Le royaume de Lotharingie désigne la partie nord de la Francie médiane. Ce royaume fut constitué en 855 après division du royaume de Lothaire Ier. Il a été l'enjeu de luttes entre les royaumes de Francie occidentale et de Francie orientale, avant d'être définitivement soumis par puis rattaché comme duché à la Germanie en 928. Ce territoire fut ensuite scindé dans la deuxième moitié du en un duché de Basse-Lotharingie (Pays-Bas entre Meuse et Rhin) et un duché de Haute-Lotharingie, la future LorraineLe nom de Lorraine (en allemand Lothringen) est issu du mot Lotharingie..
Le titre de "duc de Lotharingie" fut attribué sinon revendiqué par le plus important personnage secondant le roi, titre à la fois politique et honorifique. Cette distinction ne faisait pas alors de la Lotharingie un duché au sens territorial. L'individualisation du territoire advint après qu'Henri Ier l'Oiseleur, revendiquant la couronne sans jamais aller jusqu'à se proclamer roi, prit possession de la Lotharingie, en l'intégrant au royaume de Germanie, et y désigna un duc.
Origine du nom La part de ne se voit dotée par la tradition historique d'aucune appellation propre ; elle est souvent désignée comme le royaume de Lothaire, ce terme évoluant ensuite vers la forme Lotharingie. Les circonstances, qui donnent une sorte d'individualité au territoire intermédiaire entre la Francie de l'Ouest et la Francie de l'Est, y associent intimement le souvenir de . Ainsi, un document daté de 868 parle des Lotharienses, c'est-à-dire des gens de Lothaire, pour les distinguer des Karlenses, les sujets de . De même, le pays est nommé par rapport au souverain : regnum Lothariense, regnum Lotharicum, Lotharii regnum, LothariaRobert Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843–923), 1898., LotharingaGeorge W. White, Nation, State, and Territory: Volume 1: Origins, Evolutions, and Relationships, 2007.. Plus tard, en 912, les annales d'une abbaye d'Alsace parlent de Hlutaringi ou encore de Hlodarii pour désigner les sujets de Lothaire et de ses successeurs. Bien que le suffixe -ingi soit normalement réservé aux membres d'une dynastie (la famille du roi comme dans Carolingiens), il s'appliquait ici à tous les habitants. À la fin du , Lotharingi (les Lotharingiens) finit par l'emporter sur les autres désignations et donna naissance à Lotharingia (Lotharingie).
C'est ainsi au terme d'une période s'étendant sur un siècle que s'impose un nom qui désigne le royaume et les peuples de Lothaire et de ses successeurs. Dans l'esprit des chroniqueurs, ce royaume et ce peuple existent bien en tant que tels puisqu'ils ont inventé des mots pour les nommer. Ils leur prêtent d'ailleurs un caractère, comme en témoigne le Saxon Widukind lorsqu'il évoque la ruse employée pour venir à bout des Lotharingiens « […] parce que c'est un peuple changeant, habitué aux ruses, prompt à la guerre et prêt à s'adapter aux nouveautés ». Un autre historien du mentionne l'existence à la frontière occidentale du royaume de Lothaire « d'une barbarie indomptée, jalouse du bonheur d'autrui et de son propre salut, méprisant les admonestations paternelles du duc et craignant à peine l'autorité ».
Dans la langue courante, le mot Lotharingia subit des transformations. Il évolue en particulier vers Lohereigne, puis Lorraine, mais aussi Lothier pour les Wallons, LotharingenWinkelman, Dictionnaire François-Hollandois et Hollandois-François, 1783. et Lothringen pour les germanophones. Dans les textes médiévaux, le mot Lotharingus peut aussi bien désigner un habitant de Toul, de Metz, de Liège ou de Cambrai.
Après le partage de l'ancien royaume de en deux duchés, le nom Lorraine s'applique ainsi progressivement au seul duché méridional, c'est-à-dire l'équivalent de trois des quatre départements lorrains actuels (le département de la Meuse étant partagé entre le comté puis duché de Bar et l'évêché de Verdun). Le duché septentrional sera appelé Lothier mais dès la fin du plus personne ne savait exactement quel était l'emplacement géographique de ce duché dont les ducs de Brabant continueront à se prévaloir.
