Jean-Étienne Guettard, né le à Étampes et mort le à Paris, est un naturaliste, botaniste, géologue, minéralogiste et médecin français.

Il est le pionnier de la cartographie géologique, et le premier à publier un article scientifique consacré au volcanisme des monts d'Auvergne (les puys).

Il est aussi le premier à décrire les encrinites.

La découverte de fossiles sous les éjectas du puy de Dôme le conduit aussi à remettre en cause la chronologie déduite de l'Ancien Testament.

Il utilise l'anatomie comparée, qui ouvre la voie à un ensemble de découvertes : la parenté entre fossiles et formes actuelles, l'existence d'une faune diverse enfouie sous la surface des océans et l'immense fécondité de la biologie comparative.

Biographie vignette|gauche|120px|Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes, lieu de son baptême. Famille La famille Guettard est une des plus anciennes familles d'Étampes : on trouve fréquemment des membres de cette famille remplissant des emplois publics ou des fonctions municipales dans la ville.. Le grand-père paternel de Jean-Étienne, Jean Guettard, est marchand et trésorier de la collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes : la famille est très religieuse et proche de l'Église catholique ; époux de Marie Vallerand, il est officier du duc d'Orléans. Le grand-père maternel, François Descurain, né en 1658 à Étampes, est médecin-apothicaire ; il acquiert une renommée de botaniste et bénéficie de relations avec d'illustres contemporains, dont les frères Jussieu ; il est très admiré par son petit-fils, auteur d'une biographie sur lui.

Il a une sœur aînée, Marie Françoise (1713-1789), mariée à un sieur Crécy et qui a deux filles : Félicité Romaine Crécy mariée à Nicolas Duchene (receveur de l'apanage du duché d'Orléans), qui a pour fille Marie Françoise Catherine Crécy ; et Jeanne Crécy, non mariée en 1786. Il a aussi un frère, Jacques Guettard - dit dans son testament « de Gondreville » - (supercargue des vaisseaux de l'Inde) ; et un frère cadet, Pierre (1717-?).

Vie Jean-Étienne Guettard naît le à Étampes. Il est le fils de Jean Guettard, marchand épicier et marguillier de la collégiale Notre-Dame-du-Fort, et de Marie Françoise Descurain. Il est baptisé trois jours plus tard le , dans la collégiale ; son parrain, de qui il tient son prénom, est son oncle paternel Jean-Étienne Guettard ; sa marraine est sa grand-tante maternelle Anne Descurain, épouse d'un chirurgien d'Étampes.

Jeune, il accompagne son grand-père Descurain dans ses herborisations, ce dernier le formant à la botanique et visant pour son petit-fils une carrière d'apothicaire. Mais lui-même correspondant avec les Jussieu (les trois frères Jussieu sont Antoine, Bernard et Joseph), il constate les encouragements que ces derniers prodiguent au jeune Jean-Étienne et le laisse poursuivre sa destinée. Plus tard, lorsque Guettard décide de publier au-delà des travaux commis aux soins des mémoires de l'Académie, il fait d'abord paraître le travail de son grand-père Descurain sur les plantes des environs d'Étampes (ouvrage Observations sur les plantes), largement augmenté de notes de provenances diverses.

Après avoir suivi l'enseignement des barnabites au collège d'Étampes., il étudie la médecine à Paris et obtient son doctorat en 1741, avec une thèse portant sur les fièvres. Il est présenté à René-Antoine Ferchault de Réaumur, qui le nomme responsable de son cabinet d'histoire naturelle. En 1742, il entre à la faculté de médecine dont il devient « docteur régent ».

Il remplace Antoine de Jussieu le comme pensionnaire-botaniste. adjoint à l'Académie des sciences. Il devient associé botaniste le , pensionnaire botaniste le , pensionnaire de la classe de botanique et agriculture lors de la réorganisation du .

