Lislandais (en islandais : , ) est une langue germanique parlée principalement en Islande, dont elle est la langue officielle ..
L'islandais fait partie de la branche occidentale des langues nord-germaniques, et possède à ce titre des similarités avec le féroïen. Il est issu, comme les autres langues scandinaves, du vieux norrois.
Histoire
Elle a pour racine historique le norrois, qui était pratiqué depuis le Moyen Âge dans les pays scandinaves (Suède, Danemark, Norvège et Islande). L'isolement de l'Islande et son importante tradition écrite ont permis une conservation exceptionnelle de la langue originelle, non seulement dans sa version écrite, mais également dans sa version orale.
L'occupation danoise de l'Islande de 1380 à 1918 n'a eu quasiment aucune influence sur l'évolution linguistique de l'islandais, qui resta employé pour le quotidien de la population. Le danois ne fut employé que pour les communications officielles. Il en fut de même lors de l'occupation anglo-américaine qui débuta en 1940 et s'amenuisa après les années 1950.
Depuis le , les autorités islandaises appliquent une politique volontariste pour préserver la « pureté » de la langue. À la suite de cette politique, des écrivains et des terminologues sont chargés de créer de nouveaux mots afin d'adapter la langue islandaise à l'évolution des usages et aux nouveaux concepts et de lui éviter ainsi le recours à des néologismes empruntés à des langues étrangères, notamment au danois et à l'anglais. D'anciens mots tombés en désuétude sont remis au goût du jour, et des néologismes sont créés à partir des racines de la langueOn peut citer le cas du mot , littéralement « pouvoir de l’ambre » signifiant « électricité » , ainsi que celui du mot , un ancien mot signifiant « câble », aujourd'hui utilisé pour « téléphone » ou encore celui de formé à partir de , « chiffre » et « magicienne » utilisé pour « ordinateur »..
L'islandais devient langue officielle en Islande par la loi du . Avant cela, la Constitution islandaise ne mentionnait pas de langue officielleRapport 2011 de la commission juridique ..
Écriture L'islandais comporte deux caractères et deux phonèmes inconnus de la langue française : Ð, ð (eð, eth) équivaut au th anglais dans the // ; sa translittération conventionnelle en français est dh ; Þ, þ (nommée þorn, thorn) équivaut au th anglais dans thing // ; sa translittération conventionnelle en français est th.
Nota bene : Alors que ces deux phonèmes tendent à être constrictifs en anglais, [] ne l'est que rarement en islandais ; il est essentiellement une spirante.
Alphabet
L'alphabet islandais, constitué en tout de 32 lettres, a de nombreuses particularités. En plus des lettres Þ, Ð et Æ, les lettres accompagnées de diacritiques sont également considérées comme des lettres à part entière. Ainsi, l'alphabet ordonné est :
A a, Á á, B b, D d, Ð ð, E e, É é, F f, G g, H h, I i, Í í, J j, K k, L l, M m, N n, O o, Ó ó, P p, R r, S s, T t, U u, Ú ú, V v, X x, Y y, Ý ý, Þ þ, Æ æ, Ö ö
Les lettres C Q et W ne sont utilisées que pour les mots d’origine étrangère et les noms propres. Z a été remplacé par S en 1974.
Prononciation vignette|Un locuteur de l'islandais.
Voyelles et diphtongues
GraphèmePosition dans le motTranscription en APIPrononciation approximative par rapport au françaisExemplesa(long)[aː]aakaka(court)[a]ataskaAvant gj ou gi[ai̯]aïlagiAvant ng ou nk[ɑu̯]aosvangurá(court)skárri(long)[ɑu̯ː]ao, â québécoisfárau(long)[øy̯ː]eu- uauga(court)[øy̯]eu- uausturöAvant ng ou nkMúlagöngAvant gj ou gi(um) lögin(court)[œ]eu de bœuffjöllin(long)[øœ̯ː]Se prononce comme un eu qui s'ouvre légèrement sur la finföðuré(court)[jɛ]yèléttast(long)[jeɛ̯ː]yéè (s'ouvre légèrement sur la fin)étaste(long)[eɛ̯ː]Se prononce comme un é qui s'ouvre légèrement sur la findreki(court)[ɛ]èdrekkaAvant gj ou gi[ei̯]éïsegjaAvant ng ou nkdrengurei, ey(court)eystri(long)[ei̯ː]éïskeiði, y(long)[ɪː]Entre le é et le isin, yfir(court)[ɪ]Entre le é et le isindraAvant ng ou nk[i]iþingií, ý(court)fíll(long)[iː]î, i de pirefílao(long)[oɔ̯ː]Se prononce comme un o qui s'ouvre légèrement sur la finlofa(court)[ɔ]o ouvert (comme dans porte)dollaAvant ng ou nk[ou̯]Se prononce comme un o suivi d'un léger ou (ô/au québécois)Mongólió(court)pósta(long)[ou̯ː]rósuAutrement[ʏ]entre le eu et le uhundurAvant ng ou nk[u]oumunkurúþúæ[ai̯]aïnæsta
