Douglass Cecil North, né le à Cambridge (Massachusetts), et mort le à Benzonia (Michigan), est un économiste américain, considéré comme l'un des pères de la théorie institutionnaliste. Il a reçu le prix dit Nobel d'économie avec Robert Fogel en 1993. Selon le Comité Nobel, North et Fogel « ont renouvelé la recherche de l'histoire économique en employant la théorie économique et les méthodes quantitatives pour expliquer les changements économiques et institutionnels ».
Biographie Jeunesse Douglass North est né à Cambridge (Massachusetts) le . Enfant, il suit son père qui travaille dans une compagnie d'assurance, la MetLife, dans ses diverses affectations : Ottawa, Lausanne, New York, et Wallingford, dans le Connecticut.
North a étudié à Ashbury College à Ottawa Ontario et à la Choate School à Wallingford, dans le Connecticut. Il est accepté à l'université Harvard juste quand son père est nommé chef de la Metlife de la côte ouest. Aussi, il décide d'aller à l'université de Berkeley. En 1942, il devient Bachelier of arts. S'il obtient une mention relativement basse, il a quand même fait en sorte de suivre des cours de science politique, de philosophie et d'économie.
Objecteur de conscience durant la Seconde Guerre mondiale, il devient navigateur dans la marine marchande des États-Unis, naviguant entre San Francisco et l'Australie. C'est durant cette période qu'il lit des livres d'économie et devient passionné de photographie. Durant la dernière année de guerre, il enseigne la navigation à l'école des officiers de marine d'Alameda en Californie. Parallèlement, il s'interroge pour savoir s'il préfère être photographe (il a travaillé comme photographe semi-professionnel, notamment avec la photographe Dorothea Lange) ou bien économisteBreit, William et Barry T. Hirsch. Lives of the Laureates, Cambridge, Mass: The MIT Press, 2004..
North revient après guerre à l'université de Californie à Berkeley, où il obtient son doctorat en économie, puis commence en 1952 à travailler comme professeur assistant à l'université de Washington.
Carrière universitaire De 1951 à 1956, North est professeur assistant d'économie à l'université de Washington. Il est par la suite nommé professeur associé de 1956 à 1960. En 1960, il devient co-éditeur du Journal of Economic History, où il popularise la cliométrie (Nouvelle économie historique) tandis qu'il devient professeur d'économie à l'université de Washington, où il dirigera le département d'économie de 1967 à 1979. En 1979, il est professeur « Peterkin » d'économie politique à l'université Rice. En 1981-1982, il est professeur « Pitt » d'histoire américaine et des institutions à l'université de Cambridge, puis, en 1983, il devient professeur Henri R. Luce à l'université Washington de Saint-Louis. Il est directeur du centre d'économie politique de cette université de 1984 à 1990. Il a été aussi membre senior « Bartlett Burnap » de la Hoover Institution à l'université StanfordNorth's Profile, Hoover Institution .
En 1991, il est le premier historien économiste à recevoir le prix John R. CommonsJohn R. Commons Award, , Omicron Delta Epsilon, créé en 1965 par Omicron Delta Epsilon. En 1993, il devient corécipiendaire (avec Robert Fogel) du prix Nobel d'économie.
Avec Ronald Coase et Oliver Williamson, il a fondé la société internationale pour la nouvelle économie institutionnelle, qui a tenu son premier meeting à Saint-Louis en 1997. Ses dernières recherches concernent les droits de propriété, les coûts de transaction, l'histoire de l'organisation économique et l'économie du développement.
Douglass North est également conseiller pour le consensus de Copenhague.
Dernières années North est mort à 95 ans, le , à sa résidence d'été de Benzonia, Michigan, d'un cancer de l'œsophage. Une partie de ses archives sont stockées à la bibliothèque Rubenstein de l'université Duke.
Les Institutions chez North Douglass North est un économiste membre du courant institutionnaliste. En effet, les institutions — qu'il définit comme étant des « contraintes humainement conçues qui structurent les interactions politiques, économiques et sociales » — sont essentielles à la croissance économique. En garantissant les droits de propriété, elles permettent une baisse des coûts de transaction (Ronald Coase) et de ce fait une hausse de la croissance. Les institutions représentent le moteur essentiel de la croissance. Ce sont l'ensemble de règles et d'organisations chargées de les faire respecter. Pour North, un coût de production ne se compose pas uniquement des coûts de transformation, il y a également des coûts de transaction (collecte d'informations et passation des contrats). Hernando de Soto lui rendra d'ailleurs hommage en 2000 avec la publication de son ouvrage Le Mystère du capital. Comme Benoit Prévoit, on pourrait dire que, bien qu’orthodoxe, il rejette l'un de ses postulats majeurs de l’école néoclassique, celui de la rationalité des agents économiques, en se penchant sur le rôle de l'idéologie dans l'économieDouglass North : hétérodoxie néo-institutionnelle versus néolibéralisme ? - Benoît Prévost, Revue de la régulation , /printemps 2010.. Dans une perspective plus proche de celle de David Collander, on pourrait dire que les travaux de Douglas North incarnent la césure entre la théorie traditionnelle économique néoclassique. La théorie orthodoxe actuelle paraît en effet dépasser le néoclassicisime en incorporant davantage dans son analyse le rôle de l’histoire, des institutions, et en admettant une définition plus large de la rationalité.
