L'interactionnisme structural (aussi appelé sociologie whitienne, sociologie des dynamiques relationnelles ou encore relational sociology (RS), en anglais) est un paradigme des sciences sociales qui relève de l'analyse des réseaux sociaux et qui vise principalement à prendre en compte dans l'analyse du social le sens en tant qu'il est socialement construit via le langage humain, afin de comprendre et expliquer l'émergence, l'évolution ou la dissolution des diverses entités sociales et contextes sociaux observables. Il s'agit à la fois d'une méthode scientifique et d'une théorie sociologique.
Bien que l'approche se soit développée principalement depuis la publication en 1992 de l'ouvrage Identité et Contrôle : Une théorie de l'émergence des formations sociales de Harrison White, les travaux d'autres chercheurs contemporains sont reconnus comme marquants l'histoire de cette approche, parmi lesquels ceux de Mark Granovetter, Charles Tilly et Mustafa Emirbayer. Les travaux de White reprennent en outre ceux de plusieurs sociologues, dont Georg Simmel, Alfred Schütz, Norbert Elias, Niklas Luhmann, Erving Goffman et Pierre Bourdieu. Cette approche, marginalisée dans les années 1980 par son recours au langage formel peu courant en sciences sociales, a gagné de l'importance et touché de nombreux champs de recherche à partir des années 1990. L’accueil des travaux de White a tout de même été relativement retentissant, malgré l'aspect subversif et jugé aride du paradigme proposé. C'est avec la parution en 2008 de la seconde édition du livre, fruit d'un travail collaboratif entre Harrison White et des chercheurs français, que l'approche a gagné en clarté.
L'interactionnisme structural explique l'action sociale par l'aversion à l'incertitude qui tend à pousser à agir de façon à réduire et limiter les incertitudes liées à l'existence, ainsi qu'à réguler les interactions sociales, de façon à faire baisser l'angoisse provoquée par l'incertitude. Ce sont les « relations », vues comme des « histoires », qui permettent d'expliquer l'émergence, l'évolution ou la dissolution des formations sociales observables (identités sociales, structure sociale, institution sociale, norme sociale, catégorie sociale). Dans cette approche interactionniste, l'action sociale tend à donner forme et à organiser le monde social au fil d'interactions sociales porteuses de sens. Dans un raisonnement circulaire et simplifié, les interactions sociales et les structures sociales s'influencent mutuellement.
Fondamentalement, l'interactionnisme structural n'est pas compatible avec l'individualisme méthodologique, car ils sont trop différents dans leurs fondements épistémologiques. La rationalité est un "style" (une simple façon de faire, parmi d'autres) dans la sociologie whitienne, tandis qu'elle est centrale dans l'individualisme méthodologique, pour ne mentionner que la différence la plus fondamentale.
Il y a trois axiomes à prendre en compte dans cette approche :
Le chercheur doit se concentrer sur les histoires et les interactions qui donnent forme au social, à travers le langage humain et la communication; le social se construit à travers des interactions, porteuses de sens (contenu dans les histoires); Les entités sociales mettent du sens sur leurs environnements et les autres entités auxquelles elles sont confrontées, principalement pour réduire les incertitudes (pouvoir prédire, anticiper, les interactions, les situations), et ne peuvent s'en empêcher, puisque l'incertitude leur est angoissante; l'espèce humaine a besoin d'un minimum de confiance dans le déroulement de ses interactions; C'est pour cette raison, selon cette approche, que l'humain déploie des "efforts de contrôle" lors de ses interactions. Les efforts de contrôle prennent une forme typique, et Harrison White en présente trois, mutuellement exclusive, selon lui.
L'approche proposée par White est dense et présente de nombreux concepts ayant des définitions plus ou moins formelles, ce qui implique de devoir se familiariser avec un lexique spécifique. Les concepts clés sont ceux d'« identité sociale », d'« effort de contrôle », d'« histoire » de « netdom », d'« encastrement », de « découplage », d'« équivalence structurale », ceux concernant les modes de régulation sociale et la règle de l'« inertie endémique du sociale ».
Historique
Chronologie de l'interactionnisme structural Le germe de l'interactionnisme structural à proprement parler se trouve vers les années 1970 lorsque des sociologues s'approprient, en lui trouvant des applications concrètes, la théorie des graphes, qui existe depuis 1736. Ils utilisent le classement de matrice par blocs afin de détecter des structures relationnelles dans des réseaux sociaux : les interactions corrélatives (équivalences structurales)Austin Harrington, Barbara L. Marshall, Hans-Peter Muller, Hans-Peter Müller. Encyclopedia of Social Theory.Psychology Press, 2006. 723pp. page : 395. Ce fut une période d'innovation où la plupart des outils mathématiques et statistiques utilisés pour étudier les réseaux sont développés pour des applications en sociologieMark J. Newman. Networks: An Introduction. Oxford University Press. 2010.
Les grands précurseurs historiques sont notamment : Georg Simmel et son interdisciplinarité élaborée du .. ; Célestin Bouglé qui développe en France la notion de sociologie sur un modèle plutôt international dès le début du .
Bien que le modèle d'interactionnisme structural se soit développé principalement depuis la publication en 1992 de l'ouvrage de Harrison White « Identité et Contrôle : Une théorie de l'émergence des formations sociales », des travaux d'autres chercheurs contemporains sont reconnus comme en marquant l'histoire, et parmi eux : Charles Tilly étudie à partir des années 1960 les facteurs déclencheurs d'évolution dans le groupe que sont les proportions chiffrées des sous-groupes, puis dans les années 1990 retrouve le paradigme « état-nation et guerre », étudié plus d'un siècle avant ; Mark Granovetter à partir des années 1970 étudie le concept des réseaux sémantiques porteurs de liens faibles et de liens forts ; Mustafa Emirbayer procède à la communication au public des sciences sociales transversalement liées dans les années 1990 par l'éditorial de la revue de l'université The New School ; Pierre Bourdieu étudie dans la 2 moitié du la « reproduction » de la hiérarchie sociale...
