvre), le vison, le raton laveur, et d'autres oiseaux, même aussi petits que le Troglodyte des marais. Le carouge à épaulettes est également parfois victime de parasites de la reproduction, en particulier de la part du Vacher à tête brune. Probablement en réaction à la prédation des nids, plusieurs adaptations évolutives existent chez cette espèce, dont la nidification groupée (qui réduit le risque de prédation individuelle en augmentant le nombre de parents en alerte), la nidification au-dessus de l'eau (qui réduit la probabilité de prédation), de même que de puissants cris d'alarme. Les nids sont en outre souvent bien cachés dans les roselières épaisses à proximité de l'eau, et souvent à un à deux mètres de hauteur. Les mâles jouent souvent le rôle de sentinelles, disposant d'une variété de chants ou cris désignant un danger plus ou moins grand. Des postures d'intimidation et d'attaques réussissent à effrayer certains prédateurs. La coloration terne et brunâtre de la femelle joue probablement aussi un rôle de camouflage pour elle et son nid (quand elle couve).
Relations avec les humains Avant les Anglais, les peuples autochtones amérindiens nommaient déjà l'oiseau selon ses caractéristiques physiques et colorées. Dans les langues Anishinaabees (groupe de langues autochtones parlées dans la majeure partie des régions fréquentées par cet oiseau), des noms variés ont été donnés à cet oiseau. Dans la langue oji-cri, la plus septentrionales des langues Anishinaabe, il est appelé jachakanoob, tandis que l'Ojibwa parlé au Nord-Ouest de l'Ontario et au Manitoba juste au sud de la zone où l'on parlait l'Anishinini, l'oiseau est appelé jachakanoo; ces deux langues associent le carouge à épaulettes au type Junco. Toutefois, dans la grande majorité des autres dialectes de langue Ojibwa, l'oiseau est appelé memiskondinimaanganeshiinh (nom qui évoque une épaule très rouge). Toutefois, la langue Odawa, une langue qui était parlée par les Anishinaabe du Sud-Ouest de l'Ontario et du Michigan, l'oiseau est plutôt appelé soit memeskoniinisi ("oiseau avec une tache rouge sur l'aile) ou comme memiskonigwiigaans ("Aile à la petite tache rouge").
Bien qu'appréciée pour les couleurs vives du mâle et pour leur comportement insectivore, utile à certaines cultures et à la régulation des populations d'insectes, en hiver, cette espèce qui peut former des vols assez denses, devient volontiers insectivore et s'éloigne alors des zones humides en hiver, à la recherche de graines ou petits fruits. Elle peut alors se nourrir de restes de récoltes ou de semence de céréales dans les zones agricoles, ce qui fait qu'elle est parfois considérée comme ravageur des cultures par certains agriculteurs
Dans les Grandes Plaines, la langue Lakota, cet oiseau est appelé wabloša ("ailes rouges"). Les chants de cet oiseau sont décrits par les lakotas comme toke, ni mat'ā ("oh! que je pourrais mourir"), ou comme nakun Miye ("... et moi "), ou encore mal eya ("moi aussi!") ou cap'cehlī ("une plaie de castor")Eugene Buechel and Paul Manhard (2002). Lakota Dictionary: Lakota-English / English-Lakota; New Comprehensive Edition. Lincoln and London: University of Nebraska Press. .
« Phénomène » de mortalité massive subie à Beebe et en Louisiane Le janvier 2011, un phénomène exceptionnel s'est produit dans et autour de la ville de Beebe (Arkansas). Les habitants ont découvert au petit matin des centaines de carouges à épaulettes morts ainsi que quelques étourneaux sansonnet. Vers 23h30 locales, la nuit de la Saint-Sylvestre, quatre à cinq mille de ces oiseaux se sont en effet abattus sur la ville en vol désordonné, de nombreux oiseaux se cognant entre eux et aux obstacles, avant de mourir subitement, ou dans le courant de la nuit.
Les causes de ces décès massifs sont encore inconnues, plusieurs spécialistes ayant des avis divergents quant aux éventuelles blessures observées. Les feux d'artifice de la nouvelle année sont une des explications évoquées ; ils auraient pu faire mourir de peur ces oiseaux. Une autre explication serait des chutes de grêle ou des coups de foudre à haute ou très haute altitude. Cet oiseau étant considéré comme « nuisible » par certains céréaliers (bien que par ailleurs utile en tant qu'insectivore partiel), plusieurs dizaines de détonations entendues par un témoin localCommuniqué AFP, repris par TV5 : avant le phénomène ont fait évoquer l'utilisation possible d'arme à feu ou de matériel destiné à effrayer les oiseaux comme autre explication possible. Des cadavres ont été envoyés à diverses autorités compétentes pour autopsies et étude afin d'obtenir de plus amples informations Arkansas Game and Fish Commission, pour notamment vérifier qu'il ne s'agit pas d'une intoxication, car à environ 160 à de Beebe, poissons (malachigans (Aplodinotus grunniens) essentiellement, ont été trouvés morts. Selon les premiers résultats des tests et autopsies, faits par le National Wildlife Health Center Lab de Madison (Wisconsin), ces oiseaux sont morts des suites d'hémorragie interne, sans que les causes du comportement de ces oiseaux avant leur mort aient été identifiées. Scott Wright, responsable de l'enquête sur le terrain pense toujours que des feux d'artifice auraient pu déclencher un mouvement de panique chez ces oiseaux.