Le Courrier est un quotidien suisse de langue française édité à Genève. Son titre est Courrier de Genève jusqu’en 1948. Il affiche le slogan « L'essentiel autrement », annonçant une ligne socio-politique et .
Le Courrier est indépendant des principaux groupes de presse (Tamedia et Ringier). Il est en Suisse romande le seul quotidien régional payant financé à 70 % par les abonnements, il est soutenu par ses lecteurs à 80 % en tenant compte des souscriptions...
Fondé en 1868 par l'Église catholique, c'est d'abord un journal conservateur, auquel le rédacteur en chef René Leyvraz donne une tendance social-chrétienne dans les années 1920 et après 1945. Le journal prend son indépendance rédactionnelle au début des années 1980 et devient financièrement totalement indépendant de l’Église en 1996.
Historique Contexte À l’époque du , Le Courrier a contribué à la participation des catholiques de Genève à la politique cantonale. Depuis l’intégration des communes réunies en 1815-1816, pour former le nouveau canton de Genève, la représentation des catholiques était bien inférieure à leur nombre réel. Cette population rurale a été rattachée à Genève et à la Suisse sans avoir été consultée. Leur grande majorité était de confession catholique, et concernant les Savoyards, n'avait pas l’expérience d’un État de droit. Des « Lois éventuelles » s'assurent que les catholiques ne puissent être majoritaires au législatif et à l’exécutif. En 1835, ils étaient 16 sur un total de . L'arrivée au pouvoir des radicaux de James Fazy en 1846 apporte une amélioration. Ils ne forment cependant encore que le tiers du corps électoral en 1860. Le gouvernement d’Antoine Carteret de 1871 introduit de nouvelles lois régissant le culte catholique, les prêtres doivent prêter serment d'allégeance, l’évêque Gaspard Mermillod est expulsé. Dès 1873, une « Église nationale » (plus tard les « vieux catholiques » ou « Église catholique-chrétienne ») est implantée dans presque toutes les paroisses, avec des prêtres salariés et nommés par une minorité d’électeurs. Les églises sont remises aux « nationaux », souvent par la force, avec serruriers et gendarmes, dont le célèbre « baptême à la baïonnette » de Compesières. Les autorités communales s’y opposent, 43 maires et adjoints sont révoqués par le gouvernement. La grande majorité des fidèles forment ce qu’il est désormais convenu d'appeler « Église catholique romaine », pour eux les « nationaux » sont . L’Union des campagnes se crée en 1874, qui peu à peu organise efficacement les « catholiques romains » sur le plan politique..
Journal catholique dès 1868 Le Courrier paraît pour la première fois le avec le sous-titre Feuille religieuse et nationale. C'est un hebdomadaire conservateur paraissant le dimanche et visant à défendre les intérêts catholiques dans la Genève protestante. Il est fondé par Gaspard Mermillod, le nouvel évêque de Lausanne et Genève ordonné en 1864, et le premier directeur est l’abbé Louis Jeantet..
En 1892, la parution du Courrier de Genève devient quotidienne, avec un tirage de à . Après la séparation de l'Église et de l'État, en 1907, la feuille de lutte catholique perd sa raison d'être et son tirage chute à .
Une revue homonyme, le Courrier de Genève, journal politique, industriel et littéraire a paru de à , puis d’ à .
Journal chrétien-social dès 1923 À partir de 1923, sous la direction de René Leyvraz, le Courrier de Genève devient un journal social-chrétien et le tirage atteint en 1932. L'église catholique trouve la ligne du journal trop à gauche et les tensions poussent le rédacteur en chef à démissionner en 1935.. Avant que Leyvraz ne revienne en 1945, deux prêtres se succèdent à la tête du journal durant les dix années suivantes : l’abbé Henri Carlier et l’abbé Albert-Marcel Chamonin.
