Ivo Livi, dit Yves Montand, né le à Monsummano Terme (Italie) et mort le à Senlis (France), est un chanteur et acteur italien naturalisé françaisNaturalisé en 1929. Cf. ..
Issu d'une famille ayant fui l'Italie fasciste, le jeune Yves LiviTous les prénoms de la famille ont été francisés par le décret du 08 janvier 1929 grandit à Marseille et se passionne pour le cinéma, notamment pour les comédies musicales américaines, admirant Fred Astaire et ses numéros de claquettes. D'abord dans les cabarets marseillais, puis dans des salles et en tournée, grâce à son producteur Émile Audiffred, il se fait un nom dans la chanson et finit par monter à Paris après la guerre. Grâce au soutien d'Édith Piaf, il devient une vedette du music-hall français, avec des chansons comme Les Feuilles mortes, C'est si bon, Mais qu’est-ce que j’ai ?, Rien dans les mains, rien dans les poches ou encore La Bicyclette.
Son succès musical le mène au cinéma, où il s'impose avec Le Salaire de la peur (1952), film récompensé, et au théâtre dans Les Sorcières de Salem en 1955. Son passage sur les scènes de Broadway le conduit à tourner dans Le Milliardaire (1960), film musical hollywoodien, où il joue aux côtés de Marilyn Monroe. La consécration critique arrive avec la trilogie politique de Costa-Gavras (Z, L'Aveu et État de siège), qui lui confère un statut d'acteur engagé. Il renoue avec la comédie musicale pour Trois Places pour le 26 de Jacques Demy en 1988.
Acteur à succès tout au long des années 1960, 1970, puis 1980, il tourne sous la direction de grands réalisateurs français tels que Claude Berri, Henri-Georges Clouzot, Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil, Costa-Gavras, Claude Sautet ou encore Alain Corneau, alternant les drames, les films politiques, les polars et les comédies. Beaucoup de ses films sont devenus des classiques du cinéma français, comme Paris brûle-t-il ? (1966), Le Diable par la queue (1969), Le Cercle rouge (1970), La Folie des grandeurs (1971), César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul… et les autres (1974), Le Sauvage (1975), Police Python 357 (1976), I… comme Icare (1979) et le diptyque Jean de Florette / Manon des sources (1986).
Connu pour son engagement politique à gauche, Montand interprète et des films engagés, dont ceux de Costa-Gavras, dénonçant les extrémismes. Militant du Mouvement de la paix et des Droits de l'homme, il chante à l'Olympia en soutien aux Chiliens après le coup d'État de Pinochet. Ses idées politiques évoluent ensuite et en 1984, dans l'émission Vive la crise !, il fait l'éloge de l'austérité et du libéralisme thatchérien en défendant le tournant de la rigueur.
Avec Simone Signoret, qu'il épouse en 1951, il forme l'un des couples les plus célèbres du cinéma français.
Biographie Famille et jeunesse Ivo Livi, fils de Giovanni Livi et Giuseppina Simoni (1893-1971), naît à Monsummano Alto, en Toscane (Italie), un an avant l'arrivée au pouvoir de Benito Mussolini (le ) et la mise en place du régime fasciste. Il est le dernier enfant d'une fratrie de trois avec Lydia (1915-2003) et Giuliano, dit Julien (1917-1994). Il est issu d'une famille ouvrière et militante, qu'il vénérera toute sa vie, et à qui il doit son attachement pour le communisme..
En 1923, en raison de ses activités militantes communistes, le père d'Ivo Livi voit son atelier incendié par les Chemises noires, qui le passent ensuite à tabac. Il fuit alors les persécutions de l'Italie fasciste, emmenant avec lui toute sa famille. Souhaitant émigrer vers les États-Unis, il est en transit à Marseille lorsque le consulat américain cesse de délivrer des visas en raison de nouvelles restrictions à l'immigration. La famille est alors bloquée. dans la cité phocéenne, et s'installe dans un des quartiers industriels et ouvriers du nord de la ville, où se trouve une importante communauté toscane. Ivo n'a alors que deux ans. Son père crée une petite fabrique de balais dans le quartier des Crottes. Les deux aînés quittent rapidement l'école pour gagner leur vie : Lydia devient coiffeuse, et son frère Julien serveur de café et fervent militant communiste. L'enfance d'Ivo est difficile matériellement ainsi que moralement. Il est en effet considéré comme un « immigré rital ». C'est à cette époque qu'il se passionne pour le cinéma et notamment pour les comédies musicales américaines, en particulier celles de son idole Fred Astaire et ses numéros de claquettes.