De la technologie aux institutions Dans ses ouvrages de 1961, The Economic Growth of the United States, 1790–1860, et de 1966, North pose comme les autres historiens de l'économie que la croissance provient de la technologie (Joseph Schumpeter), du capital humain (Gary Becker) et de l'organisation économique. En 1968, dans un article intitulé Sources of Productivy Change in Ocean Shipping (1600-1850), il met en question de plus en plus la primauté donnée à la technologie et accorde une place de plus en plus importante aux institutions (tout comme Thorstein Veblen) comme cela est visible dans son livre de 1971, écrit avec Davis, Institutional Change and American Economic Growth.
Dans son livre The Rise of the Western World de 1973, il écrit : . Dans cet ouvrage, il soutient que le développement de l'Europe dépend largement de la mise en place de nouvelles institutions. Ce sont elles qui ont permis de réaliser des économies d'échelle (baisse des coûts unitaires avec l'augmentation des quantités produites) et d'améliorer l'efficacité des marchés grâce notamment à des systèmes d'assurances qui ont permis de limiter les coûts des imperfections du marché.
Rôles des institutions et des organisations Pour North, les Institutions constituent les règles du jeu et façonnent les performances de l'économie. Selon lui, il existe des institutions formelles et des institutions informelles. Parmi les premières, figurent les lois constitutionnelles, les lois cadres, les lois ordinaires et des décrets de régulation, etc. Parmi les institutions informelles, on trouve des conventions, des normes de comportement, des règles de comportement, etc. Il faut compter en plus les institutions qui servent à la mise en application des contraintes imposées par les institutions formelles ou informelles.
Les institutions servent de règles du jeu aux organisations, parmi lesquelles il classe: Les groupes d'individus unis par un même but qu'ils cherchent à atteindre ; Les corps politiques (partis, sénats, conseils municipaux, agences de régulation, etc.) Les corps économiques (firmes, syndicats, fermes agricoles, coopératives, etc.) Les corps sociaux(Associations sportives, Clubs, églises, etc.) Les corps éducatifs : Écoles, universités, établissements divers, etc.
Coûts de transactions et institutions La notion de coût de Transaction a d'abord été développée par Ronald Coase dans un article de 1939. Les coûts de transaction sont constitués par tous les coûts liés aux échanges et au cadre institutionnel dans lequel ils se placent. Selon North, le travail des juristes, des banquiers, des comptables, mais aussi dans les entreprises celui des chefs d'équipe, des managers (cadres dirigeants), relèvent principalement ou totalement de la catégorie coûts de transaction. Il en est de même du travail des politiques ou des membres des administrations publiques ou privées. Dans un travail de 1990, il estime qu'aux États-Unis, en 1970, les coûts de transactions représentaient 45 % du PIB.
Cadre analytique d'évolution des institutions Ce qui intéresse North, c'est de comprendre comment évoluent les institutions. Notons ici que, contrairement aux néo-classiques, il ne croit pas que l'intérêt personnel seul puisse faire évoluer les choses, car les institutions recèlent des mécanismes d'incitation propres à soutenir le système en place. De plus, les institutions, d'une certaine façon, conditionnent l'évolution institutionnelle, notion de dépendance au sentier . Selon lui, cinq propositions sont nécessaires pour établir un cadre d'analyse du changement institutionnel : L'interaction continuelle entre institutions et organisations dans une économie basée sur la rareté et la compétition est la clé du changement institutionnel ; La compétition force les organisations à investir dans les aptitudes et les connaissances ; Le cadre institutionnel fournit des incitations qui vont favoriser certains types de connaissances et d'aptitudes ; Les perceptions dépendent des constructions mentales des gens ; Les économies d'échelle, les complémentarités ainsi que les nœuds d'externalités d'une matrice institutionnelle rendent le changement institutionnel incrémental et lui font suivre une certaine ).
Institutions, idéologies et croyances Dans son ouvrage Structure and Change in Economic History, de 1981, North souligne que les institutions ne sont pas forcément efficientes et constate qu'il y a des idéologies qui accélèrent le changement et d'autres qui le freinent. Dans son livre de 1990, intitulé Institutions, institutional change and Economics, il se pose la question de savoir ce que sont ces idéologies, ces croyances, qui jouent si fort sur le changement d'institutions. Selon lui, les croyances viennent de “modèles mentaux“ qui servent aux personnes à expliquer et à interpréter le monde. Ces modèles eux-mêmes dépendent à la fois des expériences vécues par les individus et d'un système hérité de croyance. Comme les nouvelles connaissances des individus sont filtrées par les modèles mentaux, le passé agit encore malgré tout au présent .
North et l'École néoclassique Dans un article publié une première fois en 1992 lors du prix John R. Commons, North a précisé sa position concernant les rapports entre le néoinstitutionnalisme et l'école néoclassique. Selon lui, comme l'avait déjà avancé Herbert Simon, les institutions ne sont pas nécessaires dans un monde de rationalité instrumentale où les idées et les idéologies ne comptent pas. Comme Simon, il pense que la rationalité instrumentale parfaite n'existe pas et que les hommes ont besoin d'institutions pour acquérir les informations nécessaires et d'une certaine façon pour guider leur choix. En fait, il pense que les décisions sont prises à partir de modèles mentaux qui dépendent des expériences faites par les individus et de modèles culturels partiellement dépendants des cultures locales. Il en ressort que, un : il existe dans les sociétés des coûts de transactions que ne prend pas en compte la théorie néoclassique et que, deux : il peut exister plus d'équilibres.
Ordres sociaux Qu'est-ce qu'un ordre social ?