Territoire La Lotharingie s'étend entre les vallées de la Meuse, de l'Escaut et du Rhin jusqu'à la mer du Nord. Elle est limitée à l'ouest par la Flandre, le Vermandois, la Champagne, la Bourgogne transjurane et la Franche-Comté ; et à l'est, par la (Basse)-Saxe, la Franconie et la Souabe Cyrille Debris, Tu Felix Austria, nube - Dynastie de Habsbourg et sa politique matrimoniale à la fin du Moyen Âge (s), Brepols, 2005, 151.. .
Pour connaître précisément les territoires qui composaient la Lotharingie, il faut se référer au traité de Meerssen qui, en 870, la partage entre le royaume franc oriental et le royaume franc occidental. Le texte officiel nous a été conservé par la Chronique d'Hincmar, archevêque de Reims. Ce traité énumère tous les comtés ou pagi composant les États lorrains de .
En 870 la Lotharingie est donc composée des comtés suivants : la Toxandrie, les quatre comtés du Brabant, les quatre comtés de la Hesbaye, le Cambrésis, le Hainaut, le Lommensis, le Teisterbant, la Betuwe, le Hattuariensis, les Masau inférieur et supérieur de la rive droite et de la rive gauche de la Meuse, le Liugas, le district d'Aix et le district de Maastricht, le Condroz, l'Ardenne, les cinq comtés de la Ripuarie (dont Bonn et Cologne), le Meinvelt, le Bidgau (y compris le pagus Trevirensis autour de Trèves), le comté d'Arlon, les deux comtés de la Woëvre ( ou Matensis et Ivotius), le Saargau supérieur et le Saargau inférieur, le Castricius, le Mosominsis (Mouzon), le Dormois, le Verdunois, le Moslensis (sur la Moselle, avec Metz), le Nitagau (sur la Nied), le Barrois, la Charpeigne (Scarpone), le Bliesgau, le Saulnois, l'Albegau (sur l'Albe), le Saintois, les deux Ornois, le Tullensis, le Chaumontois, le Soulossois, le Nordgau et le Sundgau. La Frise, depuis le Sincfal et probablement jusqu'à l'Ems, avec les nombreux comtés saxons, mi-saxons et francs qui y sont rattachés sont également dépendants de la Lotharingie. Remarquons aussi que la Meuse n'était pas parfaitement la limite ouest (par exemple le Barrois déborde sur la rive gauche), ni le Rhin la limite est (sur la rive gauche, Mayence, Worms et Spire appartenaient non pas à la Francie médiane mais au royaume de Germanie/Francie orientale échu à Louis II le Germanique, un frère cadet de , au traité de Verdun d').
Cet ensemble couvre approximativement les territoires actuels : des Pays-Bas ; de la partie de la Belgique située à l'est de l'Escaut ; du grand-duché de Luxembourg ; en Allemagne : de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, avec le Rhin comme frontière orientale, de la Rhénanie-Palatinat, de la Sarre ; en France : de la Lorraine, de l'Alsace, de la partie du Nord située à l'est de l'Escaut.
À partir du , l'Alsace en fut nettement distinguée, et désormais le « royaume de Lothaire », la Lotharingie, s'arrêta aux premiers contreforts des Vosges.
Histoire de la Lotharingie Entre France et Germanie Naissance de la Lotharingie En 855, peu avant la mort de l'empereur , ses trois fils se partagent au traité de Prüm son royaume, la Francie médiane (qui avait été créée au traité de Verdun de 843) : l'aîné (mort en 875) reçoit la couronne impériale et l'Italie ; le deuxième, (mort en 869), la partie nord de la Francie médiane qui s'étendait de l'Escaut au Rhin et de la mer du Nord au Jura, à l'Helvétie et aux Alpes du Nord (Valais, Haute-Savoie) ; le troisième, Charles (mort en 863), le royaume de Bourgogne-Provence, formé de la Provence et de la Bourgogne cisjurane (duché de Lyon-Vienne et territoires associés).
