Marcus Furius Camillus dit Camille est un général et un homme d'État romain, actif durant la première moitié du , issu d'une famille patricienne, l'une des plus anciennes et des plus nobles, la gens Furia.
Plutarque lui consacre une biographie dans ses Vies parallèles des hommes illustres et Tite-Live le présente comme un des plus brillants chefs d’armée que la République romaine ait connus. Ses nombreuses victoires et la prise de Véies, cité étrusque rivale de Rome, marquent le début de la lente mais inexorable expansion territoriale romaine.
De nombreux éléments de la vie de Camille sont considérés comme légendaires par la recherche moderne.
Famille Il est membre des Furii Camilli, branche de la gens patricienne Furia. Il est le fils de Lucius Furius Medullinus, tribun consulaire en 432, 425 et 420 , et le petit-fils de Spurius Furius Medullinus Fusus, consul en 464 Son nom complet est Marcus Furius L.f. Sp.n. Camillus. Il est le père de , consul en 349 et de Spurius Furius Camillus, préteur en 366
Biographie Censeur (-403) Selon Tite-Live, Camille a pu être élu tribun consulaire en 403 , 2, mais il paraît plus probable qu'il ait été élu censeur ou tribun consulaire à pouvoirs censoriaux, avec Marcus Postumius Albinus Regillensis pour collègue. Les deux censeurs incitent les célibataires romains à épouser les veuves, nombreuses à cause des guerres fréquentes, sous peine d'amende et accroissent les ressources publiques en supprimant la dispense d'impôt dont bénéficient les orphelins. Selon Plutarque, ces mesures ont surtout pour objectif de renflouer le trésor public vidé après les nombreuses campagnes militaires de ces dernières années, 2.
Guerre contre Véies
Premier tribunat consulaire (-401) En 401 , Camille est élu tribun militaire à pouvoir consulaire avec cinq autres collègues, tous patriciens. Les tribuns reprennent et partagent les commandements militaires et poursuivent la longue guerre contre Véies et ses alliés étrusques. Tandis que ses collègues affrontent les Véiens, les Volsques d'Anxur et les Capénates, Camille mène une campagne contre Faléries.
Deuxième tribunat consulaire (-398) En 398 , Camille est tribun consulaire pour la deuxième fois, avec cinq autres collègues, de nouveau tous patriciens. La plupart des tribuns sont appelés à relever les commandants du siège infructueux de Véies, sans parvenir à y mettre eux-mêmes un terme. Pendant ce temps, Camille mène une campagne contre les Capénates, alliés des Véiens, et se taille une réputation d'habile général en revenant chargé de butin, 7.
Premier interrègne (-396) Le collège de tribuns consulaires en exercice en 397 est contraint d'abdiquer avant la fin du mandat annuel à cause d'une élection jugée irrégulière. Des interrois se succèdent, dont Camille, pour organiser de nouvelles élections.
Première dictature (-396)
Les tribuns consulaires de 396 subissent des revers militaires face aux Falisques et aux Capénates, entraînant la mort de l'un d'eux, Cnaeus Genucius Augurinus. Le Sénat recourt à la dictature pour prendre en main les différentes opérations militaires et mettre un terme au siège de Véies. Il choisit Camille qui s'est fait remarquer avec ses victoires sur les Capénates deux ans plus tôt. Ce dernier nomme Publius Cornelius Maluginensis comme maître de cavalerie.
Camille, présenté comme l'instrument du destin menant à bien une mission religieuse (dux fatalis), défait les Falisques et les Capénates et s'empare de la ville de Véies qu'il met à sac, après un siège de dix ans. Il ordonne que les prisonniers de Véies soient mis en vente en tant qu'esclaves, ce qui constitue peut-être la première réduction en esclavage massive de l'histoire romaine. De retour à Rome, Camille célèbre un triomphe en grande pompe. En tant que dictateur, il choisit un emplacement sur l'Aventin pour un temple dédié à Junon Reine et dédie le temple de Mater Matuta selon deux vœux prononcés avant la bataille de Véies, 6, puis il abdique, 7.
