La Trilogie marseillaise est l'appellation générique donnée aux trois pièces de théâtre tragiques de Marcel Pagnol, Marius, Fanny et César, ainsi qu'aux adaptations cinématographiques qu'il a supervisées et dont il a réalisé le troisième volet.
Alors que Marius (1929) et Fanny (1931) sont conçus pour le théâtre, César (1936), le dernier volet de la trilogie, est directement écrit pour le cinéma, avant d'être adapté dix ans plus tard pour le théâtre.
Les trois pièces, condensées en une seule, sont montées à plusieurs reprises, notamment par Jean-Pierre Darras au début des années 1980 et, à la fin des années 2000, par Francis Huster au théâtre Antoine.
Genèse Dans un message destiné en 1960 au public bruxellois pour le cinquantenaire de la pièce Le Mariage de mademoiselle Beulemans, Marcel Pagnol raconte lui-même la genèse de cette œuvre :
La grande popularité du style provençal au théâtre comme au cinéma depuis 1914 a certainement participé au premier plan au choix de Marcel Pagnol d'écrire une pièce marseillaiseLa raison d'un Marcel Pagnol provençal en exil à Paris, nostalgique de Marseille et que son entourage aurait dissuadé d'écrire une pièce marseillaise, souvent avancée pour expliquer l'écriture de Marius, est quelque peu fabulée et ce même si Pagnol lui-même a pu à l'occasion la mettre en avant. En effet, il existe un grand nombre d'artistes provençaux très en vogue en France depuis l'après-guerre comme Mayol, Tramel, Raimu et bien d'autres et qui depuis plus de remplissent les théâtres de France. Le style a très bonne presse et le producteur Oscar Dufrenne s'est fait spécialité de les produire depuis 1914 dans la quinzaine de théâtres qu'il possède dont la moitié est à Paris..
vignette|redresse=1.2|gauche|Raimu et Marcel Pagnol en 1946, répétant pour la pièce César.
Marius Marius au théâtre vignette|L'acteur roumain dans le rôle de César : la pièce Marius est représentée dès 1929-1930 à Bucarest, avec des comédiens de la compagnie locale Bulandra http://metrolinks.ro/velimir-maximilian. vignette|Adaptation tchécoslovaque de Marius en 1931. Marcel Pagnol achève Marius en 1928 alors que sa seconde pièce en « solo », Topaze, créée avec succès un an plus tôt à Berlin, vient d'être acceptée au théâtre des Variétés. Il porte tout d'abord son manuscrit à Franck, le directeur de l'Alcazar de Marseille, qui le refuse au motif que ce serait « un crime » de ne pas la créer à ParisPréface de Marius écrite pour les Œuvres complètes, enregistrée par Marcel Pagnol en 1960 et dont des extraits sont disponibles dans le coffret 4 DVD édité par la CMF (Compagnie Méditerranéenne de Films).. Il le recommande pour ce faire à Raimu, un « comique troupier » d'origine toulonnaise qui connait un certain succès dans les revues de Léon Volterra, directeur entre autres du Casino de Paris et du théâtre de Paris.
Raimu, qui joue alors une revue au théâtre Marigny, est tout de suite séduit par le projet, bien qu'il n'ait encore jamais interprété de véritable rôle au théâtre (à l'exception d'un rôle mineur dans L'École des cocottes de Gerbidon et Armont), et convainc Volterra – par l'intermédiaire de la femme de ce dernier, Simone Volterra, véritable décisionnaire – de monter la pièce. Le directeur propose à Pagnol les vedettes de l'époque Victor Francen et Gaby Morlay, mais Pagnol objecte que la pièce comportant du provençal marseillais, elle nécessite des comédiens méridionaux. Il obtient donc, outre Raimu, l'engagement d'Orane Demazis (qui avait créé la première pièce de Pagnol Jazz en 1926 et pour laquelle il a écrit le rôle de Fanny), Maupi du Concert Mayol et de comédiens de l'Alcazar dont Alida Rouffe, Paul Dullac et Édouard Delmont. Il débauche également Fernand Charpin de la troupe de l'Odéon mais celui-ci accepte sous réserve de tenir le rôle principal de Panisse que Pagnol destine à Raimu.
