, dit Guillaume le RouxWilliam Rufus en anglais. (vers 1060 – ), est roi d'Angleterre de 1087 à 1100 en succédant à son père Guillaume le Conquérant. Son règne est surtout marqué par l'opposition avec son frère aîné Robert Courteheuse, le duc de Normandie, les deux hommes se disputant le contrôle de l'Angleterre et de la Normandie. En 1096, à la faveur du départ de son frère pour la première croisade, Guillaume le Roux parvient à étendre sa domination sur le duché de Normandie, mais sa mort accidentelle quatre ans plus tard interrompt précocement la réunion de ces deux États.
Les historiens du , tous ecclésiastiques, entretinnent une image assez négative du personnage, rappelant surtout sa morale douteuse, ses mauvaises manières et sa mort dramatique. Les historiens actuels ont un avis plus nuancé. Ils reconnaissent que Guillaume a réussi à maintenir l'ordre en Angleterre et restaurer la paix en Normandie.
Biographie
Jeunesse thumb|Arbre généalogique de Guillaume le Roux.|alt=Généalogie de Guillaume le Roux Né probablement autour de 1060 dans le duché de Normandie, il est le troisième fils de Guillaume le Conquérant († 1087) et de Mathilde de Flandre († 1083). Il est donc le cadet de Robert Courteheuse et Richard († avant 1075), et l'aîné de Henri. Le surnom de « Roux » vient soit de la couleur de ses cheveux, soit de son teint rougeâtre Frank Barlow, William Rufus, Yale University Press, 1983, 11-12.. Bien que ce surnom ait été probablement peu utilisé de son vivant, il sert aux historiens à le distinguer des autres Guillaume de son époque. Écrivant quelques décennies plus tard, le moine-historien Orderic Vital le surnomme ainsi tout au long de son Historia ecclesiastica.
Guillaume le Roux est, comme ses frères, un aventurier, un chasseur et un soldat Frank Barlow, « (c.1060–1100) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 .. D'après l'historien britannique Frank Barlow, bien que moins intelligent que ses frères, il est persévérant et doté d'esprit. Durant son enfance, il est éduqué par le moine érudit Lanfranc, alors abbé de l'abbaye aux Hommes de Caen. En tant que troisième fils du duc, il aurait pu recevoir un apanage, mais en le confiant à Lanfranc, ses parents le destinent peut-être à entrer dans les ordres. La mort de Richard, le second fils, entre 1069 et 1075, bouleverse les projets du couple royal : Guillaume revient aux côtés de son père et le sert comme chevalier. Les observateurs le décrivent alors comme un garçon bon et respectueux, loyal et fidèle à son père.
Les relations entre les trois frères ne sont pas particulièrement bonnes. Un incident survenu entre eux, vers 1078, est le déclencheur d'une révolte de Robert, frustré de manquer d'argent et d'indépendance vis-à-vis de son père. Alors que le duc de Normandie est installé à L'Aigle avec sa suite, Guillaume et son benjamin Henri rendent une visite à leur frère aîné Robert qui loge dans une autre maison avec sa propre suite. Gagnés par l'ennui après avoir joué aux dés, ils urinent de l'étage sur la tête de Robert et de ses amisPour François Neveux, Robert et ses compagnons furent simplement aspergés d'eau. François Neveux, la Normandie des ducs aux rois, Ouest-France, Rennes, 1998, 430.. Il s'ensuit une mêlée tellement bruyante que le duc intervient et force ses fils à faire la paix. La nuit suivante, Robert, vexé et ayant perdu la face, se dirige, avec ses compagnons, vers Rouen où ils tentent de prendre le château. Leur coup de force est un échec et le duc ordonne leur arrestation. Robert et ses compagnons s'enfuient alors de Normandie. En 1079, Guillaume le Conquérant assiège son fils rebelle, retranché dans la place forte de Gerberoy. Là, Robert inflige une blessure à son père. Même si les deux hommes se réconcilient peu après, ce dramatique fait d'armes change probablement le destin du jeune Guillaume aux dépens de son frère.
