L'affaire des viols collectifs de Rotherham désigne un ensemble de crimes sexuels commis de la fin des années 1980 au début des années 2010, à Rotherham, une ville du Yorkshire du Sud, dans le Nord de l'Angleterre. Elle est considérée comme le plus grand scandale de la protection de l’enfance dans l’histoire du Royaume-Uni. Dès le début des années 1990, des soupçons d’exploitation sexuelle d'enfants sont émis par des gestionnaires de foyers d'enfants de Rotherham.
Depuis au moins , de multiples rapports indiquant les noms d’auteurs présumés d’abus sexuels sur mineurs sont transmis à la police et au conseil du district métropolitain de Rotherham. Une première condamnation tombe en : cinq hommes britanniques d'origine pakistanaise sont reconnus coupables d'agressions sexuelles sur des filles de .
À partir de , les crimes sexuels commis à Rotherham et l’incurie des autorités locales commencent à faire l’objet d’articles du quotidien The Times. L’ouverture, en , du procès d’un réseau pédophile à Rochdale amplifie leur couverture médiatique. La Chambre des communes est alertée, et le conseil du district de Rotherham commande une enquête indépendante. Le rapport qui en résulte, publié en , conclut qu'entre 1997 et 2013, à Rotherham, au moins ont été victimes de viols ou de violence physique commis par des Britanniques majoritairement d'origine pakistanaise. L'affaire mettra du temps à être médiatisée en raison d'une combinaison de facteurs liés à l'ethnicité, la classe sociale, la religion et le genre : la crainte que l'origine ethnique des agresseurs ne suscite des accusations de racisme ; des attitudes méprisantes et sexistes envers les victimes majoritairement issues de la classe ouvrière ; un manque de surveillance des enfants ; un désir de protéger la réputation de la ville ; et un manque de formation et de ressources.
En 2014, le président du conseil de district de Rotherham, son directeur des services à l'enfance et le commissaire de police du Yorkshire du Sud démissionnent. En , un rapport du gouvernement britannique dénonce le sexisme du conseil de district de Rotherham, sa culture de l’intimidation, et son déni obstiné des faits. Ses recommandations entraînent la dissolution du conseil. À Rotherham, de nouvelles enquêtes policières conduisent à de nouvelles arrestations et condamnations pour crimes à caractère sexuel.
Les premières condamnations n’ont eu lieu qu’en 2010. En 2025, le total des condamnés était de 61.
Ce phénomène touche l'ensemble du Royaume-Uni : un rapport indique que sur mineurs ont été commis entre et .. Les villes de Telford, Newcastle, Oxford, Rochdale, Derby ou Bristol sont parmi les plus touchées.
Contexte
Depuis le début des jusqu'au début des , dans des villes d'Angleterre, plus de ont été abusés sexuellement, parfois torturés, parfois prostitués, par des bandes criminelles organisées ou des groupes informels d'hommes... En 2011, une première série d'agressions sexuelles est rendue publique par la presse.. Des enquêtes, conduites par des associations caritatives, puis le gouvernement britannique, ont permis d'éclaircir les faits, soulignant notamment l'incurie des services sociaux et de la police locale, et de prendre des mesures appropriées pour assurer la protection des enfants.. Dans certains cas, l'exploitation de mineurs durait depuis plus de .. L'appartenance ethnique et les origines culturelles des victimes, et, surtout, celles des criminels, ont focalisé l'attention des médias et de l'opinion publique dans tout le pays... Affaire Crimes De 1997 à 2013, au moins , majoritairement blanches, de ont été violées et prostituées par des immigrés pakistanais. Selon la professeure Alexis Jay (auteur d'un rapport sur le sujet publié le ), le chiffre est certainement inférieur à la réalité. Selon un rapport de police de 2011, révélé par le Times en 2012, dans le seul comté du South Yorkshire, il y aurait eu, chaque année, plusieurs milliers d'affaires de pédophilie (pas avec les mêmes caractéristiques, mais on peut, par exemple, citer, dans le même ordre de grandeur, la longue liste d'abus commis par un ancien présentateur vedette britannique).. Un nouveau rapport du National Crime Agency a identifié 110 suspects, dont 80% sont d'origine pakistanaise.
Parmi les atrocités commises, ajoute-t-elle, . ; certains de ces enfants ont également ; des filles de onze ans ont été violées à de nombreuses reprises.
Dans les deux tiers des cas, les filles n'étaient pas sous la responsabilité des services sociaux.
Inaction des autorités D'après des témoignages recueillis par Marie Claire, la police, les services sociaux, le conseil municipal savaient et ont laissé faire. Personne à la mairie n’a osé dénoncer les gens qui ont commis ces actes, de peur d’être accusé de racisme. Prendre le risque de porter une telle accusation revenait à voir sa carrière ruinée. Andrew Norfolk, journaliste du Times qui « rappelle que la majorité des crimes sexuels sur enfants qui secouent régulièrement le Royaume-Uni sont perpétrés par des hommes blancs » et dévoile l'affaire en 2011, est accusé « de cibler injustement la minorité anglo-pakistanaise ». Le procureur Nazir Afazl, magistrat de la couronne, répondant aux questions sur les origines ethniques des agresseurs, explique avoir « traité de cas similaires dans tout le pays, et l'origine ethnique des agresseurs varie selon les lieux... Leur origine ethnique est un fait. (...) Elle ne définit pas les agresseurs. C'est leur attitude envers les femmes qui les définit. C'est une question de domination masculine ». Selon lui « les victimes n'étaient pas ciblées parce qu'elles étaient blanches, mais parce qu'elles étaient vulnérables » .
