Le Formica Leo est un petit cône volcanique adventif du piton de la Fournaise, le volcan actif de l'île de La Réunion, un département d'outre-mer français dans l'océan Indien. Il est situé au cœur du massif du Piton de la Fournaise sur le fond de la caldeira appelée Enclos Fouqué et en contrebas du passage de montagne nommé pas de Bellecombe-JacobCarte de randonnée. Piton de la Fournaise. Île de La Réunion, n°4406 RT, Institut géographique national, 2002., le site naturel le plus touristique de l'île« Le bio reste dispendieux », Journal de l'île de La Réunion, .. D'une vingtaine de mètres de hauteur relative, il y culminerait, d'après les cartes de l'Institut géographique national, à d'altitude.
Si l'on en croit Honoré de Crémont, qui fut ordonnateur de Bourbon, le Formica Leo s'est formé sous les yeux du chasseur d'esclaves Jean Dugain lors d'une éruption volcanique exceptionnelle en 1753 mais n'a été approché pour la première fois que le lorsque Joseph Hubert a effectué la première traversée documentée de l'Enclos après être descendu le long du rempart de Bellecombe« Lettre IV. Relation du premier Voyage fait au Volcan de l'iſle de Bourbon par M. de Crémont, Commissaire Ordonnateur dans cette Iſle », Honoré de Crémont, in L'Année littéraire, Élie-Catherine Fréron, 1770.. Selon Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, botaniste voyageur à l'origine de sa première description scientifique connue, c'est ce même savant qui a ensuite baptisé le petit cône en se référant au fourmi-lion, un insecte dont le nom scientifique aurait pu être Formica-leoVoyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique, Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, 1804..
Surmonté par deux petits cratères volcaniques presque circulaires, le Formica Leo rappelle toujours, de par sa forme actuelle, le piège du fourmilion. Cependant, il est soumis à une importante érosion due au nombre élevé de randonneurs qui gravissent tous les jours ses pentes composées de scories rougeâtres depuis les sentiers voisins, lesquels sont très fréquentés. Attractif et accessible, le petit cône aux teintes changeantes constitue en effet une icône du tourisme à La Réunion.
Géographie
thumb|left|upright=3.2|Le Formica Leo et le rempart de Bellecombe vus du fond de l'Enclos Fouqué.
Localisation
thumb|250px|Carte montrant l'emplacement du Formica Leo au cœur du massif du Piton de la Fournaise. thumb|left|Le Formica Leo au fond de l'Enclos Fouqué avec le piton de Partage en arrière-plan.
Le Formica Leo est un petit cône volcanique de La Réunion, une île du sud-ouest de l'océan Indien relevant de l'archipel des Mascareignes qui est à la fois un département et une région d'outre-mer français ainsi qu'une région ultrapériphérique de l'Union européenne. Il est situé par 21°13'26" de latitude sud et 55°41'32" de longitude est dans la partie occidentale de l'Enclos Fouqué, soit à l'intérieur de la dernière caldeira formée au sein du massif du Piton de la Fournaise par son volcan actif, le piton de la Fournaise. De fait, le Formica Leo fait partie des nombreux cônes adventifs surgis au fil de son histoire éruptive récente sur les pentes ou au pied du dôme principal de ce volcan rouge lui-même créé par le point chaud de La Réunion.
Le Formica Leo se distingue cependant de ses homologues de l'Enclos par la distance relativement importante qu'il entretient avec les deux cratères sommitaux du massif, le Bory et le Dolomieu, au moins le séparant d'eux à vol d'oiseau. Il est en revanche bien plus proche que la moyenne du rempart montagneux d'une centaine de mètres de haut qui délimite la zone et le surplombe, le rempart de Bellecombe. Ainsi, seules quelques dizaines de mètres séparent le petit cône du point où débouche l'escalier escarpé descendant depuis le plateau de la plaine des Sables à partir du passage appelé pas de Bellecombe-Jacob.
Topographie
thumb|Vue à l'intérieur de Formica Leo.
