Woodrow Wilson (Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.), né le à Staunton (Virginie) et mort le à Washington, D.C., est un homme d'État américain. Membre du Parti démocrate, il est le président des États-Unis, en fonction du au .
Il est gouverneur du New Jersey de 1911 à 1913. Vainqueur de l'élection présidentielle de 1912 face à l'ancien président Theodore Roosevelt (Parti progressiste) et au président sortant William Howard Taft (Parti républicain), il est le premier sudiste à être élu président des États-Unis depuis 1848.
Sur le plan intérieur, bénéficiant d'une majorité au Congrès, il met en place son programme progressiste de New Freedom (« Nouvelle liberté ») et fait instaurer l'impôt fédéral sur le revenu. Il participe à l'instauration de la Réserve fédérale des États-Unis et promulgue le Federal Trade Commission Act ainsi que le Clayton Antitrust Act pour promouvoir la concurrence.
Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, il prône la neutralité des États-Unis. Lors de la présidentielle de 1916, alors qu'il se targue d'avoir tenu la nation à l'écart des conflits en Europe et au Mexique, il remporte de justesse un second mandat. Mais l'année suivante, il fait entrer son pays en guerre, mettant ainsi fin à presque un siècle d'isolationnisme au profit d'une politique interventionniste toujours en cours un siècle plus tard.
À la fin de la guerre mondiale, il lance l’idée d’une instance de coopération internationale, la Société des Nations. Le prix Nobel de la paix lui est décerné mais les États-Unis n'intégreront jamais la SDN.
Alors qu'il entend briguer un troisième mandat, il est victime en 1919 d'un accident vasculaire cérébral qui le rend inapte à exercer ses fonctions, son épouse Edith exerçant dès lors une influence considérable. Les démocrates perdent les élections de mi-mandat de 1918 et le républicain Warren G. Harding lui succède à la présidence du pays.
L'héritage de Wilson fait l'objet de réévaluations radicales, en ce qui concerne son adhésion à des opinions et des politiques racistes aux États-Unis mêmes. Dans le classement des présidents américains, Woodrow Wilson bénéficie de sa politique économique et de son action pendant le conflit mondial mais pâtit de son soutien à la ségrégation raciale, qu'il a activement encouragée au niveau fédéral.
Biographie Jeunesse et études Thomas Woodrow Wilson () naît le à Staunton, en Virginie. Sa mère était Jessie Janet Woodrow. Son père Joseph Ruggles Wilson, est pasteur de l'Église presbytérienne des États-Unis, et avait soutenu les États confédérés pendant la guerre de Sécession. Le jeune Woodrow reçoit une éducation fortement imprégnée de ces croyances ; il est aussi marqué par ses souvenirs de la guerre et les désastres qu’elle a entraînés.
Wilson suit des études secondaires au collège Davidson de la Caroline du Nord. Élève médiocre, il ne s'intéresse qu'aux matières ayant un lien avec le débat et la parole. À , il entre à l'université de Princeton puis commence des études de droit à l'université de Virginie.
Il s'installe en tant qu'avocat mais au bout d'un an il reprend ses études et se tourne vers l'histoire et les sciences politiques. Il présente sa thèse de doctorat à à l'université Johns Hopkins ; une analyse en faveur d'un plus grand pouvoir de l'exécutif au sein du gouvernement central qui devint un classique des études en sciences politiques. Influencé par des théoriciens britanniques comme Edmond Burke, Wilson est un libéral nostalgique de la pureté démocratique des premières années de la République. Il se destine à une carrière de professeur d'histoire mais rêve de s'engager en politique.
En 1902, il devient président de l'université de Princeton et se lance dans une vaste réforme du système d'enseignement. Wilson est alors une des personnalités marquantes des élites intellectuelles américaines, spécialiste du fonctionnement politique des États-UnisRémy Porte, « Le président Wilson, un pacifiste en guerre », La Nouvelle Revue d'histoire, 90, mai-juin 2017, 46-48.
