Marcus Æmilius Lepidus, dit Lépide (dans les inscriptions : M•ÆMILIVS•M•F•Q•N•LEPIDVS« Marcus Æmilius Lepidus, M(arci) F(ilius) Q(uinti) N(epos), fils de Marcus, petit-fils de Quintus ».), né vers 89 et mort en 12 , est un célèbre général et homme politique romain du

Descendant de la famille patricienne des Æmilii, il est partisan de Jules César qui lui confie l'administration provisoire de Rome pendant la guerre civile contre Pompée, dont il est ensuite le co-consul en 46 ainsi que le maître de cavalerie jusqu'en 44 . Il entretient aussi de bonnes relations avec l'aristocratie romaine. Après l'assassinat de Jules César, il prend le contrôle de Rome et s'allie au consul Marc Antoine, devenant pontifex maximus à la place de César. Il est envoyé gouverner la Gaule narbonnaise et l'Hispanie citérieure en 44/43 pour négocier la paix avec Sextus Pompée, mission qu'il mène à bien sans combat. Il se retrouve alors à la tête de la plus importante armée d'Occident. Ayant de nombreux liens avec le Sénat romain mais aussi des liens d'amitié avec Antoine, il reste d'abord neutre et prudent dans le conflit opposant les Républicains puis Octave à Antoine. Finalement, il se rallie, ses officiers de troupe plutôt, à Antoine. Celui-ci vaincu, il est lui aussi déclaré « ennemi public ».

Brouillé avec ses anciens alliés sénatoriaux, il obtient la rencontre et l'alliance d'Antoine et Octave. Lépide devient alors le troisième membre du second triumvirat. Restant à Rome pendant que ses collègues vont combattre les « Républicains », il devient maître de l'Afrique après la bataille de Philippes remportée par Antoine (42). Il réussit à se tenir à l'écart des querelles de ses deux collègues mais se voit peu à peu réduit à un rôle secondaire. Il aide Octave à vaincre Sextus Pompée en Sicile, puis cherche à s'emparer de cette riche province au détriment d'Octave. Celui-ci l'écarte facilement en retournant son armée de son côté (36 ). Il va alors passer les vingt-trois dernières années de sa vie relégué près du mont Circé, sur la côte du Latium, tout en restant pontifex maximus jusqu'à la fin de ses jours.

Les actions politiques de Lépide auprès de César puis au sein du second triumvirat participent à la chute de la République romaine. Quelques années après la mort d'Antoine à Alexandrie (30), on octroie à Octave les titres de Princeps et surtout dAuguste, jusque-là réservé aux dieux. C'est la fin de la période républicaine et le début de l'Empire romain en 27 . Auguste devient Grand pontife à la mort de Lépide fin 13 ou début 12 .

Naissance et ascendance Il naît vers 89 Si Lépide a lors de sa préture et lors de son consulat, comme Cicéron qui a fait un cursus honorum classique. Il s'agit ici des âges minimaux pour atteindre ces magistratures. L'âge de son frère peut être déduit de la même manière, ce qui en ferait son aîné d'environ .

Il est membre des Aemilii Lepidi, branche de la gens patricienne des Aemilii qui apparaît au , avec le consulat de Marcus Aemilius Lepidus en 285 Les Aemilii ont des consuls dès le et représente l'une des familles les plus importantes et les plus influentes de l’histoire romaine. Le cognomen Lepidus signifie « gracieux, charmant, agréable ».