Par décret du ., la famille Livi obtient la nationalité française et Ivo voit son prénom francisé en Yves. La même année, la famille déménage dans le quartier de La Cabucelle, impasse des Mûriers. Les conséquences de la Grande Dépression ruinent le père d'Yves qui dépose le bilan de la fabrique familiale de balais en 1932. Yves a onze ans et est nettement plus grand que la moyenne des enfants de son âge lorsqu'il falsifie ses papiers pour se faire engager dans une fabrique de pâtes (la loi interdit le travail avant l'âge de quatorze ans)Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, . Il sera encore livreur, également serveur dans la confiserie « Mignon » avant d'être à quatorze ans apprenti dans le salon de coiffure pour dames où travaille sa sœur Lydia, et il passe avec succès un CAP de coiffeur.. Il travaille par la suite sur les docks de Marseille.
Ascension Premiers pas dans les cabarets marseillais En 1938, à dix-sept ans, Yves Livi décroche une place de « chauffeur de salle » dans un cabaret de music-hall de Marseille. Par la suite, il participe à un spectacle dont la première partie accueille des débutants. Il chante Trenet (C'est la vie, Boum), Chevalier (On est comme on est) et se livre à des imitations de Fernandel et de personnages de Walt Disney. L'organisateur du spectacle, Francis T (de son vrai nom Trotobas, alias Berlingot), le prend sous son aile et lui conseille de se trouver un nom de scène. Yves Livi devient Yves Montant pseudonyme choisi en souvenir de sa mère. Car dans son mélange d’italien et de français, elle lui criait afin qu’il rentre lorsqu'il jouait dans la rue : « Ivo, monta »Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, ..
Francis T, chanteur-parodiste, organisateur et animateur de spectacles, devient alors son premier imprésario et l'accompagne de 1938 à 1941. Il commence des cours de chant avec Marguerite Francelli l'été 1937. Le débutant, de temps à autre, décroche quelques engagements ; sur scène, il est accompagné au piano par Mado, la fille de son professeur de chant. Ses galas le conduisent parfois jusqu'à Narbonne et Toulouse et, au début de 1940, son nom attire le public. Montand ambitionne alors de passer à l'Alcazar de Marseille.
Le , il joue sur la scène de l'Alcazar de Marseille, et mêle aux reprises des créations originales. Le public est conquis. Cependant, la guerre éclate et remet en cause son projet de « monter à Paris ».
Yves Montand se retrouve manœuvre aux « Chantiers et Ateliers de Provence ». Un emploi qu'il perd et, ne retrouvant pas de travail, il décide de chercher des engagements comme chanteur. Il passe dans des cafés, des cabarets modestes, des cinémas où il chante durant l'entracte. Il trouve un emploi de docker et chante encore parfois le dimanche. Francis T, en , lui permet de reprendre à plein temps la chanson.
Au début de l'été 1941, Yves Montand se produit une seconde fois à l'Alcazar et obtient un triomphe. Il est remarqué par le producteur Émile Audiffred, surnommé « Audi », qui prend en charge sa carrière, persuadé de tenir un chanteur au fort potentiel scénique. Avec lui, le chanteur suit des cours de danse et affine son jeu de scène. Audiffred lui présente Reda Caire qui lui apprend à mieux chanter, articuler, soigner sa diction et sa présentation sur scène ; il lui enseigne aussi les bonnes manières et en fait son « secrétaire » particulier. Le biographe Emmanuel Bonini, dans son livre Le Véritable Yves Montand, soutient que le chanteur a entretenu une relation intime avec Yves Montand pendant la guerre, confirmant les propos de Jean-Claude Brialy tenus à l'émission Tout le monde en parle en 2004. Audiffred fait comprendre à Montand qu'il doit agrandir son répertoire, car lui dit-il, et le chanteur ajoute des chansons célèbres qu'il se réapproprie avec succèsPhilippe Grocq et Jean Mareska, Montand, qu'est-ce qu'elles ont à tant l'aimer ?, lire en ligne.. Montand se souvient d'Audiffred pour L'Express en 1969 : L'Express, 1969..
