Les relations entre l'Algérie et la Tunisie se réfèrent aux relations bilatérales entre l'Algérie et la Tunisie. Ils sont tous deux membres de l'Union du Maghreb arabe, de l'Union africaine et de la Ligue arabe.

Histoire Période ottomane

L'établissement des régences d'Alger et de Tunis au se fait sur les décombres du sultanat hafside de Tunis. Ces deux territoires figurent parmi les provinces les plus éloignées et périphériques de l'Empire ottoman qui finit par n'exercer qu'un pouvoir nominal et protocolaire au . En effet, au cours du , le rôle des Ottomans ne cesse de décroître au profit des dirigeants locaux qui s'émancipent progressivement de la tutelle du sultan de Constantinople.. Les deux régences jouissent ainsi d'une très forte autonomie, voire d'une quasi-indépendance à partir du début du . La frontière entre les deux territoires est de plus très incertaine car ce qui intéresse les dirigeants est plus l'allégeance et la soumission à l'impôt de chaque tribu à tel ou tel beylicat (celui de Constantine ou de Tunis) que le territoire lui-même.. De plus, le bey de Tunis considère que le beylicat de Constantine comme un héritage hafside devant lui revenir, alors que celui d'Alger considère le beylicat de Tunis comme un quatrième beylicat, à côté de ceux de l'Ouest, du Titteri et de Constantine qui se trouvent sous son autorité.. En poussant à l'est, la régence d'Alger rattache dès le le Constantinois à son territoire. Toutefois, certaines tribus de l'est algérien gardent des liens avec Tunis au puis au . D'autre part, les deys d'Alger ont en mémoire le souvenir de leurs prédécesseurs, les beylerbeys d'Alger, qui exerçaient leur autorité sur Tunis au .. Les dirigeants de Tunis et d'Alger entretiennent donc des relations conflictuelles avec un fort interventionnisme et ponctuées par de nombreuses guerres. Ces conflits débouchent sur un traité de paix en 1817, quand les deux belligérants se reconnaissent à égalité : Alger renonce au paiement de tout tribut par Tunis et de part et d'autre l'on renonce à toute prétention territoriale..

Période française Tunisie et conquête de l'Algérie La déclaration de guerre de la France à la régence d'Alger en 1827 réjouit le bey de Tunis, Hussein II Bey, et toute sa cour au vu du lourd passif entre les deux États rivaux. Cette crise constitue pour le bey une occasion d'accroître son influence dans la région en essayant de placer un prince de la famille régnante tunisienne à la tête de la régence d'Alger.. De plus, le bey était conscient de la supériorité militaire de la France, ainsi que de l'incapacité de l'Empire ottoman d'intervenir à la suite de la bataille de Navarin qui a vu la destruction totale des flottes ottomane et tunisienne en 1827. Les ottomans envoient quand même leur amiral de la flotte, Tahar Pacha, vers les mois d' ou de afin d'acheminer des troupes vers Alger par voie terrestre ; le but étant de limoger de force le dey d'Alger, Hussein Dey, et de mettre ainsi fin à la crise. Sous la menace des vaisseaux de guerre naviguant au large de La Goulette et la pression du consul de France, le bey de Tunis rejette cette initiative ottomane..

La prise d'Alger par les Français intervient le après trois ans de blocus maritime. Le général Bertrand Clauzel entre alors en négociation avec les différents beys de la régence d'Alger pour qu'ils acceptent le protectorat de la France, mais ceux-ci opposent tous un refus. Le bey de Constantine, Ahmed Bey, se déclare indépendant à l'instar du beylicat de Tunis.

Cependant, Clauzel mène des négociations avec le bey de Tunis qui commence d'ailleurs à craindre que les troubles dans le Constantinois ne se propagent aux tribus frontalières. La forte proximité culturelle, dialectale et confrérique entre les populations de l'est algérien et celles de la régence de Tunis rend de surcroît l'hypothèse d'une cession de Constantine envisageable aux yeux des Tunisiens. Aux termes de deux conventions négociées par Mustapha Saheb Ettabaâ à Alger, le 17 décembre 1830 pour Constantine puis le 5 janvier 1831 pour Oran, Clauzel confie tout d'abord le beylik de Constantine et ensuite celui d'Oran à des membres de la dynastie husseinite, sous un statut peu clair (les textes français et arabes sont différents) en contrepartie du paiement d'un tribut garanti par le bey de Tunis, les clauses tunisiennes prévoyant que ce tribut ne serait dû qu'après la prise effective du pouvoir... Si l'accord sur le beylik d'Oran était complètement inattendu pour le bey de Tunis, celui sur Constantine était espéré et envisageable grâce aux divers liens et alliances existants de part et d'autre de la frontière, ainsi que la grande proximité géographique et culturelle avec le Constantinois.