Alors que Pagnol hésite sur la façon de présenter la chose à Raimu, celui-ci lui indique qu'il a décidé de jouer César - rôle pourtant secondaire dans la version d'origine - car sa notoriété justifie que « la pièce se passe chez [lui]. Ce n'est pas monsieur Raimu qui doit se déranger pour aller rendre visite à monsieur Charpin. C'est monsieur Charpin qui doit venir s'expliquer chez monsieur Raimu ». À charge pour Pagnol d'ajouter quelques scènes pour développer le personnage.
Quant à Marius, Pierre Blanchar, initialement prévu, doit décliner l'offre car trop accaparé par le cinéma et le théâtre. Après de nombreux refus de la part de Volterra, Pagnol arrête finalement son choix sur Pierre Fresnay au grand dam de Raimu qui estime « une folie » d'engager « un Alsacien protestant de la Comédie-Française » pour un rôle à accent aussi long. Or, c'est avec un accent marseillais quasi parfait que Fresnay se présente à la première répétition, ayant passé les quinze jours précédents à jouer les garçons dans un petit bar du Vieux-Port.
La pièce est créée au théâtre de Paris le et rencontre immédiatement un vif succès, jouant à guichets fermés de nombreux mois. L'une des scènes les plus appréciées est la « partie de cartes », que Pagnol avait coupée en répétitions jugeant qu'elle détonnait trop avec le ton général de la pièce et que Raimu avait néanmoins réussi à imposer. Marius ne s'interrompt que deux ans plus tard (en raison d'engagements antérieurs pris par Volterra), totalisant 800 représentationsDans Cinématurgie de Paris, Pagnol parle de 960 représentations plus une centaine en tournée., alors que Pagnol réfléchit déjà à une suitePréface de Fanny écrite pour les Œuvres complètes, enregistrée par Marcel Pagnol en 1960 et dont des extraits sont disponibles dans le coffret 4 DVD..
Marius au cinéma
vignette|redresse=1.2|Raimu et Marcel Pagnol en 1931, aux studios de Paramount France. L'arrivée du cinéma parlant incite Pagnol à se tourner vers ce nouveau média dont il est un des premiers à sentir les possibilités pour un dramaturge. Il se rend ainsi spécialement au printemps 1930 au Palladium de Londres pour assister à la projection du premier film musical, The Broadway MelodyMarcel Pagnol, Cinématurgie de Paris (1939-1966), dont des extraits enregistrés par Pagnol en 1966 sont disponibles dans le coffret 4 DVD.. Mais malgré son enthousiasme, les studios français - sceptiques quant à cette nouvelle technique - lui restent fermés. Son plaidoyer publié dans Le Journal le sous le titre « Le film parlant offre à l'écrivain des ressources nouvelles », lui vaut même la réprobation de la Société des Auteurs.
En 1931, il fait la connaissance de Robert T. KanePagnol raconte dans Cinématurgie de Paris que Kane le prit tout d'abord pour un marchand d'ampoules électriques fournissant le Paramount Opéra., producteur à la Paramount Pictures, qui vient de créer une filiale à Paris et a ouvert des studios afin de mieux pénétrer le marché français. Cette rencontre permet à Pagnol de se familiariser avec tous les rouages d'une production cinématographique et d'acquérir une expérience qui lui permettra quelques années plus tard de créer sa propre compagnie (comprenant studios et laboratoire à Marseille et agences de casting à Paris, Lyon et Alger). L'intérêt pour le cinéma parlant du public retombant - une fois la surprise passée - en raison de la pauvreté des scénarios, Kane propose à Pagnol de lui acheter les droits de Marius pour en faire une adaptation cinématographique. Saisissant l'occasion, Pagnol refuse la somme considérable de cinq cent mille francs contre le contrôle total - ce qui constitue une révolution pour l'époque - sur l'adaptation et la distribution, plus un pourcentage sur les recettes au titre des droits d'auteur. Ainsi, alors que la production envisage les vedettes de l'écran Jean Murat, Henry Garat et Meg Lemonnier, il parvient à faire engager sa distribution d'origine dont la quasi-totalité n'a pourtant jamais fait de cinémaRaimu venait d'achever le tournage de ses deux premiers films parlants, Le Blanc et le Noir et Mam'zelle Nitouche, sous la direction de Marc Allégret.. Il abandonne en revanche tout droit de regard sur les versions allemandes et suédoises tournées simultanément.
