Sakhaline est une île russe située dans le Sud-Ouest de la mer d'Okhotsk et baignée à l'ouest par la mer du Japon. Elle porte différents noms : Sakhaline étant dérivé du , Saghalian, signifiant noir (en référence aux noms mandchou et chinois Heilong jiang chinois traditionnel : 黑龍江 ; chinois simplifié : 黑龙江 - littéralement : fleuve du dragon noir - du fleuve Amour), en ; en ; en , .
L'île se trouve au large de la Sibérie, à environ (distance orthodromique) de Moscou.
Sakhaline est la plus grande île de la fédération de Russie.
Administrativement, l'île Sakhaline constitue, avec les îles Kouriles, l'oblast de Sakhaline.
La capitale de l'île Sakhaline est Ioujno-Sakhalinsk (en ; en , ) et compte .
L'île était intégrée à l'Empire chinois de la dynastie Qing d'origine mandchou (1644 – 1912), jusqu'à la première moitié du , lorsque l'Empire russe (devenu Union soviétique) et l'Empire japonais s'en disputèrent la territorialité jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, où l'île devint totalement russe.
Géographie vignette|gauche|Le mont Lopatine, plus haut sommet de l'île. vignette|gauche|La carte de Sakhaline et ses environs. L'île de Sakhaline s'étend sur Islands by land area, soit une superficie comparable à celle de l'Écosse ou de la Tchéquie. Sa côte occidentale est séparée du continent asiatique par le détroit de Tatarie (mer du Japon).
L'île est située en mer d'Okhotsk qui la baigne au nord-nord-ouest par le détroit de Nevelskoï, au nord, à l'est et au sud.
Son extrémité sud est séparée de l'île d'Hokkaidō par le détroit de La Pérouse (43 km.)
L'île a une forme très étirée dans le sens nord-sud si bien que plus de 8 degrés de latitude séparent ses extrémités méridionale (cap Crillon) et septentrionale (cap Élisabeth).
Sa longueur est de tandis que sa largeur varie entre et selon la latitude.
La côte sud-orientale est échancrée par une large baie, la baie Patience, tandis que la baie d'Aniva incurve l'extrémité méridionale de l'île. Les lagunes représentent 20% des côtes de l’île.
Le relief de l'île est différencié et complexe. Tandis que le centre et le sud sont montagneux, le nord est occupé par une plaine. La partie centrale de l'île est dominée par deux grandes chaînes de montagnes parallèles. La chaîne orientale, la plus haute, culmine à au mont Lopatine, plus haut sommet de l'île, tandis que la chaîne occidentale culmine à .
Les principaux cours d'eau de l'île sont le Tym (en ), un fleuve de de long et d'une surface de bassin versant de et le Poronaï (en ), un fleuve de de long et d'une surface de bassin versant de .
Il y a 16 120 lacs sur Sakhaline avec une superficie totale d’environ , le plus grand étant le lac Nevskoï avec .
Étymologie
Sakhalin, écrit Sahalien puis Sackalin au , Saghalian au , vient du mandchou Sahaliyan , qui signifie noir et qualifie dans cette langue le fleuve Amour, littéralement Fleuve noir, (Sahaliyan Ula), appelé pareillement en mongol, Khar mörön, et Fleuve du dragon noir. Les Mandchous appelaient cette île de Mandchourie extérieure sahaliyan ula angga hada, , c'est-à-dire falaise de l'embouchure du Fleuve noir. Il désignait un territoire autour du fleuve amour, appelé Saghalien Ula Hoton (, ), ainsi que l'actuelle île de Sakhaline (Sahalien Ula Hata). Le nom japonais de « Karafuto » est issu de l'aïnou de Hokkaido « karapto », lui même contraction de 「カムイ・カㇻ・プㇳ・ヤ・モシㇼ 」(kamuy kar put ya mosir) « le pays de la bouche de la rivière créée par un dieu », et qui désignait la zone de l'embouchure du fleuve Amour. Toutefois, dans l'aïnou de Sakhaline, l'île est nommée Yanke mosir。
Histoire Sakhaline est habitée depuis le Néolithique. De nombreux éclats de silex comparables à ceux qu'on trouve en Sibérie, des haches en pierre polie similaires à celles présentes en Europe et des poteries avec des ornementations comme celles d'Olonets ont en effet été mis au jour sur l'île.
vignette|Carte de 1640 où Sakhaline et Hokkaido sont vues comme une seule péninsule au sein de la Tartari di Yupi, séparées du Japon se limitant au Nord, à Honshu, par le détroit de Tsugaru (Stretto di Züngar), Tsugaru étant également placé avec le nom de Züngar L'île est habitée à l'origine par différents peuples indigènes : les Aïnous occupent la moitié sud de l'île tandis que les Oroks occupent la partie centrale et les Nivkhes le nord.