Ahmed Bey de Constantine est déclaré déchu en et remplacé (en théorie) par Sidi Moustapha, frère du bey de Tunis. Oran est occupé par le général Damrémont en , son dirigeant Hassan Bey étant alors exilé et remplacé en février par Sidi Ahmed, fils de Sidi Mustapha et gendre du bey de Tunis.. Le , un haut dignitaire, Kheireddine Agha, débarque à Oran avec une troupe de 250 à 300 hommes pour rendre compte de la situation, avant l'éventuel envoi du jeune prince. Les populations locales manifestent une hostilité totale au représentant tunisien et les recettes fiscales s'avèrent insuffisantes pour couvrir les besoins du contingent. Le vice-gouverneur appelle à son rapatriement immédiat à Tunis. En effet, une partie du beylik d'Oran tombe sous le contrôle du sultan du Maroc, Moulay Abderrahmane, qui est reconnu par différentes tribus de la région, qui n'ont d'ailleurs pas de lien avec la lointaine Tunis.... Parallèlement, désavoué à propos de ses négociations avec la Tunisie, le général Clauzel démissionne en et se voit remplacé par le général Berthezène, qui est par ailleurs chargé de régler l'affaire franco-tunisienne en obtenant le retrait des princes tunisiens. Le , le bey de Tunis est informé officiellement par le consul Mathieu de Lesseps du refus du roi Louis-Philippe de ratifier le traité. Le , il demande le retour de Kheireddine Agha et de ses troupes et renonce aux deux beyliks. Sidi Mustapha n'a d'ailleurs jamais occupé ses fonctions à Constantine, qui résiste sous l'autorité de son dirigeant Ahmed Bey, qui refuse d'arrêter les combats. Constantine chute en 1837 et la France devient alors un voisin effectif de la Tunisie.

Tunisie face à l'Algérie française Les troubles causés par la conquête de l'Algérie provoquent une émigration de nombreux citadins et tribus algériens vers la Tunisie voisine. Ce phénomène est difficilement chiffrable car il est en grande partie non déclaré. De plus, nous ne disposons pas des données statistiques nécessaires pour le quantifier. Ce mouvement continue tout au long du siècle pour diverses raisons, comme une imposition moins lourde, des conditions de vie plus avantageuses en Tunisie ou pour ne pas vivre sous l'administration française.. Ces divers mouvements sont favorablement accueillis par le pouvoir beylical car synonyme de nouvelles rentrées fiscales dans les caisses de l'État..

Sur le plan politique, l'annexion de l'Algérie établit une nouvelle donne pour la Tunisie qui tente de maintenir jalousement son indépendance vis-à-vis de la France à l'ouest et de l'Empire ottoman à l'est. En effet, les souverains husseinites veulent éviter le sort de l'Algérie devenue française et celui de la régence de Tripoli passée en gestion directe par Constantinople en 1835 au détriment de la dynastie des Karamanli. La Tunisie entretient alors de bonnes relations avec la France, qui la soutient face à l'Empire ottoman afin de garder ce pays dans son aire d'influence, approuvée par les autres puissances lors du congrès de Berlin de 1878.. Mais la France, devenue trop proche, est de plus en plus présente dans la politique intérieure et devient le créancier du pays. Face aux prétentions de l'Italie, la France mène sa conquête de la Tunisie à partir du territoire algérien en 1881, en prenant comme prétexte un différend impliquant deux tribus frontalières : les Ouled Nahd algériens et les Kroumirs tunisiens.. De plus, la délimitation des frontières entre les deux territoires n'a jamais été faite durant toute cette période, ce qui a été la cause de nombreux incidents entre tribus algériennes et tunisiennes. L'occupation française en Tunisie retire son caractère d'urgence à cette délimitation qui ne sera jamais formellement effectuée, malgré la signature du procès-verbal d'accord entre le gouverneur général d'Algérie et le résident général de France en Tunisie sur le tracé de la frontière entre Djebel Rhorra et Bir Romane les et Journal officiel tunisien, 28 juin 1902, ..

Algérie et Tunisie sous domination française Avec l'instauration du protectorat en 1881, la Tunisie se retrouve réunie de facto à l'Algérie sur plusieurs plans, les deux territoires formant un ensemble : l'Afrique française du Nord.

Ainsi, sur le plan de l'organisation judiciaire, une loi de 1883 décrète que les appels des jugements seraient interjetés à la cour d'appel d'Alger. Malgré les demandes répétées de la résidence générale, cette solution provisoire dure jusqu'à la promulgation de la loi du qui crée la cour d'appel de Tunis..

Sur le plan monétaire, le privilège d'émission de la Banque de l'Algérie est étendu à la Tunisie à partir de 1904.. Cet établissement devient ensuite la Banque de l'Algérie et de la Tunisie le , les billets portant cette nouvelle mention dès 1946. Cette banque perdure jusqu'en 1958.

Sur le plan des infrastructures, des investissements sont même entrepris avant l'établissement du protectorat vu que la France obtient la concession de la construction d'une ligne de chemin de fer entre Tunis et l'Algérie le . Les travaux se terminent en 1884 avec l'inauguration de la ligne de Tunis à Ghardimaou et son raccordement au réseau ferroviaire algérien. D'autres lignes ferroviaires sont construites par la suite pour une meilleure connexion entre la Tunisie et l'Algérie. En outre, grâce à des emprunts, un vaste programme de routes d'État et de routes vicinales est entrepris, entre 1920 et 1940 en Tunisie, et établit désormais la liaison entre l'Algérie et les ports tunisiens.

Sur le plan idéologique, la colonisation française met en exergue le destin commun de ces deux territoires et de leurs peuples avec la naissance du nationalisme maghrébin. Ainsi plusieurs initiatives voient le jour dès le début du siècle pour mener la lutte ensemble contre la France. Ainsi, en 1916, un Comité pour l'indépendance de la Tunisie et l'Algérie évoque à Genève la fondation d'une république maghrébine, avant de fonder La Revue du Maghreb qui est publiée jusqu'en 1918.. Après la Première Guerre mondiale, un comité algéro-tunisien dirigé par Mohamed et Ali Bach Hamba envoie en 1919, au congrès de Versailles et au président des États-Unis, Woodrow Wilson, un mémoire avec les termes suivants : ...