En 1748, le duc Louis d'Orléans s'attache Guettard en qualité de médecin et botaniste. Lorsque le duc meurt en 1752, il lui lègue son cabinet d'histoire naturelle ; Guettard le cède au nouveau duc Louis-Philippe d'Orléans le pour le prix d'une rente annuelle perpétuelle et non imposable de livres. Le nouveau duc le nomme garde de ce cabinet (conservateur, selon le terme actuel) et lui octroie une petite pension et un modeste logement au Palais-Royal.

Son travail auprès du duc d'Orléans n'empêche pas Guettard de chercher à peaufiner les connaissances minéralogiques à l'échelle de l'Europe. Ainsi, en 1751, il accompagne Malesherbes aux eaux de Vichy. Ses notes sur ce voyage en Auvergne sont presque intégralement dédiées à la minéralogie (voir plus bas les sections « Volcanisme en Auvergne » et « L'affaire de la découverte du volcanisme du Puy de Dôme »).

Voyage en Pologne

En tant que membre de l'Académie royale des sciences, il est envoyé par Louis XV en Pologne où il séjourne de 1760 à 1762, comme médecin de l'ambassadeur de France Antoine-René d'Argenson, marquis de Paulmy. Il parcourt le pays en effectuant des mesures, notant des observations et menant des études géologiques et météorologiques ; il s'intéresse à la vie politique polonaise (comptes-rendus des séances de la diète polonaise), à la gastronomie (notes de recettes de cuisine) et à bien d'autres aspects de la vie du pays. Il en tire entre autres son Mémoire sur les mines de sel de Wieliczka. Sa visite de trois jours au château d'Agey près de Dijon chez la comtesse de Rochechouart date du début de ce voyage, en 1760 ; c'est l'une des nombreuses collections particulières qu'il passe en revue, avec celle de l'empereur à Vienne et de nombreuses autres. De ce cabinet d'histoire naturelle d'Agey, il écrit à sa correspondante parisienne Madame du Boisjourdain qu'il est le plus curieux et le plus instructif.. Il fait une communication à l'Académie royale des sciences du résultat de ses observations sur les minéraux qui y sont conservés, y compris le sol dallé de nombreux octagones de marbres différents, contenant des fossiles et dont la provenance de chaque pièce a été dûment enregistrée par la comtesse. Un fossile d'étoile de mer provenant des carrières de Molesme est particulièrement remarqué : la pierre qui l'encaisse est du calcaire cendré, qui s'est cassé en deux parties et montre sur l'un des à-plats l'empreinte en creux de l'étoile, et sur l'autre l'étoile en relief.

Le médecin

Guettard est attaché à sa fonction de médecin ; toute sa vie il a signé « médecin », une profession qui inspire la confiance. C'est officiellement en cette qualité qu'il accompagne en Pologne l'ambassadeur d'Argenson de Paulmy. Parmi ses fonctions officielles, celle à laquelle il attache le plus grand prix est celle de médecin et botaniste du duc Louis d'Orléans.

Caractère

Son esprit est remarqué pour son originalité : ses relations de voyages sont avant tout des recherches personnelles, et non des recherches sur les recherches antérieures. Il ne craint pas de s'opposer aux modes et à ses contemporains notables, et son caractère entier l'amène à s'affronter parfois avec vigueur avec des confrères et des collaborateurs. Il considère Buffon comme un ennemi personnel - et ne possède aucun de ses livres dans sa vaste bibliothèque, qui au contraire inclut les Lettres à un Américain sur l'Histoire Naturelle générale et particulière de M. de Buffon., de Lelarge de Lignac qui s'oppose violemment aux idées de Buffon. Lorsque Buffon fait paraître son Époques de la Nature, il lui écrit : "« encore des Buffonades, mon cher comte... eh bien faites des romans, mais qu'ils ne soient pas physiques ». L'astronome Anders Johan Lexell (1740-1784) le qualifie d'« animal disputeux ». Par contre, il a été fait grand cas de sa dispute avec Lavoisier lors de l'établissement de la carte géologique (voir plus bas la section « Premières cartes géologiques ») ; ce qui ne l'empêche pas de léguer audit Lavoisier tous ses ouvrages scientifiques.