Consonnes et combinaisons de consonnes
GraphèmePosition dans le motTranscription en APIPrononciation approximative par rapport au françaisExemplesbEntre m et d g, t, ou smuetkembtAutrement[p]b tirant légèrement vers le pLa raison pour laquelle des symboles phonémiques comme ⟨b̥, d̥, ɟ̊, g̊⟩ ont (été) utilisés pour les lenes Islandais est qu'il leur est possible de se voiser dans un contexte propice (entre deux voyelles ou une voyelle et une sonante voisée). Mais au contraire de langues comme l'Allemand standard et l'Anglais, qui les transcrivent d'ailleurs ⟨b, d, (d͡ʒ), g⟩, les lenes Islandaises restent le plus souvent sourdes même en contexte propice. Des conventions similaires sont adoptées pour le Danois et les accents et dialectes Allemands du "Sud" (Souabe, Alémanique).bærbbDevant consonneklúbbnumGeneralement[pː]p retenuklúbburdEntre l ou n et g, k, l, n, smuetlandsGeneralement[t]d tirant légèrement vers le tdalurddDevant consonneoddmjórGeneralement[tː]t retenuoddiðEntre deux consonnesmuetbragðs, harðnaGénéralement[ð]z avec le bout de la langue à la verticale, certains "cheveux sur la langue", presque th anglais de thebróðirEn fin de motEn Islandais, il est facultatif de dévoiser une consonne sonore en fin de groupe de mots. Árnason (2011) décrit ce processus comme "typique d'un style lut, comme une liste de mots" bien qu'il reste modérément fréquent dans un style plus conversationnel. Il devient par contre obligatoire lorsque la consonne en est précédé d'une autre.
De manière plus controversée, ce processus peut être étendu aux voyelles qui peuvent être suivi d'une période de relâchement articulatoire, tantôt voisé, tantôt sourd, dans la même position, s'apparentant à un h.[ð]/[θ]baðs avec la pointe de la langue relevée, certains "cheveux sur la langue", presque th anglais de thingbaðAvant une consonne sourde ou entre une pause et une autre consonne.[θ]maðkur, byggðfEntre á, ó, ú et a, o, uGénéralement muetCommun, mais évité dans un style journalistique.prófaAu début du mot,devant une consonne fortis, dans les mots d'emprunts[f]ffundur, eftirSe prononce comme si écrit *etter [ɛhtɛr] dans la langue de tous les jours., (um) sófaAvant l ou n[p]pKeflavíkAutrement[ʋ]faible v/wlofa, horfaff[fː]f longHoffellsjökullfnDevant d[m]mhefndDevant t[m̥]mh, m dans rythme (sans e) nefntAutrement[pn]pnnafniðAvant une pause ou une consonne sourde.[pn̥]pnhnafngEn plus de toutes les prononciations "communes" de ⟨g⟩, le mot (G/g)uð '(D/d)ieu' se prononce . Ceci est un rémanent d'un phénomène apparu au XVIe siècle ou un /ʋ/ [w] était inséré entre k/g et u/ú, o/ó, il s'entend d'ailleurs encore de temps en temps dans la langue moderne Vigur, Hágöngulón .Première lettre du mot (simple) et devant e, i, í, j, y, ý, æ, ei, ey[c]Entre les initiales qui et GuygetaEntre une voyelle et un i ou un j[Vi̯j]Raccourcit la voyelle précédente en l'envoyant sur sa diphthongue en i.segja, segiEntre á, ó, ú et a, o, umuetlógaEntre une voyelle, une autre ou ð, r[ɣ]similaire au g dans aigreur (dit rapidement), g espagnol de amigofluga, bragðEn fin de mot[ɣ]/[x]lagch flamand dragtDevant un t ou un s[x]Autrement[k]g tirant légèrement vers le kglápa, lognggGeneralement[kː]k retenuduggönd, eggDevant une autre consonne[k]g tirant légèrement vers le kYggdrasillDevant ð[ɣ]g espagnol de amigobyggðgj[c]Entre les initiales qui et Guygjaldaggj[cː]Finale de sac retenueliggjahDevant v[kʰ]Une prononciation typiquement du sud y "substitue" [xʷ]. Ex: hvassk suivi d'une légère aspirationhvalAutrement[h]h