Allan Stewart Konigsberg, dit Woody Allen Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API., né à New York le selon les encyclopédies (Encyclopedia of World Biography, Britannica, UXL Encyclopedia of World Biography, Universalis) ou le selon son autobiographie, est un réalisateur, scénariste, écrivain, acteur et humoriste américain. Il est également l'auteur de plusieurs pièces de théâtre et nouvelles, et se produit régulièrement en tant que clarinettiste de jazz.

Réalisant quasiment un film par an depuis le début des années 1970, au cours desquelles sa popularité a explosé, Woody Allen est l'un des cinéastes américains les plus connus et les plus prolifiques de ces cinquante dernières années. Les comédies de mœurs, souvent sur fond de psychanalyse, sont incontestablement son domaine favori bien qu'il s'essaye parfois à d'autres genres. Il se met lui-même en scène comme acteur dans un grand nombre de ses films, incarnant souvent un personnage proche de lui-même, caricature de l'intellectuel juif new-yorkais en proie à des affres tragicomiques, essentiellement d'ordre sexuel, existentiel ou métaphysique.

Il a obtenu de nombreuses récompenses cinématographiques, dont quatre Oscars en tant que meilleur réalisateur ou meilleur scénario original - catégorie pour laquelle il détient le record de victoires (trois) et, de très loin, de nominations (seize).

Biographie Origines et enfance vignette|Woody Allen en 1953. Issu d'une famille d'immigrants juifs russo-autrichiens parlant le yiddish, l’hébreu et l'allemand, Allan Stewart Konigsberg naît le De son propre aveu, Woody Allen est en fait né le 30 novembre 1935, mais une fantaisie de ses parents a fait qu'ils ont décalé la date au décembre de cette même année.Référence : Soit dit en passant (Apropos of Nothing), Woody Allen, 2020, Éditions Stock, page 22, citation : La date du 13 novembre susmentionnée est une erreur de traduction, le texte original indiquant "thirtieth of November" (30 novembre), sous-entendant que le décalage ne serait que de quelques minutes. à New York, dans l'arrondissement du Bronx, puis grandit dans celui de Brooklyn. Son père, Martin Konigsberg ( – ), est alternativement graveur-joaillier, chauffeur de taxi et serveur chantant dans une brasserie proche, tandis que sa mère, Nettie Cherry ( – ), tient la caisse chez un fleuriste à Manhattan.. C’est plus précisément à Midwood (Brooklyn) qu’il passe son enfance avec ses parents et sa jeune sœur (Letty, née en 1943), tous natifs de New York. Ses oncles et tantes étaient aussi très souvent chez eux.

Son éducation débute à l’école juive où il restera pendant huit ans avant d'aller à l’école publique. Finalement, il fréquentera la . À cette époque, Allen vit en partie dans l’avenue K. Il est surnommé « » en raison de la couleur rousse de ses cheveux (« roux » se dit « » en anglais). Déjà, il impressionne les autres étudiants par son extraordinaire habileté aux cartes et ses tours de magie. En 1952, il écrit des gags pour un journal. Bien qu'il se décrive souvent comme un névrosé dans ses films, il était en réalité un adolescent apprécié de ses condisciples et un adepte du basket-ball et du baseball à l'école.

Il commence à gagner sa vie en écrivant des gags pour l’agent David O. Alber qui les revend à différents chroniqueurs. Ainsi, la première de ses blagues à avoir été publiée serait « ». À l’âge de , il se met à écrire pour des stars telles que Sid Caesar. Il décide alors d’endosser le pseudonyme de Woody Allen, en partie en hommage au clarinettiste Woody Herman.

Woody s'inscrit à l’université de New York, où il est censé étudier la communication et le cinéma. Ses mauvais résultats et son manque d’intérêt pour les études. lui font rapidement abandonner ces dernières. Plus tard, il fréquentera pourtant brièvement le de New York.

