La Compagnie de Jésus, ou Société de Jésus (en , abrégé S.J.), est une congrégation catholique masculine de prêtres réguliers, les pères jésuites, et de religieux, les frères jésuites. La Compagnie est fondée par saint Ignace de Loyola, saint François Xavier, saint Pierre Favre et les premiers compagnons en 1539André Ravier, Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus, Paris, DDB-Bellarmin, 1974, .. Elle est approuvée en 1540 par le pape .

Dissoute en 1773 par le pape , elle est rétablie en 1814 par le pape . Au début du , les Jésuites revendiquent près de ., ce qui constitue la congrégation masculine la plus importante au sein de l'Église catholique, où elle n'est devancée que par l'ensemble des branches franciscaines. Son supérieur général est Arturo Sosa.

Comme les autres religieux, les Jésuites professent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, mais ils prononcent également un quatrième vœu qui leur est propre, celui de l'obéissance spéciale au pape en ce qui concerne les missions. Ils obéissent à des « Constitutions » définies par Ignace de Loyola et approuvées par la première Congrégation générale, suivant lesquelles ils n'adoptent aucun habit religieux particulier mais suivent en ce domaine ce que font les prêtres séculiers. Ils ne recherchent pas les honneurs : leur histoire compte peu d'évêques et de cardinaux. Le pape François, élu en mars 2013, jésuite depuis 1956, est le premier pape issu de l'ordre religieux.

La vocation des Jésuites est de se mettre au service de l'Église catholique. Cela les a conduit à s'engager dans la Contre-Réforme post-tridentine et à orienter leurs activités vers l'évangélisation, la justice sociale et l'éducation. Ils ont rapidement formé le premier corps enseignant de la catholicité moderne. Depuis le , leur ministère s'exerce notamment en Europe, en Amérique latine, en Extrême-Orient et en Inde.

Genèse « Pèlerin absolu » vignette|gauche|Regimini militantis Ecclesiae, fresque représentant l'approbation des statuts de la Société de Jésus.

Le créateur de la Compagnie de Jésus est Íñigo de Loyola (en français Ignace de Loyola), qui est d’origine basque. Tout commence en 1523 alors qu’Íñigo de Loyola mène une vie d'ermite, il commence à ce moment la rédaction de ce qui deviendra les Exercices spirituels. Le , Loyola, le « Pèlerin absolu » : terme utilisé par Tellechea Idigoras., âgé de 37 ans, se rend à Paris pour poursuivre ses études au collège de Montaigu puis un an plus tard au collège Sainte-Barbe.. C’est à ce moment qu’il rencontre des personnes avec lesquelles il commence à créer la compagnie. Selon la légende, en , à la chapelle de La Storta à Rome, Loyola aurait eu une vision mystique qui le confirme dans ses projets. C’est à partir de là qu’il décide de nommer son groupe la « Compagnie de Jésus ».

vignette|redresse|Portrait d'Ignace de Loyola par Jacopino del Conte.

Il faudra attendre 1540 pour que cette compagnie soit approuvée par le pape par une bulle pontificale, Regimini militantis Ecclesiæ (pour le gouvernement de l'Église militante) promulguée le , et qui approuve la fondation de la Compagnie de Jésus comme ordre religieux. À cette époque la compagnie est composée d’environ soixante membres. La bulle sera complétée par celle de 1544, Injunctum nobis, qui supprime la clause de limitation à 60 du nombre de religieux profès.

Parmi les fondateurs se trouvent : Ignace de Loyola, Pierre Favre, François Xavier, Diego Lainez, Alfonso Salmeron, Nicolás Bobadilla et Simao Rodrigues. cet ordre comme une « compagnie » car au début ses membres se représentaient comme des compagnons. En 1541, Ignace de Loyola est élu comme le premier supérieur général. Selon le texte soumis par celui-ci en 1539, la Compagnie de Jésus a pour devoir de servir le Christ, l’Église mais aussi d’obéir au pape. qu'en 1544 lorsque Paul III accorde son approbation à l’institut des Ursulines, celui-ci aurait déclaré à Ignace ..