Si l'on en croit ce qu'indique l'Institut géographique national sur sa carte du piton de la Fournaise au 1/ parue en 2002 ainsi que la plaque émaillée que l'on trouve à proximité du cône au pied du rempart de Bellecombe, le sommet du Formica Leo atteint « Enclos Fouqué, Formica Léo, chapelle de Rosemont », site Internet d'Alain Martel., mais certains documents diffusés par des institutions locales fournissent quant à eux des valeurs moindres sans préciser exactement si celles-ci concernent la base ou le point culminant du cône. Ainsi, l'auteur d'un petit guide pédagogique sur le volcan notamment soutenu par l'académie de La Réunion et la Cité du Volcan annonce plutôt Itinéraire géologique, découverte de la Fournaise ancienne, Philippe Mairine, académie de La Réunion, SEML Réunion Muséo, Laboratoire des Sciences de la Terre et de l'Univers, Sciences Réunion et Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise, , page 46..
Le Formica Leo a une forme elliptique et mesure environ par 100 à sa baseMémoire de Raphaël Antoine, Laboratoire des Mécanismes et Transferts en Géologie, Université Paul-Sabatier, 2005., laquelle se trouve, selon l'Institut géographique national, à une altitude d'environ . La hauteur du cône par rapport au sol est mal établie. Si elle n'est certainement pas aussi faible que les vingt pieds annoncés par Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent en son temps, elle demeure de l'ordre de vingt mètres« Topo Guide : Tour des Cratères », Rando-Reunion.com., voire de vingt-cinq mètres selon les sources.
Son sommet est toujours couronné par les deux petits entonnoirs évoqués dans la littérature ancienne et dans l'ouvrage consacré aux cratères de La Réunion publié par William Dudley Oliver en 1896, Crags and Craters. Ramblers in the Island of RéunionCrags and Craters. Ramblers in the Island of Réunion, William Dudley Oliver, Longmans, Green and Co., 1896.. Circulaire, celui qui est situé dans la partie la plus à l'ouest du cône présente une profondeur d'environ cinq mètres. L'autre atteint quant à lui quinze mètres avec une forme moins parfaitement ronde et un diamètre de cinquante mètres. Tous deux présentent des pentes intérieures inclinées de trente degrés environ« Thermography of volcanic areas on Piton de la Fournaise, Reunion Island : mapping surface properties and possible detection of convective air flow within volcanic debris », Raphaël Antoine, David Baratoux, Michel Rabinowicz, Patrick Bachèlery, Thomas Staudacher, Ginette Saracco, Fabrice Fontaine et Anthony Finizola, Geophysical Research Abstracts, , 2008., ce qui est relativement élevé pour un amoncellement de scories basaltiques. Au fond, la cheminée volcanique est complètement bouchée« Un volcan actif n'est pas forcément un volcan en éruption », site Internet de l'Association réunionnaise des guides et accompagnateurs touristiques..
Climat À ces altitudes supérieures à , le climat est rigoureux, les températures pouvant chuter sous les dix degrés Celsius les nuits d'été et générer du givre ou de la glace pendant l'hiver austral, soit entre avril et septembre« Une randonnée au volcan en 10 leçons », Journal de l'île de La Réunion, ..
La configuration et la structure du Formica Leo amènent le site à générer une convection particulière de l'air autour de lui, en tout cas si l'on en croit la campagne de cartographie thermique par infrarouge menée en 2006 durant une journée complète, et qui a révélé que le cône présente des flancs chauds et un centre froid pendant la nuit. Ainsi, le site serait un système à écoulements complexes avec d'importantes variations locales du nombre de Rayleigh.
Faune et flore thumb|upright=1.5|Des randonneurs sur le Formica Leo entouré d'une végétation éparse en .
