Les réactions internationales aux émeutes de 2005 en France ont été très nombreuses dans la presse mondiale.

En France, les médias internationaux sont critiqués pour polariser et analyser les affrontements selon l'expérience de leur propre pays. Selon Christian Manstei, directeur général d’Odit France, « L’impact est lié au degré de connaissance de notre pays : plus on est loin de la France, plus l’évènement est grossi et caricaturé ». L’analyse des médias étrangers n'en reste pas moins très intéressante, on constate ainsi que le traitement des incidents se fait de manière beaucoup moins teintée de politiquement correct en Europe centrale et aux États-Unis qu'en France. D'une manière générale, tous affirment l'échec total de la politique d'intégration française. Certains interprètent même ces violences comme une preuve de la justesse de leur argumentation considérant l'Islam incompatible avec les « valeurs européennes ». À l’inverse les médias français présentent les émeutes comme le résultat d’une crise sociale profonde n’ayant aucun aspect militant ou revendicatif, sur le plan politique comme sur le plan religieux.

Algérie La presse algérienne voit dans ces émeutes le résultat de « décennies de politique d'exclusion » témoignant d'une « intégration en panne ». Certains journaux algériens ont consacré leur une à la crise : « La France est en train de faire face aux conséquences d'une gestion catastrophique de trois générations d'immigration (…) qui ont connu la marginalité et le racisme le plus primaire », écrivait ainsi le quotidien La Nouvelle République, jugeant cette flambée de violence symptomatique de « plusieurs décennies de politique d'exclusion et de mise à l'écart ». Le Quotidien d'Oran a dénoncé les discours simplistes : « …face à une opinion nourrie par un discours présentant les banlieues comme un poste avancé de la colonne islamiste, jouer sur le registre de la peur est sans doute plus facile que de se poser des questions aussi dérangeantes que celles de l'exclusion, d'une intégration en panne ou de cités à la dérive ».

Allemagne Dans un éditorial titré « Jeunes, pauvres, chômeurs et musulmans », le quotidien berlinois Der Tagesspiegel estime que ces troubles « sont des signes dramatiques de problèmes non résolus » pour « des immigrés d'Afrique noire et des États du Maghreb (qui) vivent dans des quartiers isolés et dégradés ».

Le journal de Munich Süddeutsche Zeitung (centre-gauche) s'en prend à Nicolas Sarkozy, « devenu un visage de haine pour tous ceux qui sont sans espoir dans les banlieues ». « Sarkozy a jeté de l'huile sur le feu » en déclarant qu'il fallait « nettoyer » les banlieues au karcher et lorsqu'il a insulté les jeunes en les traitant de « racaille », estime-t-il.

Le Welt am Sonntag titre « Anarchie dans les cités-ghettos de France - la vague de violence atteint l'ensemble du pays » (). Il rappelle que ces violences ont une signification particulière pour la politique française, alors que Villepin et Sarkozy briguent la succession de la présidence. Il rapporte les paroles de l'expert de la CDU concernant les questions de sécurité, Wolfgang Bosbach, qui rappelle qu'en Allemagne, même si la réalité sociale est toute autre, une vague d'émeutes n'est pour autant pas impossible. Pour ce qui est des problèmes d'intégration et problèmes des banlieues, le journal énumère délinquance, chômage des jeunes et problèmes de nationalité ; il écarte les problèmes religieux : « avant tout, les jeunes musulmans sont indifférents à la religion » ().

Australie Le correspondant du Sydney Morning Herald, basé à Londres note combien l'incapacité des autorités françaises à contrôler la spirale de la violence a stupéfié les pays voisins, dont beaucoup comptent une population musulmane impatiente. L'inquiétude monte à l'idée que cette agitation aille se propager ailleurs en Europe.

Autriche Le quotidien national Der Standard consacre le l'intégralité de sa page 2 à ces émeutes. Après un rappel des faits depuis le début des incidents, l'article évoque comme causes la tension sociale dans les banlieues (et les problèmes des banlieues depuis 30 ans), le chômage chez les jeunes, la "ligne dure" de Nicolas Sarkozy et ses propos récents, et surtout la discrimination ethnique. Ainsi, selon le quotidien « Quitter le ghetto et trouver une place dans la société française est à peine possible lorsqu'on s'appelle Mohamed ou Yasmina. ». Le même quotidien y consacre à nouveau une page le , cette fois pour présenter quelques réactions internationales. Le , il publie une interview de Dominique Vidal qui évoque en particulier le problème du chômage, en citant notamment une étude de Jean-François Amadieu sur la discrimination à l'emploi. Ces évènements sont très suivis par l'ensemble de la presse autrichienne.

Belgique Outre les éléments factuels, La Libre Belgique s'intéresse surtout au traitement politique des émeutes : « Face à cette flambée, Nicolas Sarkozy, pris en flagrant délit d'impuissance, a un peu baissé le ton. Le ministre de l'Intérieur promet toujours de châtier les émeutiers mais il se garde désormais de tout dérapage verbal qui pourrait à nouveau faire passer sa politique de fermeté pour une stratégie délibérée de la tension. ».

Cameroun Dans la Nouvelle Expression du Cameroun, l'éditorial intitulé «France : les fissures de la république !» montre que la France aurait renoncé à son idéal républicain en limitant l'immigration et en discriminant les fils et filles d'étrangers. Il fustige également les idées de Nicolas Sarkozy.

Canada Radio-Canada parle de « violences urbaines » et de « fureur populaire » en banlieue de Paris .. Le Canal Nouvelles (LCN) fait un constat semblable..

Maurice Georges Dantec intervient le sur la chaîne de télévision francophone TQS et parle de « prologue à la future guerre civile française ».

