José Alberto Mujica Cordano (Prononciation de « José Mujica » en espagnol d'Amérique retranscrite selon la méthode de l'alphabet phonétique international (API).), dit Pepe Mujica, est un homme d'État uruguayen, né le à Montevideo et mort le à Rincón del Cerro. Il est président de la république orientale de l'Uruguay de 2010 à 2015.
Guérillero des Tupamaros dans les années 1960-1970, il est détenu en tant qu'otage et torturé sous la dictature militaire. Après le rétablissement de la démocratie, il participe à la création du Mouvement de participation populaire (MPP) avec le Mouvement de libération nationale Tupamaros (MLN-T).
Élu député en 1995 et sénateur en 2000, il est nommé en 2005 ministre de l'Agriculture du gouvernement Vázquez. En 2009, il remporte la primaire présidentielle au sein de la coalition de gauche du Front large, puis est élu au second tour de l'élection présidentielle contre le candidat du Parti national, Luis Alberto Lacalle.
En tant que chef de l’État, il refuse les avantages inhérents à sa fonction et mène des réformes sociétales. Ex-guérillero d’extrême gauche, il conduit une politique de nature sociale-démocrate par pragmatisme affiché, tout en dénonçant la logique de consommation engendrée par le système capitaliste, dont il souligne le coût humain et environnemental.
Comme signale le sociologue Denis Merklen dans l'hommage qu'il lui rend dans Le Monde, « la BBC et une bonne partie de la presse internationale vont louer l’intégrité morale dans l’exercice du pouvoir de celui que l’on présente comme le « président le plus pauvre du monde ». Une éthique qui résulte d’une vie toujours menée dans la même frugalité, roulant à côté de sa compagne, Lucía Topolansky, au volant de sa Coccinelle Volkswagen sur les chemins de terre qui le conduisent au palais présidentiel depuis sa petite ferme, la « chacra ». Où, après une journée d’exercice du pouvoir, on l’aperçoit s’occuper de ses plantations de marguerites, de sa chienne à trois pattes Manuela, et recevoir, sur les chaises en plastique de son jardin, autorités, journalistes et célébrités du monde entier »..
En vertu de la Constitution, il ne peut se représenter à l’issue de son quinquennat présidentiel. Il siège ensuite à nouveau au Sénat.
Biographie Enfance, jeunesse et formation José Alberto Mujica Cordano naît le à Montevideo. Fils de Demetrio Mujica et Lucía Cordano dans une famille modeste de fermiers d'origines basque (Biscaye) et italienne, il est, à l'âge de six ans, orphelin de père, celui-ci faisant faillite peu de temps avant sa mort, en 1940.
Il reçoit un enseignement primaire et secondaire dans le quartier où il est né. Il commence une école de droit à l'Institut Alfredo Vásquez Acevedo, mais ne la termine pas.
De 13 à , il pratique le cyclisme, et représente plusieurs clubs dans toutes les catégories.
Guérilla des Tupamaros José Mujica s'engage d'abord politiquement aux côtés d'anarchistes et d'autres activistes sociaux. Il est proche, à la fin des années 1950, du sénateur blanco Enrique Erro, fondateur de l'Union populaire en 1962.
Il devient ensuite l'un des dirigeants de la guérilla des TupamarosChristine Legrand, « En Uruguay, l’ancien dirigeant des Tupamaros, José Mujica, brigue la présidence », Le Monde, 2 juillet 2009, 6., active dans les années 1960-1970. Selon lui, la fondation de ce groupe armé est destinée à l'origine autant à se défendre contre les agressions de groupes d'extrême droite qu'à appuyer les mouvements sociaux et les luttes des cañeros, les travailleurs agricoles de Bella Unión organisés en syndicats avec l'aide de Raúl Sendic, qui devient plus tard la figure emblématique des Tupamaros. En , le jour de la commémoration de la mort de Che Guevara, il participe à la prise de Pando. Arrêté par la suite, il s'évade avec plus d'une centaine de prisonniers politiques de la prison de Punta Carretas le , en pleine campagne électorale, avant d'être à nouveau arrêté. Arrêté une autre fois, il s'évade à nouveau avant d'être définitivement arrêté sous le gouvernement de Juan María Bordaberry.
