Jerzy Aleksander Popiełuszko (Alfons Popiełuszko) est un prêtre catholique polonais né le à Okopy (Pologne) et mort assassiné le à Włocławek (Pologne).

Aumônier du syndicat Solidarność, il est l'une des figures emblématiques de la lutte contre le régime communiste en Pologne. Il a été béatifié le à Varsovie.

Biographie Jeunesse Jerzy Popiełuszko naît le dans le village d’Okopy, non loin de Suchowola, dans la région de Podlachie au nord-est de la Pologne. Son père, Władysław, et sa mère, Marianna, née Gniedziejko, sont des paysans de condition très modeste. La famille vit des revenus que procurent leurs quelques hectares de terres de piètre qualité. Ils pratiquent le catholicisme et sont profondément croyants.

Jerzy Popiełuszko est le troisième d'une fratrie de cinq enfants : Teresa, Józef, Alfons (qui deviendra Jerzy Aleksander), Stanisław et Jadwiga (ces deux derniers décédés avant leur deuxième année). Il grandit dans une maison de deux pièces dans laquelle vivent parents, enfants et grands-parents. Le , il reçoit le baptême dans l’église Saints-Pierre-et-Paul de Suchowola. On lui donne Alphonse comme prénom de baptême, en souvenir du frère de sa mère, Alphonse Gniedziejko, partisan de formations clandestines luttant pour l’indépendance de la Pologne, tué à par l’Armée rouge le avec cinq de ses compagnons, durant une action militaire destinée à délivrer des soldats du même détachement..

Jerzy Popiełuszko grandit dans un environnement patriotique et empreint de piétéLe Père Jerzy Popieluszko (1/2) - Vie de saint, témoin - Dans Altum.. Dès son plus jeune âge, il est un servant de messe assidu dans sa paroisse de Suchowola. Quotidiennement, avant d’aller à l’école, il vient à l’église pour servir la messe. En 1956, il fait sa première communion et, en 1958, il reçoit le sacrement de confirmation. Durant les années 1954-1961, il poursuit son éducation à l’école primaire de Suchowola, puis continue au lycée de la même ville, avec une formation au profil généraliste. En 1958, il participe à la Visitation de la Vierge noire de Częstochowa dans sa paroisse, dans le cadre de la Grande Neuvaine, préparant la Pologne à célébrer son millénaire. À l’école, il ne cache pas sa foi et son attachement à l’Église. Pour cette raison, la direction de l’école et certains enseignants lui font subir des vexations, allant jusqu’à convoquer ses parents. Après le lycée, Jerzy Popiełuszko prend la décision d’être prêtre. Seuls ses parents en sont informés. Vu les conditions d’admission difficiles du séminaire de Białystok (diocèse de Wilno), après son baccalauréat, Jerzy Popiełuszko entre au grand séminaire Saint-Jean-Baptiste de Varsovie. Les raisons de son choix d’étudier au séminaire varsovien sont doubles : on n’y exige pas la connaissance du latin - condition d’admission nécessaire au Séminaire de Białystok -, il est possible de rembourser les frais d’études, une fois les études terminées. La présence du primat Stefan Wyszyński à Varsovie, personnalité que Popiełuszko admire, a certainement une influence dans la décision prise par Popiełuszko.

Entrée au séminaire et service militaire Dès son arrivée, le , au grand séminaire de Varsovie, Jerzy Popiełuszko est mis sous surveillance par les services de sécurité (SB). Son dossier figure dans le répertoire des prêtres catholiques à surveiller. Après sa première année d’études, il est convoqué pour accomplir deux ans de service militaire. C’est là une forme de répression des autorités communistes à l’encontre des évêques polonais. Selon le témoignage d’un ami prêtre, l’abbé Andrzej Dusza, Jerzy et lui se sont vu proposer par le pouvoir des études universitaires laïques pouvant les dispenser du service militaire. Solidaires avec leurs confrères séminaristes, ils sont venus tous les deux de leur plein gré pour la conscription.

