L’élection présidentielle tchèque de 2018 a lieu les et (premier tour) et les et (second tour).
Ce scrutin intervient trois mois après des élections législatives ayant renouvelé le paysage politique tchèque. Il s'agit de la seconde élection présidentielle se tenant dans le pays au suffrage universel direct, la première ayant conduit à l'élection de Miloš Zeman, qui brigue un nouveau mandat. Le second tour voit la réélection de ce dernier avec 51,37 % des suffrages face à Jiří Drahoš (48,63 %).
Contexte Politique intérieure Un président sortant controversé thumb|upright=0.7|Miloš Zeman en 2015. Élu chef de l'État en , Miloš Zeman modifie le caractère de la fonction présidentielle, exercée par ses prédécesseurs de façon essentiellement symbolique et représentative, pour faire du chef de l'État un acteur central du jeu politique. L'opposition y voit une lecture trop personnelle de la fonction du président par son titulaire« La Constitution tchèque à l’épreuve de la crise politique actuelle », Radio Prague, ... En particulier, il s'oppose au gouvernement libéral de Petr Nečas, qui tombe en . Il impose alors comme président du gouvernement l'économiste indépendant Jiří Rusnok. contre l'avis de la Chambre des députés, qui renverse le nouveau cabinet, avant d'être dissoute.
Les prises de position les plus remarquées de Miloš Zeman concernent l'islam, qu'il présente comme une religion difficilement compatible avec la civilisation européenne « Zeman: Islam is to blame for attack on Jewish Museum in Brussels », Prague Post, .. Lors de la crise migratoire, alors que l'Union européenne suggère la répartition des réfugiés par quotas attribués aux pays membres, il se déclare opposé à l'accueil de réfugiés syriens sur le territoire tchèque, estimant qu'ils comptent des terroristes à la solde de l'État islamique« Le président tchèque Zeman opposé à « tout accueil de migrants » », Le Point, ..
Critiqué pour son exercice du pouvoir et ses prises de position tranchées, il demeure cependant apprécié au sein de son électorat traditionnel, notamment dans les zones rurales. Sa cote de popularité est ainsi nettement supérieure à celles du gouvernement et du Parlement..
Un échiquier politique bouleversé
thumb|upright=0.7|Andrej Babiš, président d'ANO, nommé président du gouvernement en . Cette élection présidentielle prend place dans un échiquier politique bouleversé depuis les élections législatives d'octobre 2013. Lors de ces élections, la victoire relative des sociaux-démocrates du ČSSD est écartée par le succès du mouvement populiste ANO 2011, fondé et dirigé par l'influent milliardaire Andrej Babiš, proche de Zeman et novice en politique« Andrej Babis, le « Berlusconi tchèque » qui veut éradiquer la corruption », La Tribune, .. Si le chef du Parti social-démocrate tchèque, Bohuslav Sobotka, a été désigné à la présidence du gouvernement, les sociaux-démocrates ont été rapidement dépassés et marginalisés par ANO 2011, leur principal partenaire de coalition.
Les élections législatives d'octobre 2017 donnent d'ailleurs une majorité au parti d'Andrej Babiš, loin devant les sociaux-démocrates, qui finissent en sixième position.. Andrej Babiš est nommé chef du gouvernement par Miloš Zeman en , mais il ne parvient pas à rallier d'autres partis pour obtenir une majorité absolue, ce qui rend incertain son maintien à la tête du gouvernement après l'élection présidentielle de 2018.
De son côté, la droite peine à se remettre des conséquences du scandale de corruption qui lui a coûté le pouvoir en 2013 : plusieurs électeurs de l'ODS ont décidé de rallier ANO 2011 tandis que le parti centriste TOP 09 peine à faire entendre sa voix depuis le départ de son président et fondateur, Karel Schwarzenberg, défait par Miloš Zeman au second tour de la précédente présidentielle.
