vignette|redresse=1.4|Jean-Pierre Gentot, Façade de l'Hôtel de Ville de Lyon sur la place des Terreaux, 1735. Les entrées royales et solennelles à Lyon sont des manifestations publiques festives ayant lieu lorsqu'un invité de marque, en particulier une personnalité royale, fait son entrée dans la ville.
Ces entrées sont l'occasion de fêtes et de démonstrations symboliques de respect et de fidélité, envers le personnage important, mais permet aussi la glorification de la ville et ses habitants. La place de la religion est très importante dans ces manifestations, notamment jusqu'à la fin du Moyen Âge. La répartition du cortège, hiérarchisée et déterminée, reflète en effet les jeux de pouvoir interurbains.. La plupart du temps, la déambulation suit le cours de la Saône, du quartier de Vaise au quartier du Vieux Lyon, épicentre des festivités.
Au début de chaque règne, la tradition voulait que le monarque français visite les principales villes de son royaume afin de marquer le début de sa prise de fonctions. Lors de sa venue en ville, en échange de certains privilèges accordés par le roi aux habitants, comme le pardon de certains criminels ou la nomination de nouveaux titulaires à des charges honorifiques, le roi recevait de nombreux cadeaux de la part de la ville afin de renflouer les coffres royaux. Le monarque recevait notamment l'hospitalité et des divertissements durant le temps de son court séjour. gauche|vignette|L'archevêché et la Saône à l'épicentre des entrées royales Ces évènements sont particulièrement notables à Lyon, qui incarne une ville stable et économiquement prospère. Par exemple, elle est au le troisième centre d’édition en Europe, après Venise et Paris. Au , Lyon représente la deuxième ville de France et le principal centre commercial du royaume. Avec une population de plus de , Lyon était un carrefour majeur et une porte d'entrée vers l'Italie. Plus généralement, Lyon occupe une place de choix pour les marchands étrangers, banquiers et financiers de la période médiévale jusqu'au , en particulier grâce à l'importance des foires, avant de décliner. Cette ville était à la fois une destination essentielle pour les jeunes monarques ainsi qu'un lieu fréquemment emprunté dans les itinéraires de la cour française.
On trouve une large documentation sur les entrées solennelles au sein des Archives municipales de Lyon (correspondance du consulat de Lyon avec le roi, délibérations consulaires, comptabilité communale, description des cérémonies) et de la bibliothèque municipale de Lyon, avec des documents numérisés sur la base Numelyo. Une grande partie des illustrations de cet article proviennent de ces deux institutions.
Les entrées solennelles au Moyen Âge L'organisation des entrées à Lyon aux vignette|La figure du Capitaine à cheval lors de l'entrée d'Henri II le 23 septembre 1548|gauche
De 1350 à 1450, en France, on compte environ une entrée solennelle par décennie. À Lyon, la première entrée solennelle connue est celle de Charles VI en 1389.
Le temps de préparation varie d'une entrée à l'autre. À titre d'exemple, pour l'entrée de la reine Claude le , la ville est avertie de son arrivée bien en amont, le . À l'inverse Lyon reçoit l'information de la venue de Louis XI le , pour une entrée à célébrer le . Lorsque le délai pour les préparations est trop restreint, l'entrée peut se suffire à quelques décors et des dons comme ce fut le cas pour Anne de Foix en 1502.
Les entrées ne se valent pas toutes, ce sont les premières entrées de chaque roi dans une ville qui font l’objet d’une plus grande attention. Dans ce cadre, l’une des dépenses les plus importantes provient du gîte, qui doit être au niveau de l'hôte de marque. Ce gîte, issu du droit de gîte médiéval, comprend principalement la chambre et la nourriture. Viennent ensuite les dons, puis la confection des éléments nécessaires à la décoration de la procession comme un dais, des tapisseries, pour le spectacle vivant même des saynètes, ainsi que la rémunération des artisans et comédiens. Au , les entrées sont toutefois relativement simples. Les clercs ne participent pas encore aux cortèges, ils sont constitués des membres du conseil de la ville et des bourgeois.
Il n'est pas réellement possible de déterminer qui sont les véritables commanditaires des entrées, de savoir qui décide de l'ampleur, des thèmes et des décors à réaliser. Dans certains cas, la fête est soumise à l'approbation du roi, et dans d'autres, il semble que les consuls décident seuls des modalités engagées. Lors des assemblées prévues pour établir la programmation, il y a toujours un officier royal ou deux, qui sont tout à la fois consul de la ville et officier à la cour. Ainsi, en 1476, Pierre Fornier est officier de la monnaie, ou pour les délibérations des entrées de 1490, 1494 et 1498, le procureur Claude Le Charron est présent. Dans certains cas, des agents du roi viennent au devant des consuls pour les exhorter à organiser une fête grandiose, et pour superviser les préparatifs. Ainsi en 1509, le sénéchal convoque les consuls pour leur demander de préparer une fête pour le retour du souverain.
Contrairement aux funérailles et sacrements religieux, les entrées sont des fêtes populaires qui permettent aux sujets de s’exprimer. Les bourgeois ont la possibilité de visiter le souverain afin de lui soumettre des requêtes. D’après Bernard Guenée et François Lehoux, le succès de ces cérémonies est dû au « sentiment national et au sentiment monarchique ». L’entrée est comme « l’occasion d’un dialogue » entre le roi et ses sujets. Ainsi, avec le sacre, le lit de justice et les funérailles, l’entrée royale est l’une des quatre cérémonies qui définissent la fonction du roi.
