Leonard Trelawny Hobhouse, né le à St Ive (Cornouailles)Freeden, Michael Hobhouse, Leonard Trelawny (1864–1929), Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, septembre 2004; online edn, mai 2006 accessed 15 Oct 2007. et mort à Alençon le , est un sociologue libéral britannique, un des théoriciens du libéralisme moderne.
Universitaire et journaliste, Hobhouse a été le premier professeur de sociologie à être recruté par une université britannique.
Sa conception de la sociologie s’inspire de sa connaissance des divers domaines tels que la philosophie, la psychologie, la biologie, l’anthropologie, l'histoire de la religion, l’éthique et le droit. Hobhouse est avec John Atkinson Hobson un des fondateurs du Nouveau libéralisme. Ce faisant, il a fourni la justification théorique à une certaine redistribution permise par les nouvelles pensions d’état en distinguant la propriété tenue « pour l’usage » de la propriété tenue « pour le pouvoir ». Son œuvre présente également une vision positive du libéralisme dans laquelle le but de la liberté est de permettre à des individus de se développer, et non seulement parce que cette liberté est bonne en soi. À cet égard, Hobhouse diffère de J. S. Mill, qui considérait la non-intervention de l’État et de la société comme bonne en soi. Hobhouse, en revanche, indiquait que la coercition devrait être évitée, non pas par manque de respect pour le bien-être d’autrui, mais parce que la coercition est inefficace à améliorer son sort.
Présentation Biographie Hobhouse est le fils d'un pasteur anglican et de Caroline Trelawny. Sa sœur, Emily Hobhouse est une militante progressiste.
Après des études à l’internat de Marlborough College, il intègre le Corpus Christi College d’Oxford, où il obtient un diplôme de première classe dans l'étude des Grands (les grands auteurs anciens), puis il décroche un prix de fellow du Merton College d’Oxford (1887) avant de devenir fellow à Corpus Christi (1894).. Il épouse Nora Hadween en 1891.
Durant cette période, il est sensible aux plaintes du mouvement ouvrier et se montre collectiviste au sens de ce mot à l'époque, c'est-à-dire critique envers l'individualisme auquel il reproche sur le plan philosophique, d'ignorer .
Se sentant un peu à l'étroit dans sa carrière universitaire, il exerce, entre 1897 et 1907, le métier de journaliste, d'abord au Manchester Guardian puis à The Tribune. En 1897, il quitte Oxford pour Manchester et, en 1902 Manchester pour Londres où il sera, entre 1903 et 1905, secrétaire d'une ligue antiprotectionniste la Free Trade UnionIbid. (les libéraux et l'Angleterre en général sont alors profondément divisés entre ceux qui veulent poursuivre la tradition du libre-échange et ceux qui veulent se tourner vers la protectionnisme). Il est contre la notion d'Empire tout comme John Atkinson Hobson qu'il a envoyé enquêter en Afrique du Sud durant la guerre des Boers. Son opposition à l'impérialisme est double : d'un point de vue conjoncturel, l'idée impériale empêche les politiques de traiter la question sociale (sur ce point il s'oppose à la Fabian Society qui a d'autres vues), sur le fond, l'impérialisme est opposé à l'idée de libre-échange et implique une forte action de l'État.
En 1905, dans Democracy and Reaction, il soutient que la lutte principale se situe entre la démocratie et la réaction et dans cette perspective, il a la volonté de réconcilier les deux branches du progressisme à savoir le libéralisme et le socialisme. Toutefois, il ne place pas ces deux branches sur le même plan car, il considère que le libéralisme est un mouvement plus fort aux racines historiques plus profondes que le socialismeMeadowcroft, p. xii..
En 1907, il revient à l'université et est nommé à la chaire de sociologie qui vient d'être créée à l'université de Londres. Il occupera cette chaire jusqu'à sa mort en 1929, non sans avoir été élu en 1925 à la British Academy.
Après la guerre de 1914, il sera attiré par le parti travailliste mais, comme John Atkinson Hobson, il ne sera jamais à l'aise dans une organisation étroitement liée aux syndicats et comprenant des socialistes doctrinairesMeadowcroft, .
Atteint par la gangrène et la phlébite pendant ses cinq dernières années, il se rendait, chaque été, en France pour un traitement médical. N’ayant pas de raison particulière de s'alarmer lors de sa traversée annuelle en 1929, cette fois-là, il est cependant soudainement tombé malade, avant de mourir..
Les influences Hobhouse a été influencé à la fois par John Stuart Mill dont il apprécie la volonté d'appliquer des méthodes rationnelles en matière de justice sociale et par Thomas Hill Green auquel il reprend la notion de bien commun, d'interaction entre l'individu et la société ainsi que la conception de la liberté comme pouvoir de s'assumer pleinementMeadowcroft, p. XIII.. Du point de vue sociologique, il reprend à Auguste Comte sa vision de la sociologie comme science positive et à Herbert Spencer l'idée d'évolution. Enfin, il a aussi subi l'influence d'Arnold Toynbee.
Il a profondément influencé le Nouveau libéralisme.
L'œuvre Le libéralisme selon Hobhouse C'est dans Liberalism un livre paru en 1911 que Hobhouse présente sa vision du libéralisme. Ce livre a été écrit à la demande des éditeurs de la Home University Library of Modern Konowledge qui a également demandé à Ramsay Mac Donald d'écrire un ouvrage sur le socialisme, ce sera The Socialist Movement (1911), et à Hugh Cecil un sur le conservatisme qui sera publié sous le titre de Conservatism (1912). Bien que Liberalism ne soit pas l'ouvrage le plus « académique » de Hobhouse, celui-ci demeure son ouvrage le plus marquantJames Meadowcroft, 1994, p. XII.. Une des questions majeures qui sous-tend l'ouvrage est de savoir si le libéralisme, qui a été une force de contestation et de démolition, est désormais capable de construire et de proposer des solutionsHobhouse, 194, .
