Les Armées républicaines françaises constituent la puissance militaire de la République française, chargée d'assurer la défense des idéaux républicains et l'ordre public pendant la période de troubles révolutionnaires qui suit la Révolution française. Quand la Révolution française s'est radicalisée, elle a rapidement été menacée par des ennemis extérieurs et intérieurs. Cet état de guerre permanent a mené à une succession de réformes des armées qui existaient en 1791, à savoir : l'armée du Rhin, l'armée du Nord et l'armée du Centre.

Ces trois armées ont d'abord été partagées en sept, puis en onze, avant de culminer à quinze armées après la réorganisation par Lazare Carnot, membre du Comité de salut public, à l'automne 1793.

Souvent nommées d'après le département d'où elles opéraient, elles disposaient chacune d'un journal qui lui était propre.

Parmi les principaux généraux figurent Napoléon Bonaparte, Jean-Baptiste Jourdan, André Masséna et Jean Victor Marie Moreau.

Organisation et mutations révolutionnaires En 1789, l'armée française se trouve à un tournant décisif de son histoire. À la fin des années 1780, l'armée de ligne, forte d'environ , est sur le point de connaître une transformation radicale. Institution emblématique de l'Ancien Régime, elle doit affronter une double exigence : celle d'une régénération portée par les idéaux des Lumières, et celle d'une transformation radicale imposée par les événements révolutionnaires. Pour la majorité des Français, l'armée royale doit être réformée selon les principes de raison et d'égalité, mais elle doit demeurer une armée de métier. Les Constituants partagent cette méfiance envers toute armée permanente, qu'ils associent au despotisme, et refusent initialement la conscription en .

Pourtant, la monarchie elle-même s'est révélée incapable de contenir l'effervescence révolutionnaire dans les rangs de l'armée, cause principale de sa chute. Fondement de la monarchie française depuis le , l'armée en 1789 constitue donc le dernier rempart de la royauté face à la révolution, mais c'est un instrument de pouvoir affaibli. Les chefs sont divisés sur les grandes lignes des réformes nécessaires. Les officiers doutent de la soumission de leurs hommes, et les soldats, unis entre eux, se méfient de leurs officiers dont ils sont séparés par une distance sociale et militaire considérable, tout en restant proches des gens qui composent les foules révolutionnaires. L'armée d'Ancien Régime entre en crise profonde : l'effondrement de la discipline au sein de l'armée, l'insubordination des soldats et la démission en masse des officiers déstabilisent l'institution militaire.

Les réformes votées par l'Assemblée constituante en 1791 abolissent les châtiments infamants « à la prussienne », introduisent le principe d'égalité dans l'avancement, et améliorent significativement la condition matérielle et morale du soldat. La réforme de l'avancement constitue l'élément central de la transformation révolutionnaire de l'armée en brisant le privilège de la naissance établi par l'édit de Ségur de 1781 et l'arbitraire de la faveur royale. Mais ces mesures, bien qu'indiscutables, ne peuvent enrayer la chute importante des effectifs dans un contexte de tension grandissante avec les monarchies européennes.

C'est la guerre, déclarée en , qui précipite la mutation de l'armée. Les Constituants en 1791, puis la Législative, trouvent dans les volontaires de la Garde nationale une simple force d'appoint, sans envisager de remplacer l'armée de métier. Mais au cours de l'été 1793, le sort de la Révolution et le destin de la République se jouent sur les champs de bataille. Face aux périls de l'été 1793, la Convention décrète le la levée en masse, premier service obligatoire. Avant même cette mesure, la Révolution avait promu la figure du soldat-citoyen, réconciliant identité civique et militaire que Guibert et Robespierre jugeaient incompatibles.

Entre 1789 et 1798, c'est une véritable recréation de l'armée qui s'opère, bien au-delà d'une simple réforme. De l'armée royale à l'armée de la Nation, cette transformation engage des mutations structurelles, tactiques et idéologiques qui redéfinissent en profondeur le rapport entre le citoyen, le soldat et l'État.

De l'armée royale à l'armée de la Nation La transformation de l'armée royale en armée nationale s'opère par étapes entre 1789 et 1792, au gré des crises politiques et des tensions croissantes avec l'Europe monarchique. Cette mutation intervient dans un contexte de faiblesse structurelle. Le gouvernement français était mal équipé pour répondre à l'ampleur du mouvement de révolte. Luttant pour financer ses forces armées – avec la moitié des revenus de l'État consacrée au service de la dette accumulée par une longue série de guerres – la monarchie avait retiré la plupart des unités de l'armée de l'intérieur du pays vers des bases frontalières depuis des décennies.

Le serment devient le principal instrument de cette mutation. Le premier serment du , qui engage à la fidélité « à la nation, à la loi et au roi », ne suscite guère d'opposition. Mais le serment du , qui impose de lutter contre les conspirations sous peine d'infamie, provoque une première rupture. La fuite du roi à Varennes accélère le processus : lorsque l'Assemblée exige un nouveau serment ne faisant plus mention du roi, refusent de le prêter et sont parfois attaqués par leurs propres soldats. De Varennes à la déclaration de guerre du , quittent l'armée dont peut-être 60 % émigrent. Le serment du « de maintenir la liberté et l'égalité » entérine cette évolution. Environ de l'ancienne armée restent néanmoins en service lors de la proclamation de la République, pour la plupart au sein de la petite noblesse de province désireuse d'accéder à des grades supérieurs.