Enjeux internationaux Cette campagne présidentielle s'inscrit dans un contexte de crise migratoire et de grandes problématiques internationales, comme le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne et la politique menée par les présidents américain, Donald Trump, et russe, Vladimir Poutine.
Pendant son mandat, Miloš Zeman, pourtant élu en 2013 sur un programme pro-européen, se montre progressivement de plus en plus critique envers l'Union européenne et se tourne vers la Russie et la Chine. Il s'oppose notamment aux sanctions économiques décidées par l'Union européenne à l'encontre de la Russie après l'invasion de la Crimée. Système électoral Le Président de la République tchèque est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans, non renouvelable de manière consécutive. Est élu le candidat qui remporte au premier tour la majorité absolue des suffrages exprimés. À défaut, un second tour est convoqué dans les quatorze jours qui suivent afin de départager les deux candidats arrivés en tête au premier. Est alors élu le candidat qui réunit le plus de voix au second tour. Dans les deux cas, le président du Sénat proclame élu le candidat vainqueur.
L'élection a lieu au suffrage universel direct depuis une révision constitutionnelle effectuée en 2012, appliquée pour la première fois en 2013. Auparavant, le président tchèque était élu au suffrage indirect par les deux chambres du Parlement..
Candidatures upright|gauche|thumb|Le drapeau présidentiel tchèque. La Constitution de la Tchéquie, loi fondamentale du pays, détermine les conditions d'une candidature à l'élection présidentielle, régies par l'article 57(1) de ladite Constitution, qui dispose que , soit tout citoyen détenant la nationalité tchèque, le droit de vote et ayant atteint au moins l'âge de quarante ans.
Toute candidature, pour qu'elle soit validée, doit obtenir l'appui d'au moins vingt députés, ou dix sénateurs ou les signatures de . Les candidats ayant recueilli ces parrainages doivent ensuite les remettre au plus tard soixante-six jours avant le scrutin au ministère de l'Intérieur, qui doit les examiner, les approuver ou les rejeter si elles ne devaient pas être conformes à toutes les exigences légales. Ces dispositions juridiques concernent également le président de la République sortant en cas de sollicitation d'un second mandat.
Convocation du scrutin La convocation de l'élection présidentielle est régie par l'article 56 de la Constitution, qui prévoit notamment que du président sortant. En cas de vacance de la présidence en cours de mandat pour cause de décès, démission ou révocation, ce délai est porté à quatre vingt dix jours.
Le mandat du président sortant ayant commencé le , le deuxième tour du scrutin devrait normalement avoir lieu d'ici les 2 et , soit un peu plus de trente jours avant l'investiture du président élu, c'est-à-dire le . La convocation de l'élection présidentielle est une compétence du président du Sénat.
Candidats Neuf personnes remplissent les conditions requises pour se présenter à l'élection présidentielle..
Candidat Parti Précédentes fonctions Détail Mirek Topolánek() 80px|Mirek Topolánek|center IndépendantSoutenu par l'ODS Sénateur pour Ostrava(1996-2004)Député(2006-2009)Président du Parti démocratique civique(2002-2010)Président du gouvernement(2006-2009) Candidature déposée avec le soutien de .Il annonce qu'il se présente à l'élection présidentielle deux jours avant la clôture du dépôt des candidatures.. Il est partisan du maintien de la République tchèque au sein de l’OTAN et souhaite réformer l'Union européenne, selon lui trop bureaucratique. Il se prononce pour l'interdiction de l' et de la charia. Ses relations avec des lobbyistes et entrepreneurs controversés lui attirent des critiques. Michal Horáček() 80px|Michal Horáček|center Indépendant Aucune Candidature déposée avec le soutien de d'électeurs.Auteur, compositeur et entrepreneur, il annonce sa candidature le , après plusieurs mois d'hésitations, alors qu'il est en bonne position dans les sondages. Estimant que le président sortant n'a pas suffisamment exercé sa fonction , il tient un discours pro-Union européenne et OTAN« Un riche homme d'affaires et auteur de chansons candidat à la présidence tchèque », La Libre Belgique, .