Fondamentaux de géopolitique : L'avenir géopolitique de la Russie () est un livre de géopolitique écrit par Alexandre Douguine et publié en 1997. Devenu un classique de la géopolitique post-soviétique, le livre bénéficie d'une forte influence parmi les élites militaires et diplomatiques russes.
Il promeut une stratégie de subversion visant à isoler et affaiblir les États-Unis de l'intérieur, couper le Royaume-Uni du reste de l'Europe, partager le vieux continent entre une sphère russe et une zone d'influence franco-allemande, et une expansion en Asie centrale aux dépens de la Chine. À ces fins, il propose une alliance russo-islamiste et la liquidation de l'OTAN. La thèse majeure du livre est que si l'implosion de l'Union des républiques socialistes soviétiques a été un recul pour la Russie, .
Présentation générale
Histoire de publication L'auteur principal de l'ouvrage est Alexandre Douguine, conseiller politique et théoricien géopolitique russe. Le manuscrit a été relu par le général Nikolaï Klokotov, enseignant à l'école d'État-major russe (a version is published as "Aleksandr Dugin's Foundations of Geopolitics", Dunlop, John B. Demokratizatsiya 12.1 (Jan 31, 2004): 41.). Les deux auteurs auraient reçu l'aide du colonel-général Leonid Ivashov, chef du bureau International du ministre de la Défense de Russie. Klokotov déclare que dans l'avenir le livre « servirait de puissantes fondations idéologiques pour préparer un nouveau commandement militaire ».
Contenu L'ouvrage affirme que « la bataille pour la domination mondiale des Russes [ethniques] » n'est pas finie et que la Russie demeure « la tête de pont d'une nouvelle révolution anti-américaine anti-bourgeoise ». La Russie doit mettre en œuvre une politique de puissance pour fonder un empire eurasien, qui se construira « sur le principe fondamental de l'ennemi commun : le rejet de l'atlantisme, le contrôle stratégique des USA, et le refus de laisser les valeurs libérales nous dominer ».
Les opérations militaires y jouent un rôle relativement mineur. L'ouvrage promeut un programme sophistiqué de subversion, de déstabilisation et de désinformation, dont les services secrets sont le fer de lance. Ces opérations sont soutenues par l'utilisation agressive des ressources en gaz, pétrole et des autres ressources naturelles, pour intimider et faire pression sur les autres pays.
Le livre insiste sur la promotion de l'anti-américanisme tous azimuts : « le bouc émissaire principal sera précisément les USA ».
Plan stratégique
Europe La Russie souhaitant mettre en place un empire russe eurasiatique, l'Europe est un acteur majeur de la géopolitique russe. La Russie considère que l'Europe a une position peu enviable car elle est instrumentalisée par les États-Unis comme un cordon sanitaire, une zone-tampon qui la protège de la Russie, et est donc vulnérable. La Russie ne pourra atteindre la domination mondiale qu'en assurant une Europe unifiée dans un gouvernement fédéral franco-allemand ami et inoffensif vis-à-vis de la Russie. Ainsi, pour la Russie, « la tâche maximale [dans l'avenir] est la finlandisation de toute l'Europe ».
