La guerre de Cent Ans (en ) est une série de conflits armés entrecoupés de trêves opposant le royaume d'Angleterre de la dynastie Plantagenêt et le royaume de France de la dynastie des Valois de 1337 à 1453. Le terme de « guerre de Cent Ans » est une construction historiographique établie au pour regrouper cette succession de conflits.

Si le casus belli est la revendication de la couronne de France, alors détenue par Philippe VI de Valois, par le roi d'Angleterre Édouard III Plantagenêt (en tant que petit-fils, par sa mère Isabelle de France, du roi Philippe IV le Bel), les origines de la guerre de Cent Ans remontent au début du et sont catalysées à travers trois grands axes de tensions : La « grande dépression médiévale » (théorisée par l'historien Guy Bois) : une série de bouleversements religieux, politiques, économiques et sociaux. Son origine remonte à l'augmentation de la population et l'impossibilité d'augmenter la production alimentaire (mauvaises conditions climatiques, épuisement du terrain…) provoquant une crise démographique et une stagnation économique, cette dernière étant également causée par l'alourdissement de la pression fiscale seigneuriale. Les conflits réguliers entre Plantagenêts et Capétiens pour la suzeraineté de fiefs du royaume de France aux (aussi appelé "première guerre de Cent Ans"). Le conflit dynastique pour le royaume de France qui naît en 1328 à la mort de , dernier fils de . La guerre de Cent Ans est traditionnellement divisée en trois grandes périodes de conflits militaires et politiques ouverts, en fonction des protagonistes et dynamiques militaires, et afin d'étudier et de refléter les périodes importantes de paix entre les deux pays.

La phase édouardienne se déroule de 1337 à 1360 en faveur de l'Angleterre qui, sous la direction du roi d'Angleterre et de son fils Édouard de Woodstock, dit le « Prince Noir », remporte de nombreuses victoires contre la France, notamment lors des batailles de Crécy (1346), de Calais (1346-1347) et de Poitiers (1356), capturant le roi de France . Cette période est marquée par un bref arrêt des hostilités à cause de l'épidémie de la peste noire en France, de la fin du règne de Philippe VI au début du règne de son fils Jean II, également confronté aux prétentions de Charles II le Mauvais, roi de Navarre. Cette période s'achève avec la signature du traité de Brétigny (1360), avec lequel Édouard III renonce à toute prétention sur le trône de France et toute suzeraineté sur plusieurs fiefs du nord-est du royaume, en échange de plusieurs territoires d'Aquitaine et de la ville de Calais et du versement d'une forte rançon pour la libération de Jean II.

La phase caroline se déroule de 1364 à 1389 en faveur de la France. À la suite de sa victoire à la bataille de Cocherel (1364), Charles V le Sage est sacré roi de France au détriment de Charles II le Mauvais, qui renonce à ses prétentions. La France entame alors une reconquête progressive. Grâce à la stratégie de Bertrand du Guesclin, les armées françaises reprennent une grande partie des territoires cédés aux Anglais. La mort de Charles V en 1380 voit s'installer une régence jusqu'à la majorité de son fils Charles VI. À compter de 1380, un contexte économique difficile et des conflits politiques internes affaiblissent les pouvoirs royaux et conduisent à une période de guerre civile dans les deux pays. La trêve de 1389 inaugure une paix relative entre les deux royaumes.

Après une longue période de calme, la guerre reprend lors de la phase lancastrienne, de 1415 à 1453, lorsque le nouveau roi d'Angleterre Henri V Lancastre profite des crises de folie du roi , successeur de Charles V, et de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons (1407-1435) pour relancer le conflit. S'alliant avec Philippe III de Bourgogne, la victoire anglaise à la bataille d'Azincourt (1415) amène à la signature du traité de Troyes en 1420. Henri V épouse la fille de Charles VI, Catherine de Valois, et est désigné comme régent et héritier du trône de France à la mort de Charles VI. À la mort des deux rois en 1422, Henri VI est couronné roi de France et d'Angleterre, et la France est alors partagée : le nord et l’ouest sont contrôlés par les Anglais et leurs alliés bourguignons, tandis que le Dauphin Charles, fils de Charles VI, règne dans le sud et l'est. L'intervention de Jeanne d'Arc en 1429, notamment lors du siège d’Orléans, redonne espoir aux Français, permettant au Dauphin d'être finalement couronné à Reims sous le nom de Charles VII. Malgré la capture et la mort de Jeanne en 1431, la signature du traité d'Arras (1435) met fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Après une série de victoires, les Français reprennent la majorité des territoires anglais en France. La bataille de Castillon (1453) est la dernière grande bataille du conflit et marque la fin de l'offensive anglaise. Les Anglais sont chassés de tout le territoire français, sauf Calais, qui reste en leur possession jusqu’en 1558. Louis XI et Édouard IV signent le traité de Picquigny en 1475, scellant la fin du conflit entre France et Angleterre.

