Assur (ou Assour, assyrien Aššur) est une ancienne ville, capitale de l'Assyrie jusqu'au début du , située sur la rive occidentale du Tigre. Ses ruines se trouvent actuellement sur le site de Qalʿat Sharqat, dans la plaine de Sharqat, à environ au sud de Mossoul. Le site principal est un promontoire dominant le fleuve, peuplé depuis au moins le début du Il a été fouillé au début du par des archéologues allemands, puis à plusieurs reprises après 1945 par des archéologues irakiens et allemands.
Les ruines du site d'Assur s'étendent sur une centaine d'hectares, dont plus de pour l'espace urbain protégé par des murailles à l'époque assyrienne. Les principaux monuments de l'époque assyrienne étaient situés dans la partie nord du site, sur le promontoire. On y trouvait le temple du dieu Assur, divinité nationale de l'Assyrie, qui était le principal sanctuaire de ce pays. Les souverains se sont toujours présentés comme les délégués terrestres de ce dieu, véritable souverain du royaume. Le palais principal (le « vieux palais »), situé à l'ouest du temple, était l'autre monument majeur du site, reconstruit à plusieurs reprises durant près de . Les fouilles archéologiques ont dégagé d'autres temples et palais, ainsi que des groupes de résidences, et une grande quantité de textes cunéiformes constituant une source essentielle sur l'histoire assyrienne.
La cité d'Assur fut prise et détruite lors de la chute de l'empire assyrien, en 614 av. J.-C. Elle connut une dernière période de prospérité aux de notre ère, durant l'époque de la domination de la Haute Mésopotamie par les Parthes. Le sanctuaire du dieu Assur fut alors reconstruit suivant les habitudes architecturales de l'époque, présentant des inspirations parthes et gréco-romaines. Un palais servant de résidence aux seigneurs de la ville fut construit au centre du site.
Après cette dernière période de prospérité et une nouvelle destruction vers 240, infligée sans doute par les Sassanides, le tell de Qalʿat Sharqat ne connut plus d'occupation importante. Il fut sans doute repeuplé de façon irrégulière à l'époque islamique, mais sert depuis essentiellement de site funéraire pour les habitants de la ville de Sharqat qui s'est développée à ses pieds. Le site est aujourd'hui menacé d'être englouti sous les eaux du fait d'un projet de construction d'un barrage en aval sur le fleuve (le barrage de Makhoul). En 2003, l'UNESCO a inscrit Assur sur la liste du patrimoine mondial, le considérant comme un site en péril.
Redécouverte et fouilles
Les ruines d'Assur se trouvent sur le tell appelé de nos jours Qalʿat-Sharqat, la « Forteresse de Sharqat », Sharqat étant la ville principale actuelle de la plaine alentour, qui s'étend à l'ouest du site archéologique. C'est la seule des grandes capitales assyriennes qui n'a pas été fouillée au milieu du : parmi les principaux découvreurs de cette période des débuts de l'archéologie mésopotamienne, l'anglais Austen Henry Layard y fait quelques recherches en 1847 et 1850-51, son associé irakien Hormuzd Rassam y retourne quelques années plus tard. Ils en ramènent notamment une statue du roi , ainsi qu'un prisme portant une inscription de Tukulti-Ninurta . Cette inscription est restée fameuse dans l'histoire de l'assyriologie, puisque c'est en faisant traduire celle-ci simultanément par les premiers déchiffreurs du cunéiforme en 1857 et en obtenant des traductions proches, que le Royal Asiatic Society de Londres peut confirmer que cette écriture et de la langue akkadienne sont bien comprises.
vignette|gauche|Le tell d'Assur, photographié en 1909 par Gertrude Bell, durant les fouilles allemandes.
Ce n'est qu'un demi-siècle après ces premières explorations, en 1903, que les fouilles plus substantielles commencent à Qalʿat-Sharqat, sous la conduite de la Deutsche Orient Gesellschaft (DOG, Société orientale allemande). Robert Koldewey, qui dirige alors les fouilles du site de Babylone, dépêche un de ses adjoints, Walter Andrae, architecte de formation tout comme lui, pour conduire les travaux à Qalʿat-Sharqat. Il y reste jusqu'en 1914. Andrae s'attache d'abord à déterminer l'organisation générale du site antique, notamment le tracé de ses murailles, puis il dégage les principaux groupes de monuments qui se trouvent dans la partie nord du tell. Dans la partie sud de la ville, qui correspond à la partie habitée proprement dite, plusieurs longues tranchées de direction est-ouest, larges de 3 à 5 mètres, sont creusées à des intervalles de 100 mètres sur toute la largeur de l'espace intra-muros (de 300 à 900 mètres selon les zones), afin d'avoir une meilleure idée de l'urbanisme et de l'architecture domestique. Si les niveaux des périodes les plus anciennes ne sont explorés qu'en un seul point du site (le temple d'Ishtar), les principaux monuments de l'époque assyrienne et de l'époque parthe sont alors dégagés, ainsi que de nombreuses résidences et des tombes de ces différentes époques, permettant la découverte de nombreuses inscriptions cunéiformes, sur tablettes d'argile ou d'autres supports, et de nombreux objets. La méthode de fouilles d'Andrae, prolongeant celle de son mentor Koldewey, marque un tournant dans l'élaboration d'une archéologie scientifique en Mésopotamie, par la qualité de ses relevés et les informations qu'il tire de ses travaux.