Pour ce faire, la Russie doit stimuler les sentiments anti-américains et assurer un retrait de l'OTAN du vieux continent. Le projet d'intégration européenne aurait ; il s'agit donc pour la Russie de lutter contre toute influence américaine libérale. l'Allemagne se voit offerte la domination politique de facto des États protestants et catholiques d'Europe centrale et orientale, et ainsi, de l'empire européen. L'oblast de Kaliningrad pourrait retourner à l'Allemagne, en échange de certains des pays qui vont de la mer Baltique à la mer Noire. Le livre prévoit un « axe Moscou-Berlin » qui permette à la Russie de compenser sa faiblesse économique, et à l'Allemagne, sa faiblesse politique. la France est vue comme la deuxième puissance européenne, encouragée à rejoindre un bloc franco-allemand, où elle agirait comme la deuxième force. La Russie doit exercer une influence idéologique en France afin de stimuler la « ferme tradition anti-atlantiste » du pays. Il s'agit également d'appuyer l'extrême-droite française, qui agit dans le sens d'un rapprochement avec la Russie et qui affaiblit la protection américaine. le Royaume-Uni, considéré comme une base flottante des États-Unis, devrait être séparé de l'Europe pour l'affaiblir politiquement et économiquement. Il s'agit aussi de contrer les stratégies britanniques qui visent à rendre l'Europe de l'Est indépendante de la Russie et de l'Allemagne. l'Italie est considérée comme un poids mort dans la géopolitique mondiale, un non-acteur qui a vocation à faire partie de la zone d'influence allemande. le Vatican est un adversaire idéologique, en ce qu'il est le symbole de l'Europe rationaliste et libérale, opposée à l'orthodoxie russe. la Finlande devrait être absorbée par la Russie. Le Sud de la Finlande serait associée à la République de Carélie, et le Nord à l'oblast de Mourmansk. l'Estonie serait livrée à la sphère d'influence de l'Allemagne. la Lettonie et la Lituanie se verraient conférer un « statut spécial » dans la sphère russo-eurasiatique. La Pologne se verrait conférer un « statut spécial » dans la sphère eurasiatique. La Roumanie, la FYROM, la Bosno-Serbie et la Grèce — le « collectif orthodoxe de l'Est » — s'aligneraient sur « Moscou, troisième Rome », et rejetterait le rationalisme individualiste de l'Occident. La Moldavie doit être unifiée avec la Roumanie, sous l'égide de la Russie. l'Ukraine, une , un non-État, doit être conquis et annexé par la Russie, à commencer par ses zones russophones. Il ne devrait pas être permis à l'Ukraine d'être indépendante, de peur qu'elle ne devienne une composante dans une stratégie d'endiguement contre la Russie. La Macédoine doit être appuyée et obtenir un statut spécial afin de neutraliser cette pomme de discorde dans les Balkans. La Biélorussie doit être intégrée à la Russie et conserver un minimum d'autonomie.
Afrique L'Afrique est peu présente dans l'ouvrage de Douguine, qui considère qu'elle représente l'hémisphère Sud pauvre et faible.
Le Maroc, l'Algérie et l’Égypte sont considérés comme trois pays artificiellement atlantistes, . Dès lors, tous les régimes pro-EU devraient chuter dès lors que des guerres de libération panarabes émergent. La Libye peut être la base d'un bloc arabe anti-américain.
Moyen-Orient et Asie centrale L'ouvrage insiste sur l'« alliance russo-islamique », laquelle constitue la « fondation de la stratégie anti-Atlantique ». L'alliance est censée reposer sur « le caractère traditionnel des civilisations russe et islamique ». l'Iran est un allié clef. Le livre parle d'un « axe Moscou-Téhéran ». L'islamisme de l'Iran le rend incompatible avec la modernité occidentale, ce qui le rapproche de la Russie. la Turquie est perçue comme nécessairement atlantiste. Sa visée pan-turque en fait un ennemi naturel de la Russie, qui doit chercher à la casser par tous les moyens. La Russie aurait besoin de causer des « chocs géopolitiques » à l'intérieur de la Turquie. Ceci s'obtiendrait en utilisant les Kurdes, les Arméniens ou toute autre minorité. l'Arabie saoudite, génétiquement pro-américaine, est l'ennemi héréditaire d'un des plus grands alliés russes, l'Iran. l'Arménie a un rôle particulier : elle sert de « base stratégique », et il est nécessaire de créer « un axe secondaire Moscou-Erevan-Téhéran ». Les Arméniens sont « un peuple aryen [comme] les Iraniens et les Kurdes ». Il s'agit du seul peuple post-soviétique mono-ethnique. le Haut-Karabagh doit être assuré comme une zone tampon neutre par la Russie, car il s'agit du point d'équilibre de tout le Caucase. l'Azerbaïdjan pourrait être partagée entre l'Iran, la Russie et l'Arménie. la Géorgie serait démembrée. L'Abkhazie et une « Ossétie unie », comprenant l'Ossétie du Sud géorgienne, seraient incorporées à la Russie. La Géorgie ne serait en aucun cas autorisée à avoir une ligne politique indépendante. Le livre considère le Caucase comme un territoire russe, y compris « les rives occidentale et septentrionale de la Caspienne (les territoires du Kazakhstan et du Turkménistan) », ainsi que l'Asie centrale, mentionnant le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Le Kazakhstan est un territoire pivot, en ce qu'il doit être la base de projection de la Russie dans les républiques d'Asie centrale. Ainsi, . le Tatarstan est une menace pour l'intégrité russe, du fait du sentiment national développé de ses membres. Il est nécessaire de le supprimer petit à petit en y faisant immigrer des Russes.
