Le palais de la Légion d'honneur, ou hôtel de Salm, est un ancien hôtel particulier situé sur la rive gauche de la Seine, dans le de Paris. Son emplacement est délimité à l'ouest par la rue de Solférino, au nord par le quai Valéry-Giscard-d'Estaing, à l'est par la rue de la Légion-d'Honneur et au sud par la rue de Lille. Le grand portique de l'ancienne entrée principale (64, rue de Lille) permet d'apercevoir la cour d'honneur.

L'hôtel de Salm est construit dans les dernières décennies du selon les plans de Pierre Rousseau, à l'initiative de Frédéric III de Salm-Kyrbourg. Propriété de l'ordre national de la Légion d'honneur en 1804, puis remanié à la fin de 1812 sous l'égide de l'architecte Antoine-François Peyre, il abrite aujourd'hui la Grande chancellerie de la Légion d'honneur (1, rue de Solférino) et le musée de la Légion d'honneur (2, rue de la Légion d'honneur, face au parvis du musée d'Orsay).

L'édifice est classé au titre des monuments historiques en 1985..

Historique Le prélude de l'hôtel (1781-1783) Le , Frédéric III de Salm-Kyrbourg (1746-1794), prince régnant de Salm-Kyrbourg, prend pour épouse Jeanne-Françoise de Hohenzollern-Sigmaringen à Strasbourg. L'étroitesse des deux hôtels parisiens que le prince loue alors au maréchal Victor-François de Broglie rue de Varenne, contraint le jeune couple à édifier une plus vaste et plus commode résidence, d’autant plus qu'il y loge déjà sa mère, la princesse douairière, et que doit bientôt les rejoindre sa sœur Amélie Zéphyrine. Le prince (chef d'une branche de la maison de Salm), qui s'est installé à Paris en 1771, a hérité d'une vaste fortune qui est encore augmentée en 1781 par la dot de sa femme.

Le , il devint propriétaire d'un grand terrain d'une superficie de 1362 toises carrées au lieu-dit de la Grenouillère qu'il acquiert de Louis-François-Joseph de Bourbon-Conti, prince de Conti. Le chantier du « Chêne vert », dont l'emplacement forme un quadrilatère presque régulier d'environ 31 toises de large sur plus de 44 toises de long (), touche à l'est la rue de Bellechasse, à l'ouest la propriété du marquis de Saisseval, et profile du sud au nord la rue de Bourbon – actuelle rue de Lille – jusqu'au chemin longeant les berges du fleuve. Deux mois plus tard, Frédéric III fait appel à l’architecte Pierre Rousseau afin de dresser les plans et élévations de son futur palais dont il lui confie les ouvrages. Celui-ci lui remet ses dessins au début d' et le 7, l'architecte Jacques-Jean Thévenin, chargé de la mise en œuvre du chantier, peut assister le maître général des bâtiments de la Ville pour relever les alignements du bâtiment. Le , le prince Frédéric III s'entretient avec le marchand de bois Edmé Godot Desbordes, locataire des lieux, afin de prévoir à l'arrêt anticipé de son bail, celui-ci accepte de lui laisser le jour même un quart de la moitié du terrain côté Seine, l'autre quart un mois plus tard, puis l'autre moitié du terrain donnant sur la rue de Bourbon le ; Godot est indemnisé en échange de livres et le prince renonce aux loyers qu'il lui doit depuis juillet.

Dans le même temps, le prince demande au Bureau de la Ville la possibilité d'adjoindre en direction du fleuve, un avant corps de 3 pieds de saillie sur une longueur de 10 toises (), au mur en terrasse déjà existant, pouvant ainsi servir de soubassement à son bâtiment ; il donne pour explication qu'envisageant la construction de bâtiments considérables, celui-ci est contraint de porter le corps de logis très près de ladite terrasse. Sa demande lui est accordée le à titre de tolérance après lecture du procès-verbal des échevins de la Ville, lecture du plan levé par le maître général des bâtiments et visite préliminaire qui eut lieu sur place le . En échange, Frédéric cède à la Ville 216 toises carrées pour donner au quai la largeur de 10 toises (), réclamée par les arrêts du Conseil.