En raison de la géologie du Formica Leo dépourvu de sol et de l'altitude supérieure à et malgré son âge avancé, la végétation surtout composée d'Ericaceae adaptées à ces conditions, des « branles », demeure relativement éparse aux alentours du cône et totalement absente sur ses pentes et à son sommet. Mais un constat similaire avait déjà été fait par le botaniste Thérésien Cadet en son temps« Étude sur la végétation des hautes altitudes de l'île de la Réunion », Thérésien Cadet, Plant Ecology, , novembre 1974., ce qui laisse penser que le sommet n'a jamais permis le développement des quelques rares formes végétales qui peuvent croître sur le fond de l'Enclos Fouqué aux alentours. Quoi qu'il en soit, il n'est plus guère survolé par les « quelques perroquets solitaires » dont Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent entendit le sifflement aigu sans pouvoir en tuer un seul, les perroquets en question étant autrefois endémiques de l'île et aujourd'hui disparus. Le site demeure néanmoins fréquenté par d'autres oiseaux représentatifs de l'endémisme animal à La Réunion, par exemple le peu farouche tec-tec.
Administration D'un point de vue administratif, les coordonnées géographiques du Formica Leo le placent dans le coin sud-ouest inhabité du territoire de Sainte-Rose, une commune de la côte-sous-le-vent dont la frontière avec Saint-Philippe passe plus au sud et avec Le Tampon plus à l'est. C'est toutefois cette dernière commune qui accueille le siège de l'observatoire volcanologique duquel ressortent le petit cône et tout le reste du massif qui l'entoure : l'observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise est installé à Bourg-Murat, sur le plateau tamponnais appelé plaine des CafresSite Internet de l'observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise..
Histoire Découverte et exploration thumb|left|Carte géographique de l'île Bourbon parue en 1763, soit dix ans après la formation du Formica Leo.
La plus ancienne évocation d'un petit cône volcanique au pied de ce qui est aujourd'hui le pas de Bellecombe-Jacob remonte à 1770 et à la publication dans L'Année littéraire d'un court récit de voyage écrit le au château du Gol par Honoré de Crémont, alors ordonnateur de Bourbon. Il y décrit une expédition partie de Saint-Benoît le 26 et qui fut la première à traverser l'Enclos Fouqué, jusqu'alors perçu comme un précipice trop intimidant, puis à atteindre la zone sommitale du piton de la Fournaise. Le 29, après avoir fait seulement cinquante pas au pied du rempart de Bellecombe, le long duquel elle venait de descendre, la petite équipée qui n'avait pas renoncé trouva devant elle « un monceau de sable rouge ».
L'ordonnateur et les autres participants arrivés jusque-là furent suffisamment curieux pour monter jusqu'au sommet de ce monticule et y virent « une profondeur d'environ trente pieds » qui ne contenait que le même sable rouge et plusieurs pierres calcinées. D'après de Crémont, « cette crevasse » aurait pu leur paraître d'un mauvais augure s'ils avaient été enclins à tirer des inductions sinistres d'une telle vision, car elle laissait penser que d'autres gouffres pouvaient être moins facilement repérables. Cependant, les explorateurs chassèrent leurs idées sombres et parcoururent le fond de l'Enclos selon la route indiquée par Hubert l'aîné, descendu du pas de Bellecombe-Jacob la veille, soit le , et remonté aussitôt. Cette dernière les mena bientôt à deux grottes étranges parmi lesquelles figurait sans doute celle que l'on appelle aujourd'hui la chapelle de Rosemont.
Selon l'ordonnateur, l'un des deux Créoles qui le suivit dans cette expédition lui rapporta avoir joui en 1753 d'un « spectacle admirable et terrible », une éruption volcanique de grande ampleur qui amena le gouverneur Jean-Baptiste Charles Bouvet de Lozier à envoyer jusqu'au rempart de Bellecombe un détachement de quinze Créoles mené par Jean Dugain, grand chasseur d'esclaves. Désormais chef de route, celui-ci aurait affirmé à de Crémont avoir vu à cette occasion l'Enclos rempli de lave et lui aurait assuré que la crevasse de trente pieds avait été formée à cette occasion. C'est sur la foi de ce récit que la plaque en émail de l'Office national des forêts (ONF) installé à l'abord du site mentionne 1753 comme date de la création du Formica Leo.