Bérénice, aussi connue comme Julia Berenice ou Bénédicte de Judée, née vers 28, est une fille du roi . Elle descend des dynasties hérodienne et hasmonéenne de Judée. Elle est mariée très jeune à Marcus Alexander, neveu du philosophe Philon d'Alexandrie et frère de Tibère Alexandre, qui sera procurateur de Judée de 46 à 48.

Après cette première union, Bérénice séjourne quelque temps à Alexandrie jusqu'à la mort de son époux Marcus. Elle est remariée encore jeune fille à son oncle Hérode, le roi de Chalcis (l'Iturée au sud-est de la Syrie romaine), dont elle a deux fils. Elle est à nouveau veuve vers 48 et se marie une troisième fois, avec , roi client de Cilicie (sud de la Cappadoce), qu'elle quitte pour revenir à Jérusalem auprès d', son frère. À ses côtés, elle remplit les fonctions de reine, un statut qui lui est reconnu, alors qu'aucune épouse d'Agrippa n'est mentionnée dans les sources antiques.

Elle devient la maîtresse de Titus, le fils de l'empereur Vespasien, pendant qu'il commande certaines légions qui tentent d'éradiquer toute résistance en Galilée (67-68). Leur liaison se poursuit pendant que Titus écrase la révolte juive de 66 - 70. Titus rentre à Rome pour assister à son triomphe (fin 70 -début 71) et seconder son père. Bérénice le rejoint vers 75. En raison de rumeurs négatives concernant cette liaison, il la renvoie chez son frère en Galilée lorsqu'il devient empereur en 79.

Son histoire a inspiré la tragédie Bérénice de Racine, et la comédie héroïque Tite et Bérénice de Corneille.

Biographie Bérénice descend des dynasties hérodienne et hasmonéenne, par son père et par sa mère CyprosChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 225.Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 47.. Celle-ci est une fille que Phasaël frère d'Hérode le Grand a eue avec Salampsio, une des filles d'Hérode le Grand et Mariamne l'Hasmonéenne..

Elle naît vraisemblablement à Rome vers 28Ross S. Kraemer, « Typical and atypical jewish family dynamics : The lives of Berenice and Babatha », in David L. Balch et Carolyn A. Osiek, Early Christian Families in Context: An Interdisciplinary Dialogue, éd. Wm. B. Eerdmans Publishing, 2003, pp.133-137.. Son père Agrippa est un petit-fils d'Hérode le Grand et de Mariamne l'Hasmonéenne (exécutée sur ordre de son mari en 29 av. J.-C.)Mason, Charles Peter (1867), Agrippa, , in Smith, William, Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, 1, Boston: Little, Brown and Company, 77–78.. Bérénice a un frère aîné (né en 27) et deux sœurs plus jeunes, Mariamne (née en 34) et Drusilla (née en 38)Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, , § 11.. Un de ses frères, Drusus, est mort alors qu'il n'était qu'un enfantFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , § , 4, (132)..

Union avec le fils de l'Alabarque Alexandre

Le Major, A., Was He Pushed or Did He Leap? Claudius' Ascent to Power, Ancient History, 22 (1992), ., Caligula est assassiné par une conspiration de grande ampleur. Si l'on en croit Flavius Josèphe et l'historien romain Dion Cassius., , le père de Bérénice, joue un rôle non négligeable dans le choix du nouvel empereur.. C'est lui qui mène une escouade de la garde prétorienne au palais à la recherche de Claude qui s'y est dissimulé par peur d'être assassiné. C'est aussi à son instigation que les prétoriens proclament Claude empereur car sans souverain, la garde perd sa raison d'être.. Il se rend ensuite au Capitole où les sénateurs sont réunis en conclave et joue les intermédiaires entre ceux-ci et Claude. Il inspire à Claude une réponse à ces derniers, et il les persuade d'abandonner avec sagesse leur idée de république, faisant valoir qu'un nouvel empereur est acclamé par les prétoriens et que ceux-ci n’attendent rien d'autre que leur soutien enthousiaste.

Cet épisode fait du nouvel Empereur un obligé de son ami d'enfance et ce dévouement lui vaut une récompense de taille : Agrippa voit ses possessions augmentées de la majeure partie de l'ancien royaume d'Archélaos mais aussi la ville d'Abila dans l'Anti-LibanAbila avait été le centre d'une petite tétrarchie. de telle sorte que le souverain règne désormais sur un territoire aussi vaste que celui de son grand-père Hérode le Grand.

D'après Dion Cassius, Claude octroie en outre à son ami le rang consulaire et l'autorise « à paraître au sénat et à exprimer sa gratitude en grec ». Enfin, pour marquer le statut considérable du souverain, un traité est ratifié avec le Sénat et le peuple de Rome sur le Forum., qui reprend les anciens traités d'amitié et d'alliance judéo-romaines. Agrippa y est déclaré rex amicus et socius Populi Romani et le texte est conservé sur des tablettes de bronze au temple de Jupiter Capitolin.. Pour sa part, l'oncle de Bérénice, qui sera son deuxième époux près la mort prématurée du premier, Hérode reçoit également un titre royal. Claude lui attribue la principauté de Chalcis, précédemment rattaché au royaume d'Iturée. et se voit honoré à Rome du titre de préteur.