Du scénariste au comédien À , il est chargé de rédiger des sketches pour d’importantes émissions de télévision telles que , , … Ce dernier occasionna par ailleurs le début de sa collaboration avec . Celui-ci l’aida à structurer son style et Allen dira à son sujet :

Il devient ensuite gagman pour des comiques comme Bob Hope, Buddy Hackett, ou Miles Bennett, puis rédacteur du show télévisé de Garry Moore (1957). Naturellement doué pour la comédie, il entame en 1960, une nouvelle carrière d'humoriste de (les albums et 1964-1968 contiennent quelques-uns de ses sketches dont la fantaisiste histoire de l’élan (qu’il emmène à un bal costumé après l’avoir percuté avec sa voiture). Dans le même temps, il contribue à la revue de Broadway et commence à écrire pour le très populaire télé , apparaissant même dans quelques épisodes. En outre, il rédige des nouvelles publiées dans certains magazines, dont .

Petit à petit, avec l’aide de son impresario, Allen transforme ses défauts « psychologiques » en qualités « théâtrales ». Il développe ainsi son célèbre personnage d’intellectuel névrosé, instable et nerveux. Rapidement, il rencontre un succès qui lui ouvre les portes de la télévision et des boîtes de nuit. En 1969, sa popularité est telle qu’il apparaît en couverture de à l’occasion de la création à Broadway de .

1965-1975 : à la conquête de l'écran, de Quoi de neuf, Pussycat ? à Guerre et Amour C'est alors qu'il se produit dans un club de Greenwich Village que Woody Allen est repéré par le producteur Charles K. Feldman et l'acteur Warren Beatty qui cherchent un coscénariste capable d'insuffler un ton comique au film Quoi de neuf, Pussycat ? qu'ils sont en train d'écrire.. Feldman lui propose , Woody Allen en veut mais il accepte finalement le prix de Feldman à condition d'avoir un rôle dans le film. Réalisé par Clive Donner Quoi de neuf, Pussycat ? sort en 1965 et est un grand succès, néanmoins Woody Allen se sent assez frustré du résultat, persuadé qu'il aurait été meilleur s'il l'avait écrit seul et réalisé. Cette expérience l'incite à prendre un meilleur contrôle sur ses projets suivants.

vignette|Groucho Marx en 1931, dont l'œuvre influença Allen.

Son premier film en tant que réalisateur est aussi produit par Charles K. Feldman, en 1966, Lily la tigresse (). Ce long métrage est à l'origine un film d’espionnage japonais dont il a réécrit les dialogues afin d'en faire une œuvre burlesque à la suite du doublage en anglais. En 1967, il interprète le neveu de James Bond dans la parodie Casino Royale.

La fin des années 1960 (et la première moitié des années 1970) marque les débuts d'Allen en tant que réalisateur. Il réalise successivement et avec succès Prends l'oseille et tire-toi () (1969), , Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander (), Woody et les Robots (), ainsi que Guerre et Amour (). Ces films s'inscrivent dans la continuité de son travail d'auteur de sketches télévisés au style burlesque et satirique. Et pour cause, il s'agit exclusivement de pures comédies s'appuyant sur de grosses farces et autres gags visuels. Allen est alors fortement influencé par les œuvres de Bob Hope, Groucho Marx et Humphrey Bogart. Le grand public voit en lui un petit bonhomme à lunettes, tourmenté et d'une épouvantable maladresse. Il s'imposera toutefois grâce à des œuvres plus personnelles, teintées de mélancolie, mais toujours pleines d'autodérision, comme Annie Hall et Manhattan (1979), films dans lesquels s'illustre sa première muse en la personne de Diane Keaton.

1976-1980 : de Annie Hall à La période qui suit est certainement la plus prolifique et la plus célèbre de la carrière de Woody Allen. En moins de , il écrit et réalise ses films les plus appréciés dont Annie Hall, Manhattan, La Rose pourpre du Caire (l'un des films de tous les temps selon le et l'un des trois favoris d'Allen) ainsi que Hannah et ses sœurs qui remporte trois Oscars du cinéma.

