L'abbaye de La Sauve-Majeure est un ancien monastère bénédictin (de l'ordre de Saint-Benoît) situé sur le territoire de la commune de La Sauve, dans le département de la Gironde en Nouvelle-Aquitaine.
Fondée en 1079 par le duc d'Aquitaine et Gérard de Corbie, elle abrite, à son apogée, quelque . Ruinée et abandonnée à la fin du , elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840. Cette première protection est confirmée par un arrêté publié au Journal officiel en 1914, puis par la protection de plusieurs terrains contenant les ruines. Cet ensemble fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Enfin, les terrains omis par les précédents arrêtés sont classés au titre des monuments historiques par arrêté du .. Par ailleurs, l'abbaye est classée en décembre 1998 au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle en FranceChemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France : Patrimoine mondial de l'humanité, site de l'Unesco..
Histoire de l'abbaye
L'abbaye de la Sauve-Majeure est connue sous le nom de la Grande Sauve ou Sauve Majeure, sauve signifiant forêt, bois .
Débuts prospères au XIème siècle Sur le lieu-dit d'Altus Villaris, à égale distance de la Garonne et de la Dordogne, l'abbé Gérard de CorbieGérald de Corbie, d'après les sources hagiographiques latines. fonde Notre-Dame de la Grande Sauve en 1079. Son nom est issu du nom de la forêt occupant à l'époque l'Entre-deux-Mers () : la Silva Major.
vignette|350px| vignette|350px|Plan de l'abbaye, selon L. Drouyn
L'abbé construit une première église abbatiale. Avec l'appui du duc d'Aquitaine (1023-1058-1086), avec le soutien du pape (1015/1020-1073–1085) et grâce à de généreux donateurs et protecteurs parmi lesquels les rois de France et d'Angleterre, l'abbaye prospère rapidement. Elle se trouve sur la route de Compostelle et sert de point de départ régional pour le pèlerinage. L'abbé Gérard y est enterré à sa mort en 1095. d'Amboise, élu septième abbé de cette abbaye en 1126, demande à Rome la canonisation pour l'abbé Gérard, à laquelle le pape accède en 1197. À la suite du mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Plantagenêt en 1152, l'abbaye passe sous la tutelle des rois d'Angleterre. L'église actuelle est consacrée en 1231.
La vie spirituelle de l'abbaye de la Sauve-Majeure s'organise tout au long du Moyen Âge suivant une lecture renouvelée de la règle de saint Benoît, à mi-chemin entre la tradition clunisienne et les innovations cisterciennes.
Au Moyen Âge, l'abbaye est riche et puissante. Elle dispose de En France, il ne reste que des vestiges des prieurés : Saint-Loup de Saint-Loubès, Novy et Blasimon., jusqu'à celui de Burwell, en Angleterre, où Aliénor d'Aquitaine aurait séjourné à plusieurs reprises. Toutefois, les sources demeurent peu précises sur ce sujet.
Au , les habitants du bourg monastique de La Sauve se révoltent plusieurs fois contre les moines. La richesse de la Sauve-Majeure suscite les convoitises des seigneurs locaux, des troupes capétiennes et de celles des Plantagenêts, notamment pendant la guerre de Cent Ans, qui oppose les royaumes de France et d'Angleterre de 1337 à 1453 pour l'appropriation de l'Aquitaine et du Poitou. En , , roi de 1461 à 1483, confirme les droits, privilèges, franchises, libertés, accordés à l'abbaye par ses prédécesseurs ou par les rois d'Angleterre (en tant que ducs de Guyenne)Lettres patentes de , avril 1462, ..
Après les ravages de la guerre, des réparations sont effectuées sur l'édifice au , des fortifications sont élevées. Ces restaurations interviennent dans un climat de contestation des privilèges de l'abbaye et de rivalité économique avec la bastide de Créon. S'amorcent alors le déclin de l'abbaye et la perte de son influence.
Le pèlerinage de Compostelle
Saint-Jacques-de-Compostelle est un des trois grands pèlerinages de la chrétienté au Moyen Âge, avec ceux de Rome et de Jérusalem. Avant la traversée des Landes, l'abbaye est une halte providentielle où les pèlerins de Saint-Jacques trouvent soins, nourriture et repos. Après La Sauve, ils rejoignent Langoiran, traversent la Garonne au Tourne et retrouvent à Belin la voie de Tours.
