Le château de Laval est un château situé à Laval, dans le département français de la Mayenne. Sa fondation au a permis la naissance de la ville. Monument emblématique de Laval, il occupe un promontoire rocheux au-dessus de la rivière Mayenne. Il est composé de deux ensembles distincts : le Vieux-Château, qui correspond au château-fort médiéval, et le Château-Neuf, galerie de la Renaissance transformée en palais de justice au . Ces deux monuments figurent parmi les premiers monuments classés sur la Liste des monuments historiques protégés en 1840.
L'histoire du château de Laval est intimement liée à celle de la maison de Laval, apparue avec , fondateur du château. Le monument témoigne des multiples alliances contractées par cette famille, ainsi que de sa puissance qui croît du jusqu'à sa disparition à la fin de la Renaissance. Le Vieux-Château est remarquable pour sa chapelle du ainsi que pour son imposante tour maîtresse, coiffée d'un hourd en bois du , exemple exceptionnel d'architecture militaire du Moyen Âge. Les baies richement ouvragées des logis médiévaux, réalisées au début du , et la galerie du Château-Neuf, datant des années 1540, sont des éléments marquants de la Renaissance qui montrent l'évolution de l'architecture à cette époque.
Depuis le déménagement des services judiciaires dans les années 2000, le Château-Neuf est en attente de reconversion. Le Vieux-Château, qui a servi de prison de la Révolution à 1911, est ouvert au public depuis les années 1920. Consacré au départ à l'archéologie, à l'histoire naturelle et aux arts décoratifs, il abrite depuis 1967 le Musée d'Art naïf et d'Arts singuliers de Laval. Ce musée présente des œuvres de nombreux artistes représentatifs de l'art naïf et de l'art singulier.
Localisation vignette|alt=Photographie de la place montrant la cour du Château-Neuf et le porche du Vieux-Château.|La place de la Trémoille, avec à gauche le Château-Neuf et au centre le porche d'entrée du Vieux-Château. Le château est situé dans le centre-ville de Laval, sur la rive droite de la Mayenne. Il est construit sur un éperon rocheux qui domine la rivière, et qui forme l'extrémité d'un plateau s'étendant à l'ensemble de la vieille-ville. L'extrémité du plateau a été choisie plutôt que son point culminant en son centre parce que ce dernier n'offrait la protection d'aucune pente. Le château forme un ensemble triangulaire d'environ cent mètres de côté. Il est entouré par plusieurs rues qui remontent au Moyen Âge : au sud se trouve la Grande Rue, à l'ouest la rue des Orfèvres, au nord-est la rue du Val-de-Mayenne. Au nord-ouest, le Château-Neuf et son esplanade sont bordés par une ruelle pentue, le roquet du Palais ; roquet désigne une pente abrupte en parler local. L'entrée principale du château donne sur la place de la Trémoille, l'une des plus importantes de la ville. Cette place donne à la fois sur le pavillon qui permet d'accéder au Vieux-Château, et sur l'esplanade s'ouvrant devant le Château-Neuf. Étant donné que le Château-Neuf a abrité le palais de justice de Laval de la Révolution à 1998, la place a autrefois porté le nom de place du Palais. Son nom actuel honore le fils cadet du dernier comte de Laval, Antoine-Philippe de La Trémoille, chef royaliste guillotiné devant les portes du château en 1794. Le château, dressé face à la voie du Maine, avait entre autres pour fonction de surveiller le pont, point de passage obligé sur la route du Maine à la Bretagne qui traverse la Mayenne perpendiculairement..
vignette|centre|redresse=1.8|alt=Plan du centre de Laval, montrant le château dans son contexte urbain.|Plan de la vieille-ville de Laval, avec le château et les remparts (vestiges et tracé supposé).
Histoire Moyen Âge Le premier château vignette|alt=Gravure du sceau de Guy II.|, petit-fils de et troisième seigneur de Laval. Les origines du château remontent à la première moitié du . Étant donné que la ville de Laval ne s'est développée qu'après la fondation du château, le lieu est inoccupé avant cette époque, et aucune trace de peuplement antérieure au n'a été retrouvée sur le site du château. Pourtant, l'endroit est hautement stratégique, puisqu'il comprend un imposant éperon rocheux dominant la Mayenne. Il se trouve en outre juste en surplomb du gué par lequel la voie romaine Le Mans-Corseul franchissait la rivière.