Audiffred le fait chanter au Colisée Plage à Marseille et à Lyon en première partie de Rina Ketty. À Marseille, Montand obtient un nouveau succès avec son passage au Théâtre de l'Odéon. Il chante à Aix, Nice, Toulon…
À la rentrée 1941, Émile Audiffred monte la revue Un soir de folie dont Yves est la vedette. Pour cela, il a besoin d'un répertoire original. Hubert Melone, alias Charles Humel, un auteur-compositeur aveugle, lui écrit deux chansons : Y'a du swing partout, qu'il n'enregistrera jamais, et Dans les plaines du Far-West, qui sera son premier vrai succèsRémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, et 7.. Envoyé aux chantiers de la jeunesse créés par Vichy, il y reste presque une année, puis reprend la scène. En cette période, malgré l'occupation, il gagne assez bien sa vie, mais doit régulièrement prouver que son nom Livi ne dissimule pas en fait celui de Lévy. Risquant d'être envoyé en Allemagne, il décide, en accord avec Émile Audiffred, de partir pour ParisRémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, et 10. afin d'échapper au service du travail obligatoire (STO).
À Paris, sous l'aile d'Édith Piaf, début au cinéma vignette|redresse|Édith Piaf en 1939. En 1944, fraîchement débarqué dans la capitale, épaulé par Audiffred et le comédien Harry-Max, Montand se produit au théâtre de l'ABC en février. Par la suite il joue à Bobino, aux Folies-Belleville et au célèbre Moulin-Rouge, où il passe fin juillet, grâce aux relations d'Émile Audiffred, en première partie d'Édith Piaf. Cette rencontre est décisive pour Montand, désormais soutenu et conseillé par la chanteuse. Piaf lui apporte la reconnaissance d'un public élargi et le présente à de nombreux futurs collaborateurs : Loulou Gasté, Jean Guigo, Henri Contet, Louiguy, Marguerite Monnot, Philippe-Gérard… Une idylle naît, secrète car Piaf est alors la maîtresse d'Henri ContetRémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, ..
Le chanteur peaufine ses entrées en scène, abandonne son accent méridional, se constitue un nouveau répertoire et renouvelle son jeu de scène. Son chant rappelle celui de Jean Sablon. Peu à l'aise dans « son nouveau costume », en tournée avec Piaf, durant l'automne 44, Montand ne convainc pas vraiment le public. Le chanteur emporte son adhésion, en au Théâtre de l'Étoile, une fois encore en première partie d'Édith Piaf, laquelle lui a écrit plusieurs chansons, notamment Elle a… qui obtient du succès.
Le , il enregistre pour la première fois pour la marque Odeon : Luna Park, Dans les plaines du Far West, Elle a…, Il fait des…Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, .. En octobre, Édith Piaf permet à Montand de chanter en vedette à l'Étoile. Durant sept semaines, il obtient un succès considérable, et prolonge à l'Alhambra. Sa carrière est lancée.
Il débute au cinéma dans Étoile sans lumière de Marcel Blistène, avec Édith Piaf en vedetteJean Tulard Dictionnaire du cinéma : les acteurs, ed. Robert Laffont. En 1946, il obtient un succès d'estime avec Les Portes de la nuit de Marcel Carné qui est un échec critique et commercial. Yves Montand partage la vedette avec Nathalie Nattier, vedettes par défaut de rôles initialement prévus pour Jean Gabin et Marlene Dietrich. Le chanteur jouera dans quelques films, et trouvera la consécration au cinéma en 1952.
En 1946, Édith et Yves se séparent, à l'initiative de Piaf qui estime que le talent de Montand lui fait de l'ombre.