1079-1095 : Saint Gérard de Corbie 1095-1102 : Achelme Sanche 1102-1106 : Aleran 1106-1119 : Geoffroy de Laon 1119-1125 : Runauld 1125-1126 : Geoffroy II 1126-1155 : Pierre d’Amboise 1155-1182 : Pierre II de Didonie 1182-1194 : Raymond de Laubec 1194-1204 : Pierre III de Laubec 1204-1206 : Gombaud 1206-1222 : Amauvin 1223-1236 : Grimoard de Lafaye 1236-1245 : Ramnulphe 1245-124? : Bertrand de Saint-Loubès 124?-1251 : Guillaume d’Agonac 1251-12?? : Bernard de La Faye 12??-12?? : Gérard II de Condom 12??-1295 : Florent 1295-1296 : Barraut de Curton 1296-1308 : Baudoin 1308-1311 : Pierre IV Hugon 1311-1316 : Gaillard de La Chassaigne 1316-1319 : Aicard 1319-1329 : Ozil de Moulon 1329-1331 : Guillaume II de Landorre 1331-1339 : Guillaume III de La Tilhède 1339-1360 : Guy de Ferrières 1360-1371 : Hugues de Marcenhac 1371-1377 : Raymond-Bernard de Roqueys 1377-1383 : Guillaume IV de Guiscard 1383-1389 : Arnaud de Caveroche 1389-1390 : Edmond 1390-1412 : Gérard III Borgonh 1412-1430 : Guillaume V 1430-1433 : Philippe de Lespinasse 1433-1438 : vacance 1438-1463 : Gérard IV de Podenx 1463-1485 : Benoît de Guiton 1485-1486 : Aimery du Château 1486-1487 : Audoin d’Abzac 1487-1501 : Jean de La Chassaigne 1501-1523 : Jean II de Larmandie 1523-1530 : Jacques de Larmandie 1530-1533 : vacance 1533-1557 : Matthieu de Longuejoie 1557-1575 : Élie 1575-1576 : Étienne de Gontaud de Saint-Geniès 1576-1608 : François de Fayolles 1608-1627 : cardinal Louis de Nogaret de La Valette d’Epernon 1627-1645 : Henri d’Escoubleau de Sourdis 1645-1670 : Louis II Barbier de La Rivière 1670-1678 : Charles de Castellane 1678-1710 : Louis III d’Aquin 1710-1721 : Henri II de Charpin des Halles de Feugerolles 1721-1735 : Jean-Michel de Charpin des Halles de Feugerolles 1735-1747 : cardinal Dominique de La Rochefoucauld 1747-1771 : Charles-Gilbert de May de Termont 1771-1774 : Charles II de Broglie 1774-1792 : Henri III François-Athanase de Taillefer de Barrière de Villamblard
Source : Gallia Christiana
Un déclin lent L'abbaye rejoint plus tard la congrégation des ExemptsLe concile de Trente, par un décret du , oblige les monastères ne participant pas à des chapitres généraux à se constituer en groupement ; en cas de refus, ils sont soumis aux visites épiscopales. C'est à cette date-là que des monastères, pour échapper à cette contrainte, se regroupent en congrégations, comme la congrégation des Exempts. Mais, rapidement, ces monastères passent à la réforme de Saint-Maur., et devient mauriste en 1667. En 1665, une tempête cause de gros dégâts aux toitures de l'église, aux dortoirs et au réfectoire. Le clocher s'écroule à la fin du à la suite de ces dommages. Et en 1759, pour couronner le tout, un tremblement de terre ébranle l'église.
À la Révolution, les richesses de l'abbaye sont confisquées et dispersées. En 1793, les bâtiments sont utilisés comme prison. En 1809, les voûtes de l'église tombent. Dès lors et pendant 40 ans, l'abbaye est exploitée comme carrière de pierre par les habitants du village de La Sauve pour leurs constructions.
En 1837, l'archevêque rachète les bâtiments conventuels et fait édifier un collège de jésuites, plus tard transformé en école normale d'instituteurs. Mais, en 1910, un incendie détruit l'école, et le site est de nouveau abandonné. Entre 1914 et 1918, les bâtiments sont transformés en petit hôpital militaire de campagne.
