Marie-Françoise-Catherine de Beauvau, marquise de Boufflers, née en 1711 à Lunéville et morte en 1786 à Scey-sur-Saône, est une dame de la noblesse lorraine qui a joué un rôle important à la cour de Lunéville sous le règne de Stanislas Leszczynski.
Biographie
Jeunesse et formation
Marie-Françoise-Catherine est la fille de Marc de Beauvau-Craon (1676–1754), de Beauvau, grand connétable de Lorraine et d'Anne-Marguerite de Ligniville (1686–1772), comtesse du Saint-Empire, dame d'honneur de la duchesse de Lorraine (et maîtresse du duc Léopold ).
Marc de Beauvau-Craon rejoint le duc François III lorsque celui-ci est contraint d'abandonner la Lorraine et le Barrois au profit de Stanislas Leszczynski, ex-roi de Pologne et beau-père de Louis XV. Devenu grand-duc de Toscane, le duc François III nomme le prince régent du Grand-duché de Toscane Notice historique et généalogique de la Maison de Beauvau-Craon dans: A.J Duvergier - Mémorial historique de la noblesse - Tome premier - Paris, 1839 - pages 3 et suiv. Sur Marc de Beauvau-Craon et sa descendance directe, pages 14 et 15 .
Marie-Françoise de Beauvau-Craon est éduquée au couvent de Remiremont (réservé aux jeunes filles de la plus haute noblesse) jusqu'à l'âge de 23 ans ; elle y reçoit une éducation artistique soignée : elle sait tourner des vers légers, dessine admirablement au pastel et joue de la harpe Ce quatrain donne le ton de son langage du cœur : « De tous les biens celui que l'on préfère N'est pas l'amour, mais le don de charmer. Il est un temps où l'on plaît sans aimer, Il en est un où l'on aime sans plaire. » Selon le biographe de la cour de Lunéville, Gaston Maugras, « de Boufflers avait un esprit, fin, délicat, cultivé; elle rimait fort agréablement [...] elle était excellente musicienne, jouait de la harpe à ravir, chantait de façon charmante ; enfin, elle dessinait et peignait avec goût, et elle a laissé quelques pastels qui sont de petits bijoux. » Gaston Maugras, La Cour de Lunéville au , Paris, Plon-Nourrit, 1906, p. 179 et 182..
Mariage et descendance En 1735, elle quitte le couvent pour épouser Louis-François de Boufflers (1714–1751), marquis de Remiencourt, capitaine au régiment de dragons de Harcourt Louis-François, marquis de Boufflers. Mestre-de-camp-lieutenant du régiment des dragons d'Orléans en 1737, brigadier en 1745, maréchal de camp en 1749 ; attaché au roi de Pologne dont il fut le chambellan. On peut lire sa biographie militaire, ainsi que celles de ses deux fils dans : M. le chevalier de Courcelles - Dictionnaire des généraux français - Paris, 1821 - page 497 et suiv. . Voir également: Edmond Lecomte - Le maréchal duc de Boufflers et sa famille - Imprimerie typographique T. Jeunet - Amiens, 1892 - page 108 .
Elle aura trois enfantsVoir: Louis Charles Comte de Waroquier - Tableau de la Noblesse - Chez Nyon - Paris, 1789 - page 211 . Charles Marc Jean François Régis (1736-1774), marquis de Boufflers, grand bailli de Beauvais, maréchal de camp en 1762 ; Catherine Stanislas, filleul du roi de Pologne, d'abord séminariste puis maréchal de camp en 1784, gouverneur du Sénégal, poète et académicien ; Louise Julie Marie (1744-1794), surnommée « la divine mignonne », mariée en 1760 à Louis Bruno de Boisgelin de Cucé (1734-1794), maréchal de camp en 1780, maître de la garde-robe du roi Louis XVI (Biographie militaire dans : M. le chevalier de Courcelles - Dictionnaire des généraux français - Paris, 1821 - page 380). Sous la Terreur, Louise Julie et son mari furent traduits devant le tribunal révolutionnaire ; ils furent condamnés à mort et exécutés à Paris, le 19 messidor an II (7 juillet 1794) , parmi lesquels Stanislas de Boufflers (1738–1815), maréchal de camp, poète, élu à l'Académie française en 1788 Voir : Biographie sur le site de l'Académie française .
