vignette|Proportions du 1 coup joué avec les Blancs selon le classement du joueur L’ouverture est la première phase d'une partie d'échecs. Elle s'arrête lorsque les forces des deux adversaires sont mobilisées et que les rois sont en sécurité. Le terme d'ouverture est également utilisé dans le cas d'une ouverture de ligne par l'échange de figures ou de pions.
Classification et terminologie des ouvertures Variantes d'ouvertures Dans le début d'une partie (« l'ouverture »), à un moment précis, il est possible d'envisager plusieurs suites de coups toutes également jouables. La séquence des coups qui composent une de ces suites possibles est appelée « variante d'ouverture ».
Par exemple, l'ouverture d'une partie qui commence par les coups 1. e4 c5 est appelée la « défense sicilienne ». Une des suites possibles, qui est 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 a6, est appelée la « variante Najdorf » ; les Noirs y cherchent à contrôler le centre, où les Blancs disposent d'un avantage d'espace.
Nomenclature Il existe une très grande quantité d'ouvertures répertoriées, et des centaines de variantes ont un nom spécifique. LOxford Companion to Chess ne cite pas moins de d'ouvertures nommées, .. Quand une ouverture est caractérisée par un coup des Noirs, on parle de « défense » (par exemple la défense sicilienne) ou de contre-attaque. Quand elle est caractérisée par un coup des blancs, on parle d'attaque, de « partie » ou d'ouverture (par exemple l'attaque anglaise, la partie espagnole, la partie écossaise, l'ouverture anglaise).
Une ouverture ou variante d'ouverture est en général désignée soit par la nationalité de son inventeur ou ses promoteurs (par exemple la partie italienne ou la défense sicilienne), le nom du ou des joueurs qui l'ont défendue (la défense Pirc, la défense Alekhine, le début Réti ou la variante Najdorf ; il peut y avoir plusieurs joueurs, par exemple la défense Caro-Kann), le lieu où elle a été pratiquée pour la première fois (par exemple la défense berlinoise, la variante de Scheveningue, le gambit de la Volga ou le système de Londres), le nom d'un animal (la variante du dragon, l'ouverture de l'orang-outang, le système du hérisson), un nom qui décrit la manœuvre employée dans l'ouverture (variante d'échange de la partie espagnole, variante d'avance, variante du pion empoisonné, défense des deux cavaliers, partie des trois cavaliers, attaque des quatre pions).
Transpositions
Des séquences différentes peuvent aboutir à la même position par des coups différents. Le fait de passer d'une ouverture à une autre s'appelle la transposition.
Par exemple, une position importante de la défense semi-Tarrasch peut être obtenue par : 1. d4 d5 2. c4 e6 3. Cc3 Cf6 4. Cf3 c5 5. cd5 Cxd5 (défense semi-Tarrasch) 6. e3 Cc6 7. Fd3 cd4 8. ed4 Cf6 qui donnent la même position que : 1. e4 c6 (défense Caro-Kann) 2. c4 d5 3. ed5 cd5 4. cd5 Cf6 5. Cc3 Cxd5 6. Cf3 Cc6 7. d4 e6 8. Fd3 Cf6 position que l'on obtient également par : 1. e4 c5 (défense sicilienne) 2. c3 d5 3. ed5 Dxd5 4. d4 e6 5. Cf3 Cf6 6. Fd3 cd4 7. cd4 Cc6 8. Cc3 Dd8. Ces transpositions ne sont pas des interversions de l'ordre des coups.
Théorie des ouvertures et code ECO Quand la partie commence à dévier d'une ouverture connue, on dit que les joueurs sont « sortis de la théorie ». Dans certaines ouvertures, les coups considérés comme les meilleurs pour chacun des camps ont été étudiés sur 20 à 25 coups, et parfois plus. Les joueurs de haut niveau passent des années à étudier les ouvertures. Les professionnels doivent poursuivre cette étude durant toute leur carrière, car la théorie continue à évoluer. Leur préparation a été révolutionnée par l'essor des bases de données informatiques de parties. Ce dernier leur imposeL'adversaire pouvant accéder au détail des parties qu'ils ont jouées précédemment. et leur facilite à la fois, couplé avec l'élévation du niveau de jeu des moteurs d'échecs, une étude systématique des pierres d'achoppement des ouvertures envisagées.
