Cinq psychanalyses est un recueil de cinq études psychanalytiques, d'abord réunies par Freud et publiées ensemble dans un tome des Gesammelte Schriften, puis en traduction française, en 1935, sous le titre Cinq psychanalysesJean Laplanche, « Introduction », dans Sigmund Freud, Cinq psychanalyses, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2008, .. Ces cinq histoires de cas ont été traduites pour la première fois en français par Marie Bonaparte et Rudolph Loewenstein et sont parues dans la Revue française de psychanalyse (sauf pour L'Homme aux loups), aux dates respectives suivantes : 1928, Fragment d'une analyse d'hystérie (Dora) (Freud, 1905), 1928 (trad. de Marie Bonaparte seule), Analyse d'une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans) (Freud, 1909), 1932, Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (L'Homme aux rats) (Freud, 1909), 1932, Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes) (Le Président Schreber) (Freud, 1911), 1935, Extrait de l'histoire d'une névrose infantile (L'Homme aux loups) (Freud, 1918).

Le texte des traductions de Marie Bonaparte et Rudolph Loewenstein a été repris sans modifications dans l'édition française de 1935 chez Denoël & SteeleSource de ces informations : Notices respectives des OCF.P pour les cinq cas étudiés dans Sigmund Freud, Cinq psychanalyses, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2008 (1 édition)..

Les cinq histoires de cas Cet ouvrage est composé ainsi : Dora. Fragment d'une analyse d'hystérie, étude menée à propos d'une cure menée par Freud avec Ida Bauer, rédigée en sous le titre initial Rêve et hystérie et publiée en 1905. Le petit Hans. Analyse de la phobie d'un garçon de cinq ans, étude menée à propos d'Herbert Graf, écrite en et publiée en . L’Homme aux rats. Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle. Freud commence le traitement psychanalytique d'Ernst Lanzer, l'homme aux rats, en , il en présente un exposé au premier congrès psychanalytique de Salzbourg, et publie le cas en . Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes) (Le Président Schreber). Freud réalise en 1910, une étude clinique des Mémoires de Daniel Paul Schreber (1903), étude publiée en 1911. Extrait de l'histoire d'une névrose infantile (L’homme aux loups). Freud a traité Sergueï Pankejeff, l'homme aux loups, de à . Il écrit son texte en octobre- mais ne le publie qu'en , sous une forme un peu augmentée. Serguei Pankejeff reprend une analyse entre et .

Présentation des cinq psychanalyses Sigmund Freud a tiré de son expérience avec ses analysants ou de ses lectures, cinq histoires cliniques. Il s'agit de l'étude du cas Dora, une jeune fille hystérique, et des essais consacrés à l’« Homme aux loups » et à l’« Homme aux rats ».

Les deux autres études, consacrées au « Petit Hans » et au Président Schreber, ne sont pas des comptes-rendus d'analyse. En effet, dans l’histoire d’une phobie infantile, celle du Petit Hans, c’est le père du jeune garçon, qui a aidé son fils à se guérir de sa phobie, avec l’aide de Freud, celui-ci jouant le rôle de tiers et de superviseur de ce travail analytique entrepris par le père. Quant à cette analyse que Freud a faite du délire paranoïaque du Président Schreber, il n’a pu la concevoir qu’à partir d’un texte. Les « Mémoires du Président Schreber » avaient passionné aussi bien Freud que Jung, comme ils en témoignent tous deux dans leurs lettres, au temps de leur correspondance.

Pour saisir une vue d’ensemble de ces cinq psychanalyses, Freud théorise, dans cet ouvrage, les trois névroses, hystérie, phobie et névrose obsessionnelle. Avec Schreber, il aborde le champ de la psychose et tente de la mesurer à l’aune de ce qu’il a déjà théorisé à propos des névroses. Cette aune est, pour Freud, celle de l’Œdipe. Il interprète le délire de Schreber, en postulant que cet homme était en proie au complexe paternel.