Guillaume accompagne son père et son frère Robert en Angleterre en 1080. Il participe probablement à quelques campagnes en Écosse et au pays de Galles. Les années suivantes, il est avec son père en Angleterre et rien ne suggère une longue séparation entre eux. Par contre, depuis 1083, Robert Courteheuse a quitté la cour pour chercher fortune dans le royaume de France.
En , le Conquérant se meurt des conséquences d'une blessure reçue à l'abdomen alors qu'il attaquait Mantes, dans le Vexin français. Sa succession est très discutée et il est probable que son intention première ait été de déshériter complètement Robert. Mais il en est dissuadé par les barons du duché, qui avaient prêté hommage à Robert en 1066, juste avant l'invasion de l'Angleterre. Le Conquérant décide tout de même de récompenser son cadet Guillaume pour sa loyauté : à l'agonie, il l'envoie en Angleterre monter sur le trône.
Accession au trône (1087-1088)
Prise en main du royaume thumb|Dessin du grand sceau de Guillaume le Roux durant son règne, extrait de The pictorial history of England, par George Lillie Craik et autres (1846).|alt=Sceau de Guillaume le Roux
Guillaume embarque probablement à Touques vers la côte anglaise. Il se dirige ensuite vers Winchester, où il s'assure du trésor royal, puis rejoint l'archevêque de Cantorbéry, Lanfranc, son ancien tuteur, qui joue quasiment le rôle de vice-roi. Celui-ci respecte le vœu du Conquérant et le couronne à l'abbaye de Westminster le , soit dix-sept jours après la mort du roi. Pour l'historien Frank Barlow, c'est un « coup d'État ». Alors que Guillaume le Roux monte sur le trône, il n'a aucune expérience du gouvernement et ne connaît pas bien le pays. Mais il est aidé par Lanfranc et il s'assure sans difficulté de la soumission de l'administration royale, des shérifs et de la noblesse ministérielle. Dans un premier temps, le baronnage anglo-normand ne réagit pas, peut-être à cause de la présence des principaux d'entre eux en Normandie, ou parce qu'ils attendent de connaître les intentions de Robert Courteheuse. Ce dernier revient en Normandie dès qu'il apprend la mort de son père, et se fait reconnaître comme duc de Normandie et comte du Maine. Il est évidemment en colère contre son cadet, car celui-ci lui a prêté hommage à plusieurs occasions, le reconnaissant comme seul héritier de leur père.
Rébellion de 1088 thumb|upright=1.4|Carte du royaume d'Angleterre.|alt=Carte du Royaume d'Angleterre
Guillaume le Roux n'hésite pas à distribuer le trésor royal aux églises et aux shérifs des comtés, et choisit de s'attacher les services de Guillaume de Saint-Calais, l'évêque de Durham, pour le conseiller. Rapidement, il gagne le soutien de l'Église et du baronnage anglo-normand. Il commet alors l'erreur de rendre à son oncle Odon, évêque de Bayeux, libéré de prison par le Conquérant sur son lit de mort, ses possessions en Angleterre. Peu reconnaissant, l'évêque organise bientôt une conspiration pour réunir la Normandie et l'Angleterre sous le seul gouvernement de son neveu Robert Courteheuse. L'obligation d'obéir à deux suzerains différents et ennemis posait en effet des problèmes de loyauté aux aristocrates anglo-normands Frank Barlow, William Rufus, Yale University Press, 1983, 74-84.. Odon réunit autour de lui de grands barons du royaume, tels , comte de Shrewsbury, Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances et Robert de Mortain. Les rebelles fortifient les châteaux de Rochester, Pevensey et Tonbridge. Au printemps 1088, ils lancent leur campagne en mettant à sac les terres et fermages du roi et de ses soutiens, puis attendent le débarquement du duc Robert Courteheuse. Mais celui-ci tarde à débarquer, et Guillaume le Roux en profite pour mobiliser toutes les forces disponibles. Sa réponse est triple Robert Bartlett, England Under the Norman and Angevin Kings, 1075–1225, Oxford University Press, 2002, 52..