Du au , Popiełuszko fait son service militaire dans une unité militaire spéciale destinée aux prêtres : le 54 ème bataillon des secours territoriaux de la ville de Bartoszyce. Durant cette période, il soutient moralement ses confrères pour qu’ils résistent aux ordres des supérieurs, qui ne cessent d’enfreindre la liberté de conscience des jeunes clercs. Contrevenant aux ordres, il organise des prières communes pour les séminaristes, transmet aux autorités ecclésiales les informations sur les persécutions et les brimades subies, afin de les décourager d’être prêtres. Il prend la peine d’envoyer des rapports sur le contenu des cours politiques dénigrant l’Église et le primat de Pologne, Stefan Wyszyński, en personne ; refuse de se défaire de son rosaire et proteste contre l’interdiction de prier. Maintes fois puni et réprimandé par ses supérieurs, on l’oblige à faire des exercices physiques lors du temps réservé au repos. On lui refuse les permissions de sortie, l'humilie et lui ordonne d’exécuter des actions périlleuses dans l’enceinte de la caserne. Selon le témoignage de l’abbé Wiesław Wasiński, il est considéré comme le dirigeant de la résistance envers les supérieurs militaires. Popiełuszko refuse sa promotion au grade de soldat confirmé.

Il est plus que probable que c’est à la suite de ces persécutions, punitions et travaux forcés subis lors de son service militaire, qu’au retour au Séminaire (), l’abbé Jerzy Popiełuszko est atteint d’une grave maladie de la thyroïde. Une intervention chirurgicale est nécessaire ; sa vie est en danger. Cependant, grâce aux lettres envoyées aux abbés Czesław Miętka et Władysław Miziolek, l’épiscopat polonais possède des informations détaillées sur les persécutions subies par les futurs prêtres lors de leur service militaire.

Premières missions paroissiales

Le , il change officiellement son deuxième prénom et s’appelle désormais Jerzy Aleksander. Le , il est ordonné prêtre par le cardinal Stefan Wyszyński..

Dès , il est nommé vicaire à la paroisse de la Sainte Trinité dans la commune de Ząbki. Il y fait de la catéchèse et prend soin du cercle des servants de messe ; il anime le mouvement du Rosaire vivant. Le , il est muté dans la paroisse de Notre Dame Reine de Pologne à Anin. Là aussi, il enseigne comme catéchiste, travaille avec les enfants et les jeunes, avec lesquels il a un bon contact et des relations très proches. En , à la suite d'un conflit avec le curé, il demande à changer de paroisse. Il est alors envoyé comme vicaire dans la paroisse de l’Enfant Jésus, dans le quartier de Żoliborz à Varsovie, où il est aumônier des jeunes et s’occupe des servants de messe.

Durant les années 1974-1976, grâce à l’initiative des autorités ecclésiales, le père Jerzy Popiełuszko suit des cours à l’Institut de théologie pastorale de l’Université de Lublin. Il participe au programme universitaire comme externe, uniquement durant l’année 1974-1975. En , il commence certes son année, mais abandonne ses études. Il lui est impossible de concilier ses voyages à Lublin avec ses obligations de vicaire et un état de santé fragile. Sa santé n’a cessé de se dégrader, au point où on lui a forgé une réputation peu flatteuse de prêtre souffreteux qui ne peut travailler trop intensément.

Durant la période 1974-1975, lorsqu’il est vicaire dans la paroisse de la Sainte Trinité à Ząbki, il est maintes fois soumis à des brimades et se voit convoqué pour des interrogatoires par les services de sécurité de Wołomin, ville voisine. Le , un dossier à son nom y est ouvert, pour consigner le père Jerzy comme nouvel informateur. Les services de sécurité (SB) pensent pouvoir entretenir avec lui une forme de dialogue, pour en faire un de leurs collaborateurs. Après quelques rendez-vous obtenus sous contrainte, le père Jerzy rompt tout contact avec les services de sécurité (SB). Le , les fonctionnaires des services de sécurité mettront fin à leurs actions policières envers sa personne.