Au début du , le territoire fait partie du comté du Maine, dirigé par la famille des Hugonides, vassale des comtes d'Anjou. Le comté est menacé par ses puissants voisins, la Bretagne et la Normandie. Poussé par le comte d'Anjou Foulques Nerra, le comte du Maine Herbert Éveillechien confie des territoires le long du cours de la Mayenne à des seigneurs, ceux-ci devant y construire des forteresses. Ainsi, les places angevines de Craon et Château-Gontier sont inféodées vers 1007 et 1010, tandis que dans le Bas-Maine, Mayenne l'est vers 1014. Quant à lui, le territoire de Laval a pu être donné vers 1020 à Guy de Dénéré, qui devient le premier seigneur de Laval. Ce dernier, originaire d'Avoise, aujourd'hui dans la Sarthe, a aussi pu se saisir du lieu en toute impunité, non pas pour son intérêt militaire mais pour son potentiel économique et politique. La seigneurie de Laval s'étend rapidement à une partie de l'actuelle Mayenne ; elle compte parmi ses châtellenies Bazougers, Cossé-le-Vivien, La Cropte, Meslay-du-Maine, Montsûrs, Olivet, Saint-Ouën-des-Toits ou encore Vaiges.
vignette|gauche|alt=Plan supposé du château primitif.|Plan supposé du château primitif (en rouge) avec ses trois mottes, superposé au château actuel (en vert). Les tirets matérialisent la voie Le Mans-Corseul. fait construire un vaste château sur l'éperon rocheux qui domine la rivière. L'emprise du monument est bien plus importante que celle du château actuel puisque l'enceinte s'étend jusqu'à l'actuelle cathédrale, pour couvrir environ un tiers du centre historique de Laval. Cette enceinte de large dimension peut aisément accueillir la population installée autour en cas de danger. Comme la plupart des châteaux de l'époque, il s'agit d'un château sur motte, associant une basse-cour à un tertre artificiel. L'enceinte, bâtie en terre, profite de la configuration du site, qui offre des défenses naturelles. Ainsi, à l'est et au sud le château est protégé par la forte dénivellation du terrain, tandis qu'au nord s'étend un marécage alimenté par le ruisseau du Rateau. La motte principale est placée sur le côté ouest, qui est le seul vulnérable. Cette motte permet à la fois de le verrouiller, et de contrôler l'accès à la voie romaine qui passe par cet endroit. Cette motte, située au pied de la cathédrale, est encore visible dans le tracé du parcellaire au début du . Elle doit faire environ de diamètre et être coiffée d'un donjon. Celui-ci a totalement disparu est il est impossible de savoir s'il était en pierre ou en bois et s'il était habitable. Deux autres mottes plus petites complètent le dispositif de défense. L'une, située à l'emplacement du Château-Neuf, a subsisté jusqu'au . L'autre s'élevait près de la place Saint-Tugal.
Des fouilles réalisées devant le Château-Neuf et sur la place de la Trémoille en 2012 et 2013 ont permis de découvrir des vestiges de ce premier château, et notamment des traces de l'ancienne muraille, consistant en une rangée de trois fossés. Ces fossés, larges chacun d'environ , avaient une profondeur supérieure à . La limite ainsi formée protégeait une vaste enceinte. En plus des mottes castrales, l'enceinte comprenait aussi d'autres structures, les fouilles ayant révélé des traces de constructions sur poteaux et des silos. Il existait aussi quelques édifices en pierre, et notamment le logis seigneurial, qui se trouvait à la pointe de l'éperon, près du Château-Vieux.. Celui-ci est construit à la fin du . Il comprend deux espaces : la grande salle (en latin aula) servant d'espace d'apparat, et la chambre (en latin camera), pièce plus intime réservée au seigneur et à sa famille. D'autres bâtiments permettent de loger les divers membres de la suite seigneuriale. Au , le seigneur de Laval est ainsi entouré de chevaliers et d'autres vassaux assurant sa protection, d'un sénéchal qui administre les lieux, de vicaires qui rendent justice en son nom, de religieux qui desservent sa chapelle, ou encore d'un cuisinier chargé de nourrir cette cour.