Une carte de 1640 (voir ci-contre), affiche Regno di Nivchan au Nord du fleuve, Regno de Nivche au Sud, tous deux inclus dans la Tartari del Kin o dell'Oro (il s'agit de la Dynastie des Jin postérieurs, Jin () signifiant or, les ancêtres des alors futurs Mandchous).
Les Japonais établissent un comptoir dans l'extrémité méridionale de l'île, à OotomariD'après ., en 1679. Ils cartographient l'île et la nomment Kita-Ezo c'est-à-dire « au nord d'Hokkaidō », Ezo étant l'ancien nom de Hokkaidō.
Sakhaline devient connue des Européens grâce aux voyages des navigateurs Ivan Moskvitine au , de Jean-François de La Pérouse en 1787 et de Johann Adam von KrusensternCf. . en 1805. Mais ils croient tous que Sakhaline est une péninsule, car ils ignorent l'existence du détroit de Tatarie. Le détroit n'est découvert qu'en 1809 par le navigateur japonais Mamiya Rinzō.. La Pérouse n'arrive pas à franchir les bancs de sable, hauts-fonds du détroit de Tartarie ; les autochtones lui confirment cependant que leur terre est une île..
Protectorat mandchou de Sakhaline vignette|gauche|Réimpression en 1737 d'une carte de 1732 de Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville découpant l'île en deux, celle du Nord attribuée à l'Empire mandchou et celle du Sud considérée comme une suite de Jeso (nom donné à Hokkaido, donc à priori Japon) par les Hollandais. La Chine impériale sous la dynastie Qing considère l'île comme faisant partie intégrante de son territoire, au sein du protectorat de Sakhaline, ce protectorat suivant la rive gauche du cours du fleuve Amour (majoritairement au Nord), et lui même inclus dans la Mandchourie extérieure. La dynastie Qing est constituée de Mandchous (des Toungouses) qui dirigent la Chine de 1644 à 1912.
La rive droite est quant à elle appelée Protectorat de Kirin. Dans les faits, l'île, comme d'autres territoires septentrionaux peu peuplés par des Chinois et essentiellement par les autochtones, n'est pas réellement occupée et n'est que peu contrôlée par l'empire.
Une ville, située dans le nord de la Chine actuelle (ancienne Mandchourie), s'appelle également Sahaliyan Ula ; elle est située sur le territoire de l'actuelle province de Heihe. Les sources chinoises pourraient donc en partie se rapporter à cette ville et à sa région et non à l'île. Il en reste aujourd'hui des vestiges de cette citée fortifiée, classé sur la liste du patrimoine de Chine (sites nationaux).
Partage russo-japonais
En 1845, estimant que Sakhaline est une extension à la fois culturelle et géographique de Hokkaidō, les Japonais proclament leur souveraineté sur l'ensemble de l'île ainsi que sur l'archipel des Kouriles.
En 1855, le Japon et la Russie signent le traité de Shimoda, déclarant que les deux nations pouvaient occuper l'île, les Russes s'installant au nord et les Japonais au sud, sans qu'une frontière soit précisément tracée.
Par deux traités inégaux : le Traité d'Aigun (1858) puis de la Convention de Pékin (1860) : annexion de la rive gauche de l'Amour (1858-1860), la Chine cède l'île de Sakhaline à l'Empire russe (avec l'ensemble de la rive gauche du fleuve Amour).
En 1875, à la suite de la signature du traité de Saint-Pétersbourg, les Japonais cèdent le sud de l'île aux Russes en échange des îles Kouriles.
En 1905, à la fin de la guerre russo-japonaise, les Russes et les Japonais signent le traité de Portsmouth. Par cet accord, le Japon récupérait la partie sud de l'île, tandis que l'Empire russe conservait les trois cinquièmes nord de celle-ci. La frontière entre les deux pays était fixée le long du parallèle nord.