L'approche est restée marginale, en raison de son recours au formalisme qui n'est pas courant en sciences sociales, mais avec les travaux de Harrison White et Charles Tilly, elle a gagné en importance et touché des champs de recherche comme celui de la culture, l'histoire, la politique, l'économie et la psychologie sociale. Puis cette démarche a touché de nombreux champs de recherche à partir des années 1990 et gagné de l'importance. L'émergence du paradigme se situe autour des débats de la communauté des "networkers" concernant l'analyse de réseaux, vers le milieu des années 1980 ; ceux-ci tournaient autour de la question de savoir s'il s'agit d'une méthode ou d'une approche, ce à quoi Barry Wellman a répondu que l'analyse de réseaux allait au-delà de la méthodologie en proposant un paradigme prenant les relations (et interactions) en tant qu'unité fondamentale des sciences sociales, un argument repris par Mustafa Emirbayer et .
Le terme « interactionnisme structural » a été proposé par Alain Degenne et Michel Forsé et se retrouve pour la première fois dans leur ouvrage intitulé Les Réseaux Sociaux (1994) afin de désigner et définir l'approche proposée par Harrison White en 1992, via sa publication Identity and Control.. Dans la francophonie, il s'agit du terme le plus usité, cependant, en anglais, l'appellation la plus courante est (RS), bien que soit également d'usage en anglaisMarco Santoro. Framing Notes. An Introduction to" Catnets" - Sociologica, 2008 doi: 10.2383/26574.
L'émergence dans les années 1990 de la New York School of Relational Sociology marque la naissance de l'approche.
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La sociologie Whitienne connexe à l'interactionnisme structural Harrison White « Identité et Contrôle : Une théorie de l'émergence des formations sociales », pour son témoignage de sociologue (sociologie Whitienne) sur plusieurs époques s'inspire lui aussi de : Georg Simmel ; Norbert Elias et sa philosophie marquée par le freudisme à la suite de son traumatisme psychologique d'infirmier pendant la Première Guerre mondiale ; Alfred Schütz et son pragmatisme philosophique appliqué au quotidien phénoménologique d'expatrié par la 2 guerre mondiale ; Erving Goffman s'intéressant au "style" ou "vouloir paraître" individuel en Amérique du Nord après la 2 guerre mondiale ; Pierre Bourdieu. En 1993, après la parution en 1992 de Identity and control, l'approche relationnelle de White fut l'objet d'un numéro spécial dans Contemporary Sociology, revue de l'Association américaine de sociologie.
En , l'Université Humboldt de Berlin a accueilli le symposium international sur la sociologie relationnelle qui fut organisé par Jan Fuhse et intitulé Sociologie relationnelle : des impulsions transatlantiques pour les sciences sociales. Le symposium s'est centré sur le travail de Harrison White.
En , le sociologue Yanjie Bian a tenu la « Conférence internationale sur la sociologie relationnelle » à l'Institut pour les sciences sociales empiriques de l'Université Jiaotong de Xi’an
À partir de 2011 l'Association canadienne de sociologie a tenu des conférences annuelles pour développer le champ de recherche de la sociologie relationnelleThe Canadian Sociological Association : What is RS? "Since 2011, F. Dépelteau and C. Powell have organized panels on RS in the annual congress of the Canadian Sociological Association.".
En 2013 un appel à publications fut lancé par la section « Recherches sur les réseaux sociologiques » de l'Association allemande de sociologie, en arguant que bien que les avancées en sociologie relationnelle se produisent majoritairement aux États-Unis, la sociologie relationnelle a des racines profondes dans la sociologie germanique"La tradition germanique: Approches en termes de réseaux sociaux". En plus de Simmel, Marx, Elias and Luhmann, cette tradition allemande inclut des sociologues comme Leopold von Wiese, Karl Mannheim, Theodor Litt, Alfred Schütz, and Helmuth Plessner.
Aussi en 2013, deux livres sur la sociologie relationnelle par François Dépelteau et Christopher Powell furent publiés. Conceptualizing Relational Sociology and Applying Relational Sociology... En 2014, un groupe de recherche sur la sociologie relationnelle a été créé via l'Association canadienne de sociologieSee http://www.csa-scs.ca/files/webapps/csapress/relational/.
Emmanuel Lazega compare Harrison White à la fois au « Copernic et au Galilée » des sciences sociales puisque selon lui, via l'interactionnisme structural, White à la fois fournit aux sciences sociales la « lunette » et les outils pour étudier le social.
Définition La définition la plus vulgarisée de l'interactionnisme structural consiste à considérer que les identités sociales déterminent (influencent dans un sens faible et non fort) via leurs interactions sociales les structures sociales, tout comme, simultanément, ces dernières influencent les identités sociales. Elles se ou coévoluent.
et sont ici des notions utilisées pour désigner des ayant émergé ou pris forme dans un contexte social spécifique, ce qu'Harrison White appelle un ( ou ), ce concept étant comparable à celui du cercle social chez Simmel.. Le chercheur vise à expliquer l'émergence des formations sociales, ainsi qu'à comprendre leur évolution, maintien ou dissolution. Toute régularité sociale observable (par exemple les sociétés, les individus, les institutions sociales, le langage, etc.) est, ici, comprise comme étant le résultat d'« efforts de contrôle », de part et d'autre.