Parallèlement, Pagnol convainc Kane de mettre en place un comité littéraire constitué d'auteurs reconnus et chargé de choisir des ouvrages dignes d'intéresser le public français. Il réunit ainsi Édouard Bourdet, Tristan Bernard, Alfred Savoir, Sacha Guitry, Pierre Benoit, Yves Mirande, Saint-Granier, Albert Willemetz et Léopold Marchand, Jean Giraudoux ayant décliné l'offre. Mais l'expérience tourne court lorsque les membres dudit comité se rendent compte qu'ils ne sont que des arguments publicitaires et que leurs recommandations ne sont absolument pas suiviesCe qui n'empêchera pas certains de ces auteurs de devenir quelques années plus tard des scénaristes à succès (Mirande, Willemetz), voire des réalisateurs (Guitry).
Le tournage, dont la réalisation est assurée par le metteur en scène britannique Alexander Korda en parfaite collaboration avec Pagnol, a lieu en cinq semaines pendant l'été 1931 à Marseille pour les extérieurs puis aux studios de Joinville. Des versions allemandes et suédoises sont tournées simultanément. Alors que ces adaptations standardisées selon les critères des studios sont des « fours », la version française - malgré sa longueur exceptionnelle de 2 heures - est un véritable triomphe, engrangeant un million de francs par semaine ( actuels)Selon l'INSEE. lors de ses deux premiers mois d'exploitation.
Fanny Fanny au théâtre Marius sort le au cinémaEncyclo-ciné. alors que le deuxième volet de ce qui n'est pas encore une trilogie, Fanny, dont la rédaction a été achevée l'été même, est déjà en répétition pour ouvrir le , toujours avec la même distribution moins Raimu, renvoyé par Volterra à la suite d'une violente altercation, Alida Rouffe, victime d'un accident ferroviaire et Pierre Fresnay retenu par d'autres engagements. Ils sont remplacés respectivement par Harry Baur (qui avait créé Jazz avec Demazis), Marguerite Chabert et Antonin Berval, « jeune premier » à l'Alcazar, le contrat liant Pagnol à Volterra ne lui permettant pas de retirer sa pièce en cas de changement de distribution. La pièce est à nouveau un succès immédiat mais l'absence des créateurs de Marius et l'annonce d'une version cinématographique ne lui permet pas de dépasser la .
Fanny au cinéma
Devant le succès remporté par le premier film, Pagnol a en effet préféré abréger la carrière de sa pièce pour toucher un plus vaste public. En froid avec la Paramount à laquelle il reproche le « massacre » de TopazeIl retournera lui-même deux versions cinéma en 1936 et 1951., malgré la présence de Louis Jouvet dans le rôle-titre et de Leopold Marchand aux dialogues, il décide de fonder sa propre société de production, Les Films Marcel Pagnol, en association avec Roger Richebé, un producteur marseillais ayant déjà à son actif L'amour chante de Robert Florey, La Chienne de Jean Renoir, La Petite Chocolatière et Mam'zelle Nitouche de Marc Allégret avec Raimu. C'est Richebé qui conseille à Pagnol de confier la réalisation de Fanny à Allégret, Korda étant entre-temps retourné aux États-Unis. Raimu, Alida Rouffe et Fresnay retrouvent leurs rôles de Marius. Seul Dullac, souffrant, doit céder son rôle à Auguste Mourriès. Tourné à l'été 1932, Fanny sort le Encyclo-ciné. Une version italienne sera réalisée dans la foulée par Mario Almirante en 1933 ; une adaptation en comédie musicale aura lieu en 1954 à Broadway suivie d'une version filmée en 1961.. Le film est à nouveau une grande réussite commerciale, même si la critique est un peu plus réservée, lui reprochant son caractère de « théâtre filmé ». Mais les attaques les plus virulentes visent directement Pagnol, qui a créé pour développer ses théories cinématographiques une revue, Les Cahiers du film :