Dernières années

Pendant ses dernières années, en sus d'une chambre au du quai de Bourbon appartenant à Marie Claude Camuzat de Riancé, veuve de Joseph de Loyne (auditeur des comptes), il occupe aussi une chambre dans un immeuble de la Montagne Sainte-Geneviève où habite également René-Just Haüy, à l'époque répétiteur de botanique au collège de Navarre. C'est là que se trouve son herbier. Il a alors près de livres de revenus annuels réguliers (fermages, métayages et loyers, le tout dans les environs d'Étampes), auxquels s'ajoutent environ livres de rentes officielles par les ducs d'Orléans (incluant la rente annuelle perpétuelle et non imposable de livres que le nouveau duc Louis-Philippe d'Orléans lui paye pour le rachat le de son cabinet d'histoire naturelle, que Guettard a hérité de feu le duc Louis d'Orléans).

Contributions

Guettard laisse des travaux importants, tant en botanique qu'en géologie et en minéralogie.

Botanique

Ses premiers travaux portent sur la botanique.

Il affine les limites entre les espèces en se basant sur les corps ou glandes qui remplissent l'intervalle entre les vaisseaux et fibres et qui produisent différentes sécrétions. Pour cette approche, il a la satisfaction d'obtenir l'aval de Linné.

Il classe aussi les plantes "parasites" en trois groupes : celles dépendant entièrement de leur hôte (nourriture et support) ; celles possédant des racines et ne dépendant que partiellement de leur hôte ; et celles qu'il appelle fausses parasites, qui ne se servent d'autres plantes que comme support. Il étudie aussi la transpiration des plantes, entre autres l'influence de la lumière sur ce phénomène pour lequel il évoque un processus chimique ; dont un parallèle avec les animaux, y compris l'humain. Condorcet note un mérite de Guettard dans ce domaine de la botanique : celui d'avoir remplacé de simples aperçus par « une suite d'expériences précises, et capables d'éclairer sur un phénomène important de l'économie végétale ». Ainsi, La Hire avait effleuré le sujet de la transpiration des plantes en 1703 et le Traité de la statique des végétaux de Hales l'avait avancé mais sans expériences précises ; Guettard élabore un ensemble d'expériences en rectifiant les défauts de celles de Hales.

En taxonomie végétale son nom d'auteur est abrégé en Guett..

Minéralogie vignette|Carte minéralogique sur la nature du terrain d'une portion de l'Europe (1746)., Guettard et Buache. thumb|Carte Minéralogique, Où l'on voit la Nature des du Canada et de la Louisiane,Guettard et Buache (1752).

Après la botanique, il s'intéresse à la minéralogie.

Premières cartes géologiques

Depuis le dernier quart du , l'idée de cartes géologiques est dans l'air du temps. Le premier exposé connu est de l'anglais Martin Lister qui, cherchant à comprendre la formation de la Terre, lit en 1683 à la Royal Society un mémoire (publié en 1684) intitulé An ingenious proposal for a new sort of maps of countreys (« Une proposition ingénieuse pour une nouvelle sorte de cartes des pays »). Sa publication dans les Philosophical Transactions of the Royal Society garantit une large diffusion, y compris en France. Son influence réelle est incertaine. Puis vient John Aubrey, qui publie en 1691 un livre peu diffusé : The natural history of Wiltshire, dans lequel il écrit : « I have often wished for a mappe of England, coloured according to the colours of the earth, with markes for the fossiles and minerals » [« J'ai souvent souhaité une carte d'Angleterre, colorée selon les couleurs de la terre, avec des marques pour les fossiles et les minéraux »]. Mais rien ne se concrétise outre-Manche. En France, la première mention écrite est par le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences Bernard de Fontenelle qui, en 1720 (paru en 1722), conclut son résumé d'un mémoire de Réaumur sur les faluns de Touraine avec ces mots : « Pour parler sûrement sur cette matière, il avoir des espèces de Cartes Géographiques dressées selon toutes les Minières de Coquillages enfouis en terre… ».