La répartition du butin ternit cette victoire. Camille, avec l’assentiment du Sénat, a laissé ses soldats et les citoyens romains volontaires s’emparer de tout le butin de la prise de Véies. Or il avait fait avant la bataille la promesse de consacrer à Apollon le dixième du butin. Ne pouvant honorer sa promesse étant donné que le butin se retrouve dispersé parmi le peuple, les pontifes décident que chacun rapporterait le dixième de son butin personnel pour se libérer de l’engagement fait au dieu, mesure qui rend Camille impopulaire. Finalement, devant les difficultés soulevées par l'application de cette décision, les pontifes déclarent que ceux qui veulent se libérer, eux et leur famille, de cette dette de religion peuvent estimer eux-mêmes la valeur de leur butin et en rapporter le dixième du prix au trésor.
Troisième tribunat consulaire et exil (-394/-391)
Camille est tribun consulaire pour la troisième fois en 394 avec cinq autres collègues, tous patriciens. Tandis que deux de ses collègues mènent une campagne contre les Èques, Camille contraint la ville de Faléries à la reddition. Selon la tradition, Camille s'empare de Faléries sans combat, grâce au sens de la justice dont il fait preuve au cours de l'épisode du maître d'école durant lequel Camille refuse que lui soient livrés en otages les fils des principaux dignitaires de la cité assiégée. Toutefois, ce succès diplomatique provoque un fort ressentiment parmi les troupes romaines qui se voient privées de butin, la ville n'ayant pas été mise à sac.
À la fin de 392 , Camille est un des trois interrois qui se succèdent pour mener à bien les élections consulaires. Après deux années de rétablissement du consulat, les nouvelles élections débouchent à nouveau sur la formation d'un collège de tribuns consulaires. Le consulat n'est rétabli qu'en 367
En 391 , Camille est accusé de s'être illégalement approprié une part du butin de Véies, une porte en bronze qui aurait été vue chez lui, par le questeur Spurius Carvilius. Malgré ses succès électoraux et militaires, Camille ne bénéficie plus du soutien du peuple après le vœu oublié et l'issue pacifique du siège de Faléries. Il est poursuivi en justice par le tribun de la plèbe Lucius Apuleius pour l'affaire du butin et choisit l'exil avant que sa condamnation ne soit prononcée. Alors qu'il quitte la ville, Tite-Live et Plutarque lui prêtent un discours menaçant envers ses concitoyens, en appelant aux dieux pour que les Romains regrettent bientôt de lui avoir fait subir cette injustice. Il est condamné par contumace à une amende de .
Deuxième dictature (-390)
En 390 , la victoire des Gaulois à la bataille de l'Allia leur ouvre la route de Rome qui est assiégée. Selon la tradition, les Romains parviennent à se retrancher sur le Capitole et à repousser les assauts ennemis grâce à l'action de Marcus Manlius Capitolinus. Toutefois, il est probable que les Gaulois aient en fait réussi à s'emparer de la citadelle romaine.
Il semble que le procès de Camille qui se conclut par son exil, c'est-à-dire sa disparition temporaire de la scène politique romaine, soit une invention de l'annalistique romaine pour dissocier le héros romain du désastre de l'Allia. Il peut ainsi être présenté comme l'homme providentiel rappelé officiellement d'exil par le Sénat afin d'être nommé dictateur et reprendre en main les opérations militaires contre les Gaulois. Tite-Live le fait donc intervenir à la tête d'une armée composée de survivants du désastre de l'Allia, arrivant à Rome au moment où Brennus, le chef gaulois, exige depuis le forum des Romains réfugiés au Capitole qu’ils lui versent une somme d’or déterminée par une balance sur le contrepoids duquel il ajoute le poids de son épée, lançant la célèbre formule « Vae Victis ! ». Selon Tite-Live, Camille lui répond que « les Romains ont appris de leurs pères à sauver la patrie par le fer, non par l’or » et oblige les Gaulois à la bataille, lors de laquelle ces derniers sont vaincus. Camille aurait ainsi sauvé l’honneur militaire des Romains en récupérant la rançon, leur évitant une des plus grandes humiliations de l'histoire romaine. Cette version des faits permet à l'auteur antique de confronter Brennus à Camille et de souligner le tempérament belliqueux du premier face à l'attitude artificiellement calme du deuxième.