En , après l’élection de Jean Paul II, il se rend à la curie métropolitaine de Varsovie, pour demander qu’on lui assigne des tâches supplémentaires dans le diocèse, car il considère que ses activités dans la paroisse de l’Enfant Jésus ne remplissent pas tout son temps et sous-emploient ses capacités. Avec l’autorisation des autorités ecclésiales, il commence une pastorale chez les infirmières et le personnel médical, sans abandonner son poste de vicaire. Dès l’automne 1978, il célèbre une messe mensuelle pour les employés des services de santé publics dans l’église « Res Sacra Miser », de la rue Krakowskie Przedmieście à Varsovie. Puis il organise peu après, dans la paroisse de l’Enfant Jésus, des rencontres dans le cadre de l’aumônerie dédiée aux infirmières. Début 1979, il reçoit des mains du primat de Pologne, Stefan Wyszyński, la nomination d’aumônier du personnel médical du diocèse de Varsovie.

Maladie et nouvelles activités

En janvier 1979, le père Jerzy tombe de nouveau gravement malade. On lui diagnostique une leucémie aigüe, ce qui le conduit à séjourner plusieurs semaines dans les hôpitaux de la capitale. Malgré une amélioration de son état de santé, il ne peut rejoindre - au printemps de la même année -, son poste de vicaire. Les autorités ecclésiales lui interdisent d’exercer toute activité pastorale. Elles sont convaincues qu’une convalescence prolongée lui permettra d’améliorer son état de santé, pour qu’il puisse ensuite reprendre ses fonctions. Le père Jerzy se voit octroyer une charge pastorale plus légère : aumônier à l’église Sainte Anne à Varsovie, où il doit s’occuper des étudiants de l’Académie de médecine. Par décret officiel du , il devient vicaire auprès de la paroisse Saint Jean Baptiste de la Vieille Ville de Varsovie - responsable des médecins de Sainte Anne. Le père Popiełuszko se voit octroyer une petite chambre dans la tour principale de l’église ; sa vie quotidienne est empreinte d’un grand dénuement. Grâce à l’aide financière de sa tante résidant aux États-Unis, il acquiert durant l’été 1979 un petit studio, situé rue Chlodna à Varsovie.

Une fois ses ennuis de santé terminés, il ouvre auprès de son centre académique de Sainte Anne, une aumônerie pour étudiants de l’Académie de médecine de Varsovie. Il y organise, pour les jeunes médecins, des récollections, exposés, journées de recueillement et espaces de dialogue, qu’animent des professeurs en médecine. Il collabore étroitement avec le couple de médecins Emilia Paderewska-Chrościcka. et (pédiatre et cardiologue) et le professeur , recteur de l’Académie de médecine de Varsovie. Le père Jerzy s’est tout particulièrement engagé dans la défense des enfants à naître et la diffusion de la doctrine sociale de l’Église, surtout dans les milieux médicaux. Il propage parmi les médecins et infirmières les écrits de l’Église sur la protection de la vie des enfants avant leur naissance contre l'avortement volontaire. C’est dans ce but qu’il fonde en 1981 une bibliothèque médicale qui sert à l’aumônerie des services de santé, initiative qu’il assume sur ses propres fonds et grâce à l’aide d’une religieuse, sœur Jana Płaska SJK.

Durant la période 1979 à 1980, il célèbre des messes pour la communauté des infirmières, des étudiants en médecine, médecins et chargés de cours. Dans ses homélies, il souligne l’importance de l’éthique médicale, rappelant qu’être médecin ou infirmière est une vocation.

En , il est convié par les autorités ecclésiales à organiser les services médicaux pour les pèlerins, durant la première visite de Jean Paul II en Pologne. Il est de service lors du second pèlerinage papal, en . À la demande du primat, Józef Glemp, il fait partie du comité organisant la visite -dans la section des services médicaux.