Annie Hall, film de tous les succès (vainqueur de quatre Oscars dont l'Oscar du meilleur film, celui du meilleur réalisateur, celui de la meilleure actrice pour Diane Keaton et celui du meilleur scénario), marque un tournant majeur dans l'œuvre de W. Allen. Il s'oriente alors vers un humour plus sophistiqué et aborde des sujets moins légers dans des comédies dramatiques. Certains iront jusqu'à dire qu'il a peut-être réinventé ce genre ou, au moins, qu'il en a fixé les règles modernes. Mais outre cela, W. Allen parvient surtout à trouver son style, sa touche personnelle. Avec Annie Hall, le cinéaste parvient à se détacher de l'influence de ses idoles pour imposer son propre personnage et avec lui, tout un univers complexe de questions existentielles obsédantes inspirées par ses incalculables références culturelles qu'il fait semblant de résoudre par la dérision. Il crée un univers où il est normal d'aborder une inconnue en lui parlant de Sartre pour se retrouver une heure plus tard à discuter avec elle de Kierkegaard dans un jazz club où ils peuvent tous deux se délecter des œuvres de Cole Porter. En somme, il crée un univers égocentrique où tous les personnages sont des parties de Woody Allen.

thumb|Le pont de Queensboro, que l'on peut voir dans un célèbre plan de Manhattan.

Manhattan sera l'œuvre de la confirmation et marquera probablement l'apogée du « style Allen ». Le film est en tout cas considéré par beaucoup de critiques comme sa meilleure œuvre. Tourné en noir et blanc, il constitue un hommage à la ville — sa ville — de New York, véritable « personnage » central du film. Là encore, les rôles principaux représentent des intellectuels lettrés issus de classes sociales élevées. Toutefois, le regard posé sur cette classe est assez ambivalent, critique autant que valorisant. Cet amour-haine des intellectuels new-yorkais (principalement) est par ailleurs une importante caractéristique de la plupart de ses films. Manhattan est sa cinquième collaboration avec l'actrice Diane KeatonSixième si l'on compte Tombe les filles et tais-toi (), réalisé pour des raisons purement contractuelles par Herbert Ross.. Il encourage également les débuts de la jeune Meryl Streep qui tient un second — mais très surprenant — rôle dans le film.

Entre Annie Hall et Manhattan, W. Allen écrit et dirige le mélancolique Intérieurs () dans le style du réalisateur suédois Ingmar Bergman. Ce film est annonciateur d'une période dans l'œuvre d’Allen, au cours des années 1980, essentiellement marquée par l'influence des metteurs en scène européens tels que Fellini. Tous ses films à cette époque, y compris les comédies, seront marqués d'une touche sombre et philosophique, à l'image de et .

1981-1997 : de Comédie érotique d'une nuit d'été à Harry dans tous ses états Les années 1980 sont marquées par la rencontre avec Mia Farrow, sa nouvelle égérie. Elle apparaît dans tous ses longs métrages de 1982 avec Comédie érotique d'une nuit d'été à 1992 avec Maris et Femmes.

Les années 1990 constituent une décennie d'essais ou d'hommages sans véritable ligne de conduite. Ainsi, avec Ombres et Brouillard () (1991), il rend hommage aux expressionnistes allemands. L'année suivante, il combine suspense et comédie noire pour réaliser Meurtre mystérieux à Manhattan (). Le meurtre et ses préparatifs sont pour lui un sujet relativement intéressant pour dépeindre les différentes facettes de ses personnages, ainsi :

En 1994, il revient à des sujets moins sombres avec Coups de feu sur Broadway () qui lui vaudra une nouvelle nomination pour l’Oscar du meilleur réalisateur. Deux ans plus tard, sa comédie musicale Tout le monde dit I Love You () apparaît comme plus accessible et remporte un vif succès auprès du public. Là encore, il se retrouve en course pour les et pour les César. Entre ces deux derniers films, W. Allen a également réalisé le surprenant, par sa construction, Maudite Aphrodite () où ses éternels intellectuels new-yorkais croisent la route de personnages plus simples (une ancienne actrice porno et un boxeur « bas de plafond ») ainsi que des héros des tragédies grecques.