Une politique de pêche a pour objet principal la sauvegarde des ressources halieutiques. La pêche est une activité qui affecte les secteurs économiques (croissance), sociaux (pêcheurs) et environnementaux (durabilité de la ressource). Des intérêts multiples et importants sont en jeu. Les politiques les prennent en considération. Ces intérêts entrent en contradiction les uns avec les autres. Il en résulte des déficiences dans les prises de décision et dans leurs exécutions. vignette|droite|Un patrouilleur du département des pêches de Thaïlande.

Historique Ce n’est que dans la seconde moitié du que les limites des ressources marines sont apparues. L’effondrement de la morue du Canada en 1992 a révélé que la surpêche pouvait provoquer la disparition de certaines espèces. La chute des prises globales mondiales de poissons entre 1987 et 1999 a conforté la crainte que la sécurité alimentaire n’était plus assuréeCury, .

En 1955, se basant sur les travaux des scientifiques, la conférence de Rome adoptait le concept de Total autorisé de capture, (TAC). La capture maximale autorisée pour une espèce était celle que pouvait supporter un stock de façon durable. Tant que les pays ne pouvaient pas prouver scientifiquement que les stocks de poissons étaient tombés au-dessous du niveau prescrit, la pêche ne nécessitait pas d’être aménagée. Ce concept laissait un accès libre aux ressources marines puisqu’il fallait, pour la réglementer, fournir une preuve difficilement obtenable. Il fut adopté à une faible majorité et contre les avis des pays en développement. Depuis cette date il n’a pas été remis en causeCury, .

La politique commune de la pêche (PCP) de l’Union européenne tirait parti de cette liberté. Il fallait moderniser le secteur pour exploiter au mieux les mers et les océans. Les fonds européens fournissaient des aides pour la construction de navires et incitaient à l’augmentation de la puissance motrice des bateauxLazuech. Les volumes pêchés ne suivaient pas l’accroissement des moyens. Les captures mondiales qui croissaient de 6 % dans les années 1950 et 1960, se bornaient à seulement 2 % dans les deux décennies suivantesCury, . Il apparaissait des limites à l’exploitation de la ressource. Il devenait nécessaire de mettre fin à la « course au poisson ». La politique commune de la pêche modifie alors ses orientations pour la période 1982-1992. Les nouvelles mesures visent à limiter la pêche : plan de sortie de flotte, fixation de quotas et de taux admissibles de capture, etc. Elles se révèlent insuffisantes. Les flottilles sont en surcapacité, la plupart des stocks européens sont surexploités. De nouvelles réglementations limitent l’amplification de la pêche : obligation de détenir une licence, réévaluation des quotas, meilleurs contrôles des prélèvements, arrêt des aides financières pour la construction de navires, privatisation des droits de pêche, confrontation des évaluations des scientifiques à celles des professionnels.

La chaîne alimentaire Le développement d’une espèce est fonction de l’environnement et des autres espèces dont elles se nourrissent. L’énergie indispensable à la matière vivante provient de la photosynthèse. Celle-ci requiert de la lumière. Au fur et à mesure que l’on descend en profondeur dans les mers la lumière perd de son intensité. C’est pourquoi l’essentiel de la matière organique est synthétisée dans les couches superficielles des océans. Les phytoplanctons, organismes végétaux en suspension dans l’eau, réalisent cette photosynthèse et sont à la base de toute la chaîne alimentaire. Pour se développer ils ont également besoin de sels minéraux. La plupart des animaux de petite taille (poissons, crevettes, calmars) se nourrissent la nuit de plancton puis redescendent le jour dans des couches plus profondes. Chaque espèce vit dans une profondeur qui lui convient et qui est principalement fonction de la lumière et de la température. Les poissons d’une strate se nourrissent de la matière vivante qui provient de la strate supérieureGeistdoerfer, .

L’épuisement des océans La quantité pêchée par habitant est passée de 8 kilos en 1950 à 15 kilos actuellement. Depuis 1988, malgré l’augmentation du potentiel de pêche, les prises déclinent chaque année de 0,36 million de tonnes. En une vingtaine d’années l’abondance du mérou a diminué de 80 % au Sénégal. La diminution des rejets en mer est attribuée par les chercheurs tunisiens à une destruction des faunes marines plutôt qu’à une amélioration des pratiques de pêcheCury, .

Effondrement La conscience que la ressource halieutique est un bien à préserver a longtemps fait défaut aux pêcheurs. Si le poisson est manquant, le pêcheur peut penser par expérience qu’il est parti ailleurs et qu’il reviendra. En fait la masse d’une espèce peut s’effondrer brutalement. En se basant sur les quantités pêchées, des chercheurs ont établi que sur pêcheries étudiées un quart ont vu leur stock s’effondrer au cours des cinquante dernières années. Ils ont aussi constaté que 21 % de ces effondrements n’avaient pas donné de signe avant-coureur et que les quantités pêchées avaient été stables pendant une dizaine d’années avant la chute brutale des captures. Un indicateur basé sur les captures pour évaluer l’exploitation durable d’une espèce semble ainsi manquer de fiabilitéCury, .