À la cour de Lunéville Dame de compagnie de l'épouse de Stanislas Leszczynski, la reineBien que déchu du trône de Pologne, Stanislas Leszczynski conserve officiellement le titre de Roi. Catherine Opalińska (1682–1747)« Elle-même petite fille de paysans polonais, élevée dans un palais de rondins et mariée au roi Stanislas à quinze ans, [...] tout lui déplaît à Lunéville », écrit avec un brin de malice Leprince de Beaumont dans une lettre de 1741. Voir : Marie Antoinette Reynaud - Madame Leprince de Beaumont (1711 -1780) - Publibook - Paris, 2002 - page 120 , « une des plus assidues dans le salon de de Graffigny à Lunéville Gaston Maugras - La Cour de Lunéville au - Plon-Nourrit - Paris, 1906 - pages 87 et 152 », elle devient en 1745, à trente-quatre ans (« personne n'oserait lui en donner plus de vingt »), la maîtresse en titre de Stanislas, alors âgé de soixante-sept ans.
« Reine » de la cour Selon des témoignages contemporains, « à cette cour de Lunéville qui brillait d'un si vif éclat qu'elle semblait un reflet de la cour de Versailles, [...] la première place revient à de Boufflers qui, après la mort de Catherine Opalińska, reine de Pologne, ne quitta plus que rarement la cour de Lorraine, dont elle faisait les honneurs au nom du roi, et cela, au grand déplaisir du Père de Menoux, confesseur de StanislasJoseph de Menoux, père jésuite (1695-1766). Supérieur des prêtres de la Mission de Nancy. Confesseur du roi Stanislas, il fut un adversaire redoutable de la favorite du roi. Il collabora étroitement avec le roi, notamment lors de l'écriture de l'essai L'incrédulité combattue par le simple bon sens. Essai philosophique par un roi, publié en 1760. Voir : Anne Muratori-Philip (Textes réunis et commentés par) - Stanislas Leszczynski : Aventurier, philosophe et mécène des Lumières - Robert Laffont, Coll. Bouquins - Paris, 2005 - page 533 et suiv. Ses polémiques avec Voltaire sont grinçantes. On peut lire une étude sur le Père de Menoux et les Missions Royales de Nancy, fondées en 1739, dans : Christian Pfister - Le P. de Menoux et les Missions Royales de Nancy - Le Pays Lorrain - Berger Levrault - Nancy, 1906 - pages 167 et suiv (I); pages 226 et suiv (II) . Esquisse biographique du Père de Menoux, dans : Anne Muratori-Philip (Textes réunis et commentés par) - Stanislas Leszczynski : Aventurier, philosophe et mécène des Lumières - Robert Laffont, Coll. Bouquins - Paris, 2005 - page 981 […] La marquise était fort jolie femme, plus galante encore et, s'il est possible, encore plus incrédule. Elle ne concevait pas comment on pouvait aimer Dieu » Souvenirs du comte de Tressan, réunis par son arrière-petit-neveu, le marquis de Tressan - Henri Lebon, Imprimeur-Éditeur - Versailles, 1897 - pages 74 et 75 .
La marquise fut l'âme, volontiers la muse, de la société brillante et raffinée que le roi de Pologne réunit autour de lui et qu'elle sut par sa grâce infinie De l'accorte favorite, retenons encore ce spirituel couplet dont les vers à la tournure pleine d’insouciance révèlent les grâces de son esprit. Madame Vigée Lebrun les retranscrira d’ailleurs à dessein dans ses souvenirs : « La marquise de Boufflers est l'auteur d'une charmante chanson, espèce de code social, que je copie ici, parce qu'elle est peu connue :
Il faut dire en deux mots Ce qu’on veut dire ; Les longs propos Sont sots.
Il faut savoir lire Avant que d'écrire, Et puis dire en deux mots Ce qu'on veut dire. Les longs propos Sont sots.