Claude fait aussi libérer l'alabarque Alexander d'Alexandrie, que Caligula avait fait mettre en prison. Il unit aussi son fils, Marcus Julius Alexander, avec BérénicePour une description détaillée, voir: Tal Ilan, "Integrating Women Into Second Temple History" (Mohr Siebeck, Germany 1999), Part 3: Women and the Judaean Desert Papyri, Chapter Eight: Julia Crispina: A Herodian Princess in the Babatha Archive, .Ross S. Kraemer doute de la réalité de cette union ( Ross S. Kraemer, « Typical and atypical jewish family dynamics : The lives of Berenice and Babatha », in David L. Balch et Carolyn A. Osiek, Early Christian Families in Context: An Interdisciplinary Dialogue, éd. Wm. B. Eerdmans Publishing, 2003, )., alors qu'elle n'a alors que 12 ou 13 ans. Marcus est le neveu du philosophe Philon d'Alexandrie et frère de Tibèrius AlexanderChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 231., futur procurateur de Judée de 46 à 48, dont Flavius Josèphe dit qu'il n'est pas resté fidèle à la religion de ses ancêtres. Le père de l'époux de Bérénice, l'Alabarque Alexander, est un des amis très riche du père d'. Ils ont contribué ensemble à l'accession de Claude à l'Empire, et celui-ci parraine les fiançailles.

Alexander avait, en effet, été administrateur des biens d'Antonia Minor, fille du triumvir Marc Antoine et de sa première épouse Octavie, la sœur d’Auguste, avant de gérer la totalité de la fortune que Marc-Antoine avait laissée en ÉgypteHeinrich Graetz, Histoire des Juifs, — Les Hérodiens : ; — (37-49), sur http://www.histoiredesjuifs.com.. C'est aussi lui qui a prêté l'argent nécessaire à Agrippa, lorsque ce dernier s'était rendu à Rome, en 36La chronologie de ces événements est discutée car la succession des événements parait, à certains critiques, un peu trop dense pour un laps de temps d'à peine quelques mois. Daniel R. Schwartz estime qu'il est également possible qu'il y ait eu plusieurs voyages à Rome entre 33 et 36 ; cf. Daniel R. Schwartz, : The Last King of Judaea, éd. Mohr Siebeck, 1990, ., pour défendre ses prétentions royalesChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 226. alors qu'il était en difficulté et devait d'énormes sommes d'argent à plusieurs créanciers, dont le trésor impérialE. Mary Smallwood, The Jews under Roman Rule, .. Comme Agrippa, il soutient l'agitation juive provoquée par la volonté de Caligula de mettre sa statue dans les lieux de culte juifs, y compris dans le Saint des saints du Temple de Jérusalem., violant l'aniconisme judaïque dans le lieu le plus sacré de cette religionIl s'agit en effet moins d'un problème de substitution à YHWH que de l'association de l'empereur divinisé à ce dernier comme synnaos (dieu partageant le même temple) sous forme d'une image ; Monika Bernett, « Roman Imperial Cult in the Galilee », in Jürgen Zangenberg, Harold W. Attridge et Dale B. Martin (dirs.), Religion, Ethnicity, and Identity in Ancient Galilee : A Region in Transition, éd. Mohr Siebeck, 2007, .. Il devient aussi le créancier compréhensif de grosses sommes à la famille de Claude.

Le rôle joué par Claude lors des fiançailles de Bérénice avec Marcus souligne l'intérêt que le nouvel empereur porte à la communauté juive d'Alexandrie, par opposition à son prédécesseur dont seul le meurtre a empêché une guerre entre les Romains et les Juifs. Outre l'affaire de la statue, Caligula avait en effet aussi pris parti pour les Grecs d'Alexandrie contre les Juifs de la ville, y compris dans les émeutes anti-juives très sanglantes qui s'étaient déroulées à partir de l'été 38. Aussitôt arrivé au pouvoir, Claude rompt avec son prédécesseur et prend un ensemble de mesures pour calmer les tensions communautaires. La nomination d'Agrippa comme roi de Judée, en reconstituant le royaume d'Hérode le Grand participe de cette politique, même s'il s'agit avant tout de récompenser Agrippa de l'aide décisive qu'il lui a fournie pour devenir empereur. Immédiatement, « par un édit Claude rappelle les privilèges reconnus aux Juifs alexandrins. Ceux-ci pourront vivre selon leurs lois; rien ne pourra les écarter de l'observance de la TorahChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 231-232.. » Peu après, un second édit est diffusé dans toutes les provinces de l'empire. Les privilèges accordés à la communauté d'Alexandrie sont étendus aux Juifs de la diasporaChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 232..

À la suite de ce premier mariage, Bérénice séjourne à Alexandrie jusqu'à la mort de son jeune époux. On sait peu de chose à son sujet. Les ostraca des archives de Nicanor montrent toutefois qu'il commerce dans la région de Coptos et les ports de Bérénice et Myos Hormos sur la mer Rouge, région de l'activité de ceux qui, comme son père, portent le titre d'arabarque et où exerce aussi son frère Tiberius Julius Alexander, nommé épistratège de Thébaïde à partir de 42Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, .Pierre Vidal-Naquet, Du bon usage de la trahison, préface de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, traduit par Pierre Savinel, Éd. de Minuit, Paris, 1977, .. Un consensus se dessine chez les historiens pour définir l'alabarque ou l'arabarque, comme un contrôleur général des douanesMireille Hadas-Lebel, Flavius Josèphe, le Juif de Rome, Fayard, 1989, . de la frontière arabique ou un officier financier chargé de lever les taxes sur les transportsBulletin de Correspondance Hellénistique, Boccard, 1969, Vol. 70: École française d'Athènes, Études d'archeologie et d'histoire grecques, .. Les ostraca font apparaître une activité de Marcus dans la région à partir de 37 jusqu'en 43. Un reçu d'un de ses esclaves adressé à Nicanor dans la ville de Bérénice (port égyptien sur la mer Rouge), témoigne que Marcus était encore vivant à une date équivalente au .