Le , Frédéric III demande une visite des lieux, afin de faire état des constructions qu'il envisage de réaliser. Le 25, expert et huissier procèdent à la visite sous la conduite de l'architecte Pierre Rousseau qui leur présente le devis qu'il a réalisé pour la construction de l'hôtel, le plan général de distribution du rez-de-chaussée, ainsi qu'une élévation de la façade sur cour du corps de logis de l’hôtel. En est donc arrêtés et précisés le plan de masse, les élévations du bâtiment ainsi que les conditions du marché.

Le chantier sous Thévenin (1782-1784) vignette|Anonyme, La construction de l'hôtel de Salm, , Paris, musée Carnavalet. Sous la conduite de Rousseau, deux entrepreneurs se succèdent : Jacques-Jean Thévenin qui occupe cette fonction durant à peine treize mois (d' à ) et prend en charge l'ensemble du gros œuvre du corps de logis ; puis Jean-Baptiste Delécluze, qui poursuit les ouvrages jusqu'aux années 1789-1790. L'Histoire a peine à garder le nom de ce dernier mais il est connu pour ses travaux sous la direction de Claude-Nicolas Ledoux, sa participation à la construction de la rue Chabanais, ou pour sa généalogie d'Eugène Viollet-le-Duc dont il est le grand-père maternel.

Les trois derniers mois de l'année 1782 virent toute l'activité du chantier se concentrer sur l'organisation de la moitié nord de la parcelle, Godot ayant jusqu'au mois d' pour libérer intégralement les lieux. Le , Thévenin participait au relevé de l'alignement à donner au bâtiment. Dans le même temps, on commence à réaliser des esquisses et modèles pour certaines parties du bâtiment : le charpentier Lamix exécute en grand la porte d'entrée du côté de la rue de Bourbon ; le cartonnier Méraut réalise une demi-sphère pour la calotte du salon et deux balustres sont taillés en pierre de Conflans-Sainte-Honorine pour servir de prototypes.

Sur le terrain, à ses abords, des parties de la chaussées sont épierrées, des murs de clôture démolis, et le mur en terrasse sur le quai est prolongé avec retour sur la rue de Bellechasse. Certaines baraques et maisons des marchands furent conservées et réaménagées à l’usage des sculpteurs et on construit un hangar le long du mur de l'hôtel de M. de Saisseval où peut travailler Nicolas-Robert Léger qui produit les chapiteaux corinthiens et ioniques de même que l'ensemble des modillons de l'hôtel. Courant décembre ou janvier, tout au plus jusqu'au printemps 1783, on procède aux fouilles destinées à former le vide de l'étage souterrain ; néanmoins le chantier progresse peu et, si en février Rousseau se rend à L'Isle-Adam pour sélectionner la pierre, la crue de la Seine qui survient en mars endommage plusieurs parties du mur qu'il faut reprendre. Cette inondation et plusieurs modifications apportées au projet ralentirent d'autant plus les travaux qui reprennent au printemps.

Au mois d'avril on confectionne le modèle de l'entablement et un mur est monté pour y tracer à échelle réelle la façade sur le quai ; pour cela on demande aux menuisiers Gontier et Pascal de fournir six cintres en anse de panier pour la voûte de la cave. La première assise en pierre de Saint-Leu de la façade et du retour du bâtiment du côté de la rivière est posée début mai, puis à la fin du mois, est maçonné le massif en moellon et plâtre autour des bases de colonnes et socles de l'avant-corps circulaire tandis que des menuisiers taillent des panneaux de bois à l'usage des maçons pour donner forme aux niches circulaires et aux « cercles » de la voûte du salon. En juin, les murs arrivent au niveau des frontons des croisées du côté du quai et, pour s'assurer de la solidité de la façade donnant sur le quai et sur la cour, l'architecte adjoint derrière la pierre de taille de gros fers, que ce soit pour lier les claveaux entre eux, contrecarrer les poussées obliques, ou pour empêcher les arcs et plates-bandes de s'écarter, assurant ainsi la stabilité des points critiques de l'architecture par un système de tirants métalliques.