Tout comme les États-Unis, la Russie et la Grande-Bretagne, le Canada a recommandé la prudence à ses ressortissants se rendant ou se trouvant en France.

Le , une cinquantaine d'anarchistes ont manifesté en appui aux émeutiers devant le consulat français à Montréal, selon le journal Le Devoir et la chaîne télé TVA.

Chine L'un des quotidiens les plus populaires de Pékin, le Beijing News, se demande s'il est raisonnable pour les touristes chinois de se rendre à Paris.

Côte d'Ivoire En Côte d'Ivoire, la France est sévèrement critiquée dans le contexte de la guerre civile. Le journal pro-gouvernemental Notre Voie expliquait : «Voilà donc la grande France confrontée à une rébellion de fils d'immigrés qui refusent de discuter avec Sarkozy, mais accepteraient volontiers Villepin. Et si la Côte-d'Ivoire leur proposait gracieusement une table ronde à Grand-Bassam, une banlieue abidjanaise ?», allusion aux accords Kléber.

Cuba L'organe de presse du parti communiste cubain Granma publie dans sa version francophone un article dans lequel il explique que la cause des violences est avant tout "centaines d’années d’exploitation, d’abord dans les pays d’origine, et ensuite dans le « paradis » qu’ils ont pensé rencontrer, où l’on a besoin d’eux, mais où ils sont discriminés et maltraités impunément comme aujourd’hui." Le reste de l'article décrit de façon objective les violences dans leur ensemble.

Espagne Le quotidien de centre-gauche El País rappelle les événements de ces derniers jours :

Le journal analyse également le débat au niveau politique : « Principal pénalisé par cette crise, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, président du parti gouvernemental et principal ennemi politique du Premier ministre, dont la consigne de "tolérance zéro" semble être à l'origine de cette guerre. » El Pais précise que Villepin et Sarkozy ont chacun annulé leurs obligations pour « tenter d'arrêter la spirale d'une rébellion dans les "banlieues" » (ndlr : en français dans le texte).

Pour le quotidien libéral El Mundo,

Le journal libéral ABC dénonce l'attitude schizophrène de la France : "Elle a légitimé les différences culturelles dans un climat de tolérance, tolérance qu'elle dément dans les faits puisqu'elle condamne à la pauvreté et à l'isolement ceux qui ne peuvent pas s'intégrer socialement parce que leur mentalité et leur mode de vie vont à l'encontre des valeurs d'une culture profondément laïque et égalitaire comme l'est la république française". Résultat : "La société française a condamné toute une génération à se sentir étrangère dans son propre pays."

États-Unis Dès le , le Los Angeles Times consacrait un article sur les émeutes et sur leurs causes (mort par électrocution des deux jeunes à Clichy-sous-Bois ; visite de Nicolas Sarkozy du ).

Après l'avoir traité par des brèves, le New York Times aborde pour la première fois le sujet dans son édition de jeudi en se concentrant sur l'intervention de Chirac. Idem avec le Washington Post. Les deux journaux tentent d'expliquer la situation à leurs lecteurs de manière sommaire en dressant un tableau très négatif des banlieues : chômage, misère sociale, criminalité, échec de l'intégration des enfants d'immigrés.

Le Washington Times (conservateur) parle, quant à lui, de « musulmans qui défient la police » et s'inquiète de ses ressortissants américains, les appelant à éviter Paris, la Seine-Saint-Denis et la région parisienne dans son ensemble mais également la Normandie et Marseille.

Le Boston Globe perçoit les évènements comme un signe d’impuissance des pouvoirs publics français dans un article du :, ce qui se traduit par les propos suivants : « […] Les officiels désespérés ont décidé hier de mettre plus d'hélicoptères et de forces de police dans la vaine tentative de réprimer les plus importants troubles civils dans le pays jamais vus depuis des décennies. […] la police ne semble pas avoir de stratégie claire pour traiter cette crise qui s'aggrave de jour en jour. À travers tout le pays, environ véhicules et des dizaines de commerces ont été détruits dans la nuit d'hier, la plus destructrice et la plus anarchique depuis que les émeutes ont débuté le . […] au moins trois voitures ont été incendiées sur la Place de la République, un quartier animé situé au nord-est du centre de Paris et dont les brasseries et les bars sont fréquentés par les touristes et les Parisiens. Des dizaines de véhicules ont été brulés par des groupes mobiles d'agresseurs dans d'autres parties de la ville, renommées pour leur beauté et leur raffinement. On a trouvé des preuves hier que les incendiaires en fuite sont mieux organisés que les autorités le pensaient. Le garde des sceaux a annoncé la découverte d'une fabrique de cocktails Molotov à Évry, au sud de Paris […]. ». Cette présentation inquiétante rejoint celle de Fox News qui a symbolisé le sujet par une Tour Eiffel en feu bien que les émeutes sont circonscrites aux banlieues des grandes agglomérations du pays et absentes des centres-villes touristiques.

Le sujet a été abordé durant plusieurs jours sur la page d'accueil de CNN et a même fait la "Une" du site web après l'intervention de Chirac au Conseil des ministres.

Le New York Times publiait le un article qui titrait sur le premier mort et l'augmentation de la violence à Paris : le journal rapportait aussi que plusieurs pays incluant l'Australie, l'Autriche, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, exhortaient leurs ressortissants à la plus grande prudence en France..

USA Today stigmatise une certaine hypocrisie française :

La chaîne indépendante Current TV a offert depuis lundi plusieurs reportages sur la question. L'animateur a déclaré que la situation actuelle rappelait le scénario du film La Haine. Fidèle au ton et au format de cette station, les reportages donnent d'abord la parole aux jeunes gens habitants la banlieues françaises offrant ainsi un accès privilégié à un point de vue pour l’instant quasiment inexprimé sur les médias américains.

Finlande