« Le compositeur Michal Horáček annonce sa candidature à la présidentielle », Radio Prague, .. Les intentions de vote en sa faveur déclinent au cours de l'année 2017. Pavel Fischer() 80px|Pavel Fischer|center Indépendant Conseiller politique de Václav Havel à la présidence de la République(1995-2003)Ambassadeur en France(2003-2010) Candidature déposée avec le soutien de . Jiří Hynek() 80px|Jiří Hynek|center Parti des réalistes (Realisté) Président de l'Association de l'industrie de la défense et de la sécurité(depuis 2011) Candidature déposée avec le soutien de Petr Hannig() 80px|Petr Hannig|center Parti du Sens commun (Rozumní) Président du Parti du Sens commun(depuis 2002) Candidature déposée avec le soutien de .Il annonce sa candidature le .. Il tient un discours conservateur, eurosceptique et anti-immigration. Vratislav Kulhánek() 80px|Vratislav Kulhánek|center Alliance démocratique civique (ODA) Dirigeant de Škoda Auto(1997-2004)Président de la Fédération tchèque de hockey sur glace(2004-2008) Candidature déposée avec le soutien de .Bien que son parti n'ait pas de parlementaires, il parvient à se présenter. Miloš Zeman() 80px|Le président sortant, Miloš Zeman|center IndépendantSoutenu par le SPO Président du Parti social-démocrate(1993-2001)Président de la Chambre des députés(1996-1998)Président du gouvernement(1998-2002)Président du Parti des droits civiques(2010)Président de la République(depuis 2013) Candidature déposée avec le soutien de d'électeurs.Président sortant, il exerce une influence plus importante que ses prédécesseurs sur la scène politique. Il s'oppose à une intégration européenne approfondie et à l'immigration musulmane.Le , après plusieurs mois de suspens quant à sa décision, notamment en raison d'interrogations sur son état de santé, il annonce sa candidature à un second quinquennat..« Miloš Zeman candidat à sa propre succession à la présidence de la République », Radio Prague, .. Contesté par une opposition disparate, qui lui reproche aussi bien ses positions politiques que son comportement vis-à-vis des institutions, il est longtemps donné en tête des études d'opinion.
Sa candidature est soutenue par son parti et par plusieurs dirigeants du Parti social-démocrate tchèque et du Parti communiste de Bohême et Moravie.... Il reçoit également le soutien implicite du parti d'extrême droite Liberté et démocratie directe, qui renonce à présenter la candidature de son président, Tomio Okamura.. Marek Hilšer() 80px|Marek Hilšer|center Indépendant Aucune Candidature déposée avec le soutien de .Il est le premier à annoncer sa candidature, en ... Jiří Drahoš() 80px|Jiří Drahoš|center IndépendantSoutenu par KDU-ČSL et STAN Président de l'Académie tchèque des sciences(2009-2017) Candidature déposée avec le soutien de d'électeurs.Il apparaît comme le plus sérieux rival de Miloš Zeman au cours de l'année 2017.. Il tient un discours libéral et favorable à l'Union européenne.
Voulant peser dans la campagne présidentielle à venir, plusieurs partis ont fait savoir qu'ils avaient l'intention d'organiser des primaires, calquées sur les modèles américain et français. C'est notamment le cas d'ANO 2011, qui envisage de soutenir la candidature du président sortant, du ČSSD, du SPD et de l'ODS. Finalement, après sa victoire aux élections législatives de 2017, ANO renonce à organiser une primaire et ne soutient aucun candidat, bien que plusieurs de ses membres prennent position pour certains candidats.
Campagne Premier tour
vignette|Affiche pour le président sortant, Miloš Zeman, à Brno.
Le président Miloš Zeman refuse de participer aux débats télévisés et mène une campagne aux moyens limités..
Tous les candidats se disent opposés aux quotas obligatoires de répartition de migrants souhaités par les institutions européennes.
Entre-deux-tours