Le bâtiment arriva à hauteur du premier étage courant juillet ; des ouvriers sont dès lors chargés de renforcer les planchers tandis que les maçons travaillent aux entablements et coulent les modillons; un tailleur de pierre est envoyé avec le maître de carrière pour chercher des échantillons de pierre de Conflans destinés aux chapiteaux de l'avant-corps de la cour. Dans le même temps, on commence à placer le décor sculpté sur les façades et durant les mois de septembre et octobre, des ouvriers sont occupés à couvrir de dalles de pierre de liais, fournies par le marbrier Corbel, les plates-bandes des terrasses du logis principal. À l'intérieur du bâtiment, un nouvel échafaudage est dressé et les maçons peuvent régler les angles cintrés du plafond du vestibule et de la calotte de l'antichambre ; en novembre, ils assemblent avec des ancres les différents éléments qui composent le petit ordre de la cour. Puis le chantier s'arrête à la mi-, échafaudages descendus, rues de Bellechasse et de Bourbon débarrassées, le corps de logis hors d'eau, il ne reste plus selon l'architecte qu'à dresser la feuillure de toutes les baies, le scellement des pattes des châssis des croisées, l'agrément des murs en pierre de taille. On ne remarque toutefois pas une interruption significative des travaux, les artisans et décorateurs poursuivant leur ouvrage à l'intérieur du corps de logis de façon discontinue.

Le chantier sous Delécluze (1784-1792) Plusieurs raisons expliquent aujourd'hui le départ de Thévenin du chantier, non seulement une éventuelle mise en cause du travail par le commanditaire mais également des problèmes financiers entre les deux hommes. Le , deux experts nommés par l'entrepreneur sont chargés de constater si des dégradations proviennent d'un défaut de couverture du bâtiment et de la montée du fleuve ; après la connaissance du devis, ils évaluent les travaux sans porter de jugement sur l'ouvrage même. Frédéric III intente par la suite un procès à l'entrepreneur, sans doute pour retarder autant que possible le paiement des travaux et obtenir un rabais sur les tarifs du marché. Le commanditaire est alors poursuivi par les Londoniens auxquels il avait emprunté un demi-million de livres pour la mise en œuvre du canal de Provins ; face à cette situation, la banque Leleu, qui gère les affaires du prince, s'est portée garante ; on peut ainsi poursuivre les travaux et constituer une nouvelle équipe d'artisans et Jean-Baptiste Delécluze est nommé le pour la direction des ouvrages de maçonnerie à la place de Thévenin.

Successivement, des contrats sont passés le avec le charpentier Zaccharie Pellagot, le 14 avec le serrurier Simon Guiollet, le 24 avec le paveur Gilles-Michel Beaufils et le couvreur Pierre Ménageot, le avec le maître vitrier Pierre-Louis Billoüard, puis le avec le menuisier Jean-Alexis Alexandre à la suite de la résiliation du contrat de Pierre Gontier le . Pierre Rousseau n'est plus le seul à qui est confiée la conduite des ouvrages, on fait appel également à l'architecte expert du roi Denis Antoine ; le prince le connaît pour lui avoir demandé les plans du canal de Provins en 1781 et, peu après, ceux de son château de Kirn, projet qui n'a d’ailleurs pas de suite. Le plan initial reçoit peu de corrections, sinon au niveau des bâtiments sur la rue de Bellechasse, où la cour des écuries passa d'oblongue à demi-circulaire.

Antoine se voit retirer rapidement toute responsabilité du chantier, dès , son nom ne figure plus dans les actes et, en avril, l'architecte intente un procès au prince pour obtenir le règlement des plans réalisés avec l'architecte Marie-Joseph Peyre pour le canal de Provins.