Portée et éléments du libéralisme Pour lui le libéralisme est tout d'abord . Le libéralisme est également de progrès et . Enfin, pour lui, c'est un mouvement qui lie liberté et égalité.
Par rapport aux autres formes de libéralisme, chez Hobhouse et dans le social-libéralisme en général, ce qui compte, c'est la personnalité, c'est-à-dire l'ensemble des facettes de la personne et pas seulement ou principalement l'homo œconomicus. Il note à ce propos :
La façon très large dont il pense le libéralisme, l'amène à mettre en avant au chapitre II, neuf points principaux du libéralisme. La liberté civile qui pour lui se conjugue avec l'existence des lois qui empêchent l'oppressionHobhouse, 1994, .. La liberté fiscale c'est-à-dire le droit d'avoir son mot à dire sur les impôts. Il note que la liberté fiscale depuis le a été vue comme impliquant la liberté politiqueHobhouse, 1994, .. La liberté personnelle. C'est-à-dire la liberté de penser, de s'exprimer et la liberté de pratiquer une religion dans la mesure où cela ne porte pas atteinte aux autres et à l'ordre publicHobhouse, 1994, .. La liberté sociale c'est-à-dire le refus d'une organisation hiérarchisée de la société comme l'était l'Ancien Régime avec ses ordres et ses corporations. Il n'assimile pas le syndicalisme au corporatisme dans la mesure où on peut en devenir librement membre et qu'il n'est pas héréditaireHobhouse, 1994, .. Par ailleurs il est pour une comme il y a eu une . Liberté économique. Au niveau international il est pour le libre-échange. Par contre, et ce point est important dans le social-libéralisme la liberté économique se conjugue avec la liberté d'association, et notamment de se syndiquer. Il s'agit là d'un point central de son libéralisme pour qui la liberté ne peut se décliner qu'entre personnes ou organisations de forces similaires. Reprenant Thomas Hill Green, il est contre la liberté des contrats quand il y a entre les signataires des asymétries si profondes qu'il ne peut y avoir libre assentimentHobhouse, 1994, .. Liberté domestique. Pour lui, la famille ne doit plus être fondée sur le principe d'autorité et des limites doivent être portées au pouvoir des maris. La famille selon lui doit suivre ce qui s'est fait au niveau des États qui sont passés d'une société hiérarchisée à une société davantage fondée sur l'égalitéHobhouse, 1994, .. La liberté locale, raciale et nationale. C'étaient déjà des questions importantes de son temps et son attitude est de favoriser l'autonomie tout en sachant que ce sont des sujets complexes. La liberté internationale. Il s'agit pour lui d'éviter notamment le militarisme. Liberté politique et souveraineté populaire. Il reviendra sur ce point quand il abordera la question de l'État.
L'évolution des théories libérales Pour Hobhouse . Pour lui, les philosophies sont importantes à deux titres. D'une part parce qu'il faut nourrir l'âme humaine (), d'autre part, parce qu'elles provoquent parmi leurs adhérents une direction et unifient leurs effortsHobhouse, 1994, .
Cette idée de lien entre la pensée et le changement sous-tend son analyse de l'évolution du libéralisme. Pour lui, les semences du libéralisme se trouvent dans les cités grecques et dans Rome, pas dans les empires et, notamment pas, dans l'Empire romain qu'il voit comme une vaste machinerie bureaucratique reposant sur le pouvoir de l'arméeHobhouse, 1994, .. Par la suite, le système féodal puis les États modernes mercantilistes n'ont pas été libéraux. C'est d'ailleurs contre l'État autoritaire que s'est construit le libéralisme. Pour lutter contre l'autoritarisme d'État qui reposait sur , le libéralisme a été obligé d'élaborer une théorie dont la problématique se situait au même niveau. C'est ainsi qu'a été élaborée et, que, d'une certaine façon, la société politique formée à travers la convention et les théories du contrat social de Locke et de Rousseau a été placée un degré en dessous. Dans la théorie contractualiste, l'individu donne ses droits naturels à l'État et en reçoit des droits civils . Cette façon de concevoir la relation de l'État et des individus fut reprise, selon lui, par l'école de Manchester et par de nombreux utilitaristes
L'utilitarisme est, selon lui, la seconde théorie libérale. Pour Bentham, les droits de l'homme sont pour beaucoup une idée fausse d'inspiration anarchiste. Bentham met en avant qu'ils ne permettent pas de trancher entre des revendications différentes qui seraient basées sur eux. Il va donc y substituer la participation au bien commun par l'intermédiaire du principe du plus grand bonheur . Selon lui, si chez Bentham, les hommes sont fondamentalement égaux, malgré tout, le principe du plus grand bonheur peut conduire à la tyrannie de la majorité que redoutait également John Stuart Mill. Selon Hobhouse, l'utilitarisme repose sur des hypothèses contestables : il suppose que les hommes soient guidés par leurs intérêts (pour Hobhouse, les hommes ne sont ni si intelligents ni si égoïstes que Bentham le croit), il établit un lien simpliste entre l'intérêt de l'homme et le bien-être de la sociétéHobhouse, 1994, .. Il perçoit chez Bentham un certain autoritarisme paternaliste tempéré, d'une part par sa méfiance vis-à-vis du gouvernement qu'il voyait dominé par des intérêts hostiles au bien public et, d'autre part par la volonté d'éduquer. Sur ce point Hobhouse remarque que par le biais de l'éducation, il était possible de rendre l'homme plus rationnel et plus sensible au bien commun et donc de pallier au moins en partie la faiblesse des hypothèses.