Opinions sur les questions raciales Selon l'historien Mark Benbow, les écrits de l'universitaire W. Wilson étaient ceux d'un apologiste des Redeemers qui après la guerre de Sécession ont œuvré à une « rédemption » du Sud et cherché à imposer une suprématie blanche. W. Wilson était également un promoteur d'une théorie négationniste appelée la Cause perdue des États confédérés d'Amérique (Lost Cause of the Confederacy) qui présentait la société blanche traditionnelle du Sud des États-Unis comme chevaleresque, mue par son sens de l'honneur, et occultait la place qu'y tenait l'esclavage des Afro-Américains.
W. Wilson rédige à l'Université Johns Hopkins un ouvrage de politique initulé Congressional Government: A Study in American Politics publié en 1885. Il y condamne fermement les politiques de l'ère de la reconstruction qui a suivi la guerre de Sécession. Wilson se réfère à cette période comme une époque caractérisée par le « despotisme du Congrès », où le système de contrepouvoir a été ignoré. Wilson a spécifiquement critiqué les efforts visant à protéger le droit de vote des Afro-Américains et les décisions des juges fédéraux prises à l'encontre des tribunaux d'État qui avaient refusé des jurés noirs. Selon Wilson, les dirigeants du Congrès auraient agi par idéalisme, affiché « un mépris flagrant de l'état enfantin du nègre et de l'ordre naturel de la vie », et mis ainsi en danger la démocratie américaine dans son ensembleSkowronek, S. (2006), The Reassociation of Ideas and Purposes: Racism, Liberalism, and the American Political Tradition," p.391.
L'ouvrage de W. Wilson The History of the American People publié en 1901-1902, comporte des passages extrêmement controversés qui seront repris en 1915 dans un film intitulé Naissance d'une nation, connu pour présenter sous un jour favorable le Ku Klux Klan, organisation terroriste suprémaciste blanche ; ce film est par ailleurs projeté à la Maison-Blanche pendant la présidence de W. Wilson. L'historien Wilson écrit par exemple dans son livre de 1902 : (souligné dans le texte). Ou encore : . Cependant, Wilson a eu des mots durs sur l'écart entre les objectifs initiaux du Ku Klux Klan et son évolution ultérieure.
Vie privée En 1883, Wilson tombe amoureux d’Ellen Louise Axson, fille d’un pasteur presbytérien de Savannah, en Géorgie. Il lui propose le mariage en ; elle accepte, mais ils reportent le mariage jusqu'à la fin des études supérieures de Wilson. Leur premier enfant, Margaret, naît en , et leur deuxième, Jessie, en ; leur troisième et dernier enfant, Eleanor, en .
En 1913, Jessie épouse Francis Bowes Sayre Sr., qui sera plus tard gouverneur général des Philippines. En 1914, Eleanor épouse William Gibbs McAdoo, secrétaire au Trésor sous la présidence Wilson et plus tard sénateur de CalifornieVoir sur firstladies.org..
La santé d'Ellen décline après l'élection de son mari à la présidence, et les médecins lui diagnostiquent la maladie de Bright en Scott A. Berg, Wilson. Simon & Schuster (2013), .. Elle meurt le . Wilson est profondément affecté par le décès de sa femme, au point de faire une dépression.
Le , il rencontre Edith Bolling Galt lors d’un thé à la Maison-Blanche. Après plusieurs rencontres, il tombe amoureux d’elle et la demande en mariage en . Edith Galt d’abord le repousse, mais Wilson ne se décourage pas et ils se fiancent en , puis se marient le .
En , Wilson est victime d'un accident vasculaire cérébral débilitant. Edith Wilson devient, avec la complicité du docteur Cary T. Grayson, une intermédiaire entre le président et son cabinet, alors que Wilson reste handicapé et ne quitte pas sa chambre ; cela dure jusqu'à ce que le président commence à se rétablir partiellementVoir sur firstladies.org..
