, initialement Europe , est une station de radio généraliste française privée de catégorie E, créée en 1955 en tant que radio périphérique par Charles Michelson et Louis Merlin. Ses revenus proviennent principalement de la publicité. Longtemps deuxième radio de France en termes d'audience, la station connaît une chute progressive de 1987 à 2016 puis plus marquée les années suivantes, l'amenant en huitième position au début des années 2020, sous la direction du groupe dirigé par Arnaud Lagardère.

À partir de 2021, la radio effectue un rapprochement avec le groupe Vivendi contrôlé par Vincent Bolloré dont l'influence sur la ligne éditoriale est jugée grandissante, traduisant un virage éditorial à droite, voire à l'extrême droite. Cette stratégie se concrétise notamment par la diffusion conjointe par la station et par la chaîne d'informations CNews de plusieurs émissions.

Historique vignette|La rédaction d'Europe 1 en 2014.

1939 - 1952 : les origines, un investisseur L'origine de la station remonte à l'immédiat après-guerre en 1945, lorsque le financier Charles Michelson veut poursuivre ses investissements dans le secteur de la communication. Bénéficiaire en 1939 d'une concession pour exploiter une radio à Tanger, alors zone internationale, Michelson rachète la petite Radio Tanger pour en faire Radio Impérial, voix de la France pour son empire colonial. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Michelson doit céder cette radio au gouvernement de Vichy..

En 1945, le gouvernement français instaure un monopole d'État de la radiodiffusion et de la télévision à travers la Radiodiffusion française. L'auditeur peut cependant écouter trois stations de radio privées à l'étranger, Radio Andorre, RMC et Radio-Luxembourg. Michelson, en dédommagement de Radio Tanger, veut obtenir Radio Andorre mais l'opération, qui déchaîne les passions du monde journalistique et politique, n'aboutit pas. Il obtient alors en compensation de francs, ainsi que, pour une durée de cinq ans, la fréquence en ondes courtes de Radio Monte-Carlo, majoritairement détenue par la Sofirad et de fait par l'État français. Mais ces ondes courtes ne bénéficient d'aucune écoute de masse. Aussi Michelson réussit à transformer, le , cette concession en une option pour l'exploitation financière de la chaîne de télévision Télé Monte-Carlo, dans la principauté, grâce à une décision du ministre concerné sur le départ, François Mitterrand.. Il crée à cette fin la société de droit monégasque Image et Son., avec l'appui de la Société monégasque de banques et de métaux précieux..

150px|gauche|vignette|Localisation de la Sarre en violet (la RFA est en bleu, la RDA est en rouge et Berlin-Ouest en jaune).

Poursuivant ses investissements, Michelson prépare en secret le lancement de Télé-Sarre et de la radio périphérique Europe .. En 1952, le monopole de la télévision et de la radiodiffusion dans le protectorat français de la Sarre, indépendant de la République fédérale d'Allemagne (RFA), est attribué à M. Michelson et à sa société. En contrepartie de la création d'une chaîne de télévision germanophone régionale baptisée Télé-Saar, il obtient des autorités sarroises la concession d'un émetteur de forte puissance pour une « périphérique », échappant au monopole français de la radiodiffusion. Il regroupe ses radios et télévisions dans la holding Image et Son. Pour la diffusion, un émetteur est construit en Sarre, près de Sarrelouis, sur le plateau du Felsberg qui, d'après des études des techniciens du faites à la demande d'Hitler, serait le meilleur endroit pour couvrir toute la FranceC'était formidable, Mémoires de Louis Merlin, éditions René Julliard, 1966, : « L'emplacement fixé pour construire cet émetteur était le plateau du Felsberg, près de Sarrelouis. Il était d'après les études des techniciens du effectuées sur l'ordre de Hitler, le point le plus favorable pour « arroser » toute la France. Cette station fut Europe ». (voir Émetteur de Felsberg-Berus).