fortement aspiré, ah-hhh (épenthèse fricative finale)hugahj[ç]pied, oui-chh (épenthèse fricative finale)hjáhl[l̥]l dans pli ou peuple (sans e)hlustahr[r̥]r roulé sourd, r polonais de teatrhrafnj[j]yjákDevant t[x]ch flamandoktóberAprès s, à l'intérieur du mot[k]g tirant légèrement vers le kskamm, aukastEn début du mot[kʰ]k suivi d'une légère aspirationkausEn début de mot et devant e, i, í, y, ý, æ, ei ou ey[cʰ]Proche de l'initiale de quikeyrakjEn début de motkjötDevant s, à l'intérieur du mot[c]Entre les initiales qui et Guyskjóta, þykjakk[ʰk]hk (aspiration avant le k)þakkalGénéralement[l]llásAvant une pause ou une consonne sourde[l]/[l̥]l de pli ou finale de peuple (sans e)velllGénéralement[tl]similaire à l'initiale de clé, je vais t'le donnnerbolli, fjöllinAvant une pause ou une consonne[tl̥]similaire à la finale de cycle (sans e)fjallMots d'emprunt, (sur)noms, argot, à la jointure d'un mot suffixé/composé[lː]l longbolla, heillegurm[m]mamastmmDevant une consonneskammdegiGénéralement[mː]m longmamman[n]nnafnnnAprès une voyelle "[tn]tnfínnaAprès une voyelle et avant une pause ou une consonne.[tn̥]tnhfínnGenerallement[nː]n longfinnaAprès une voyelle "finne" et devant consonne[n]nfinndupAvant k, s, ou t[f]fseptemberEn début de mot[pʰ]ph (aspiration après le p)parAprès s, à l'intérieur du mot[p]b tirant légèrement vers le pspara, pp[ʰp]hp (aspiration avant le p)stopparGénéralement[r]r, roulé ou battu ráða, læra árAvant une pause[r]/[r̥]r sourd: roulé ou battu, r polonais de teatrár Devant une consonne sourde ou entre une pause et une autre consonne[r̥]svartrr[rː]r roulé longskárrirlGénéralement[(ɾ)tl]athlètekarlinnAvant une pause ou une consonne[(ɾ)tl̥]thl dans pentathle (sans e)karl, karlmaðurrn Généralement[(ɾ)tn]tnþorniðAvant une pause ou une consonne[(ɾ)tn̥]tnhþorns[s]ssósassDevant consonneRússlandGeneralement[sː]s longrússsl [stl̥]transition sl dans mueslirusla, ruslsm[s(p)m]spmsmalisnGeneralement[stn]stnbýsnaAvant une pause ou une consonne[stn̥]stnhbýsntEn début de mot[tʰ]th (aspiration après le t)takaAprès s, à l'intérieur du mot[t]d tirant légèrement vers le tstátiðtt[ʰt]ht (aspiration avant le t)dettav[ʋ]Entre le v et le wvera, rövlx[ks]Un standard plus ancien préférait [xs] pour ⟨x⟩. Depuis les années 80 la prononciation [ks] gagne en popularité, jusqu'à être recommandée pour les apprenants par Rögnvaldsson (2017).xlaxþ[θ]s avec la pointe de la langue relevée, certains "cheveux sur la langue", presque th anglais de thingþú
Tableau des phonèmes existants + Consonnes Labiales Coronales Palatales Vélaires Glottales Fortitude - + - + - + - + - + Nasales /m/ {m̥} /n/ {n̥} Occlusives /p/ /pʰ/ /t/ /tʰ/ {c} {cʰ} /kʰ/ Continuantes /ʋ/ /f/ /θ/ /j/ {ç} /ɣ/ /h/ Sibilante(s) /s/ Latérales /l/ {l̥} Vibrantes /ɾ ~ r/ {ɾ̥ ~ r̥} Note: Les symboles entre { } ne sont pas des phonèmes mais des variantes combinatoires (ou taxophones) d’autres phonèmes. Les symboles entre [ ] ne sont pas des phonèmes, mais des allophones d'autres phonèmes (sauf le coup de glotte [ʔ], manifestation d'un zéro —lui même induit par une bordure, qu'elle soit de proposition, de groupe ou de mot—). /t/ et /tʰ/ sont dentaux tandis que les autres coronales sont alvéolaires. La fortitude de /h/ est ambigüe. Il peut se voiser et être élidé, tout comme les spirantes [ʋ, ð, j, ɣ] ([h] est même allophones de /θ ~ ð/ en position prosodique faible) mais peut aussi dévoiser/fortifier les phones alentours, tout comme /s/ ou les plosives fortes /pʰ, tʰ, kʰ/. D'autres sources influencées par la tradition danoise transcrivent les occlusives lenès par ⟨b̥, d̥, c̥, g̊⟩.
Grammaire
L'islandais est une langue flexionnelle ayant quatre cas : nominatif, accusatif, datif et génitif. Les noms islandais peuvent avoir un des trois genres grammaticaux : masculin, féminin ou neutre. Les adjectifs, les chiffres jusqu'à quatre et les pronoms sont déclinés aux quatre cas, aux deux nombres et aux trois genres.