Son père est Marcus Æmilius Lepidus, un proche des partisans de Caius Marius qui s'est rallié à Sylla. Il n'hésite pas à profiter de la proscription de 82 pour s'enrichir par le biais de la vente des biens des condamnés, et est suspect aux yeux de nombreux sénateurs syllaniens pour son comportement ambigu et son ralliement tardif. Il est préteur en Sicile en 80, et est poursuivi à son retour à Rome en 79 par les frères Quintus Caecilius Metellus Celer et Nepos pour sa gestion brutale dans sa province, mais il est acquitté. Pour l'année 78, il est élu consul aux côtés d'un fidèle de Sylla, Quintus Lutatius Catulus, avec le soutien marqué du jeune Pompée déjà célèbre et contre l'avis de Sylla. Au début de son consulat, après le retrait de la vie politique de Sylla, il rentre rapidement en conflit avec son collègue, qui ne peut rivaliser avec lui, turbulent et habile, et se crée de nombreux soutiens populaires, n'hésitant pas à utiliser ses richesses acquises en 82, notamment dans la réfection de la basilique Æmilia ou dans la construction de la plus somptueuse villa à Rome, ainsi que par des promesses populistes. Il s'attaque à Sylla et ses réformes avec une grande violence, le dénonçant comme un tyran si l'on en croit SallusteSalluste, Histoires, I, 55, .. Cela mène à des insurrections en Italie, dont le Sénat le charge, avec son collègue, de les réprimer, et il se réjouit d'être doté d'un commandement légal. Cela lui permet de rejoindre en Étrurie un certain nombre de proscrits, et, au contraire de son collègue, il reste à la tête de son armée quand bien même la révolte fut matée et que le Sénat le rappelle. Il se retrouve donc à la tête d'une forte armée marianiste ayant pour but de mettre à bas la constitution syllanienne défendue par le Sénat, tenant une grande partie du nord de l'Italie. Après de longues hésitations, Lepidus est déclaré « ennemi public » par un senatus consultum ultimum, puis vaincu alors qu'il marche sur Rome en 77 par Pompée et Catulus, il meurt peu après avoir tenté de s'emparer de la Sardaigne, alors que Lépide a environ 12 ans.

Sa mère est une Appuleia de la gens des Appuleii, qui ne serait pas restée fidèle à son époux, et c'est ce qui aurait provoqué la mort de son père par chagrin selon PlutarquePlutarque, Vies parallèles des hommes illustres, Pompée, 15., après l'avoir répudiée, précise Pline l'AncienPline l'Ancien, Histoire naturelle, VII, 36., plutôt que quelques combats menés en Sardaigne. Il pourrait s'agir de la fille de Lucius Appuleius Saturninus, popularis qui se situe dans la lignée des Gracques, et qui s'attache à restaurer leur œuvre législative. Tribun de la plèbe en 103 et 100, allié de Caius Marius et de Caius Servilius Glaucia, il provoque avec Glaucia de graves troubles, le Sénat obligeant alors Marius à éliminer ses alliés, Saturninus et Glaucia étant arrêtés et exécutés à la fin de l'an 100.

vignette|Cicéron dénonce Catilina, fresque réalisée en 1882-1888 par Cesare Maccari.

Son père a donné en adoption un de ses fils au marianiste Lucius Cornelius Scipio Asiaticus Asiagenus, consul en 83. Ce dernier ainsi que son fils adoptif ont échappé à la mort alors qu'ils figurent parmi les proscrits de Sylla en 82. Il se trouve en Étrurie lorsque son père naturel créé une armée marianiste en 78, puis est capturé et exécuté en 77 à Alba par Pompée.

Il a un autre frère aîné, Lucius Aemilius Paullus, né vers 93, fervent républicain, qui soutient Cicéron pendant la conjuration de Catilina en 63. Il gravit les échelons du cursus honorum à partir de 59 jusqu'à son consulat en 50. Pendant son édilité en 55, il s'engage à restaurer la basilique Æmilia grâce à l'argent du butin de la guerre des Gaules réuni par Jules César, par qui il a été acheté et auquel il est dorénavant subordonné. Lié aux « Républicains » après l'assassinat de Jules César, il vote la motion faisant de Lépide un « ennemi public » et est un opposant au second triumvirat, ce qui lui vaut d'être inscrit en premier sur la liste des proscrits de 43. Il parvient à s'échapper, puis est amnistié à la suite de la paix de Misène en 39 et finit sa vie à Milet, son fils devenant consul, augure puis censeur sous Auguste.

Biographie Début de son cursus honorum (jusqu'en 50) Lépide est membre du collège des pontifes lorsque Quintus Caecilius Metellus Pius est pontifex maximus, c'est-à-dire avant son décès et l'élection de César en 63Macrobe, Saturnales, III, 13..