Tout d'abord, il cherche à diviser ses adversaires en se montrant prêt à les récompenser s'ils abandonnent la conspiration. Roger de Montgommery est le premier à céder. Ensuite, Guillaume promet au peuple anglais, dans son ensemble, de restaurer les meilleures lois qu'il ait jamais connues, d'abolir les impôts injustes et de reconsidérer les droits de chasse. Enfin, il passe à l'action militaire en assiégeant et en prenant les châteaux rebelles. Dès la fin du mois de juillet, la rébellion est écrasée. Le roi décide par choix politique de pardonner massivement aux rebelles, à l'exception notable d'Odon de Bayeux qui est banni du royaume. À la suite du conflit, il doit régler le cas de Guillaume de Saint-Calais, son principal conseiller, qui l'a abandonné pendant le conflit et s'est réfugié à Durham. Il s'ensuit un débat entre le roi et l'évêque pour savoir s'il doit être jugé comme un seigneur séculier selon les lois féodales ou comme un évêque selon les lois canoniques. Finalement, le roi exaspéré prive l'évêque de ses possessions temporelles et le bannit du royaume Frank Barlow, « St Calais, William of (c.1030–1096) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004..
L'ordre revenu dans son royaume lui permet de récompenser ses principaux soutiens durant la révolte. Henri de Beaumont reçoit le titre de comte de Warwick, Guillaume de Warenne, celui de Surrey, et Robert FitzHamon, l'important honneur de Gloucester.
Relations difficiles avec le duché de Normandie (1088-1096)
Le contrecoup de la rébellion de 1088 thumb|upright=1.5|Carte historique du duché de Normandie. Eu est au nord-est et le Vexin au sud-est.|alt=Carte historique du duché de Normandie Après l'échec de la rébellion, les relations sont encore plus tendues entre les deux frères. Leur benjamin Henri, bien décidé à hériter d'au moins un de ses deux frères, essaye de tirer avantage de la situation. Sa préférence va à Guillaume, mais le faible et dépensier Robert est le plus facile à exploiter. Aussi, en 1087-1088 il achète, avec l'argent de son héritage, l'Avranchin et le Cotentin. De son côté, Guillaume le Roux utilise les énormes revenus que lui procure son royaume, pour s'attacher les services des vassaux de Robert Courteheuse et préparer l'invasion de la Normandie Frank Barlow, William Rufus, op. cit., 276-277.. Au cours de l'été 1090, il a ainsi corrompu la plupart des barons de la Haute-Normandie, avec un noyau de fidèles centré sur Eu. La situation dans le duché commence à se détériorer, et des partisans du roi déclenchent une rébellion à Rouen, la capitale. Henri en profite pour se rapprocher de son aîné en accourant à son secours. La révolte rouennaise est matée sans que Guillaume n'en ait profité pour entrer en action.
Le traité de Caen en 1091
Guillaume entame en la dernière phase de son plan pour réunir les territoires paternels. Il débarque en Normandie et s'installe à Eu. Toutefois, il n'y a aucun affrontement armé sérieux. Ce statu quo aboutit au traité de Caen que Guillaume de Saint-Calais, qui vient de se réconcilier avec Guillaume, négocie apparemment entre les deux frères. Par ce traité, ils font la paix et se désignent héritiers l'un de l'autre. Guillaume conserve le comté d'Eu, l'abbaye de Fécamp et le port de Cherbourg. En échange, Guillaume aide son frère à récupérer les territoires qu'il a dû concéder dans le duché pour s'attacher des fidélités. Les deux frères s'attaquent donc à Henri, maître de l'Avranchin et du Cotentin, et l'assiègent au Mont-Saint-Michel. Finalement, ils le laissent s'exiler en France C. Warren Hollister, « (1068 ou 1069–1135) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004..