1952 - 1955 : origine du nom, premières équipes, premières émissions Pour concevoir les programmes de la nouvelle station périphérique, Michelson recrute Louis Merlin, artisan du succès de Radio Luxembourg.

vignette|Ancien siège entre 1952 et 2008, rue François-. Il embauche également Pierre Sabbagh, le créateur du journal télévisé français, pour diriger la rédaction et Pierre Delanoë pour diriger les programmes de la station qui privilégient alors la musique pop. Europe 1 s'installe au 26 bis rue à Paris, dans les anciens studios de Voice of America.

La station prend le nom d'Europe 1 sur une idée de Louis Merlin, ainsi que celui-ci l'indique dans ses mémoires : « On m'a souvent demandé comment et pourquoi j'avais choisi ce nom. Les causes en sont multiples et simples. Lorsqu'à la fin de 1953 je rêvai à un avenir nouveau et à la possibilité de créer une station nouvelle (que je croyais alors devoir être de télévision), je pensais qu'il fallait adopter un nom différent des autres, qui tournaient tous autour de Radio ou Télé-quelque-chose. De plus, cette station idéale devait être dans mon esprit le premier poste « européen ». Enfin, cela ne me déplaisait pas d'annoncer qu'il serait « ». Les expressions « le premier », « le meilleur », « le plus grand », etc., portent toujours sur le publicLouis Merlin, C'était formidable ! Mémoires, Tome II, Paris, René Julliard, 1966, . ».

Pour attirer de nouveaux annonceurs publicitaires, Louis Merlin pense que la station doit séduire une et décide que la station doit prendre le contre-pied de Radio Luxembourg sur les aspects suivantsC'était formidable. Mémoires de Louis Merlin, éditions René Julliard, 1966, page 301. : attitudes des speakers ; impression sonore de la publicité ; place de l'information ; attitude des journalistes dans les bulletins d'information ; importance donnée à la thématique sociale ; le direct dans les journaux d'information ; style des passages musicaux.

La première émission, expérimentale, a lieu le à à 7 heures du matin, selon Louis Merlin dans ses Mémoires : "C'était formidable", éditions René Julliard, 1966, p. 308. et commence par « Bonjour l'Europe ! » dit par Micheline Francey, on y diffuse une chanson de Gilbert Bécaud"C'était formidable", Mémoires de Louis Merlin, éditions René Julliard, 1966, pages 308 et 309., mais elle doit s'interrompre plus tard car elle perturbe d'autres émetteurs, notamment le radiophare de l'aéroport de GenèveMagazine Constellation de avril 1956, "Europe bouleverse les ondes" par Merry Bromberger.. Durant les jours suivants, Europe 1 change plusieurs fois de fréquence, brouillant l'émission d'autres stations européennes qui protestent. Ainsi, le , Radio Luxembourg est parasitée et bien qu'elle-même ne bénéficie alors d'aucune autorisation officielle, entend protester vigoureusement. Ces difficultés font connaître la station auprès du grand public grâce aux journaux qui y consacrent de nombreux articles"C'était formidable", Mémoires de Louis Merlin, éditions René Julliard, 1966, p. 314.. Quasi inaudible et sans ressources, la station fait appel au soutien financier de ses auditeurs qui en huit jours, la sauvent de la disparition en lui faisant parvenir de Francs par la poste.

Il faut attendre le pour que la station Europe 1, reprenne l'ancienne fréquence de Radio Paris, proche de celle () du Deutschlandsender de la R.D.A. orientée vers l'estWorld Radio Television Handbook, édition 1956, pages 51 et 65)., en se fixant sur grandes ondes () depuis un émetteur de situé sur le plateau du Felsberg, près de Sarrelouis (Saarlouis) en Sarre alors sous protectorat, ce qui lui donne la liberté de disposer à son gré de l'attribution de fréquences de radio-télévisionSite www.saar-nostalgie.de (en allemand)..

Les premiers animateurs de la station sont Roger Duquesne, Robert Marcy, Guy Vial, Jean-François Mansart, Maurice Gardett et Anne-Marie, Éric Lipmann, Roméo Carles et Maurice Biraud"C'était formidable", Mémoires de Louis Merlin, éditions René Julliard, 1966, p. 315..