L’abbé Carlier est né à Genève en 1895, de nationalité belge il est soldat de 1914 à 1918. Il prendra la nationalité suisse. Il est ordonné en 1923 après avoir étudié au Grand Séminaire de Fribourg. Suivent des vicariats à Carouge puis au Sacré-Cœur à Plainpalais. Il est ensuite curé dans les paroisses de Troinex (1932–1934), de Cointrin (1934–1938) puis de Sainte-Thérèse à Champel jusqu’à son décès prématuré en 1951. Henri Carlier semble avoir eu une fibre sociale car il est aumônier de prison en 1927–1929, rédacteur de L’Écho illustré dès la création de cet hebdomadaire en 1930, puis directeur et rédacteur du Courrier en 1934–1938... En , une rencontre publique de soutien aux réfugiés réunit le professeur Pierre Bovet (de l'Institut Jean-Jacques Rousseau), le pasteur Brütsch et l’abbé Carlier..
L’abbé Chamonin n’est pas seulement directeur et rédacteur en chef du Courrier de 1938 à 1945, il fait aussi partie de la Commission cantonale de contrôle des films. Il est décrit comme « catholique ultraconservateur, qui a eu des sympathies pour l’extrême droite pendant la guerre », « un véritable agitateur »Henri Roth, historien et journaliste, cité dans : ..
Journal pétainiste en 1940-1945 En 1940, face au maréchal Pétain, le Courrier ne se distingue pas des autres journaux, il « ne veut surtout pas se poser des questions embarrassantes et se contente de voir ce qui va dans son sens », il se préoccupe de la réforme scolaire et milite pour le retour de Dieu à l'école genevoise..
L’équipe de rédaction n’est pas homogène : Schubiger peut être critique de Pétain, alors que Émile Déléaval est ouvertement favorable aux forces de l'Axe. Le journal se montre admiratif du maréchal Pétain et publie parfois sans commentaires des discours de Mussolini ou Hitler. Les catholiques genevois adressent en une pétition à Marius Besson, avec , demandant que le journal revienne « à une plus juste neutralité politique » et que l’évêque intervienne. Léon Nicole écrit aussi à Besson, accusant le Courrier de soutenir les thèses du Reich et signalant que dans plusieurs milieux ouvriers on considère un collaborateur du Courrier comme faisant partie de la cinquième colonne. Une pétition de , munie de plus de , vient en soutien de l’abbé Chamonin, et déclare que . À la fin de la guerre, le Courrier est un des rares journaux romands interdits en France pour cause de collaborationnisme. Marius Besson meurt en . Il est remplacé en novembre à l'épiscopat par François Charrière, qui tente d’abord une approche conciliante. Un article provocateur de Déléaval intitulé « Au nom d’Hitler » paraît le . L’équipe formée par l’abbé Chamonin, Déléaval et Bersier est alors licenciée avec effet immédiat.. Fait allusion au volume Irréductible! : 150 ans d’info à contre-courant publié en 2018..
Journal pour la vérité, contre l’indifférence, dès 1945 René Leyvraz est donc finalement rappelé à la tête du journal, il écrit son premier éditorial le .. Le nombre d'abonnements a chuté de à entre 1935 et 1945, la situation financière du journal est « catastrophique ». Leyvraz choisit de diffuser le journal plus largement, avec des pages dédiées aux abonnées de Vaud, Valais et Neuchâtel, ce qui ne va pas sans créer des tensions avec les journaux catholiques de ces cantons. Cependant le nombre d’abonnés double presque en 1948, puis décuple en dix ans. Le Courrier de Genève change de titre le : il devient simplement Le Courrier. Dans les années 1960, le tirage oscille autour de ..
À la fin des années 1940 le parti indépendant chrétien-social évolue sous l’influence patronale, s'éloignant de l’aile chrétienne-sociale. Levraz démissionne de son Comité directeur en 1949. Une période qualifiée de « refus du silence imposé » par la biographe de Leyvraz, Françoise Larderaz. En 1962, la presse catholique s’engage à ne pas publier d’articles en faveur de l’initiative contre l’armement nucléaire. Leyvraz refuse d'appliquer cette consigne..
vignette|Page de titre du Courrier du 17 mars 1967. vignette|Logo en 1976 (détail d'une manchette). À l’occasion des cent ans du journal, l’émission religieuse de la TSR « Présence catholique » du est consacrée au Courrier. Le rédacteur en chef Jean-René de Ziegler affirme : . Dans l’équipe de rédaction les approches politiques de gauche et de droite sont représentées, ainsi le journal n’a-t-il pas pris position sur la « question nucléaire ».