En 1960, le monument est récupéré par l'État. Le ministère des Affaires culturelles entreprend d'importants travaux de consolidation. Depuis l'ouverture au public, le site est géré par le Centre des monuments nationaux.
L'abbaye en ruines
Pendant sept siècles, l'abbatiale de la Sauve-Majeure est le plus beau joyau d'architecture de toute la Gironde. Jusqu'au début du , après que l'Assemblée constituante de 1789 a chassé les moines et que les bâtiments s'effondrent lentement mais sûrement. Le monument est légalement exploité comme carrière de matériaux et pierres de taille où s'approvisionnent entrepreneurs, chaufourniers et cantonniers de la région. Les antiquaires, en quête de belles pièces, enlèvent des sculptures, qui se trouvent actuellement dans des collections privées. La destruction est arrêtée en 1840, avec le classement de l'abbaye aux monuments historiques.
En ce qui concerne les bâtiments claustraux, tout n'est plus que ruines. Ne sont encore debout que des substructions de la salle capitulaire et les deux pans de mur du réfectoire, qui date de 1295. L'ensemble monastique où vivaient une centaine de moines en 1231 (et plus de 300 à son apogée) a disparu.
De la salle capitulaire, il ne reste qu'un espace délimité par des colonnes basses et un carrelage moderne. Le cloître, à l'ouest de la salle capitulaire, était fermé par quatre galeries couvertes entourant un jardin. Il n'en subsiste que le plan. Le scriptorium, salle réservé aux moines copistes et enlumineurs, se situait dans le prolongement sud de la salle capitulaire. Le dortoir se trouvait à l'étage. Il subsiste quelques vestiges, dont un mur percé de hautes baies gothiques du du réfectoire.
Pour l'église Notre-Dame de l'abbaye, la vague de vandalisme s'est arrêtée au sanctuaire. Quasiment toute la partie gothique de l'église a été détruite et c'est la partie la plus ancienne, l'église romane, qui a été partiellement épargnée. Les murs du croisillon nord, la totalité du chevet (hormis les voûtes de l'abside principale) et le bas-côté sud encadrant le clocher ont échappé au démantèlement.
Plan de l'église vignette|500px|centré|Plan de l'église Notre-Dame (Brutails, 1912). L'église est bâtie en forme de croix latine. Elle se compose d'une nef de cinq travées, flanquée de bas-côtés, d'un transept ouvrant sur le chœur et de chapelles latérales. Très peu d'éléments du portail subsistent. On peut avoir une idée de son importance à partir de gravures réalisées au , avant le démantèlement de l'église.
La nef Dans la première travée de la nef, se trouvent un puits et une niche. Au , deux gros massifs de maçonnerie, dessinant une sorte de tambour d'entrée ovale, sont construits pour recevoir une tribune d'orgue. À divers endroits, enchâssés dans le mur, on trouve six des douze médaillons de consécration, posés en 1231.
Le collatéral sud Dans le collatéral sud, les voûtes sur croisées d'ogives des deuxième et troisième travées sont gothiques, comme la tour clocher à plan octogonal, toutes datant du . La cinquième travée est dotée d'une voûte d'arête enduite, de style roman, datant du , .
L'abside L'abside date du début du . Elle est la partie la plus ancienne de l'église. Elle comprend le chœur et les chapelles voisines, qui ont gardé leurs voûtes en berceau plein-cintre. Le chœur, illuminé par trois grandes baies, abritait le tombeau aujourd'hui disparu du fondateur de l'abbaye, saint Gérard de Corbie.
L'iconographie romane de l'église Notre-Dame
Dans son état actuel, l'église compte plus de 80 chapiteaux sculptés, répartis en autant de sujets ornementaux que de figures animées. Leur description commence ici par l'extérieur, en partant de la façade occidentale, en contournant l'édifice par le nord, puis à l'intérieur, en suivant le même chemin. Les éléments du décor qui ne sont plus in situ (musée lapidaire de l'abbaye, autres musées et dans certains églises des environs) sont décrits à la fin.
L'iconographie extérieure
La description des sculptures à l'extérieur de l'église, commence avec le portail de la façade occidentale, puis, successivement, le mur nord de la nef, le croisillon nord du transept, et finit par les deux absidioles nord, l'abside et les deux absidioles sud du chevet. La façade sud de l'église ne contient aucune sculpture romane.
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