Les conséquences de la guerre de Cent ans sont légion. Sur le plan démographique, le conflit est marqué, malgré sa durée considérable, par un faible nombre de batailles qui firent peu de morts en dehors de la noblesse. En revanche, les pillages et les raids d'hommes armés eurent des conséquences négatives sur les populations civiles françaises. Sur le plan militaire, cette guerre change l'histoire de la guerre européenne, marquant le déclin de la cavalerie et du système féodal au profit de l'infanterie et d'armées professionnelles permanentes, ainsi que l'apparition de l'artillerie. Sur le plan économique, l'augmentation des prix et les perturbations du commerce entre les deux royaumes favorisent le commerce sur de longues distances. Sur le plan religieux, la guerre est le fond du Grand schisme d'Occident qui oppose les papes de Rome et d'Avignon. Enfin, la guerre aboutit à une affirmation des identités nationales française et anglaise.

Origine du nom vignette|À l'origine de la guerre de cent ans : l'hommage d'Édouard Ier d'Angleterre à Philippe le Bel, roi de France, le , dans une salle du palais royal, en présence de la cour. Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France, Tours, vers 1455-1460. BnF, département des Manuscrits, Français 6465, fol. 30 v. Si les contemporains l'exceptionnelle durée du conflit, ce n'est qu'au que la formule « guerre de Cent Ans » s'impose dans l'historiographie.

D'après les recherches du médiéviste Philippe Contamine (1932-2022), elle apparaît pour la première fois dans le Tableau chronologique de l'Histoire du Moyen Âge de Chrysanthe Desmichels., édité à Paris en 1823Tableau chronologique de l'histoire du Moyen Âge: pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'Histoire générale, et particulièrement de l'Histoire de France par Chrysanthe Desmichels (1823) disponible sur Google Livres.. Le même auteur a en réalité déjà employé cette expression dans un manuel scolaire de 1820.

Le premier manuel scolaire utilisant cette formule date de 1839 (M. Boreau., L'Histoire de France à l'usage des classes.), destiné aux élèves de 6 à 12 ans (enseignement primaire). Le premier ouvrage historique titré La Guerre de cent ans est publié en 1852 par Théodore Bachelet. éd. 1859 & 1864 sur Google Livres, rééd. Nîmes, Lacour, 2013.Historia de juillet 2003, ..

Forces en présence Royaume de France vignette|gauche|Le royaume de France est un régime féodal qui donne une grande place à la chevalerie. Sur cette enluminure, adoube des chevaliers. Miniature de l'atelier du Maître de Virgile tirée d'un manuscrit des Grandes Chroniques de France, BNF, Fr.73. Au début du , le royaume de France, irrigué par de grands bassins fluviaux, bénéficiant d'un climat favorable et d'une agriculture florissante, compte entre d'habitants.L'affirmation du pouvoir royal (), IUFM de Créteil, consulté le ., ce qui en fait la première puissance démographique d'Europe. En 1328, une grande enquête administrative portant sur près des trois quarts de la population et recensant les feux fiscaux, permet de donner un aperçu du territoire. On y compte soit environ d'habitants et . Paris, à elle seule, compte, selon ce recensement, plus de . Cette augmentation de la population n'est pas sans effet sur l'aménagement du territoire, puisqu'une grande partie des forêts est défrichée au profit de l'agriculture fondée sur un régime féodal et religieux très hiérarchisé. La capacité agricole et le développement massif de l'énergie hydraulique permettent de nourrir la population (il n'y a plus eu de famine depuis le ). Avec la croissance proto-industrielle de l'usage du fer, avec l'apparition de nouvelles techniques de labour ou d'attelage mais aussi l'utilisation du cheval au détriment du bœuf, des zones peu fertiles peuvent avoir des exploitations qui fournissent de la nourriture à une population dense, la noblesse quant à elle ayant pour devoir de défendre les terres.

Plus que sa population, le Royaume est imposant aussi par sa taille. Au couronnement de de Valois, la France s'étend de l'Escaut aux Pyrénées, de l'océan Atlantique au Rhône, à la Saône et à la Meuse, un pays que l'on met « à traverser du nord au sud et 16 d'est en ouest » selon Gilles Le Bouvier au soit près de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, .. Près de soixante régions se différencient entre elles par de grandes disparités linguistiques, culturelles, historiques voire, à certains moments, religieuses (comme les cathares au sud au siècle précédent). Ainsi, le Nord du Royaume parlant la langue d'oïl et proche du berceau de la dynastie capétienne, possédait de riches terres agricoles et une population plus nombreuse ( par pour l'Île-de-France et jusqu'à par pour les bailliages de Senlis et de Valois pour une moyenne de par ) se démarquant nettement du Sud. Ce dernier, où la langue d'oc était utilisée, avait une culture imprégnée par l'ancienne présence romaine mais était aussi plus pauvre sur le plan agricole (en revanche, l'élevage y était plus riche) et moins peuplé (près de par pour les comtés de Bigorre, de Béarn par exemple), mais surtout il était plus indépendant vis-à-vis du roi, car si ce dernier transférait une partie de son autorité entre les mains de ses vassaux, il devait tenir compte de leur avis. Toutefois le souverain ne se privait pas de s'immiscer dans la politique intérieure de ses subordonnés puisque depuis le , il bénéficiait de pouvoirs inégalés jusque-là. Il était au sommet d'une pyramide où les échelons inférieurs lui devaient fidélité.