Historique des grandes entrées lyonnaises au Moyen Âge
Entrée solennelle de Charles VI En 1389, le roi français Charles VI alors âgé de effectue un déplacement royal avec sa cour dans les villes du Languedoc. Le , il arrive à Lyon où il demeure durant quatre jours et quatre nuits. Son entrée et sa sortie sont rythmées par des cadeaux de la part de la ville. En effet, lorsqu'il arrive au niveau de la porte de Vaise, celui-ci reçoit entre autres des animaux (des bœufs, des moutons) mais aussi de l'alcool (des tonneaux de vin) de la part de la ville et des différents nobles, bourgeois, guildes et personnages haut placés.
La réception des cadeaux n'est pas l'unique évènement lors de son entrée royale, en effet, la procession qui se poursuit vers la porte de Bourgneuf jusqu'au palais de l'Archevêché réunit bien d'autres activités. Lors de sa marche, il y a par exemple la cérémonie du dais. Cette tradition du dais est une procession sous une tenture tendue et tenue aux extrémités par quatre pieds. Le dais est alors porté par quatre hommes, tandis que le célébrant se tient dessous et marche en direction de son lieu d'arrivée.
Selon le moine Michel Pintouin, de l'abbaye de Saint-Denis, le dais, "était de drap d’or, et les battants ou campanes de satin bleu à fleurs de lis d’or, relevées en broderie, avec franges vertes de soie mêlées d’or". Le dais est amené par un cortège de vingt-cinq "des plus notables Dames de la Ville vêtues de bleu", ces dernières après lui avoir fait une révérence lui présentent le dais avant que "quatre notables Bourgeois vêtus de satin, prirent ce dais des mains des Dames et portèrent sur le roi jusqu’à la porte du Cloître". Le long du chemin, des enfants vêtus de robes royales chantent également la venue du roi dans des chansons diverses. Et une soixantaine d'hommes de la ville vêtus de rouge et tenant des torches accompagnèrent le roi jusqu'à son hôtel, car la procession est longue et que la nuit commence à tomber.
Durant quatre jours et quatre nuit les rues furent en effervescence. Il y avait dans la ville, le temps du séjour de Charles VI, une fontaine à vin, un banquet, des pièces de théâtre comiques, mais aussi du théâtre panégyrique, des danseurs déguisés en fauves et en satyres, des sons de trompettes et de hautbois.
Au moment de son départ le roi reçut une nouvelles fois une multitude de cadeaux comme six pots en argent, et six douzaines de coupes d'argent émaillées aux armes du roi.
sans_cadre|314x314pxsans_cadre|314x314px
Le coût de l'entrée royale de Lyon a été de , ce qui reste dans la moyenne des déboursés généralement durant cette période pour une entrée royale. En effet, hormis les activités mises en place par la ville, celle-ci a également pavé la route de sable, réalisé des constructions en bois pour accueillir les pièces de théâtre et décoré les rues avec des tentures colorées suspendues entre les habitations. Les dépenses faites par les personnes influentes de la ville pour l'Entrée Royale profitèrent majoritairement aux artisans de Lyon qui réalisèrent toutes ces commandes. Cependant les efforts économiques ne furent pas vains puisque le roi les remarqua. Pour récompenser la ville et distinguer ces habitants qui l'avaient joyeusement accueilli, le roi transféra la fabrique de monnaie de la ville de Mâcon à Lyon.
Entrée solennelle de Charles VII L’entrée de Charles VII semble peu documentée. André Perrier, en qualité de receveur, a conservé des traces de cet événement dans le Registre de comptes du Chapitre primatial de Lyon. Il écrit que Charles VII fait sa première entrée à Lyon le . Il décrit notamment l’itinéraire du roi : le , le roi serait entré à Lyon par la porte du Rhône, « vers l’heure de Vêpres ». Il aurait été reçu devant les portes de l’église, où il aurait été revêtu « d’un froc et d’une barrette, d’une chape et d’une aumusse », avant d’entrer dans le bâtiment.
André Perrier précise tous les dons du Chapitre effectués en faveur du roi, ainsi que leur valeur financière : au total, c’est une valeur de quatre-vingt-un francs et cinq gros trois quarts qui aurait été donnée, en torches, en épices et en avoine.
Par ailleurs, le roi n’est pas le seul bénéficiaire de dons de la part du Chapitre : André Perrier nous précise que c’est également le chancelier du roi qui reçut un don, précisément de la volaille, d’une valeur de sept florins ; ainsi que l’archevêque de Vienne, qui reçut également de la volaille, pour une valeur de trois florins et deux gros.
André Perrier en profite pour partager une anecdote amusante dans son registre de comptes : Hugues de Noyers, chevalier et maître d’hôtel du roi, présenta au roi plusieurs offrandes au nom du Chapitre primatial de Lyon : « six douzaines de torches, cinquante livres d’épices et trois cents ras d’avoine ». Ce don fut présenté en fraction seulement, directement devant le roi. Parce que « les gens du roi » auraient consommé une partie du don directement après avoir été présenté, Hugues de Noyers aurait partagé un commentaire cynique au commentateur : « bel hôte, voyez ce que fût devenu votre don si vous aviez tout apporté ».
Entrée solennelle de Louis XI