Dès la fin du , la Lotharingie est dominée par quelques grandes familles seigneuriales, en particulier les Régnier dans toute la zone qui s'étend du Hainaut jusqu'au-delà de la Meuse et du Démer jusqu'à l'Ardenne et les Matfrid dans les pays ripuaires, dans le Bidgau, la Woëvre, le Messin, le Bliesgau, le Chaumontois, c'est-à-dire au revers de l'Ardenne et jusque dans la région de la Sarre et de la haute Moselle.
En 858, réconcilié avec son frère Charles de Provence, signe un traité par lequel il devient son héritier, au détriment de l’aîné . Ainsi, à la mort de Charles en 863, Lothaire tente de faire valoir ses droits mais ne peut imposer sa suzeraineté que sur les comtés de Lyon, de Vienne et du Vivarais ; la Provence lui échappe au bénéfice de .
Marié à Theutberge, qui ne lui donne pas d'enfants, il la répudie en 860, en l’accusant de relations incestueuses avec son frère, l’enferme et trouve quelques évêques complaisants pour prononcer l'annulation du mariage. Il se marie alors à une concubine, Waldrade, et cherche ainsi à légitimer leurs enfants. Soutenue par Louis le Germanique et Charles le Chauve, et Hincmar de Reims, Theutberge obtient que le pape ne reconnaisse pas le nouveau mariage. En , Lothaire n’ayant aucun héritier légitime, ses oncles se rencontrent à Tusey près de Vaucouleurs et s'accordent sur le partage de ses États, lorsque celui-ci mourra.
Le traité de Meerssen et la partition de la Lotharingie (869-879) vignette|La situation en 870. En 869, à la mort du roi , ses possessions sont occupées par son oncle qui se fait couronner roi de Lotharingie à Metz le par l'archevêque Hincmar de ReimsJean Devisse, Hincmar - Archevêque de Reims, 1976, tome 1, 455., cherchant à s’accaparer toute la Lotharingie. Mais cette acquisition est contestée par Louis le Germanique, son autre oncle, et , frère aîné et héritier de . Ce dernier, occupé dans le Sud de l'Italie à combattre les Sarrasins, ne peut faire valoir ses droits, et les deux oncles s'entendent en par le traité de Meerssen pour se partager la Lotharingie : Louis le Germanique reçoit la partie orientale de la Lotharingie avec la Frise, Aix-la-Chapelle, Stavelot, Metz, Strasbourg et Bâle. Il y reconnaît de 872 à 875 la souveraineté nominale de l'empereur ; le Chauve conserve la partie occidentale de la Lotharingie avec Liège, Visé et Maastricht : comme on l'a évoqué, il relève le titre royal dès 869 à Metz ; En 876, à la mort de Louis le Germanique, ses possessions sont partagées entre ses trois fils : Carloman l'aîné obtient la partie sud de la Germanie, la plus riche avec la Bavière ; c'est le cadet, Louis III le Jeune qui hérite alors de la partie orientale de la Lotharingie avec la Saxe, Franconie, Thuringe et la Frise.
En 877, à la mort de , la partie occidentale de la Lotharingie, passe à son fils Louis II le Bègue, puis en 879 aux fils de ce dernier (mort en 882) et (mort en 884).
La réunification à la Germanie (879-895) En 879, Louis III le Jeune occupe presque entièrement la Lotharingie, profitant de la maladie invalidante de son frère aîné Carloman. En 880, par le traité de Ribemont les fils de Louis II le Bègue cèdent à leur cousin Louis III le Jeune leur part de la Lotharingie en échange de la neutralité de ce dernier. À partir de là, et durant plus de 15 ans, la Lotharingie reste sous la coupe des rois de Germanie : Louis III le Jeune (mort en 882), Charles III le Gros (mort en 888) et Arnulf de Carinthie (mort en 899).
L'autorité du roi germanique n'est cependant pas également acceptée partout sur le territoire ; les comtes les plus éloignés vers l'ouest, Raoul de Cambrai et Régnier de Hainaut, font souvent cause commune avec Baudouin II de Flandre ; on les voit tour à tour prêter hommage au Carolingien de France et au Carolingien de Germanie.