En effet, dès le commencement se pose la question de l'admission des femmes dans la Compagnie. En 1545, à la demande de Paul III, Ignace de Loyola accepte la création d'une ramification féminine de la CompagnieJ. W. O'Malley, I primi gesuiti, , Vita e pensiero, Milan 1999 .. Plusieurs femmes y prononcent donc leurs vœux, puis Ignace de Loyola présente ses arguments contre cette création et obtient en 1549 une dispense du pape qui permet de délier de leurs vœux ces quelques religieusesGuerrino Pelliccia e Giancarlo Rocca (curr.), Dizionario degli Istituti di Perfezione, vol. IV (1977), col. 1146-1148, art. M.I. Wetter , Milan, 1974-2003.. Une seule femme est admise dans la Compagnie, en 1555, sur la recommandation de François Borgia et avec l'accord d'une commission elle-même approuvée par Ignace de Loyola : Jeanne d'Autriche (1535-1573), princesse de Portugal (mère de Sébastien , roi de Portugal), reçue sous le pseudonyme masculin de Mateo SánchezHugo Rahner, Ignace de Loyola et les femmes de son temps, tome I, Paris, Desclée De Brouwer, 1963, ; cité par Annie Molinié-Bertrand, Alexandra Merle et Araceli Guillaume-Alonso, Les Jésuites en Espagne et en Amérique : Jeux et enjeux du pouvoir (), Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2007, 631 p. , ..

« Les amis dans le Seigneur » thumb|150px|Buste-reliquaire de St-François-Xavier, cathédrale Sainte Réparate, à Nice (Alpes-Maritimes, France).

Au cours de son cursus universitaire, Inigo de Loyola fait la rencontre dans un premier temps de Pierre Favre, François Xavier, Diego Lainez, Alfonso Salmeron, Nicolás Bobadilla et Simao Rodrigues. Ces personnes qui l’entourent constituent ce qu’il appelle « Amis dans le seigneur » : expression d’Ignace de Loyola utilisée une première fois dans une lettre de 1537 , Lettre à Mosén Juan de Verolay.. C’est à cette époque qu’Inigo va romaniser son prénom qui va devenir Ignace. Aussitôt qu’Ignace et ses compagnons ont terminé leurs études, ils vont faire vœu pendant l’été 1534 de se rendre en Terre Sainte pour convertir les fidèles. À ce moment, Ignace a 40 ans et il veut travailler « au bien des âmes ». Il entreprend alors des études de théologie à l'université de Paris, puis rassemble peu à peu autour de lui des Amigos En El Señor (« Amis dans le Seigneur ») prêts à travailler « pour une plus grande gloire de Dieu », devise qui devait s'illustrer en latin : Ad maiorem Dei gloriam ou AMDG.

Cependant, Ignace et ses compagnons ne pourront réaliser ce projet en raison des perturbations politiques. En effet, un an plus tard, le Pape organise une croisade contre les Turcs. Le de la même année, Ignace et ses compagnons font vœu de pauvreté, de chasteté et de célibat et ils souhaitent par la suite entrer dans les ordres. Ce jour du est le premier échelon qui va conduire six ans plus tard à la création de la compagnie. Quelque temps après, trois personnes vont les rejoindre : Claude Jay, Paschase Broët et Jean Codure. Ils forment un groupe de 10 personnes qui vont être ordonnées prêtres en 1537. L’idée de fonder un ordre religieux est née en 1539, du fait que leur voyage en Terre Sainte devient impossible en raison du contexte politique. Ils vont donc réfléchir pendant les mois qui vont suivre à la construction d’un nouvel ordre. En 1539, ils rédigent le formula Vivendi qui est un document dans lequel ils expliquent le rôle de leur nouvel ordre afin d’obtenir l’approbation du Saint-Siège.

Décidant de se consacrer à Dieu, de faire vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, Ignace et ses neuf compagnons partent en 1537 pour l'Italie afin d'obtenir la reconnaissance de leur ordre par le Pape , qui les autorise à être ordonnés prêtres. Il leur accorde ensuite la bulle Regimini militantis ecclesiae en 1540, qui fonde officiellement la Societas Iesu (s.j.).

Le , le pape dans sa bulle Exposcit Debitum confirme la Compagnie. La compagnie va se développer assez rapidement car dès 1556, il y a environ dans le monde.