Dora : Fragments d'une analyse d'hystérie

Le texte qui a pour titre Fragment d'une analyse d'hystérie se compose de cinq parties : outre l'avant-propos et la conclusion, Freud l'approche en trois chapitres : I L'État morbide, II Le premier rêve, III Le second rêve. Dans son avant-propos, Freud insiste surtout sur l’importance des rêves dans l’analyse.

Ce récit devait d’abord s’appeler Rêve et Hystérie, parce que cette analyse lui semblait propre à démontrer comment les rêves participent au travail de l’analyse en s’y entrelaçant avec les symptômes et aidant ainsi à leur interprétation. Le , il annonçait à Fliess la fin de ce travail d’écriture et en donnait cette appréciation, « C’est en tout cas, le travail le plus subtil que j’aie jamais écrit et qui effraiera les gens encore plus que de coutume… »

Freud indique, dans son avant-propos, que, s’il a déjà fait précéder non sans raison les travaux qu’il projetait sur la théorie des névroses, de l’étude « laborieuse et approfondie » sur les rêves c’est parce qu’elle en était une étape indispensable. C’est également aussi pour lui une façon de convaincre ses lecteurs de la validité de sa découverte. Il avance en effet qu’il est possible d’avoir recours à ses propres rêves et que la technique de leur interprétation est facile à apprendre si on suit bien les exemples et les règles qu’il en a données. Tout ce qu’il avance peut donc être vérifié par chacun, pour peu qu’il soit sensible, à l’existence en lui, de quelque chose qui parle, sans lui demander son avis, à l’existence du savoir inconscient, lui qui nous fait rêver, faire des lapsus, et des mots d’esprits, mais aussi bien des actes manqués et peut transformer notre vie en cauchemar. « Je soutiens aujourd’hui comme alors, écrit-il, et il est plein d’assurance et de fermeté dans son propos, qu’une condition indispensable pour comprendre les processus psychiques dans l’hystérie et dans les autres psychonévroses est d’approfondir le problème du rêve. »

Freud expose sa conception de l'interprétation du rêve, qui doit être abordée par le recours à l'« association libre », qui consiste pour le patient, à dire librement ce qui lui vient à l’esprit, sans se censurer, quel que soit le niveau d’absurdité ou d’intimité qu’il dévoile. « Personne, poursuit Freud, avec beaucoup d’autorité, n’aura de chance d’avancer dans ce domaine s’il veut s’épargner ce travail préparatoire ». On peut donc lire cet avant-propos du texte de Dora, comme une suite à ce qu’il a encore à dire, pour sa défense et la défense de sa découverte, à propos de son ouvrage de L’Interprétation des rêves paru un an plus tôt en 1900. L’analyse de Dora prend appui sur deux rêves de la jeune fille, et constitue pour Freud, une démonstration de la possibilité d'analyser les rêves dans la cure thérapeutique.

1 - « L'état morbide »

Pour pouvoir interpréter un rêve, Freud commence par raconter ce qu’a été la vie de Dora, la description de son entourage familial et amical, en même temps que l’histoire de sa névrose, une petite hystérie, toux et aphonie, mais pas seulement. Le père de Dora est pour Freud un homme digne d’éloge, il n’en va pas autant pour la mère : « D’après les renseignements fournis par Dora et par son père, je fus amené à me la représenter, écrit Freud, comme une femme peu instruite et surtout inintelligente, qui avait concentré, depuis la maladie de son mari et la désunion qui s’ensuivit, tout son intérêt sur le ménage ». La mère et la fille s’entendaient très mal, en revanche Dora éprouvait une grande admiration pour l’une de ses amies, Madame K. Elles vivaient dans une grande intimité. La jeune femme lui faisait beaucoup de confidences sur la vie sexuelle, et sur la sienne en particulier, tandis que le père de Dora s’intéressait, lui aussi, beaucoup à elle. Monsieur K. en partie délaissé par sa femme, s’intéressait, lui, de très près, à Dora. Il avait tenté de l’embrasser une première fois en la coinçant dans un couloir, alors qu’elle était âgée de 14 ans. Quelque temps avant le début de son analyse, au cours d’une promenade au bord d’un lac, il lui déclare sa flamme. Pour toute réponse, Dora le gifle. C’est ainsi que Freud nous décrit ce quatuor, Dora et monsieur K., le père de Dora et madame K. De ce quatuor, la mère de Dora est exclue. Des personnages qui semblent être de simples comparses ont pourtant eux aussi leur importance. Par exemple la gouvernante de la famille K. qui avait accueilli avec faveur les hommages de monsieur K. et avait eu grand peur d’attendre un enfant, fruit de ces amours ancillaires. C’est à cette gouvernante, que Dora s’était identifiée : elle avait ainsi "donné ses huit jours" à Freud, le quittant à jamais, au bout de trois mois d’analyse.