Les différentes trouvailles sont transportées en 1914 à Bagdad, où elles sont partagées avec les autorités ottomanes. Une partie va au musée d'Istanbul, et une autre prend la mer sur un bateau en direction de l'Allemagne, mais est stoppée à Porto lors du début de la Première Guerre mondiale, puis saisie et confiée à un musée local. Andrae réussit à obtenir la restitution des objets en 1926, alors qu'il travaille pour les musées de Berlin, en les échangeant contre des objets provenant de ceux-ci. Quand il prend la tête du département des antiquités orientales (l'actuel Vorderasiatisches Museum), qui occupe les salles du Pergamon Museum, il consacre une aile aux découvertes d'Assur. Les collections orientales furent globalement peu touchées par les destructions et les pillages qui eurent lieu durant la Seconde Guerre mondiale ; la majorité des objets exhumés à Assur furent donc préservés, à quelques exceptions près (l'autel de Tukulti-Ninurta, plusieurs objets en or issus des tombes assyriennes).
thumb|Zone de fouilles du site de Qalʿat-Sharqat.
Les fouilles ne reprennent à Qalʿat-Sharqat qu'après 1945, sous la conduite d'équipes d'archéologues irakiens, qui effectuent quelques recherches et s'attachent surtout à la préservation du site, puis à la reconstruction de certains monuments à partir de 1978 (une partie de la murailles et de ses portes, la ziggurat, des temples et palais). Des équipes allemandes retournent sur le site en 1988-1989 sous la direction de Reinhard Dittmann, puis en 1989-1990 sous celle de Barthel Hrouda. Interrompues par les conflits, les fouilles reprennent entre 1999 et 2001 sous la direction de l'archéologue irakien Hafidt al-Hayani, rejoint en 2000 et 2001 par des fouilleurs allemands conduits par Peter A. Miglus. Sont en particulier mis au jour des résidences et un palais néo-assyriens, ainsi que des tombes d'époque parthe R. al-Duri, « Aus den irakischen Grabungen in Assur 2001: Spätneuassyrische Wohnbebauung, parthische Grabbauten und der Ostpalast », dans Mitteilungen der Deutschen Orient-Gesellschaft 134, 2002, p. 87–102 ; P. A. Miglus, « Neue Forschungen in Assur », dans . .. Parallèlement, un projet est mis en place à Berlin à partir de 1997, autour de la Freie Universität, la DOG et le Voderasiatische Museum. Appelé Assur-Projekt, il regroupe des épigraphistes et des archéologues, reprend les découvertes archéologiques du début du , et publie des synthèses sur les différents monuments, les résidences, les œuvres d'art et objets divers, ainsi que les fonds d'archives d'Assur qui améliorent considérablement la connaissance du site et de l'Assyrie J. Renger, « Das Assur-Projekt: Ein archäologisches und historisches Projekt », dans . ..
En 2023 de nouvelles fouilles débutent sur le site, sous la direction de Karen Radner et F. Janoscha Kreppner de l'université de Münster. Elle commence par une prospection géomagnétique dans le secteur de la « Ville neuve », où des fouilles sont ensuite entamées, dégageant notamment des tombes et des bâtiments des époques tardives (néo-assyrienne finale, post-assyrienne, hellénistique, parthe)..
Les périodes archaïques
Assur au vignette|Assur et les principaux sites de la Syrie et de la Haute Mésopotamie au thumb|left|Statue de Zarriqum, gouverneur d'Assur au , mise au jour dans le temple d'Ishtar. Pergamon Museum.
Le site de Qalʿat-Sharqat semble s'être développé durant la première moitié du D'éventuelles occupations antérieures n'ont pu être attestées avec certitude : des fragments de poterie trouvés dans le secteur du temple du dieu Assur (au nord-est du tell) pourraient dater du début du chalcolithique (), et d'autres pourraient remonter à la période d'Obeïd (v. 4000 av. J.-C.), mais cela reste sujet à caution. Aucune trace d'occupation n'apparaît pour la période d'Uruk (majoritairement au ) ou pour celle de Ninive V (fin du ). Les plus anciennes traces d'une présence permanente ont été mises au jour dans les niveaux anciens du temple d'Ishtar, qui correspondent au milieu du et à la phase III de la période des dynasties archaïques du Sud mésopotamien.
Le nom de la ville d'Assur apparaît dans des textes de la période d'Akkad (v. 2340-2150 av. J.-C.), mis au jour à Gasur (Yorghan Tepe, la future Nuzi). Des inscriptions exhumées dans le temple d'Ishtar mentionnent des personnages qui devaient régner sur cette ville, le premier étant un certain Ititi, qui règne vers le Ce roi commémore un don à la déesse qui consiste en du butin pris après une victoire contre Gasur. C'est sans doute à cette époque qu'Assur passe sous la coupe des rois d'Akkad. Un personnage connu par une inscription dédicatoire, Azuzu, se dit serviteur de Manishtusu d'Akkad (2269-2255) : il s'agit donc probablement d'un gouverneur de cette ville, vassal du roi d'Akkad. Après une éclipse documentaire de près de deux siècles, Assur réapparaît dans la documentation écrite au début du , alors qu'elle vient d'être soumise par les souverains de la troisième dynastie d'Ur (2112-2004 av. J.-C.). Une inscription votive a été laissée dans le temple d'Ishtar par le gouverneur de la ville, appelé Zarriqum, au temps du roi Amar-Sîn (2046-2038 av. J.-C.. Assur redevient indépendante au moment de la chute du royaume d'Ur, dans les dernières décennies du )
Découvertes archéologiques
Le temple d'Ishtar est le seul édifice qui a livré des niveaux de la période archaïque, même s'il semblerait que le vieux palais ait eu un antécédent dès ces périodes (on y a en tout cas exhumé 14 tablettes de la période d'Akkad). Les fouilleurs du site ont seulement repéré sous le futur temple de Sîn et de Shamash les traces d'une construction qu'ils estiment dater de la période d'Akkad. Une statue acéphale mise au jour à proximité du futur temple d'Anu et d'Adad pourrait également dater de cette époque, ou de celle d'.