Débuts Ignace souhaite que cette fraternité prenne le titre de « Compagnie de Jésus » pour rappeler en permanence l'engagement militant et sans réserve au service du Christ. Dans la bulle pontificale de fondation en 1540, cependant l'expression latine « Societas Iesu ». Le terme « jésuite » n'apparaît que plus tard, vers 1545, et n'eut jamais de caractère officielLe terme de « jésuite » est antérieur à la fondation de la Compagnie. À la fin du Moyen Âge, en Europe, déjà le mot latin jesuita dans le sens de « bon chrétien », disciple de Jésus. Au , Ludolphe le Chartreux, dans sa Vita Christi, écrit : . Par dérision, ceux qui se posent trop visiblement en sont qualifiés de « jésuites »..

Lorsqu'il se réfère au groupe d’étudiants qui prononcent avec lui leurs vœux à Montmartre en 1534, Ignace de Loyola parle de ses « Amis dans le Seigneur »Lettre du 24 juillet 1537, de Venise, dans MHSI, vol. 22, . Voir Étienne N. Degrez : Amis dans le Seigneur, dans Vies consacrées, vol. 78, 2006, .. Ensuite, après la fondation officielle de la Compagnie en 1540, lorsque les « Amis » commencent à circuler en Italie et ailleurs, donne différents noms : de « Prêtres réformés » en Italie du Nord, d’« Apôtres » au Portugal (ce qui déplait au commentateur officiel des Constitutions, Jérome Nadal, qui rappelle qu’il n’y a que douze apôtres), d’« Ignaciens » en Espagne (Ignace s’y oppose), de « Paulistes » à Goa (par association au collège Saint-Paul fondé par François Xavier)…

Dans une lettre de Lettre à l'empereur Oswald II, de Cologne, in Epistulae, Fribourg, 1896, ., Pierre Canisius écrit : Il semble que les luthériens, ironisant sur le nom officiel de « Compagnie de Jésus », cherchent à rétablir le sens péjoratif du mot.. Le mot « jésuite » ne se retrouve pas dans les textes fondateurs de la Compagnie, et Ignace de Loyola ne l’emploie pas dans ses écrits. Pourtant, le terme se répand rapidement. Au concile de Trente, les procès-verbaux désignent déjà comme « jésuites » les membres de la Compagnie qui participent aux délibérations. En 1562, Jacques Lainez en tant que Generalis Jesuitarum.

Une réforme de l'Église, espérée et attendue depuis des années, est rendue plus urgente encore par les succès de la réforme protestante : c'est l'objet de la convocation du concile de Trente où les jésuites prennent une part importante, puis du mouvement de la Contre-Réforme.

À ses débuts, la Compagnie s'occupe d'activités missionnaires, pastorales et intellectuelles, mais elle se tourne dès 1547 vers l'enseignement, qui devient son activité principale vers la fin du . Elle ouvre un collège à Rome en 1551 alors que des jésuites se trouvent déjà au Congo, au Brésil et en Angola. L'activité éducative s'étend aussi dans l'Empire ottoman, avec notamment le lycée Saint-Benoît, établi à Constantinople (Istanbul) en 1583. La Compagnie forme ainsi rapidement le premier corps enseignant de la catholicité moderne.

À la mort d'Ignace de Loyola (1556), la Compagnie compte plus d'un millier de membres. En 1615, elle en et en 1749, pour créés.

Construction des premiers collèges Dix ans après sa création, la Compagnie de Jésus ouvre son premier collège qui va avoir la particularité d’accueillir des élèves « laïcs ». Beaucoup d’historiens des temps modernes se sont intéressés au rôle que la Compagnie a joué dans le mouvement de la Contre-Réforme. En effet, la Compagnie a largement contribué au succès de la réforme catholique mais aussi à la naissance de l’humanisme moderne. De plus la Compagnie de Jésus a joué un rôle majeur dans la création d’un enseignement secondaire de qualité.

L'ordre des Jésuites s’intéresse à l'éducation des jeunes. D'ailleurs, avant l’autorisation du pape pour la création de la Compagnie, des jeunes se pressent déjà pour y obtenir leur admission. Dès 1549, la présence des jésuites dans une vingtaine de villes comme à Rome, Goa ou Lisbonne. Avec les conquêtes de l’Amérique, les Jésuites vont s’installer au Brésil et en Inde.