Dora souffrait depuis l’âge de huit ans d’une gêne respiratoire permanente qui s’accentuait par accès. Des quintes de toux persistèrent jusqu’à l’âge de dix huit ans, âge qu’elle avait lorsqu’elle vint voir Freud. Au début de ces crises, la toux était accompagnée d’une aphonie. Elle ne pouvait plus parler. À dix-huit ans, Freud résume ainsi son état : « Les symptômes principaux de son état étaient la dépression et des troubles du caractère. Elle ne s'entendait plus avec son père et cherchait noise à sa mère. Mais surtout ses parents ont été effrayés par une lettre qu'elle avait laissée sur son bureau pour que ses parents puissent la lire. Elle y manifestait le désir de se suicider. C'était une lettre d'adieu.

Autre événement tout aussi important : Après une dispute insignifiante entre le père et la fille, elle eut pour la première fois « un évanouissement duquel elle garda de l'amnésie… » À propos de cet évanouissement, Freud ajoute en note qu'il s'était accompagné de convulsions et d'un état délirant. Mais impossible, au cours de ces trois mois d'analyse, de déchiffrer cet événement.

Pour résumer, Freud trouve que Dora est atteinte d'une forme mineure d'hystérie : « dyspnée, toux nerveuse, aphonie, peut-être aussi migraine ; avec cela dépression, humeur insociable hystérique et dégoût probablement peu sincère de la vie ». « C'est sur l'ordre formel de son père » qu'elle vint se faire soigner. C’était de mauvais augure quant à cette psychanalyse qui n'a duré que trois mois.

2 - Le premier rêve de Dora

Freud décrit ce premier rêve comme « un rêve à répétition » donc comme un rêve qui, pour lui, présente le plus grand intérêt. Il compte donc l’explorer très sérieusement dans le but de le faire participer activement à l’analyse, l’intégrer dans ce travail de déchiffrage de l'inconscient qu'il poursuit avec Dora. Il reste à découvrir justement pourquoi ces rêves dits à répétition l’intéressent tout particulièrement. Voici le texte de ce rêve, ce que Freud appelle « contenu manifeste du rêve », c'est-à-dire le récit qu’en fait l’analysant et qui est à déchiffrer nous dit Freud, comme un rébus pour pouvoir en retrouver le « contenu latent », c'est-à-dire le désir inconscient qui tentait de s'y faire reconnaître. Il y a un incendie dans une maison, me raconte Dora, mon père est debout devant mon lit et me réveille. Je m’habille vite. Maman veut encore sauver sa boîte à bijoux, mais papa dit : « je ne veux pas que mes deux enfants et moi soyons carbonisés à cause de ta boîte à bijoux ». Nous descendons en hâte, et aussitôt dehors, je me réveille. Comme c’est un rêve à répétition, Freud lui demande quand elle l’a fait pour la première fois, et d’après ce que Dora lui en dit, ils découvrent tous deux que ce rêve a été fait en réaction à l’événement qui s’est produit au bord du lac, quand Monsieur K., l’ami de la famille et qui avait donc l’âge d’être son père, lui avait déclaré son amour. Devant ce danger d’incendie, Dora appelle son père à l’aide. Elle souhaite qu’il la protège de ce qu’elle éprouve comme la violence du désir d’un homme.