Parallèlement aux serments, les réformes de la Constituante transforment les structures. La loi du affirme la primauté du pouvoir civil sur le pouvoir militaire et moralise les engagements. Le Code pénal militaire du abolit les châtiments infamants et instaure l'égalité dans l'avancement. Ces mesures, quoique ambiguës dans leur application, permettent un renouvellement profond : en 1792, un soldat sur trois n'appartenait pas à l'armée de 1789. La grande proportion de soldats ayant fait un service militaire bref rendit l'armée de ligne semblable aux bataillons de volontaires nationaux.

Face à la menace de guerre en 1791, les Constituants puisent une force d'appoint dans la Garde nationale avec la première levée de volontaires de . Ces citoyens actifs devant s'habiller et s'armer à leurs frais, élisent leurs officiers parmi des hommes ayant servi dans la Garde nationale ou l'armée royale. Le décret du exige même que tous les officiers et sous-officiers aient servi dans la ligne ou dans la garde nationale. Les profils des officiers de volontaires révèlent cette mixité : en 1793, une majorité d'entre eux avaient entre et possédaient une ancienneté de service significative.

La levée de , après la proclamation de la patrie en danger, marque un tournant. La chute de la royauté fait sauter « la barrière entre les citoyens actifs et les citoyens passifs » : la Convention sera élue au suffrage universel et tous peuvent désormais défendre la patrie. La levée de 1792 n'est « même plus bourgeoise par son encadrement ». Toutefois, le passage de la Garde nationale vers l'armée de ligne reste marginal. Le mouvement inverse est bien plus marqué.

Les premiers combats de 1792 révèlent les faiblesses de cette armée en mutation. En avril, aux Pays-Bas autrichiens, les soldats du général Dillon s'enfuient et l'accusent de trahison. Il est tué par ses propres hommes. Biron échappe de peu au même sort. Devenue incontrôlable, l'armée menace davantage ses propres officiers que l'adversaire. La prise des Tuileries du précipite l'émigration de La Fayette et d'une vingtaine d'officiers le . Pourtant, après Valmy et Jemmapes, de nombreux volontaires de 1791 quittent leurs bataillons, se considérant comme une force d'appoint temporaire. Face à la crise, la levée du constitue de fait une réquisition : répartis par contingents obligatoires entre les communes.

En trois ans, l'armée du roi est devenue l'armée de la Nation, non par un plan préétabli mais par une série de ruptures et d'adaptations forcées qui ont progressivement substitué la fidélité à la patrie à la fidélité au monarque.

Le soldat-citoyen : nouveau modèle militaire

Le concept de soldat-citoyen émerge des débats des Lumières sur la réforme militaire. Dans son ouvrage Le Soldat citoyen (1780), Joseph Servan critique l'armée d'Ancien Régime comme inefficace et dégradante, dénonçant des officiers promus par naissance plutôt que par mérite et des soldats mal payés et mal traités. Il proclame que le soldat doit être avant tout un citoyen, préservant sa dignité par la jouissance de ses droits : pour Servan, « la société civile et militaire ne fait qu'un ». Toutefois, les penseurs ne s'accordent pas sur le contenu de cette régénération. Guibert souhaite transformer les professionnels en soldats-citoyens – mais pas en citoyens-soldats – capables d'autonomie et de discipline. Paradoxalement, il proclame en 1790 l'incompatibilité radicale entre les deux états : les soldats doivent désirer la guerre quand les citoyens aiment la paix ; l'obéissance passive du soldat s'oppose à la liberté du citoyen. Robespierre partage cette méfiance envers les militaires, naturellement portés au despotisme et prompts à séparer leur qualité de soldat de celle de citoyen. En novembre-, la Constituante rejette d'ailleurs massivement la conscription proposée par Dubois de Crancé, au nom d'une « liberté à la Montesquieu » et par crainte que l'égalité ne soit bafouée par le remplacement.

La Révolution réconcilie pourtant progressivement identité civique et militaire. Le décret du proclame l'accès de tous les citoyens « à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents », détruisant les barrières dressées par l'Ancien Régime. Les réformes de la Constituante redonnent dignité au statut militaire. Selon Alexandre Lameth, les nouvelles lois sur l'avancement deviennent « un moyen de plus de les attacher à la constitution » en offrant la garantie de voir l'honneur récompensé par la reconnaissance publique. Le député Chabroud affirme qu'il existe « une dignité d'homme et de citoyen que le soldat n'a pas abdiquée », mettant fin à l'opposition entre discipline et esprit nouveau.

Le service militaire devient l'expression d'un droit politique fondamental. Dans un État où les lois expriment la volonté générale, les citoyens n'obéissent qu'aux lois dont ils sont les auteurs. En plaçant la force publique entre les mains du peuple souverain, la conscription devient un instrument de synthèse nationale et de transformation politique.

Dans la pratique, les volontaires incarnent cette fusion entre identité civique et militaire. Ils se considèrent comme « une force principalement civile qui combat momentanément pour la liberté ». Cette conception explique pourquoi ils quittaient leurs bataillons après les campagnes, considérant leur service comme temporaire. L'élection des officiers s'impose comme une évidence dans les bataillons de volontaires. La bourgeoisie applaudit d'autant plus à cette règle qu'elle est « en accord avec celle de la société civile » et qu'elle contrôle ces élections dans les villages et petites villes.

Le citoyen-soldat développe également une méfiance envers la discipline militaire et ses aspects dégradants. L'élection des officiers remet en cause la subordination hiérarchique traditionnelle. Cette tension entre l'idéal civique et les exigences militaires traverse toute la période révolutionnaire.