Un sutra ou soutra (sanskrit IAST : sūtra ; devanagari : सूत्र ; pali : sutta ; signifiant « fil ; aphorisme ; traité de rituel ou canonique »)The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet est ce qu'on nomme en Occident un « classique », un « canon » voire, simplement, un « livre ». Le terme s'applique à des écrits spéculatifs ou philosophiques rédigés sous forme d'aphorismes. Soit l'appellation est métaphorique (ce sont les « fils de la pensée », la « trame des idées »), soit elle est métonymique (on entend : « les fils qui servent à coudre les pages ensemble »). Par métonymie, on nomme aussi sūtra les livres contenant de tels écrits.

Par extension, le terme en vient à désigner toutes sortes de traités, grammaires, analyses. C'est le cas par exemple du Kāmasūtra, « Livre de Kāma » ou « Sūtra du désir ».

Étymologie Le mot sutra dérive sans doute du sanskrit sūkta, mot composé de su et ukta, qui signifie littéralement « bien parlé, bien dit »Il s'agirait d'un synonyme de subāṣita, terme utilisé pour parler du Buddhavacana (littéralement les « paroles de Bouddha ») par l'empereur Ashoka, lorsqu'il dit : « « Tout ce qui a été dit par le Seigneur Bouddha a été bien dit. » (Norman, 1997, p. 104). Les hymnes du Rig-Véda (qui sont les plus anciens hymnes brahmaniques) reçoivent le nom de sukta. L'évolution phonétique va donner le mot pali sutta. Ce mot va à son tour être sanskritisé en sanskrit bouddhique et devenir sūtraPierre-Sylvain Filliozat : Le sanskrit, p. 21 & suiv., 2019, Éd. PUF, Coll.: QUE SAIS JE, 4ème éd., .

Le sūtra comme texte Le sūtra est . Comme le dit L. Renou : .

Dans la littérature sanskrite, relève , le sutra est un genre littéraire spécifique, composé en prose, marqué en principe par la brièveté et la concision, alors que les sutras bouddhistes en sanskrit ont un caractère très différent.

Hindouisme Parmi les textes emblématiques, on peut citer l'Aṣṭādhyāyī de Pāṇini un traité de grammaire du sanskrit, rédigé sous forme de sūtra, qui est considéré par certains comme une des œuvres majeures des lettres humaines. Quant au Yoga sūtra attribué à Patañjali, toutes les formes de yoga, jusqu'à l'époque contemporaine, le prennent comme référence, se référant à et s'appuyant sur lui.

Bouddhisme

Dans le bouddhisme, le mot est pris dans l’acception courant de « discours du bouddha Siddhārtha Gautama dans un contexte narratif où un interlocuteur s’adresse à lui » ; ce sont les commentateurs tel Buddhaghosa () qui ont popularisé la diffusion de sutta ou suttanta (à peu près équivalents en pāli). La situation de dialogue, au cours duquel interviennent un disciple ou une personne à convaincre et un maître, rappelle celle des Upanishad, et a permis d’établir fermement les sutta bouddhiques dans l’environnement intellectuel de l’Inde ancienne. Ainsi, de façon générale, le terme sūtra désigne la mise par écrit d’un enseignement , tels que le Sūtra du Diamant, le Sūtra du Cœur, ou encore le Sûtra du Lotus.

Un élément particulièrement marquant des sutras bouddhiques est le fait qu'ils commencent par la formule « Ainsi ai-je entendu » p. 875.

Les sutta forment la deuxième partie du Tipitaka, (« triple corbeille »), le recueil complet des enseignements, des commentaires et de la discipline sur lesquels s'appuient l'ensemble des courants bouddhistes theravāda.

On traduit sūtra en mandarin par 經/经 jīng, sinogramme composé de la clef du fil, 糸, et signifiant « classique », le proposant ainsi au rang des classiques confucéens sur lesquels les examens administratifs étaient fondés. En tibétain, c'est Mdo མདོ. En japonais le caractère 經/経 en kanji se lit KyōSūtra du Lotus —《妙法蓮華経》) d'après la traduction de Kumarajiva — se lit, en caractères kanji japonais, Myōhō-Renge-Kyō..

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie

Études

Collectif, Sūtras bouddhiques : un héritage spirituel universel - Manuscrits et iconographie du Sūtra du Lotus, Paris, Les Indes savantes, 2016, 228 p.

Quelques sutras

Hindouisme Le Yoga-Sūtra de Patañjali Le Yoga-Bhāṣya de Vyāsa - La parole sur le silence, Michel Angot, 2008 Les Belles Lettres

Bouddhisme Canon bouddhique pali. Texte et traduction, Jules Bloch, Jean Filiozat et Louis Renou, 1989 Librairie Adrien Maisonneuve, 1989 , vi+97 p. Majjhima Nikaya, 1953, éditions Vega Soûtra du Diamant et autres soûtras de la Voie médiane (traduit du tibétain par Philippe Cornu, du chinois et du sanskrit par Patrick Carré). Fayard, collection « Trésors du bouddhisme », Paris, . 180 p. . Contient : Le sutra du diamant, trad. de la version tibétaine ; quatre trad. du Sutra du cœur : une du sanskrit, deux du chinois, une du tibétain ; deux versions du Sutra de la pousse du riz, trad. du tibétain et du chinois. Hannya Shingyô. Le Sûtra du Cœur (trad. du chinois de Xuanzang par Éric Rommeluère ) Sûtra du Cœur de la perfection de sagesse (Hannya-haramita shingyô) (trad. du chinois de Xuanzang par Jérôme Ducor ) Le Lotus de la Bonne Loi, traduit du sanskrit par Eugène Burnouf, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au bouddhisme, Paris, Imprimerie Nationale, 1852. Réédition : Paris, Adrien Maisonneuve, 1973

Le Sûtra du Lotus, version française de la traduction anglaise du chinois de Kumārajīva par Burton Watson, Paris, Les Indes savantes, 2007, . Articles connexes

Bouddhisme Bouddhisme Textes du bouddhisme Canon bouddhique Liste des sūtras pour lesquels il existe un article spécialisé

Hindouisme Brahmā

Liens externes Le Hridaya Sûtra ou Sûtra du Cœur Le Sûtra du Diamant - le sûtra complet Le Ratnaguna Samcayagatha Sûtra Canon pali (traductions du tipitaka) Le Lotus de la Bonne Loi, traduit du sanskrit par Eugène Burnouf, texte intégral : CHAPITRES Ier à XXVII (p. 16 à 283) + Notes (p. 285 à 434) et Appendices (p. 434 à 859)

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