Des suites de coups d'ouverture qui sont considérées comme standard, et souvent répertoriées dans des livres de référence comme lEncyclopédie des ouvertures d'échecs (ECO), sont appelées coups théoriques. Ils sont souvent présentés sous forme d'arbre ou de table de théorie. Une nouvelle séquence de coups d'ouverture est appelée « nouveauté théorique » ; elle peut s'avérer redoutable.
Dans l'''Encyclopédie des ouvertures d'échecs, les ouvertures sont classées selon le code ECO qui est composé d'une lettre et de deux chiffres. Dans cet article, elles le sont selon le type de jeu qu'elles favorisent.
Constitution d'un répertoire d'ouvertures Le type de jeu dépend fortement de l'ouverture : un jeu positionnel calme pour le début Réti et quelques lignes du gambit dame refusé, un jeu vif et tactique avec le gambit letton, la défense des deux cavaliers, et en particulier la contre-attaque Traxler. Les séquences de coups qu'un joueur choisit d'étudier forment son répertoire d'ouvertures : une ouverture est décrite selon une arborescence comportant une ligne principale (la suite la plus importante, car la plus jouée ou la plus étudiée), puis des ramifications appelées variantes principales ou secondaires en fonction de leur intérêt et de leur impact.
Quelques termes techniques Un gambit consiste à sacrifier un pion dans l'ouverture (exceptionnellement plusieurs pions ou une pièce) dans le but d'obtenir une compensation supérieure à la perte de matériel. Il s'agit en principe d'un avantage positionnel. Le gambit peut être accepté ou refusé par l'adversaire.
On parle de gambit en second lorsque le sacrifice est proposé par les Noirs. On parle de contre-gambit lorsque l'adversaire refuse un gambit en proposant lui-même un gambit (par exemple le contre-gambit Falkbeer dans le gambit du roi).
On appelle système une méthode de développement qui peut être employée contre un grand nombre de dispositifs adversesAndrew Soltis, White opening System combining Stonewall Attack, Colle System, Torre Attack, Éditions Chess Digest, 1992, , Introduction . Des exemples sont le système Colle, le système de Londres ou encore l'Attaque est-indienne.
Buts de l'ouverture
Bien qu'une grande variété de coups puissent être joués dans l'ouverture, les buts qui les motivent sont les mêmes de façon générale. Le premier est évidemment d'éviter d'être maté ou de perdre du matériel, comme dans les autres phases du jeu. En supposant qu'aucun des deux camps ne fasse d'erreur manifeste, les buts principaux sont les suivants :
Le développement L'un des buts principaux dans l'ouverture est de mobiliser les pièces sur des cases utiles où elles auront une influence sur le jeu. Les cavaliers sont souvent développés en f3, c3, f6 et c6 (parfois aussi e2, d2, e7 ou d7), et les pions e et d sont avancés de façon à pouvoir développer les fous (une autre possibilité est de les placer en fianchetto sur la grande diagonale, avec une manœuvre g3 et Fg2 par exemple). La rapidité de la mobilisation est capitale. La dame et les tours, que l'on appelle les pièces lourdes, ne sont pas centralisées dans un premier temps, elle le seront quand suffisamment de pièces légères et des pions auront quitté l'échiquier.