Asie la Chine, qui représente une menace pour la Russie, « doit, autant que possible, être démantelée », car elle serait toujours alliée de l'atlantisme sur le long terme. La Russie devrait donc se constituer un glacis stratégique à travers le Tibet, le Xinjiang, la Mongolie et la Mandchourie. La Russie devrait proposer à la Chine son aide « dans une direction méridionale — Indochine (sauf le Viet-Nam), Philippines, Indonésie et Australie » comme compensation géopolitique. la Mongolie doit être protégée en tant qu'alliée de premier plan, car il s'agit d'un glacis protecteur pour le sud de la Sibérie face à la Chine. Elle pourrait être absorbée dans la Russo-Eurasie. le Japon a été par les États-Unis, mais reste une puissance capable de rejeter l'Amérique de la zone asiatique, comme elle l'a déjà cherché par le passé, et comme elle le ferait actuellement par le biais de la guerre économique. La Russie manipulerait la politique nippone en offrant au Japon les Îles Kouriles et en attisant l'anti-américanisme. l'Inde, si elle est tournée vers la thalassocratie, peut faire l'objet d'une alliance avec la Chine, l'Afghanistan et l'Iran. Cela permet à la Russie de sécuriser l'océan Indien, qui se trouve sur l'axe stratégique de l'Histoire.
Amérique
les États-Unis, ennemi ultime de la Russie, doit être battu par tous les moyens. La Russie doit, grâce à ses services spéciaux, semer le doute au sein des Américains sur eux-mêmes et sur la validité de leurs institutions démocratiques, ainsi qu'attiser le séparatisme, les discriminations et les racismes de toutes sortes, et appuyer notamment les combats racistes et antiracistes afin d'encourager l'antagonisme social (à commencer par l'excitation des « racistes afro-américains »). L'objectif est d'affaiblir l'Amérique de l'intérieur en appuyant « tous types de séparatisme et de conflit ethnique, social ou racial ». La Russie doit aider le Parti républicain, qui souhaite un retrait du pays de la sphère internationale et milite pour sa perte d'influence à l'étranger. le Canada, jamais mentionné dans le livre, est constamment assimilé à l'Amérique. l'Amérique du Sud doit être un terrain privilégié de la lutte contre l'Amérique, et la Russie doit y réduire l'influence américaine en réduisant leur emprise sur les pays du continent. Il s'agit d'appuyer l'hispanophonie, faire reculer l'anglophonie.
Chapitres
Partie 1 : les pères fondateurs de la géopolitique
Chapitres 1 à 9 : les premiers auteurs L'auteur commence par une revue synthétique de l'histoire de la géopolitique en tant que discipline et en tant que doctrine. Il revient sur les écoles géopolitiques russe, allemande, britannique, française et américaine, à travers notamment les œuvres de Friedrich Ratzel, Friedrich Naumann, Carl Schmitt, Paul Vidal de La Blache, etc.
Chapitre 10 : la géopolitique comme instrument de politique nationale L'analyse géopolitique cherche à inclure des processus historiques, les relations entre les États, mais aussi une approche ethnographique et économique. Elle est par nature transdisciplinaire. Toute géopolitique a comme fondements des dualismes fondamentaux : la terre et la mer, la tellurocratie et la thalassocratie, mais aussi des concepts tels que l'idéocratie, l'axe géographique de l'Histoire, etc.