Il commence sa carrière comme triumvir monétaire en 61, supervisant la frappe des pièces de monnaie (voir image). En se basant sur le cursus honorum classique ou sur celui de son frère PaullusCursus honorum de Lucius Aemilius Paullus : questeur en 59, édile en 55, préteur en 53 et consul en 50., il pourrait être questeur entre 58 et 55 et édile vers 52/51. Début 52, il est le premier des interrois nommés par le Sénat et chargé d'organiser les élections consulaires, élections qui étaient empêchées depuis six mois à cause des troubles menés par Clodius et Milon. Le premier a finalement été tué par le second lors d'un affrontement aux abords de la ville. Rome étant dans un état d'anarchie, Lépide refuse de convoquer les comices centuriates pendant les cinq jours de sa magistrature. Sa maison est assiégée par les partisans de Clodius et sa vie menacée comme le rapporte Cicéron lors de son discours de défense de MilonCicéron, Pro Milone, 5.Asconius, Commentaires du Pro Milon..

Administrateur de Rome et de l'Italie sous César (49-44)

Lépide est préteur urbain pour l'an 49 tandis que Marc Antoine est tribun de la plèbe. Après d'âpres et vaines négociations avec le Sénat, César rompt les discussions et s'empare militairement de l'Italie et de Rome au début de l'année. La grande majorité de ses adversaires politiques, dont Pompée, les consuls et de nombreux sénateurs, plutôt que combattre, abandonnent l'Italie pour la Grèce. Lépide est donc le plus haut magistrat qui reste à Rome et il se rallie à Jules César. Au moment où ce dernier quitte la capitale pour reprendre les opérations militaires pour le contrôle de l'Hispanie et de Marseille, Lépide a donc en charge l'administration provisoire de la Ville tandis que César laisse Marc Antoine à la tête de toutes les troupes césariennes installées en Italie en tant que propréteur. Par une loi spéciale, Lépide fait nommer César dictateur pour présider aux élections consulaires, ce qu'il ne peut faire lui-même en tant que préteur. Dans les derniers jours de l'an 49, César est donc élu consul dans des élections qu'il préside pour l'année suivante et fait passer entre autres une loi pour réhabiliter les fils des proscrits de Sylla, avant de déposer la dictature et repartir en campagne dans les premiers jours de l'année 48 après seulement un séjour à Rome de onze jours.

Après sa préture, César envoie Lépide en tant que gouverneur (« proconsulAulus Hirtius, Guerre d'Alexandrie, 48. ») en Hispanie citérieure en 48Dion Cassius, Histoire romaine, XLIII, 1.Appien, Guerres civiles, II, 48 et 107.Aulus Hirtius, Guerre d'Alexandrie, 59.. Il est honoré par César d'un triomphe à son retour en 47, quand bien même, selon Dion Cassius, il n'a participé à aucune bataille, mais il se justifie d'avoir participé aux exploits du gouverneur d'Hispanie ultérieure et d'un questeur nommé Marcus Claudius Marcellus. Selon Aulus Hirtius, contemporain des évènements, Cassius Longinus est propréteur d'Hispanie ultérieure qu'il gère très mal, taxant fortement sa province, et y mettant à mal la réputation de César dont il est un partisan. César lui demande de passer en Afrique, et alors qu'il s'y prépare, il est victime d'une tentative d'assassinat. Plusieurs légions, excédées aussi par son comportement se révoltent contre lui, avec notamment le questeur Marcellus à leur tête. Cassius fait appel à Lépide et au roi allié de MaurétanieAulus Hirtius, Guerre d'Alexandrie, 48-62.. Lépide arrive en médiateur, auquel Marcellus se joint immédiatement. Cassius se retranche d'abord, puis accepte finalement de se fier à Lépide, qui lui promet qu'aucun mal ne lui sera fait, mettant fin aux troubles en évitant tout combatAulus Hirtius, Guerre d'Alexandrie, 63-64..