La question de l'influence réelle d'Edith Wilson reste posée parmi les historiens malgré les tentatives de l'intéressée à minorer son rôleNicole Bacharan, Dominique Simonnet, Les Secrets de la Maison blanche, Perrin 2014, ..
Engagement politique Le Parti démocrate, dont il est proche depuis les années 1890, le contacte en 1910 et le présente en tant que candidat au poste de gouverneur de l'État du New Jersey. Il doit sa victoire en particulier au soutien actif du « Colonel » House. Élu, il se lance, en à peine un an, dans une réforme des lois électorales, désignation des candidats par des élections primaires directes, afin d’empêcher les machinations politiques. Il se fait rapidement remarquer par les chefs du parti au niveau national et réussit à se faire désigner candidat du Parti démocrate à l'élection présidentielle en 1912. Son colistier est Thomas R. Marshall gouverneur de l'Indiana dont la notoriété reste désormais liée à cette remarque :
Sa campagne électorale est fondée sur l'élimination des conglomérats industriels, la création d'un impôt fédéral sur le revenu et des élections sénatoriales au suffrage universel. Il s'oppose ainsi à Theodore Roosevelt qui est partisan d'un pouvoir présidentiel fort, garant des libertés, alors qu'il défend la concurrence comme facteur d'équilibre.
L'élection présidentielle de 1912 est une vraie triangulaire entre le candidat du Parti démocrate, le président sortant et candidat du Parti républicain et enfin Théodore Roosevelt qui fonde son propre Parti progressiste quand il ne peut obtenir la nomination du Parti républicain. Woodrow Wilson est élu grâce à la division au sein du Parti républicain ; le total des votes de Taft et de Roosevelt est en effet supérieur à celui obtenu par Wilson.
Candidat Parti Vote populaire % Collège électoral Woodrow Wilson Démocrate 41,9435Theodore RooseveltProgressiste27,488William Howard TaftRépublicain23,28
Présidence
vignette|Thomas Woodrow Wilson. Démocrate en politique, le style présidentiel de Woodrow Wilson est beaucoup plus exclusif. Parfois qualifié d', il consulte parmi son petit groupe de proches avant de trancher. Les témoignages le décrivent comme peu enclin à la moindre remise en cause de ses décisions.
1913 : Investiture de Woodrow Wilson en tant que vingt-huitième président des États-Unis. Les deux orientations majeures de sa politique constituent le combat contre les trusts en faveur des classes les moins favorisées et la défense du principe de la liberté des mers et du commerce dont il fait le point principal de sa politique extérieure. Ses proches et lui-même ayant peu d'expérience des relations internationales, ils se consacrent en priorité aux questions de politique intérieure.
Le , il fait un discours au Congrès pour obtenir la réforme des droits de douane. Il est le premier président depuis plus d’un siècle à s’être adressé en personne au Congrès. La loi réduisant fortement les droits de douane, augmentés par les gouvernements républicains précédents, sera signée le .
Le est adopté le amendement à la Constitution instituant l’élection des sénateurs au suffrage universel direct. Ils étaient auparavant élus par les assemblées législatives de chaque État.
Le , Wilson signe le décret de création de la Réserve fédérale qui fait suite aux réflexions engagées après la Panique bancaire américaine de 1907.
En politique étrangère, il signe, le , l’acte de reconnaissance de la république de Chine proclamée en 1912 et, le , refuse de reconnaître le coup d’État au Mexique qui a porté le général Victoriano Huerta au pouvoir sans toutefois décider d’une intervention des États-Unis.
1914 Woodrow Wilson et le Congrès instituent à partir du la célébration de la fête des Mères le deuxième dimanche de mai.
Première Guerre mondiale : Wilson ordonne à la marine d'envahir le port de Vera Cruz, Mexique. Le prétexte est l’arrestation de quelques marins américains en goguette par les autorités mexicaines. L'Argentine, le Brésil et le Chili tentent une médiation qui se révèlera inutile après la démission forcée du président Huerta en juillet. Les troupes américaines se retireront du Mexique en novembre.