Intégration à l'URSS
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, après la déclaration de guerre de l'Union soviétique au Japon, l'Armée rouge débute l'attaque de l'île le , soit quatre jours avant la capitulation japonaise face aux forces américaines. Bien que trois fois plus nombreux que les Japonais, les Soviétiques avancent très difficilement en raison de la forte résistance qu'ils rencontrent. La conquête de l'île se termine le par l'occupation de la capitale, Toyohara (actuelle Ioujno-Sakhalinsk).
Les 269 morts du Vol Korean Air Lines 007 abattu par un avion soviétique
En 1983, un Boeing 747 de la Korean Air Lines, faisant route entre New York et Séoul via Anchorage, est abattu par un avion de chasse soviétique. L'avion s'écrase près de l'Île Sakhaline, faisant 269 morts.
Économie Le climat rigoureux de Sakhaline n'est pas propice à l'agriculture. Les étés trop courts ne permettent qu'aux pommes de terre, choux et carottes de pousser.
L'île s'approvisionne en Asie centrale, recevant par avion légumes et fruits. La mer approvisionne l'île en thons, crabes et saumons dont les œufs en caviar, sont exportés au Japon. L'industrie forestière est également importante.
L'île peut aussi miser sur d'importantes ressources naturelles en hydrocarbures, pétrole et gaz. L'extrême Nord, autour d'Okha, produit déjà plus de 2 millions de tonnes de pétrole par an, qu'un oléoduc sous-marin expédie directement sur le continent. Les réserves, enfin, seraient évaluées, en 2011, à 2,3 milliards de barils de pétrole et à de gaz en cours d'exploitation avec les projets Sakhaline I et Sakhaline II. En 2000, l'industrie pétrolière et gazière représentait 57,5% de la production industrielle de Sakhaline. En 2006, elle représentait probablement 80% de la production industrielle de l'île.
Sakhaline est desservie par SAT Airlines depuis l'aéroport de Ioujno-Sakhalinsk.
Démographie Composition de la population Le recensement de 2002 a enregistré une population totale de pour l'oblast de Sakhaline. On dénombre , , , , , , , chiffres du recensement de 2002 et environ 300 Oroks. L'île était peuplée à l'origine par les Aïnous, les Nikhves et quelques Evenks.
La communauté coréenne est composée de nombreux descendants de prisonniers déportés par l'Empire japonais pour travailler dans les mines de charbon et qui ne furent pas rapatriésSébastien Falletti, « Sakhaline, terminus russe des Coréens », Le Figaro, le 11 octobre 2011 à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La communauté japonaise présente au moment de la fin de la guerre fut rapatriée par les soviétiques en 1945.
Les indigènes aïnous furent également expulsés du sud de l'île par le pouvoir soviétique en 1945.
Principales villes vignette|Ioujno-Sakhalinsk. VilleNom russePopulation (2002)Ioujno-SakhalinskЮжно-Сахалинск175 085KorsakovКорсаков36 652KholmskХолмск35 141OkhaОха27 963NevelskНевельск18 639PoronaïskПоронайск17 954OuglegorskУглегорск13 396Aleksandrovsk-SakhalinskiАлександровск-Сахалинский12 826DolinskДолинск12 555
Climat vignette|La plage d'Okhoskoye. Par sa latitude l'île devrait bénéficier d'un climat tempéré. Pourtant les courants froids du Pacifique pénétrant dans la mer d'Okhotsk y font geler les eaux en hiver. Le climat de Sakhaline est donc subarctique. Le détroit qui sépare l'île du continent (mesurant 7,5 km dans sa partie la plus étroite) est alors pris par la glace et ouvre ainsi une route « terrestre » maintes fois utilisée dans l'histoire.
En raison de l'extension en latitude de l'île, on observe une gradation des températures du nord au sud de celle-ci.
En hiver, la température varie de à au nord et de à au sud mais la température peut descendre jusqu'à dans la vallée de la Tym.
En été, la température varie de à au nord et de à au sud. À l'automne, des typhons porteurs de tourmentes de neige y paralysent fréquemment le trafic maritime et aérien ; et, en été, le ciel se charge de brouillards épais.
Faune et flore
vignette|Le cap Silencieux (« cap Tihii »).