Depuis 1997, l'association d'aide aux victimes de viol recevait des témoignages de ces filles. En 2002, une chercheuse a rassemblé les preuves, les témoignages et a demandé une enquête ; les policiers lui ont dit que son adresse serait communiquée aux criminels impliqués ; pour cette raison, elle a souhaité rester anonyme jusqu'à maintenant et aucune enquête n'a été lancée. En 2010, l'officier de police Chang décide de lancer une enquête sur une cinquantaine de viols sur mineures ; son enquête aboutit à l'emprisonnement de . Tout était pourtant réuni pour lancer une enquête : témoignages, preuves, . Entre 2002 et 2006, alertant sur les réseaux de Rotherham ont été ignorés. En 2011, trois immigrés pakistanais d'une même famille avaient été impliqués dans le viol de , et aucun n'avait été condamné ; l'un d'eux avait été pris en flagrant délit avec une fille de dans sa voiture et des photos sexuelles dans son téléphone portable, il a également été relâché.
L’incapacité des autorités à se saisir du problème est une combinaison de multiples facteurs sociaux : d’une part, le mépris de la police face aux victimes mineures et venant d’un milieu plutôt défavorisé considérées comme indésirables, d’un autre côté, la peur des dommages que causerait la mise en cause d’hommes dont la grande majorité est d’origine pakistanaise. Ce dernier fait soulève des problèmes tant pour les relations entre communautés au sein même de la ville. que des problèmes politiques : le Conseil de Rotherham est représenté par le Parti travailliste, qui compte beaucoup sur les minorités ethniques pour sa réélection. Enfin, le manque de connaissance, de formation et de ressources pour les policiers, le manque d’attention envers les enfants et la volonté de préserver la réputation de la ville tendent à expliquer cet échec dramatique.
Premières alertes Les premiers rapports concernant le rabattage localisé à Rotherham datent du début des années , lorsque plusieurs gestionnaires de foyers d'enfants se réunissent pour partager leurs connaissances concernant les taxis et autres voitures prenant en charge des enfants sous leur responsabilité. Les chauffeurs de taxis étaient des Britanniques d'origine sud-asiatique. La police a apparemment refusé d'intervenir.
Projet Risky Business vignette|redresse|Jayne Senior, membre de Risky Business, décorée de l'ordre de l'Empire britannique en 2016 pour son travail. En 1997, le Conseil de Rotherham crée un projet à destination de la jeunesse de la ville, Risky Business, pour travailler avec des filles et des femmes âgées de onze à vingt-cinq ans, la tranche de population considérée comme la plus exposée aux abus sexuels de rue.. Le projet a principalement suivi des jeunes filles blanches : sur au projet qui a lieu de à , 244 étaient blanches, vingt-deux étaient d'origine asiatique et deux étaient noires.. C'est en que Jayne Senior commence à travailler pour le projet en tant que coordonnatrice. En 2016, elle devient membre de l'ordre de l'Empire britannique pour son rôle de lanceuse d'alerte concernant les abus sexuels à Rotherham..
Senior découvre les premières preuves de ce qui semble être un réseau local de pédophilie par rabattage de rue aux alentours de 2001. La plupart des personnes suivies par Risky Business venaient de Sheffield, dont l'un des quartiers est voué à la prostitution. Mais au fil du temps, le public concerné est plus jeune et vient de Rotherham. Certaines filles de seulement dix ans sont piégées par des amies, parfois du même âge, afin d'être livrées à des hommes adultes qui les violent et deviennent leur « petit ami ». La plupart de ces filles viennent de familles en difficulté. Les enfants reçoivent de l'alcool et des drogues, puis le réseau exige qu'elles remboursent leurs « dettes » en ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes. Les instigateurs collectent les informations personnelles concernant les filles et leurs familles (le lieu de travail des parents par exemple) pour menacer leurs victimes en cas de résistance. Les fenêtres des demeures familiales sont brisées, des menaces de viol sont proférées à l'encontre des mères ou des sœurs. Ainsi, les victimes du réseau sont conditionnées pour penser que le seul moyen de protéger leurs familles est la coopération..
Une jeune fille, violée à plusieurs reprises entre treize et quinze ans et ayant attiré l'attention de Risky Buisness, était persuadée que sa mère serait la prochaine victime : « Ils avaient l'habitude de suivre ma mère parce qu'ils savaient quand et à quelle heure elle faisait habituellement ses courses et où elle allait ».. Une jeune femme de quinze ans a été prévenue qu'elle n'était qu'à « une balle » de mourir. Des filles sont arrosées d'essence et menacées de mort. Une autre fille de quinze ans a été battue avec un marteau jusqu'à perdre conscience après avoir dit à son proxénète qu'elle était enceinte et ne savait pas qui était le père. La mère d'une fillette de douze ans avec un « petit ami » âgé de vingt-quatre ans a invité les violeurs dans la maison familiale pour que sa fille prodigue des fellations à ces hommes en échange de dix cigarettes.
Selon Jayne Senior, Risky Business finit par accumuler tant d'informations sur les crimes et les criminels que la police lui suggéra de les transférer sur un réseau de stockage de données à part (dropbox) nommé « Box Five » sur le réseau informatique de la police du Yorshire du Sud. Ils assurent que cela permettrait la protection de l'identité des sources de Risky Business. Senior apprendra plus tard que la police ne lira pas les rapports qu'elle y déposera et les autres forces de police n'avaient apparemment pas accès à ce réseau.
Les rapports Weir Étude