La succession de ces évènements est aujourd'hui considérée comme une invention de l'annalistique du . Une autre version rapportée par le géographe grec Strabon semble indiquer que les Gaulois ont en fait réussi à quitter Rome avec la rançon. Tout comme Polybe, il ne fait pas mention d'une intervention de Camille, les Gaulois étant défaits en territoire sabin par les troupes de Caeré qui restituent la rançon aux Romains. En remerciement, ces derniers accordent aux habitants de Caeré quelques droits conférés par la citoyenneté romaine (hospitium publicum).
Selon la tradition, Rome est entièrement dévastée, sauf le Capitole qui a résisté aux Gaulois. Le peuple et les tribuns de la plèbe envisagent d'abandonner le site et de s'installer à Véies. Camille les en dissuade, plaidant l'impossibilité de quitter le sol consacré aux dieux protecteurs de Rome et encourage la reconstruction des temples et des maisons.
Campagnes contre les voisins de Rome Troisième dictature (-389) Alors que commence la reconstruction de Rome, Camille est nommé une nouvelle fois dictateur en 389 avec Caius Servilius Ahala pour maître de cavalerie. Il défait successivement les Volsques, les Èques et les Étrusques qui viennent de s'emparer de Sutrium. Ce triple succès militaire lui vaut l'honneur de célébrer un triomphe et permet aux Romains d'annexer une partie du territoire des Volsques. Diodore de Sicile place la bataille opposant Camille aux Gaulois de Brennus cette année-là. Selon lui, Camille l'emporte et récupère la rançon.
Quatrième tribunat consulaire (-386) En 386 , il est élu tribun militaire à pouvoir consulaire avec cinq collègues, tous patriciens. Ces derniers lui confient le commandement pour combattre une nouvelle coalition composée d'éléments étrusques, volsques, herniques et latins. Camille prend d’assaut la ville volsque de Satricum puis reprend les cités de Sutrium et de Népété aux Etrusques. Selon lelogium dédié à Camille dans le forum d'Auguste, Camille mène également des opérations militaires contre Velitrae (sed[ato] Velitern[orum bello]).
Cinquième tribunat consulaire (-384) Camille est tribun consulaire pour la cinquième fois en 384 avec cinq collègues patriciens. Il fait transférer le tribunal jugeant Marcus Manlius Capitolinus, arrêté l'année précédente pour perduellio, dans le bois Pétilien, afin que les débats se déroulent hors de la vue du Capitole, associé dans l'esprit des Romains aux exploits passés de Capitolinus. Les tribuns de la plèbe Marcus Menenius et Quintus Publilius qui mènent l'accusation obtiennent la condamnation et l'exécution de Capitolinus pour haute trahison, 5-7.
Sixième tribunat consulaire (-381) Camille est élu tribun militaire à pouvoir consulaire une sixième et dernière fois en 381 avec cinq collègues patriciens. Il reprend en main la campagne contre les Volsques après l'échec de son collègue Lucius Furius Medullinus. Il défait les Volsques et ramène Tusculum dans l'alliance romaine.
Quatrième dictature (-368) L’œuvre de Camille ne se limite pas aux champs de bataille. Il est désigné dictateur pour la quatrième fois en 368 en raison de son prestige, pour empêcher le vote en force des lois licinio-sextiennes, projet qui réserve une des deux magistratures consulaires à un plébéien. Selon Tite-Live, Camille ne parvient pas à faire fléchir la résolution des tribuns de la plèbe Caius Licinius Stolon et Lucius Sextius Lateranus malgré sa menace de lever une armée et d'enrôler tout le peuple sous l'autorité militaire. Camille démissionne de sa dictature.
Cinquième dictature (-367)