Les informations sont confiées à Maurice Siegel, ancien rédacteur en chef de Paris-Presse l'Intransigeant (sous la direction de Pierre Lazareff) assisté de Jean Gorini. De futures signatures renommées comme celles de Jacques Paoli, André Arnaud, Albert Ducrocq ou Michel Anfrol y font leurs débuts.

Pierre Laforêt, journaliste et producteur, dirige un groupe de réflexion où travaillent des créatifs comme Jacques Chancel, Pierre Bouteiller, Michel Anfrol, Pierre Bellemare, Jacques Antoine ou Éric Lipmann.

Parmi les programmes qui contribuent à la notoriété d'Europe 1 dès 1955, figure l'émission « La question » consacrée à la torture en Algérie, un sujet refusé par les stations et chaînes publiques. La situation de l'émetteur en Sarre lui garantissant une certaine indépendance pour parler de cette actualité taboue, à l'instar de sa concurrente directe Radio Luxembourg..

Dès 1956, Pierre Bellemare et Jacques Antoine amorcent une idée qui va devenir l'émission mythique, « Vous êtes formidables ! ». La première émission est consacrée au sauvetage de l'association « Jeunesses Musicales de France », retrouvant un équilibre financier grâce aux dons des auditeurs. Juste après, l'opération « Cœurs d'Enfants » permet de récolter, en 24 heures, avec ses parrains que sont Raymond Savignac, Eugène Schueller, Claude Chapeau et Robert-Charles SainsonStéphane Sainson, Huguette Sainson, Orléans au temps de la Publicité et des Relations Publiques, Orléans, Autre Chose Autrement, 2024, . », des fonds suffisants pour créer un hôpital spécialisé dans les maladies cardiaques infantiles.

1955 - 1959 : reprise en main par l'État En , Sylvain Floirat est appelé par le gouvernement français pour reprendre la société Europe 1, dont le sort incertain consécutif aux premières difficultés de la station, déclenche un débat polémique à l'Assemblée nationale. Michelson cède l'entreprise qu'il a créée à la future Sofirad, pour une somme estimée comme considérable pour l'époque, soit de francs. L'État en devint propriétaire au mois de . Une régie publicitaire, Régie 1, est créée en 1960. Toutefois en 1962, après le succès remporté par la station, Michelson tente de renégocier cet accord auprès des tribunaux, en vain. La polémique qui s'ensuit atteint le sommet des États français et monégasque. La presse relate alors ces péripéties dont un article des quotidiens Le Monde daté du et Le Figaro, le jour suivant.

En 1959, les difficultés financières de la station entraînent un retrait d'actionnaires. L'État en profite pour prendre le contrôle d'une partie du capital (35,76 %) de la société par l'intermédiaire de la SOFIRAD..

1959 - 1974 : nouveautés journalistiques, modernité La naissance de la station coïncide avec l'apparition de trois inventions qui engendrent une influence significative sur son style : le Nagra (magnétophone portable procurant une plus grande souplesse d'intervention et d'autonomie aux reporters), le transistor qui favorise l'écoute individuelle de la radio en déplacement notamment, celle des jeunes ainsi que le disque microsillon lequel permet de substantielles économies pour la rediffusion d'œuvres musicales en grande qualité, sans parler du radio-cassette, au début des années 1960.

Maurice Siegel modifie sensiblement le style des journaux parlés, permettant à Europe 1 d'acquérir une certaine réputation dans le domaine de l'information. Il crée les premiers flash infos, met fin aux speakers, les journalistes venant eux-mêmes présenter leurs papiers. Il fait également évoluer les journaux parlés de l'information pure vers les magazines et développe la pratique du radio-reportage..

Parmi les premières émissions à succès d'Europe 1, on compte « Pour ceux qui aiment le jazz » et le « café de l'Europe » (1955), « Signé Furax » et « Vous êtes formidables » (1956), ou encore « Salut les copains » et « La Coupe des reporters » (1959).