Sous la dictature militaire (1973-1985), il est fait prisonnier-otage de la junte et détenu dans des conditions sordides (deux ans au fond d’un puits). Avec d'autres dirigeants des Tupamaros (Sendic, Fernández Huidobro, Mauricio Rosencof, Adolfo Wasem, Julio Marenales, , , Jorge Zabalza, etc.), il est alors continuellement torturé et menacé d'exécution par les militaires au cas où les Tupamaros décideraient d'agir contre la dictature. Les otages sont transférés de caserne en caserne pendant toute la durée de la dictature, Mujica restant ainsi aux côtés de Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, avec qui il communique en tapant sur les parois.
Transition démocratique et la voie parlementaire Débuts au MPP et au Sénat
Amnistié au retour de la démocratie, en 1985, il abandonne la lutte armée pour s'engager dans la voie électorale, en cofondant le Mouvement de participation populaire (MPP), qu'il dirige, tout en restant membre de la direction collective du Mouvement de libération nationale - Tupamaros (MLN-T). Le MPP, composé du MLN-T et d'autres partis, devient progressivement la principale composante du Frente Amplio (Front large), la coalition de gauche qui s'oppose aux deux partis traditionnels, le Parti blanco et le Parti colorado. En 1994, il est élu député sur la liste 609 (qui regroupe plusieurs groupes autour du MPP), puis sénateur en 1999. Dans le privé, Mujica vend des fleurs avec sa femme, Lucía Topolansky, tandis que son langage populaire, faisant appel à des métaphores issues de l'imaginaire gaucho, ainsi que ses capacités de négociation contribuent à l'imposer sur la scène politique. À la fin des années 1990, il est élu président du Congrès uruguayen.
Ministre de l'Agriculture (2005-2008) thumb|José Mujica (à gauche) reçu par Lula au palais du Planalto (2009).
Réélu sénateur en 2004 (liste 609), il est nommé Ministre de l'Agriculture du gouvernement de gauche (Frente Amplio) du président Tabaré Vázquez. Mujica est accompagné dans cette tâche par le vice-ministre Ernesto Agazzi, ingénieur agronome chevronné et également ex-guérillero Tupamaro. Il est reconduit en à la direction collégiale du MPP, obtenant 90 % des votes.
En 2007, il échoue à faire admettre par le Congrès du Front large la candidature de Constanza Moreira comme présidente. À l'occasion d'un remaniement ministériel, Vázquez le fait démissionner de son poste le . Il redevient alors sénateur, sans annoncer ouvertement sa candidatureVoir l'encadré Ni en pedo, pero si me obligan de La Diaria, 6 février 2008. Il rend toutefois visite aux chefs d'État voisins (Kirchner en Argentine, alors en pleine « guerre du papier » contre l'Uruguay, Lula au Brésil, etc.) : s'il n'est pas alors véritablement considéré comme présidentiable en Uruguay, les autres présidents américains le considèrent comme tel. En , il rend visite au candidat blanco Jorge Larrañaga, ce qui suscite l'agacement de l'électorat blanco de voir leur candidat dialoguer avec un ex-guérillero. Le , il est investi comme « candidat officiel » du Front large pour les prochaines élections primaires au sein de la coalition de gauche.
Vers la présidence de la République
Il remporte l'investiture du Frente Amplio le , contre Danilo Astori (Assemblée Uruguay), représentant de la tendance centriste de la coalition, pour être candidat à l'élection présidentielle« Un ancien guérillero tupamaro va briguer la présidence », Le Monde, 29 juin 2009. Astori devient son colistier, tandis que Mujica démissionne en du MPP pour devenir le représentant de l'ensemble du Frente Amplio. Le , il arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle avec 48 % des voix.