La crise qui touche la presse en général affecte aussi Le Courrier qui fait face à de graves difficultés financières, avec un déficit d’un million de francs en 1970.. Une collaboration avec La Liberté a permis de réduire les coûts : le journal est désormais imprimé à Fribourg (l’imprimerie de la rue du Vieux-Billard à Genève est fermée en ), et une partie des pages du journal est reprise de La Liberté, cependant les trois quarts sont encore composées à Genève. L’abbé André Babel est alors le « conseiller ecclésiastique » du journal, il signe des éditoriaux, selon lui Le Courrier se distingue d’autres journaux sur des questions d’ordre moral, comme le divorce ou la régulation des naissances. Entretiens avec Jean-René de Ziegler (rédacteur en chef), Jean-Pierre Chaillet (directeur), André Babel (conseiller ecclésiastique), un linotypiste (depuis au Courrier), la « première conscience du Courrier » (réalisation, mise en page, depuis au Courrier). René Leyvraz (directeur rédactionnel, 70 ans) est mentionné, il contribue encore au journal..
Après le départ de Leyvraz en 1963, le nombre d’abonnés chute à nouveau brutalement.
Journal humaniste dès 1980, avec Pierre Dufresne En 1979, le journal ne compte plus que , c'est à ce moment que Pierre Dufresne (1927?-1996) est engagé comme nouveau rédacteur en chef. Il a auparavant travaillé durant trente ans pour L'Ordre professionnel, l’organe des syndicats patronaux : « un gage de fiabilité » aux yeux de ses nouveaux employeurs. Pierre Dufresne a cependant suivi un cheminement personnel, il a pris conscience des mécanismes qui produisent exploitation et exclusion, et son engagement religieux est de plus en plus tiers-mondisteSylvie Arsever, « Pierre Dufresne se battait pour un journalisme moral », in Journal de Genève, 28 mars 1996, nécrologie. Jacques-Simon Eggly, « La Guerre contre le Mal », in Journal de Genève, 2 avril 1996, qui débat du pacifisme de Pierre Dufresne : .. Depuis 1982, Le Courrier se définit comme une feuille d'opinion humaniste mettant l'accent sur les questions du christianisme et de la société. Un prix « Courrier » des droits de l'homme (puis prix Courrier des droits humains) est attribué à des groupes locaux ou suisses dès 1986.
En 1988, la rédaction locale du Courrier a reçu le prix Jean Dumur qui récompense le courage journalistique.
Journal indépendant et socialement engagé dès 1996 vignette|Manchette, José Bové, 2004. vignette|Logo jusqu'à fin mars 2011. vignette|Logo dès 2011, réalisé par la HEAD. En 1992, Patrice Mugny reprend la tête du journal. En 1996, la Société catholique-romaine genevoise (l’organe financier de la communauté) conditionne la subvention de à la démission du rédacteur en chef, ce qui soulève de nombreuses condamnations : « non respect de la personne », « usurpation de compétence », « hypocrisie » (Roger de Diesbach, rédacteur de La Liberté), « acte de lâcheté » (Albert Longchamp, prêtre jésuite rédacteur de l’Écho magazine). L'assemblée du personnel décide de ne pas céder à ce « chantage ».. Le Courrier rompt alors définitivement avec l'Église catholique, et affirme de plus en plus une ligne socialement engagée.
En 1999, Manuel Grandjean succède à Patrice Mugny, qu'il a secondé durant les années précédentes. Confirmant la ligne progressiste du journal, il lui donne une coloration altermondialiste et offre au journal une crédibilité accrue par un journalisme exigeant. Des collaborations rédactionnelles sont établies avec d'autres titres, comme Le Monde diplomatique, Il manifesto, Pages de gauche et L'Émilie.