Le château philippien vignette|redresse=0.8|alt=Gravure du sceau d'Emma de Laval.|Emma de Laval représentée sur son sceau. Au début du , le château est reconstruit, cette fois-ci intégralement en pierre. L'enceinte primitive en terre est délaissée, et l'appareil défensif se replie sur l'extrémité du promontoire. En effet, la ville s'est largement développée depuis le , et elle peut désormais se doter de son propre système défensif. Le nouveau château couvre ainsi une surface beaucoup plus restreinte. Son élément le plus marquant, tant d'un point de vue défensif que visuel, est sa tour maîtresse, bâtie au bout du promontoire. Cette tour forme l'abri ultime en cas de siège. Sa porte unique, qui ouvre dans l'enceinte du château, peut être fermée par un pont-levis et par une herse. L'enceinte castrale est elle-même protégée par une muraille flanquée de tours plus petites, l'entrée du château étant défendue par un châtelet muni de deux tours et d'un autre pont-levis. Devant ce châtelet, une partie de la basse-cour de l'ancien château de reste dans le giron du nouveau château. Elle accueille divers bâtiments annexes, comme un cellier, un grenier, une étable et une grange à foin.
La reconstruction du château a lieu à une période particulière. Tout d'abord, Laval et le Maine font partie du domaine des Plantagenêts depuis le début du , et cette dynastie a obtenu le trône d'Angleterre en 1154. Cependant, le roi d'Angleterre Jean sans Terre perd le Maine, l'Anjou et la Normandie en 1204, lorsqu'ils sont conquis par le roi de France Philippe II Auguste. Ainsi, Laval se retrouve en territoire capétien. Par ailleurs, meurt en 1210, et son fils unique Guyonnet ne lui survit que quelques mois. La lignée mâle des Laval s'éteint alors, le domaine revenant à la fille de , Emma.
vignette|gauche|alt=Plan supposé du château sous Philippe-Auguste.|Plan du château au , avec l'enceinte, la tour maîtresse isolée, le nouveau logis et la grande salle primitive. Philippe Auguste, soucieux de contrôler le devenir de la seigneurie, intervient et marie Emma à d'Alençon. Ce mariage est infructueux et Emma épouse en secondes noces Mathieu II de Montmorency en 1218. Ce dernier est connétable du roi, et ce mariage ainsi que la naissance du futur ancrent définitivement Laval dans la sphère capétienne. Le roi est connu pour ses nombreuses campagnes de fortification à travers le royaume, coïncidant avec l'avènement de la tour maîtresse circulaire, nommée « tour philippienne ».
La tour maîtresse de Laval a été construite en 1219-1220, comme en témoignent les analyses dendrochronologiques des charpentes. Cette période suit directement le mariage d'Emma de Laval à de Montmorency et les analyses prouvent donc le lien direct entre le mariage arrangé par Philippe Auguste et la construction de la tour. L'ancien logis seigneurial ainsi que la chapelle attenante, seuls édifices en pierre de l'ancien château, sont conservés lors de la reconstruction. L'habitation seigneuriale est cependant remplacée plus tard, vers 1310, par un nouveau corps de logis, qui domine la rivière. Construit sur le modèle du Palais de la Cité à Paris, dont la Grand'Salle, aujourd'hui disparue surplombait la grande salle du Commun aujourd'hui la salles des Gens d'Armes (toujours visible), ce logis comprend un escalier droit en façade qui mène à une nouvelle grande salle à l'étage. Cet étage comprend aussi une chambre réservée à la famille seigneuriale. Les travaux ont lieu après le mariage de avec Béatrix de Gâvre, noble flamande qui apporte en dot une fortune conséquente.. L'habitation primitive est cependant conservée à côté du nouveau logis jusqu'au .