Surpêche

La disparition d’une espèce a des répercussions en cascade dans la chaîne alimentaire. Aux États-Unis la surpêche de requins sur la côte est a entraîné indirectement la disparition des coquilles Saint-Jacques particulièrement abondantes jusque-là. Dans la mer Noire la surpêche de thons suivie de celle des petits poissons a favorisé l’explosion du nombre de méduses et une dégradation progressive de l’écosystème. Le stock de quatre-vingt-dix espèces de poissons, gros et petits, s’est alors dégradé de façon probablement irréversible. La perte économique résultant de cette dégradation a été au cours des années 1990 de l’ordre de 16 millions d’euros pour la seule pêcherie d’anchois. En Afrique de l’Ouest la surexploitation des daurades et des mérous a entraîné la prolifération de poulpes à durée de vie courte. Or celles-ci sont sensibles aux variations de l’environnement. Au Sénégal les captures de poulpes peuvent ainsi passer d’une année sur l’autre de quelques centaines de tonnes à plus de . De façon plus générale la raréfaction des gros poissons prédateurs modifie durablement le fonctionnement des écosystèmes marins. Les écosystèmes deviennent plus instables et tributaires des variations environnementales car les espèces de petite taille et à courte durée de vie dominentCury, . Le dernier rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture estime à 31 % les stocks de poissons surexploités dans le mondeLe Monde du 24/02/2018. La production mondiale des captures marines était restée très stable depuis le début des années 1990. Depuis 15 ans elle a diminué. Cette évolution traduit une situation de pleine exploitation, voire de surexploitation des potentiels de production des océans mondiauxJean-François Soussana, coordinateur, S’adapter au changement climatique, Quæ, 2013, .

Reproduction S’arrêter de pêcher ne permet souvent pas de reconstituer un stock. Vingt années n’ont pas suffi à rétablir le stock de la morue de l’Atlantique nord-ouest. Des chercheurs ont évalué les déclins de 230 populations de poissons sur une durée de 10 à . Cinq ans après leur effondrement 41 % des populations continuaient à décliner et seulement 8 % avaient retrouvé leurs niveaux d’abondance précédents. Même après quinze années, 12 % seulement avaient rattrapé leur niveau initialCury, .

Lorsque les populations ont atteint des niveaux extrêmement bas, des caractéristiques spécifiques au milieu marin en empêchent le rétablissement. Les juvéniles de l’espèce effondrée continuent à être pêchés sous forme de prises accessoires. La diversité génétique intra-spécifique se réduit. Les partenaires sexuels ont des difficultés à se rencontrer dans un environnement aussi dispersif. Les poissons de grande taille, prédateurs des petits poissons, sont les premières victimes des pêches. En outre leurs œufs mesurent de diamètre comme tous les œufs des poissons. Ces œufs sont mangés par les poissons de petite taille qui prolifèrent à la suite de leur disparition. La reconstitution des stocks des grands poissons n’en est rendue que plus difficile. L’écosystème est entraîné dans un cercle vicieux qui peut empêcher les stocks de poissons de grande taille de se reconstituerCury, .

Super prédation Les poissons et les mammifères marins ont leurs repères et leurs habitudes. Ils se déplacent d’un endroit à l’autre suivant des rythmes et des saisons établis. Ils sélectionnent des environnements favorables dans lesquels ils peuvent trouver leur nourriture, échapper à leurs prédateurs et se reproduire. L’évolution a ciselé le comportement de tous ces animaux de manière qu’ils parviennent à cohabiter. Les prélèvements massifs de l’homme ne donnent pas le temps nécessaire aux stocks de se reconstituer et à de nouveaux équilibres de se rétablir. La surexploitation du milieu marin par l’homme est le principal facteur de détérioration de l’écosystème. Les grands poissons de grande taille et à vie longue sont particulièrement affectés. Depuis le début de l’ère industrielle 90 % ont disparuServigne et Stevens, Comment tout peut s'effondrer, Seuil, 2015, . Les espèces à vie courte ont proliféré à leur place. Celles-ci sont plus réactives aux changements environnementaux. La surexploitation fait exprimer les autres facteurs perturbateurs (pollution, destruction des habitats, changement climatique). La réponse globale est supérieure à la somme des réponses qui aurait été produite si chaque facteur avait agi indépendamment. Les effets en cascade sont nombreux. L’écosystème est détérioréCury, .

Le changement climatique Le changement climatique s’accompagnera de températures plus chaudes et d’acidification des eaux. Il en résultera une aggravation des déséquilibres et des dysfonctionnements déjà présents. La productivité globale du milieu marin en sera affectée. Dans le golfe de Gascogne le réchauffement a été de 1,5 °C entre 1970 et 2000. Ce réchauffement est particulièrement sensible après 1987/1988. Il s’est accompagné d’acidification du milieu marin. Les variations climatiques entraînent des variations dans la chaîne alimentaire. Tous les maillons de la chaîne ne sont pas affectés de la même façon. L’instabilité des écosystèmes en est aggravée. Elle permet l’introduction d’espèces invasives dont certaines sont pathogènes ou toxiques. Plus généralement, l’arrivée de nouvelles espèces dans le système modifie les interactions biologiques existant entre les populations. Il peut en résulter des répercussions sur le fonctionnement de l’écosystème dans son ensembleSoussana, déjà cité, .

Une correspondance a été établie entre l’affaiblissement du régime des vents d’ouest en mer du Nord et l’abondance du plancton, des harengs et des mouettes. Les turbulences dues aux vents font remonter à la surface les sels minéraux qui sont nécessaires au phytoplancton. Celui-ci est à la base de la chaîne alimentaire et toute variation l’affectant se répercute sur la masse poissonneuse. Son développement est fonction aussi de la température, de l’ensoleillement, du vent et des courantsCury, .

Les excès d’engrais utilisés dans l’agriculture intensive et s’écoulant dans la mer sont susceptibles de priver une zone de toute vie. Ces engrais fertilisent le phytoplancton. Lorsque celui-ci tombe sur le fond des bactéries s’en nourrissent. La prolifération des bactéries prive le milieu de son oxygène qui se transforme en zone morte. Tel est le cas du delta du Mississippi, de la rivière des Perles en Chine, de secteurs de la mer Baltique et de certaines côtes bretonnes en été qui sont sans vieCury, .