Mis en ballotage par son adversaire du Parti national, Luis Alberto Lacalle (néolibéral), Mujica est élu avec 52,9 % des voix lors du second tour, le , contre 42,9 % des voix pour Lacalle; il est investi le .
Le , José Mujica devient officiellement président de l'Uruguay, au cours d'une cérémonie organisée place de l'Indépendance, à Montevideo, au pied de la statue du héros national, José Gervasio Artigas.
Au pouvoir Composition du gouvernement Mujica
vignette|José Mujica avec son épouse Lucía Topolansky, sénatrice la mieux élue du pays en 2009. La composition du futur gouvernement Mujica avait été fixée dès la fin , les négociations au sein du Front large ayant été rapides. La composition du gouvernement est ainsi élaborée en coordination avec le Commandement central du Front large. Les ministres du Front Líber Seregni (FLS, l'autre grande composante du Front large) sont désignés par le vice-président Danilo Astori, qui en est le dirigeant.
Des membres de tous les secteurs du Front large sont nommés au gouvernement. Parmi eux : Quatre du Mouvement de participation populaire (Ministères : Intérieur ; Relations extérieures ; Éducation et Culture ; Logement, Aménagement territorial et Environnement) et deux autres membres de l'Espace 609 (Sous-secrétariats : Défense nationale ; Économie et Finances), Trois de l'Assemblée Uruguay (Vice-présidence ; Ministère : Transports et Travaux publics ; Sous-secrétariat : Logement, Aménagement territorial et Environnement), Trois du Parti socialiste (Ministères : Santé publique ; Industrie, Énergie et Mines ; Sous-secrétariat : Relations extérieures), Deux du Parti communiste (Ministère : Développement Social ; Sous-secrétariat : Santé), Un du Parti démocrate chrétien (Ministère : Tourisme et Sports), Un du Nouvel espace (Ministère : Économie et Finances), Un du CAP-L (Ministère de la Défense nationale), Un de l'Axe artiguiste (Ministère : Travail et Sécurité sociale), Six indépendants (Ministère : Élevage, Agriculture et Pêche ; Sous-secrétariats : Intérieur ; Travail et Sécurité sociale ; Élevage, Agriculture et Pêche, Transports ; Secrétariat de la Présidence).
Politique économique et sociale
En termes généraux, il s'inscrit dans la continuité de la politique de la mandature précédente. La part des dépenses sociales dans le total des dépenses publiques passe ainsi de 60,9 % à 75,5 % entre 2004 et 2013. Selon le sociologue Denis Merklen, lorsque José Mujica rend le pouvoir à son successeur, l'Uruguay est à nouveau « champion de l'Amérique latine en matière sociale. En , le chômage représente 6,3 % de la population active. L'emploi non déclaré concerne seulement 16 % des salariés. La pauvreté passe de 40 % en 2005 à 11,5 % de la population et elle est inférieure à 3 % dans les zones rurales. L'indigence touche 0,5 % des personnes. Sur la totalité de ces indicateurs, l'Uruguay est alors le pays le mieux placé de l'Amérique latine. » Le salaire minimum est rehaussé de 250 %.
Il soutient par ailleurs le renforcement des syndicats. D'après la Confédération syndicale internationale, l'Uruguay est devenu le pays le plus avancé d’Amérique en matière de respect « des droits fondamentaux du travail, en particulier la liberté syndicale, le droit à la négociation collective et le droit de grève ».
Il annonce en le dépôt d'un projet de loi devant limiter le secret bancaire pour lutter contre l'évasion fiscale, conformément aux standards de l'OCDE. Selon la Banque centrale de l'Uruguay, près de 18 % des dépôts appartiendraient à des non-résidents, soit de dollars, détenus pour la plupart par des Argentins.
La loi est votée par les 2 chambres du parlement uruguayen en , la plus importante loi en matière fiscale depuis celle de 2007 qui avait institué l'impôt sur le revenu. vignette|José Mujica avec Barack Obama à la Maison-Blanche (12 mai 2014).
Politique étrangère