Il ne faut pas toujours conter, Citer, Dater, Mais écouter. Il faut éviter l'emploi, Du moi, du moi, Voici pourquoi :
Il est tyrannique, Trop académique ; L'ennui, l'ennui Marche avec lui. Je me conduis toujours ainsi Ici ; Aussi J'ai réussi. » Louise-Élisabeth Vigée Le Brun - Souvenirs de madame Vigée Le Brun. Tome 2 - Charpentier - Paris, 1869 - page 283 . Voir également : Gaston Maugras - La Cour de Lunéville au - Plon-Nourrit - Paris, 1906 - pages 180 et 181 tant charmer que cultiver. Nombre d'architectes, de peintres, de sculpteurs, de musiciens, de comédiens mais également de savants, d'écrivains, de poètes et de philosophes se pressèrent en Lorraine. « On y croise MontesquieuLe philosophe fut fêté et choyé à Lunéville pendant le long séjour qu'il y fit en 1747 : « J'ai été comblé de bontés et d'honneurs à la cour de Lorraine écrit-il à l'abbé de Guasco, et j'ai passé des moments délicieux avec le roi Stanislas ». Voir : Gaston Maugras - La Cour de Lunéville au - Plon-Nourrit - Paris, 1906 - pages 169 et 170. Bien que Montesquieu n'aimât guère écrire de vers, il sembla bien s'être laissé tenter par un badinage poétique en hommage à la marquise puisque ce madrigal qui lui est dédié lui fut attribué :
« À Madame de Boufflers. Boufflers, vous avez la ceinture Que la déesse de Paphos Reçut des mains de la nature Au débrouillement du chaos. Si quelquefois votre parure A des irrégularités, Une grâce qui les corrige Fait voir à nos yeux enchantés, Que la beauté qui se néglige Est la première des beautés. » Voir: Montesquieu (Texte établi par Edouard Laboulaye) - Œuvres complètes de Montesquieu. Tome 7 - Garnier frères - Paris, 1879 - page 203 , Helvétius, Paradis de Moncrif, le président Hénault, le géomètre Maupertuis, l'abbé Morellet, le comte de Tressan mais aussi Voltaire et Émilie du Châtelet » Anne Muratori-Philip (Textes réunis et commentés par) - Stanislas Leszczynski : Aventurier, philosophe et mécène des Lumières - Robert Laffont, Coll. Bouquins - Paris, 2005 - Introduction, page XXIV . Hôtes de quelques jours ou de plusieurs années, ces visiteurs illustres firent dans toute l'Europe la renommée d’un cercle royal que la favorite magnifia par son élégance : « de Boufflers et son frère le prince de Beauvau possédaient au suprême degré ce goût et ce ton français qui faisaient l'attrait de la cour de Louis XV, et ils eurent sur la société de Lunéville la plus heureuse influence. Peu à peu, la cour devint aussi polie et plus lettrée que celle de Versailles ».
« Fidèle au sentiment avec des goûts volages » , comme l'écrit plaisamment Voltaire Anne Muratori-Philip (Textes réunis et commentés par) - Stanislas Leszczynski : Aventurier, philosophe et mécène des Lumières - Robert Laffont, Coll. Bouquins - Paris, 2005 - page 167 , surnommée la « Dame de Volupté » Ne manquant pas d'esprit, elle avait repris à son compte l'épitaphe de la comtesse de Verua, née Luynes: « Ci-gît, dans une paix profonde, Cette dame de Volupté Qui, pour plus grande sûreté, Fit son paradis dans ce monde. » Voir : Gustave Desnoiresterres - Voltaire et la société au - Didier et Cie, Libraires-Éditeurs - Paris, 1871 - pages 171 et 172. Également : Gaston Maugras - La Cour de Lunéville au - Plon-Nourrit - Paris, 1906 - page 229 , on lui doit cette spirituelle chanson sur Les Sept Jours de la semaine qu'elle aurait pu s'appliquer à elle-même tant elle y dépeint bien son humeur changeante et printanière : thumb|200px|right|La marquise de Boufflers v. 1750. « Dimanche, j'étais aimable ; Lundi, je fus autrement Mardi, je pris l'air capable ; Mercredi, je fis l'enfant ; Jeudi, je fus raisonnable ; Vendredi, je pris un amant ; Samedi, je fus coupable ; Dimanche, il fut inconstant » Dans une lettre à du Deffand qui lui avait envoyé Les Sept Jours de la semaine (17 avril 1773), la duchesse de Choiseul (1737-1801) écrit : « J'aime à la folie la chanson de madame de Boufflers des sept jours de la semaine. Le prince [de Bauffremont] m'en a montré une sur la grammaire dont le sujet est plaisamment rempli ». Voir : Correspondance complète de du Deffand, tome deuxième - Michel Lévy Frères, Libraires Éditeurs - Paris, 1866 - pages 384 et 389 .