Le contrôle du centre Au début de la partie, on ne peut pas savoir de quel côté les pièces seront le plus utile plus tard. Le contrôle des cases centrales permet cependant une meilleure mobilité des pièces d'une aile à l'autre, et aussi de réduire l'espace disponible de l'adversaire. La théorie classique veut que l'on obtienne le contrôle le plus efficace en occupant le centre avec des pions, idéalement avec des pions e4 et d4 pour les Blancs. Cependant, l'école hypermoderne a montré qu'il n'était pas toujours indispensable ou même intéressant d'occuper le centre de cette façon, et qu'un centre trop large pouvait faire l'objet d'attaques et même être démoli, compromettant la position. Un front de pions centraux n'a pas beaucoup de valeur à moins de pouvoir être maintenu durablement. Les joueurs hypermodernes ont préconisé le contrôle du centre à distance avec les pièces, la démolition du centre adverse et l'occupation ultérieure du centre. Ceci conduit à des ouvertures telles que la défense Alekhine avec une ligne telle que 1. e4 Cf6 2. e5 Cd5 3. d4 d6 4. c4 Cb6 5. f4 (lattaque des quatre pions), les Blancs ont un centre de pions impressionnant pour le moment, mais les Noirs comptent bien s'y attaquer, laissant la position blanche vulnérable.
La sécurité du roi Le roi est vulnérable au milieu de l'échiquier. Des mesures doivent être prises pour réduire son exposition. Il est donc courant que l'on roque dans l'ouverture (ce qui développe aussi la tour), ou, si ce n'est pas possible, d'amener le roi vers le coin de l'échiquier par une série de manœuvres (roque artificiel)
La prévention ou la création de faiblesses La plupart des ouvertures évitent soigneusement la création de faiblesses dans la structure de pions telles qu'un pion isolé, des pions doublés, un pion arriéré, des îlots de pions, etc. D'autres ouvertures compromettent le succès en finale pour obtenir une attaque rapide sur le camp adverse. Quelques ouvertures déséquilibrées pour les Noirs font usage de ce principe, comme la défense hollandaise ou la défense sicilienne, tandis que d'autres, telles la défense Alekhine et la défense Benoni incitent l'adversaire à avancer et à créer des faiblesses de pions. Certaines ouvertures acceptent les faiblesses de pions en échange de compensation sous forme de jeu dynamique.
La coordination des pièces En mobilisant ses pièces, le joueur tente de s'assurer qu'elles contribuent harmonieusement au contrôle des cases-clés.
En outre, d'autres plans stratégiques utilisés dans le milieu de partie peuvent aussi être efficaces dans l'ouverture. Citons la préparation de percée de pions pour créer du contre-jeu, la création de faiblesses dans la structure de pions adverse, la prise de contrôle de cases-clés, les échanges favorables de pièces légères (garder la paire de fous par exemple), l'obtention d'un avantage d'espace au centre sur les ailes.
De façon plus générale, de nombreux auteurs (par exemple Reuben Fine dans Les idées cachées dans les ouvertures d'échecs) sont d'avis que la mission des Blancs dans l'ouverture est d'exploiter l'avantage du trait initial dans l'ouverture en le transformant en avantage, tandis que les Noirs cherchent à égaliser. Il existe cependant beaucoup d'ouvertures où les Noirs obtiennent une chance de jouer agressivement pour un avantage dès le début.
Pour le maître international Jeremy Silman, le but de l'ouverture est de créer des déséquilibres dynamiques entre les deux camps qui vont déterminer le type de milieu de jeu et les plans stratégiques choisis par chacun des joueursJeremy Silman, The Complete Book of Chess Strategy (Los Angeles: Siles Press, 1998), .. Dans la variante Winawer de la défense française, les Blancs tentent d'exploiter la paire de fous et l'avantage d'espace pour lancer une attaque sur l'aile roi noire, tandis que les Noirs cherchent des échanges en vue de simplifier (en échangeant les fous blancs pour affaiblir l'attaque) et de contre-attaquer les pions faibles sur l'aile dame.
La transition entre l'ouverture et le milieu de partie n'est pas clairement établie, mais on considère généralement que la fin du développement ou le roque sont des indicateurs raisonnables. Depuis l'avènement des échecs modernes et le développement exponentiel de la théorie, l'ouverture est une phase extrêmement étudiée par les joueurs et les analystes. Les joueurs de compétition connaissent parfois des séquences de plusieurs dizaines de coups.
Les grands systèmes d'ouverture Les débuts ouverts (1.e4 e5)